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Presse aidant.... Ainsi allait le Monde en août 2014

3 Septembre 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Comme chaque mois, depuis début de l’année, je poursuis ma revue mensuelle des éditos du journal le Monde, en ne retenant que ceux qui traitent de la situation internationale.

 

Editorial du mardi 4 août : Commerce mondial : l’irrémédiable déclin de l’OMC.

« L'échec est cuisant. Certains observateurs n'hésitent plus à parler de chant du cygne pour l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et par là même de la fin d'un cycle, celui de la mondialisation des échanges, entamé après la chute du mur de Berlin et qui a favorisé l'émergence de tant de pays en voie de développement.

A la dernière minute, jeudi 31 juillet, l'Inde a posé son veto à l'accord de Bali, très laborieusement scellé le 7 décembre 2013 et censé faciliter les procédures douanières entre les 160 Etats membres de l'OMC. Mais, pour cette dernière, la plus grande humiliation est peut-être ailleurs : dans cette gigantesque négociation à huis clos sur la libéralisation des échanges de services, lancée en mars 2013 par 50 pays, dont les membres de l'Union européenne. Elle se tient hors du cadre de l'OMC, précisément parce que ces Etats, qui veulent doper leur croissance en augmentant les échanges de services, n'en pouvaient plus de voir les discussions traîner en longueur à Genève…

Depuis dix ans, les accords bilatéraux et régionaux se multiplient, comme le traité transatlantique en cours de discussion entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Ces accords soulèvent une forte opposition de la part de certaines organisations non gouvernementales.

Le risque est réel que les nouvelles règles du commerce mondial s'écrivent dans l'ombre et sous le règne de la loi du plus fort. Depuis quelques années, les puissances – Américains, Européens, Chinois – font la course aux accords bilatéraux pour imposer leur jeu et leurs normes dans le commerce mondial. C'est pour éviter cette dérive qu'avait été créée l'OMC en 1995, sur un principe on ne peut plus démocratique : un pays, une voix.

Ces règles démocratiques, qui ont conduit à la paralysie, étaient plus légitimes en cas de litiges tranchés par l'OMC. Las, la multiplication des accords bilatéraux entraînerait un retour des cours d'arbitrage internationales chargées de résoudre les différends entre entreprises et Etats, hors du cadre de l'OMC. Comme les juridictions qui pourraient émerger dans le sillage du traité transatlantique en cours de négociation. Les entreprises sont souvent demandeuses de ce genre de dispositif qui les protège d'un certain arbitraire d'Etat. Mais le procédé ne va pas de soi. Pour les autorités allemandes, qui considèrent que les tribunaux nationaux sont bien plus légitimes, il est hors de question d'accorder un tel pouvoir à des institutions extraterritoriales.

Bref, le rêve de règles commerciales mondiales et démocratiques est moribond. La mécanique de l'OMC a commencé à dérailler en 2003, à Cancun (Mexique), quand les Etats-Unis, rejetant la demande des pays d'Afrique de l'Ouest, ont refusé tout compromis sur leurs subventions à l'industrie du coton.

Quel avenir pour l'OMC ? Elle restera, pendant un temps encore, le gendarme des différends commerciaux entre pays, avant de perdre, là aussi, sa légitimité en la matière, puisque les nouvelles règles des échanges internationaux s'écriront hors de son enceinte. Faute d'avoir pu se réformer. »

 

Editorial du jeudi 21 août : James Foley, ou la stratégie de l’horreur...

« Douze ans après l'assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, enlevé à Karachi par des membres d'Al-Qaida, le terrorisme islamiste a franchi un nouveau degré dans l'horreur avec la décapitation de son collègue et compatriote James Foley.

Suivant de quatre mois l'attentat du 11 septembre 2001, la barbarie du meurtre du reporter du Wall Street Journal, décapité devant une caméra, avait convaincu ceux qui pouvaient encore en douter que les Etats-Unis et, plus largement, les Occidentaux étaient confrontés à un mouvement qui ne reculerait devant aucune cruauté pour imposer sa conception de l'islam.

Daniel Pearl, 38 ans, avait été contraint de se déclarer juif et de critiquer son pays devant la caméra, avant son exécution. Le site de diffusion de vidéos YouTube, créé en 2005, n'existait pas encore, mais des enregistrements de la décapitation circulèrent sur Internet ; on pouvait même en trouver des cassettes sur les marchés de Karachi. Deux ans plus tard, en pleine guerre d'Irak, un autre Américain, l'homme d'affaires Nicholas Berg, était également enlevé et sa décapitation filmée.

La barbarie reste la même, mais le raffinement des bourreaux atteint de nouveaux sommets. Daniel Pearl fut exécuté moins de dix jours après son enlèvement. Disparu en novembre 2012, pendant un reportage en Syrie, James Foley, 40 ans, a été, lui, gardé de longs mois dans l'attente du moment propice où son exécution aurait le plus de poids politique.

Les déclarations qu'on lui a fait formuler, allant jusqu'à mettre en cause son propre frère, militaire américain, vont toujours plus loin dans la perversité. La mise en scène et la diffusion de l'assassinat de James Foley sur YouTube assurent à l'Etat islamique (EI), l'organisation qui en est responsable, un écho planétaire instantané, même si le site et plusieurs réseaux sociaux ont rapidement pris des mesures techniques pour tenter d'en limiter la circulation.

Enfin, cette fois-ci, le bourreau n'est plus un haut responsable d'Al-Qaida pakistanais ou irakien. Selon toute vraisemblance, l'homme qui parle après avoir tranché la gorge de James Foley est un citoyen britannique, trahi par son accent.

En douze ans, les forces occidentales ont réussi à affaiblir Al-Qaida et à éliminer ses plus hauts dirigeants, dont Oussama Ben Laden. Mais, en exécutant ainsi un autre journaliste américain, l'EI veut montrer non seulement qu'il en est le digne héritier, mais aussi que l'hydre s'étend désormais au cœur des sociétés occidentales, comme le prouvent ces centaines de jeunes djihadistes partis d'Europe pour rejoindre le combat du califat.

Est-il concevable de négocier avec une telle organisation ? Non. Au-delà du refus de faire le jeu de cette monstrueuse propagande en en relayant les images, la seule attitude possible est de dénoncer et de combattre cette entreprise révoltante. Pour les démocraties occidentales comme pour les musulmans modérés. »

 

Editorial du lundi 26 août : Ukraine : l’Europe face au double jeu de Poutine.

« De plus en plus imprévisible, le président russe Vladimir Poutine multiplie les signes contradictoires à l'égard de l'Ukraine. Au moment même où la perspective de pourparlers avec son homologue ukrainien, Petro Porochenko, laissait entrevoir l'espoir d'une avancée diplomatique, Kiev et Washington affirment observer une implication accrue de militaires russes aux côtés des séparatistes dans le Sud-Est ukrainien, où les combats font rage.

Le conflit, vieux maintenant de sept mois, a coûté la vie à plus de 2 000 personnes et causé le déplacement de centaines de milliers d'habitants de la région en guerre. Il a provoqué la destruction d'un avion de ligne malaisien, avec près de 300 personnes à bord. L'impact des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis et l'Union européenne à la Russie est désormais réel, non seulement en Russie, mais aussi, par ricochet, dans plusieurs pays de l'Union. L'effort de guerre épuise l'économie ukrainienne, et le processus de réformes politiques et structurelles, exigées par le FMI et l'UE, est au point mort.

Pour tenter de sortir de la paralysie politique et s'attaquer sérieusement au démantèlement du système de l'ancien régime, le président Porochenko, élu en mai, a annoncé des élections législatives anticipées le 26 octobre. Il est difficile d'imaginer que ces élections puissent se tenir sereinement si le sud-est du pays est toujours en guerre.

Elles seront encore moins sereines si les forces russes continuent d'intervenir. Car c'est bien ce que dénoncent désormais ouvertement les Occidentaux. Après le secrétaire général de l'OTAN, la Maison Blanche a fait état, lundi soir, d'" incursions militaires répétées de la Russie en Ukraine ", à l'aide " d'artillerie, de systèmes de défense aérienne, de dizaines de chars et de soldats ". Ces incursions, a souligné Washington, " constituent une escalade significative ". Elles sont " inacceptables, dangereuses et incendiaires ".

De son côté, l'Ukraine a affirmé, sans en présenter de preuves matérielles, avoir intercepté dix parachutistes d'une division aéroportée de l'armée russe, lundi, près de Donetsk. Cela n'a pas empêché Moscou d'annoncer l'envoi d'une seconde expédition " humanitaire " en Ukraine, malgré les tensions suscitées par le premier convoi, qui a franchi la frontière, le 22 août, sans autorisation.

La chancelière Merkel, en première ligne sur ce dossier, a raison de souligner que ce conflit ne saurait être réglé que par des moyens militaires. Les Européens ont raison de chercher une issue négociée. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a raison de participer au sommet de Minsk, mardi 26 août, où M. Poutine et M. Porochenko devaient se rencontrer, pour la première fois depuis leur bref entretien du 6 juin en Normandie. Mais que peut-on attendre de tels entretiens si les chars russes sont en opération sur le territoire ukrainien ?

Confuse, la situation en Ukraine est aussi explosive. Le monde ne manque pas de crises graves, mais celle-ci est au cœur de l'Europe. Il est de la responsabilité des dirigeants européens de la gérer, avec fermeté et unité, sans se laisser abuser par les ruses de M. Poutine. »

 

 (A suivre)

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