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Presse aidant ...... La rentrée de Favilla

24 Septembre 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Je suis grand consommateur de journaux : Le Monde depuis près de cinquante ans de façon quasiment quotidienne, à l’exception de quelques périodes où vivant en Afrique je ne le trouvais pas. Depuis trois années je le reçois tous les jours par internet. Quand il y a des évènements majeurs en politique national j’achète aussi Libération. A partir de 2008 je me suis intéressé aux Echos d’abord de façon occasionnelle puis depuis 2012 de façon plus régulière au point qu’en début de cette année je m’y suis abonné par Internet.

Parmi les chroniques ou éditoriaux des Echos je lis toujours le billet de Favilla qui est souvent étonnant même si je ne suis pas toujours en phase avec lui. En ce mois de septembre j’ai plutôt été gâté, en appréciant en particulier le ton équilibré qu’on y trouve. Voici, à titre d’exemple, quelques billets dont notamment celui du 17 septembre qui rend hommage à Mario Draghi et  à Mendes France.

Mario Draghi et la prédiction de Mendès France. Billet du 17 septembre.

Le président de la Banque centrale européenne ne cesse, depuis plusieurs semaines, d’exhorter les gouvernants de la zone euro à prendre des mesures de soutien de l’activité. Il estime qu’il aura bientôt épuisé les cartouches monétaires à sa disposition et que, devant l’insuffisance manifeste de cet outil, c’est aux responsables politiques de prendre le relais. A-t-on bien mesuré le côté quasi insurrectionnel d’une telle position, puisqu’il n’appartient pas, statutairement, à la BCE de s’immiscer aussi loin sur un tel terrain ? Insurrection de l’esprit, bien sûr, mais qui témoigne d’un retour quasi complet aux débats fondateurs de l’Europe. Il suffit, pour en être convaincu, de se reporter à l’examen du projet de Traité de Rome par le Parlement français en janvier 1957. Alors que, aiguillonnés par Jean Monnet, les avocats du Marché commun défendent à la tribune l’idée de lancer l’aventure européenne par l’abaissement des barrières douanières et la création d’une zone de libre échange, une grande voix de gauche, celle de Pierre Mendès France, s’élève pour dénoncer le déficit démocratique de ce processus. Il indique qu’il ne votera pas un projet qui engage profondément l’avenir des nations qui le composent sans être doté des institutions politiques capables de fédérer les peuples concernés. Il prédit qu’un tel projet, reposant sur sa seule dynamique économique, finira par se heurter à la défiance d’opinons publiques convaincues d’être dépossédées de leur souveraineté politique.

Nous en sommes exactement là. Mario Draghi, appelant au secours une instance politique absente, sonne le « De profundis » d’un canard sans tête, d’une Europe monétaire sans gouvernail politique. Certes, le canard a volé pendant des décennies – et avec quelle énergie! – parce que la croissance était là, fouettée par le grand vent de la concurrence et portée par des règles communes. Mais la compétition et le droit ne suffisent plus lorsque les immenses défis de la démographie, de l’écologie, de la révolution technologique s’affirment. Il faut alors qu’une autorité politique commune élabore des plans, des stratégies, des programmes susceptibles de recueillir l’adhésion des peuples. C’est exactement le propos de Mario Draghi, près de soixante ans après Mendès France.

Vive la diplomatie française ! Billet du 16 septembre.

A l’heure où il n’est question que de naufrage politique et économique de la France, un coin de ciel bleu demeure : sa diplomatie. Cette si rare satisfaction se déduit de la comparaison depuis dix ans avec la diplomatie américaine, dont à peu près toutes les analyses ou initiatives se sont avérées fâcheuses.

Il y a une décennie, c’était l’intervention préventive en Irak pour y détruire les prétendues armes de destruction massive. Puis ce fut la stratégie d’affaiblissement continu de la Russie, avec l’installation de boucliers antimissiles à ses frontières et l’encouragement de plusieurs des anciens satellites ou anciennes provinces de l’Union soviétique, notamment l’Ukraine, à adhérer à l’Otan. Puis il y eut la passivité bienveillante à l’égard des implantations d’Israël dans les territoires censés être réservés à l’Autorité palestinienne. Et enfin, l’an dernier, l’inaction face à la guerre chimique menée contre la composante sunnite de son propre peuple par le régime syrien. Toutes ces positions américaines ont contribué à mettre le feu ou à attiser celui qui couvait dans plusieurs zones stratégiques du monde. Et sur chacun de ces points, la diplomatie française fut plus clairvoyante : ne pas intervenir en Irak, ne pas humilier la Russie, tenir une balance équilibrée entre Israéliens et Palestiniens, soutenir la résistance à Bachar pendant que celle-ci était encore conduite par des citoyens animés d’idéaux démocratiques.

Comment expliquer ce net avantage comparatif ? On avancera que de Védrine à Fabius en passant par Villepin et Juppé, la France a confié le Quai d’Orsay à des hommes de grande qualité. Mais John Kerry aujourd’hui et même le général Colin Powell, en poste du temps de George W. Bush, le sont aussi. Ce n’est donc pas qu’une question de personnes. Il y a sans doute en outre la culture historique, privilège des vieilles nations, qui faisait dire à George Bush père qu’il admirait les analyses de François Mitterrand. Il y a surtout la nature de la démocratie dans chacun de ces deux pays. L’Etat jacobin peut imposer en France une vision longue qui transcende les intérêts et les groupes de pression. Le président américain est beaucoup plus dépendant de ces derniers, qui tiennent de nombreux membres du Congrès ou qui financent sa propre élection.

Les distraits. Billet du 14 septembre.

Thomas Thévenoud, député socialiste et ci-devant éphémère secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, a oublié pendant trois ans de rédiger sa déclaration à l’impôt sur le revenu. Les contribuables ordinaires s’étonnent de voir un député – dont le rôle est de voter l’impôt – s’être habitué si longtemps à s’y soustraire. Alors que les milieux politiques s’en offusquent, il explique benoîtement sa défaillance par une malencontreuse distraction. Il donne ainsi une nouvelle version du personnage du « Distrait », comédie où Regnard, à la fin du XVIIe siècle, dépeignait un jeune aristocrate essuyant les désavantages de son regrettable défaut. L’irresponsabilité de celui-là ne nuisait qu’à lui-même. Les temps ont changé : celle du parvenu d’aujourd’hui déroge à la noblesse du mandat qui lui a été confié. Et son aristocratie est cette petite nomenklatura constituée dans les antichambres des partis et des cabinets circonvoisins. Certains députés socialistes, dont la carrière personnelle, par exception, n’est pas issue de l’administration, de la bureaucratie politique ou du syndicalisme étudiant, font remarquer que ces nouveaux cursus préparent mieux aux trucs du métier politique qu’à ses devoirs, et à l’art de la débrouille plutôt qu’aux disciplines de la vertu. Dans l’indignation, la droite veille à ne pas surpasser la gauche. C’est que cette nouvelle épidémie de la distraction ne l’épargne pas elle non plus. L’épisode Copé-Fillon a montré, par exemple, que la distraction des scrutateurs est allée jusqu’à la distraction de certains votes. L’un des héros de cette comédie, Jérôme Lavrilleux, a avoué la sienne sur les factures de Bygmalion faisant exploser le budget de campagne du candidat Sarkozy. Le candidat lui-même, apparemment, n’a pas prêté assez d’attention à ces fâcheuses dérives qui se développaient en son nom. De tout cela se dégage, sous l’euphémisme de la distraction, une pénible impression de vulgarité dans les comportements, d’approximation dans les principes et, pour tout dire, d’une tendance au relâchement pour ce qui touche aux règles de l’honneur. Tous ces défauts d’attention, en effet, n’honorent pas la République.

Je ne pense pas refaire un billet '' Favilla'' tous les mois, comme je le fais avec les éditoriaux du Monde, (Ainsi allait le Monde en...).  D'ailleurs pour ceux-ci, je confirme que j'abandonnerai cet exercice, au plus tard, à la fin de l'année. Aussi comme il s'agit pour ''Favilla'' d'un billet unique, je vais ajouter le dernier, celui arrivé ce soir sur ma messagerie à 22h 30. Un billet proche d'un autre proposé la semaine dernière par Cécile Cornudet.  De là à penser que derrière le pseudo de Favilla se cache.... 

L’apprentissage de la langue de bois. Billet daté du 25/09.

Mais qu’a-t-il donc fait ? Quel sacrilège a-t-il commis, qui mérite un acte de repentance devant l’Assemblée nationale, retransmis par les grandes chaînes de télévision ? Notre nouveau ministre de l’Economie a osé dire que, parmi les femmes salariées des abattoirs Gad, un certain nombre sont illettrées – constat fidèle à la réalité. Cette affaire aura sans doute bientôt disparu de l’espace public, mais elle laissera une trace fâcheuse, et parfaitement imméritée, sur l’image d’Emmanuel Macron, accusé de mépris à l’égard du peuple.

La réaction disproportionnée provoquée par ses propos en dit moins sur lui que sur nos mentalités collectives et sur les dérives du monde médiatique. Elle tient d’abord, bien sûr, à la personnalité même du personnage, à son parcours brillant, à son passage – horreur ! – par la banque Rothschild : en France, un tel pedigree suffit à susciter l’hostilité. La preuve: d’autres personnalités politiques en vue avaient déjà évoqué publiquement l’illettrisme dans cette entreprise, sans provoquer la moindre réaction. Un deuxième ingrédient du scandale est la confusion du langage. Au micro d’Europe 1, Emmanuel Macron a dit –sans aucune nuance de mépris, mais pour souligner la fragilité de ces salariées – qu’il y a chez Gad « une majorité de femmes », et que, parmi celles-ci, « beaucoup » sont illettrées : de fait, cette proportion est évaluée à environ 20% des effectifs. Dans la bouche de nombre de commentateurs et des syndicalistes de service, les propos prêtés au ministre sont devenus : « Chez Gad, il y a une majorité de femmes illettrées » – bel exemple de raccourci mensonger. Troisième déclencheur, la propension des médias audiovisuels à « battre la mousse » chaque fois qu’un incident semble s’y prêter. L’indignation est à la mode, et la caisse de résonance d’Internet est là pour l’amplifier. On est frappé de constater que l’« affaire Macron » a fait presque autant de bruit médiatique que l’« affaire Thévenoud », autrement plus grave. En tout cas, elle aura au moins appris quelque chose à un homme qui fait ses débuts dans un poste politique exposé: si vous voulez vivre en paix, tenez-vous-en à la langue de bois.

Les Echos transmis ce soir par internet a aussi en 1ère page une photo du malheureux Hervé Gourdel et en pages intèrieures des articles sur l'effroyable exécution d'un homme dont le seul tort était d'être français.

Je ferai pas de billet sur ce drame, je n'ai pas les mots qu'il faut pour traduire une telle ignominie.  

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