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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en mai 2014 …..

4 Juin 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Comme chaque mois, depuis début 2014, je poursuis ma revue mensuelle des éditos du journal le Monde, en ne retenant que ceux qui traitent la situation internationale.

 

Editorial du 9 mai : Urgence au Nigeria : # Bring back our girls.

«  En langue haoussa, principal idiome utilisé dans le nord du Nigeria, Boko Haram veut dire : " L'éducation moderne est un péché. " Qu'un groupe terroriste choisisse ce slogan comme nom peut paraître curieux, d'autant plus que " Boko " provient du mot anglais book et de la transcription de la langue locale en alphabet latin par l'ex-colonisateur britannique.

Mais le groupe islamiste qui sème la terreur depuis cinq ans dans le nord-est du Nigeria ne s'embarrasse pas de subtilités. C'est au nom de cet obscurantisme qu'il a revendiqué l'enlèvement, il y a trois semaines, de plus de 200 lycéennes, arrachées à leurs dortoirs. Et c'est " au nom d'Allah " que le chef de Boko Haram, Aboubakar Shekau, a promis dans une vidéo diffusée lundi 5 mai de " vendre - ces - filles sur les marchés ", non sans en avoir gardé quelques-unes " comme esclaves ".

Aux yeux de Boko Haram, ces lycéennes ont doublement péché : non seulement elles cherchent à s'instruire, mais en plus elles appartiennent au sexe féminin. C'est une obsession des groupes radicaux islamistes : empêcher les femmes d'accéder à l'éducation. Les talibans ont fait peuve du même zèle ces dernières années en Afghanistan et au Pakistan, en détruisant des écoles et en assassinant des collégiennes.

Boko Haram n'entend pas s'arrêter là et pousse sa folie meurtrière toujours plus loin. Lundi, profitant du redéploiement de l'armée nigériane dans la zone où sont probablement détenues les lycéennes, le groupe terroriste a massacré de deux cents à trois cents civils dans une ville proche de la frontière camerounaise.

Le sort tragique des adolescentes otages est peut-être, cependant, le degré de trop franchi dans l'horreur. Il a provoqué un tel émoi dans la population que les autorités et la communauté internationale ont fini par réagir. La campagne menée sur Twitter sous le mot d'ordre " #BringBackOurGirls " (" Ramenez nos filles "), relayée par Michelle Obama, y a contribué. Les Etats-Unis ont annoncé l'envoi de forces de sécurité américaines pour aider à retrouver les jeunes filles. A leur tour, mercredi, la France et la Grande-Bretagne ont offert d'envoyer des équipes spécialisées – agents de renseignement et commandos. Le premier ministre chinois, Li Keqiang, a également promis d'aider le Nigeria dans sa " lutte contre le terrorisme ".

Le Nigeria, qui incarne à la fois le meilleur et le pire de l'Afrique, est particulièrement exposé à la menace djihadiste. Ce pays de 175 millions d'habitants, le plus peuplé du continent, jouit d'une économie et d'une créativité remarquablement dynamiques. Une classe moyenne urbaine y a émergé, prometteuse pour le développement et la démocratie. Mais la pauvreté, la corruption et l'impuissance du gouvernement restent d'énormes défis. Et surtout, la fracture entre le Sud – majoritairement chrétien, en pleine croissance – et le Nord, rongé par la charia et le cancer djihadiste, ne cesse de se creuser.

Pour tardifs qu'ils soient, les gestes de solidarité des pays étrangers sont cependant bienvenus. L'entreprise destructrice de Boko Haram dépasse largement le Nigeria : la France, qui vient de perdre un sous-officier au Mali, est bien placée pour le savoir. »

 

Editorial du 16 mai : Fantasmes sur le traité transatlantique !

« On l'appelle le " GMT ", pour " grand marché transatlantique ". Mais il pourrait tout aussi bien s'appeler le " GMMT ", pour " grand méchant marché transatlantique ", tant le traité de libre-échange, que l'Union européenne négocie avec les Etats-Unis, alimente les fantasmes et les peurs, tant à l'extrême droite qu'à la gauche du Parti socialiste. La campagne pour les élections européennes favorise ce climat : déjà peu populaire, l'Europe rajoute à son " passif " un symbole jugé libéral.

Certes, le sujet suscite des inquiétudes légitimes : cet accord protégera-t-il suffisamment les intérêts, les valeurs et les choix collectifs français et européens ? Une partie de l'opinion redoute que cet accord, dont la négociation prendra des années, ne force les Européens à accepter des OGM ou du bœuf aux hormones. D'autres craignent qu'il ouvre la porte à l'exploitation des gaz de schiste sans veto possible des gouvernements nationaux.

Mais, pour l'heure, rien n'est fait. Barack Obama n'a pas l'appui du Congrès américain pour mener une négociation rapide. Quant à la Commission européenne, qui mène les discussions avec Washington, elle juge ces craintes infondées, rappelle que rien n'est conclu et que des sujets sensibles comme l'exception culturelle ont été exclus de la négociation.

Ce plaidoyer serait plus convaincant si la Commission et les Etats rendaient public le mandat de négociation. Or, celui-ci reste " top secret ", les Européens ne voulant pas abattre toutes leurs cartes devant les Américains avant même d'entrer dans le vif du sujet. Cette tactique alimente tous les fantasmes.

Selon les équipes du commissaire au commerce, le Belge Karel De Gucht, un accord de principe aurait été trouvé avec les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Huit pour une plus grande transparence. Les citoyens européens sauront, alors, s'ils ont de bonnes raisons de s'inquiéter.

Il n'est pas trop tôt, cependant, pour expliquer froidement les risques, mais aussi les bénéfices de cet accord potentiel. En brandissant des chiffres radieux (un gain de 545 euros par ménage et par an ou de 0,5 point de croissance par an), la Commission ne convainc pas. Et pas davantage le discours sur les vertus revendiquées du libre-échange.

L'essentiel est ailleurs. L'Europe a des intérêts offensifs à faire valoir. Déjà très ouverte, elle est la première puissance économique et commerciale mondiale – et profite, elle aussi, de la mondialisation. La zone euro a doublé, en 2013, son excédent commercial, qui atteint désormais 150 milliards d'euros. Elle est donc en situation de force pour négocier – et doit le rester.

L'enjeu, au-delà de la suppression de quelques droits de douane, est de savoir qui fixera les normes des produits et services échangés dans le monde. Celui qui les façonne jouit d'un avantage stratégique décisif. L'Europe a été cet acteur au XXe siècle. L'Organisation mondiale du commerce aurait dû prendre le relais, mais elle est en panne. Le choix est simple : soit le XXIe siècle sera à la main des Chinois et des Américains, qui négocient autour du Pacifique. Soit l'Europe s'impose comme un acteur central pour faire admettre ses normes, et protéger son mode de vie. »

 

Editorial du 22 mai : Moscou et Pékin, même combat idéologique.

«  C'est une histoire du monde multipolaire d'aujourd'hui. Une histoire de blocs de puissances qui s'opposent politiquement et stratégiquement à l'heure de l'interdépendance économique.

La Chine entretient, en ce moment, de mauvaises relations avec les Etats-Unis : Washington conteste les visées expansionnistes de Pékin, en mer de Chine notamment. La Russie, elle, a d'exécrables relations avec l'Amérique : de la Syrie à l'Ukraine, les divergences sont profondes. Dans les deux cas, l'Europe – pour autant qu'elle exprime une position commune – se tient plutôt aux côtés de son allié américain.

Conclusion : Moscou et Pékin ont intérêt à s'entendre face aux Etats-Unis et à l'Union européenne. C'est exactement ce qu'a dit Vladimir Poutine à la presse chinoise, avant de se rendre, mardi 20 et mercredi 21 mai, en visite à Shanghaï. Les sanctions prises par Washington et Bruxelles dans l'affaire ukrainienne n'impressionnent pas le président russe. Il a un partenaire économique de rechange : la Chine. Si l'Europe, pour des raisons politiques, veut diminuer sa dépendance énergétique à l'égard de la Russie, celle-ci se tournera vers le marché chinois.

Elle le fera d'autant plus volontiers, a souligné Vladimir Poutine, que Pékin et Moscou s'entendent sur la plupart des grandes questions internationales. La Chine est " la priorité diplomatique " du Kremlin, a assuré le président russe.

Dans l'affaire ukrainienne, la Chine a observé une neutralité prudente, s'abstenant au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle adopte la même position sur la tragédie syrienne, refusant de condamner le régime de Bachar Al- Assad, le protégé du Kremlin. Sur les différends entre la Chine et ses voisins dans le Pacifique, Moscou rend la pareille à Pékin : neutralité prudente.

Mais l'affaire n'est pas aussi simple que le décrit M. Poutine. Depuis près de dix ans, la Russie et la Chine négocient un gigantesque contrat de fourniture gazière. Le président russe aurait aimé en annoncer la conclusion à Shanghaï, pour faire la leçon aux Européens. Mais les deux parties butent encore sur le prix. Et, même signé, le contrat ne représenterait qu'une infime partie de ce que les Russes vendent en Europe. La notion de marché de rechange est trompeuse.

Celle d'accord stratégique aussi. Quoi qu'en dise M. Poutine, la Russie (143 millions d'habitants) a peur du géant chinois (1 milliard 300 millions d'habitants) à sa porte. Cela n'empêche pas les deux régimes, faisant vibrer l'un et l'autre la fibre nationaliste, de mener de concert une bataille politico-idéologique contre l'Ouest.

Ils brandissent des " valeurs " chinoises et russes contre celles d'un Occident décadent pour contester à celui-ci le droit de dire la norme internationale. Quitte à critiquer la notion d'universalité des droits de l'homme. Dans toutes les enceintes internationales, systématiquement, Pékin et Moscou entendent neutraliser le leadership américain et occidental. Derrière la globalisation économique, c'est en réalité un combat idéologique qui est engagé. »

 

J’aurais pu aussi reprendre les éditos suivants, dont je recommande la lecture:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/09/ukraine-le-changement-de-ton-du-kremlin_4414110_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/17/narendra-modi-doit-preserver-une-inde-tolerante_4420607_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/19/apres-serval-les-risques-de-guerre-au-mali_4421156_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/05/22/la-presidentielle-en-ukraine-un-premier-pas_4423915_3232.html

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/05/29/le-professeur-obama-et-ses-ambivalences-distinguees_4428555_3222.html

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/05/30/egypte-l-onction-electorale-ne-suffit-pas_4429154_3212.html

 

( A suivre)

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