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A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....

6 Octobre 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

C’est un livre que j’avais acheté, lors de notre dernier passage à Grenade en juin 2013, et que j’ai laissé dormir sur ma table de nuit pendant plus d’un an. J’ai toujours une bonne douzaine de bouquins en retard et je dois me forcer à limiter ma gourmandise d’achats !  Mais j’ai fini par lire ces contes et j’y ai pris beaucoup de plaisir.

Evoquons d’abord l’auteur Washington Irving, que je ne connaissais pas : d’après ce que j’ai pu trouver sur internet il aurait été journaliste, pendant une dizaine d’années, avant d’écrire des nouvelles dont l’une, "La légende de Sleepy  Hollow" a été adaptée au cinéma  par Tim Burton avec Johnny Deep dans le rôle principal. Washington Irving, dans ses nouvelles, s’inspirait beaucoup  de contes populaires et légendes européennes, notamment hollandaises et allemandes.

En 1815, à l’âge de 32 ans, il quitta l’Amérique pour s’installer en Europe où il exerça des activités journalistiques, diplomatiques ou culturelles à Dresde, Londres, Paris puis Madrid. C’est l’Espagne, où il vécut entre 1826 et 1832, qui semble l’avoir le plus inspiré sur le plan littéraire et historique.

Suite à un séjour à Séville, et disposant de plusieurs mois de liberté, il décidait de prolonger le voyage en se rendant à Grenade. « Dans les défilés sauvages de ces montagnes, lorsqu’on aperçoit des villes ou des villages fortifiés, bâtis en nids d’aigles parmi les escarpements rocheux avec leurs remparts mauresques, l’esprit se reporte aux temps chevaleresques des guerres entre chrétiens et maures et aux luttes épiques pour la conquête de Grenade’’……’’ Pour le voyageur épris d’histoire et de poésie, l’Alhambra de Grenade est un objet de vénération. Que de légendes et de traditions, vraies ou fabuleuses, que de chansons et de romances, arabes et espagnoles, d’amour de guerre, de chevalerie sont liées à ce romantique édifice ! Le lecteur peut donc juger de mon ravissement, lorsque, peu de temps après mon arrivée à Grenade, le Gouverneur de l’Alhambra me permit d’occuper dans le palais mauresque les appartements vacants ; j’y demeurais plusieurs mois, retenu par le charme de ses pierres enchantées…. ».

 Irving avait besoin d’un guide et quand il rencontra Mateo Jimenez qui se dit fils de l’Alhambra il comprit assez vite qu’il avait trouvé l’oiseau rare : « Je lui posai quelques questions et découvris que son titre n’était pas usurpé. Sa famille avait vécu dans la forteresse, de génération en génération, depuis le temps de la conquête…….. Le premier titre de cet illustre déguenillé avait suffi pour me captiver et j’acceptai volontiers les services du fils de l’Alhambra….’’.  Mateo tout au long de ce livre s’avère être un guide compétent et un pourvoyeur d’histoires, de contes  et légendes magnifiques ; tout pour plaire à Irving.

La suite du livre alterne des descriptions de l’Alhambra et des légendes racontées par Matéo ; l'ensemble étant accompagné de nombreuses et jolies gravures : « La Cour des Lions a également sa part de légendes. Matéo Jimenez raconta un soir, à l’une des réunions de Tia Antonia, un fait qui était survenu du vivant de son grand-père. Il y avait un soldat invalide dont la fonction était de guider les étrangers dans l’Alhambra. Un soir, au moment du crépuscule, comme il traversait la Cour des Lions, il entendit résonner des pas dans la salle des Abencérages. Quelque visiteur s’y attarde, pensa-t-il, et il s’avança à sa rencontre, lorsque, tout à coup, il aperçut quatre Maures, richement habillés, avec des cuirasses d’argent, des cimeterres et des poignards luisants de pierres précieuses. Ils allaient et venaient d’un pas solennel, puis s’arrêtant, ils lui firent signe d’approcher, mais le vieux soldat prit la fuite et n’a jamais remis les pieds à l’Alhambra. C’est ainsi que parfois on tourne le dos à la fortune car, selon Mateo, Les Maures voulaient lui révéler l’endroit ou leurs trésors étaient ensevelis…. » La preuve étant que son successeur arrivé pauvre à l’Alhambra quitta son poste au bout de quelques mois seulement pour s’installer à Malaga où il vivait encore, très vieux et très riche. 

A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....
A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....

Tout en étant à l’écoute des légendes de Mateo, Irving ne cautionne pas toutes les rumeurs surtout quand elles sont démenties par l’Histoire car l’auteur avait une très solide culture de Grenade. Ainsi  il consacre plusieurs pages du livre à réhabiliter Boabdil, le dernier souverain maure. Quand je suis arrivé à ces chapitres (p.89 à 97) j’ai eu besoin de me renseigner sur ce personnage historique. http://andalousie-culture-histoire.com/histoire/histoire-boabdil-espagne-andalousie/

Voyons maintenant ce qu’en pensait Washington Irving dans les "contes de l’Alhambra."

« J’avoue que je trouve quelque chose de criminel dans cette volonté de tout déformer.On aurait pu croire que l’infortuné Boabdil avait suffisamment payé de la perte du royaume sa légitime hostilité envers les Espagnols, sans devenir un objet de moquerie et d’infamie dans son pays natal…. Je n’ai pas l’intention d’affirmer que les crimes imputés à Boabdil sont dépourvus de tout fondement historique mais les recherches semblent indiquer que c’est son père, Aben Hassan, qui les a commis, les chroniqueurs arabes et chrétiens s’accordent à le peindre féroce et cruel….. Durant son règne, bref, agité et désastreux, Boabdil se révéla comme un homme doux et aimable…. Il était brave, mais manquait de caractère. Dans les moments critiques, il restait hésitant et irrésolu. Cette faiblesse précipita sa chute….. » 

Irving aimait à faire en soirée de longues randonnées avec Mateo, sur les collines environnantes.

«….. Bientôt nous nous trouvâmes au milieu des montagnes désertes et désolées, privées d’arbres et tachetées ça et là d’une maigre verdure. J’avais peine à croire qu’à une si courte distance de nous s’épanouissaient les vergers et les jardins en terrasse du Généralife, et que nous étions aux abords de la délicieuse Grenade, la ville des bosquets et des fontaines. Le jardin que nous traversions s’appelle selon Mateo, El barranco de la Tinaja, parce qu’autrefois on y a trouvé une jarre mauresque pleine d’or. La cervelle du pauvre Mateo est farcie de ces légendes du trésor…..  Notre chemin remontait le ravin, laissant à notre gauche un tertre escarpés et rocheux qui s’appelle la Silla del Moro, d’après  la tradition qui rapporte que le pauvre Boabdil aurait fui jusqu’à ces lieux pendant une insurrection populaire et qu’il aurait passé toute la journée, assis sur ce sommet à contempler tristement sa ville révoltée. Nous partîmes finalement au plus haut de la colline qui domine Grenade et qui s’appelle la colline du soleil…..Comme nous errions parmi ces vestiges du passé, Mateo me désigna un trou circulaire qui paraissait s’enfoncer profondément dans le sein de la montagne. C’était, selon la tradition, l’entrée d’une caverne souterraine dans laquelle Boabdil et sa cour étaient enfermés sous l’effet d’un charme magique. Ils en sortaient la nuit à certaines époques, pour revisiter leurs anciennes demeures »

Superstitions de Mateo dont Irving s’amuse, maintenant qu’il a clairement rappelé au lecteur son souci qui est de ne pas travestir ce qui est reconnu être une vérité historique.

Dans la seconde partie du recueil (à partir de p.120), Irving nous invite à le suivre dans les contes entendus, rêvés et retranscrits avec talent et fausse naïveté.  

« Les Gens du peuple, en Espagne, ont une passion tout orientale pour conter les histoires et ils raffolent sur le seuil de leurs maisons, les soirs d'été, ou autour d'une énorme cheminée de venta, ils écoutent les miraculeuses légendes de saints, les périlleuses aventures de voyageurs et les exploits audacieux de contrebandiers. .... Il n'y a pas, cependant de sujet plus populaire et plus persistant que celui de trésors ensevelis par les Maures. »

Chaque légende est lié à un lieu, un édifice, une cour, une chambre, une tour où Irving rêvait tout en écoutant ce que lui disait Mateo :

La légende de l’Astrologue arabe et la Maison à la girouette ; La légende des trois belles princesses et la tour des infantes ; la légende de l’héritage du Maure et la place des citernes ; La légende de la rose de l’Alhambra et la tour des princesses ; Le gouverneur et le notaire et la Plaza Nueva. Dans l’histoire du gouverneur Manco et le soldat dont le dialogue entre ces deux personnages fait resurgir le fantôme de Boabdil et de son armée.  

Pour finir ce recueil (à partir de p.300) Washington Irving se sent obligé de raconter la vrai histoire de la construction de L’Alhambra :

« Après avoir traité si librement les merveilleuses légendes de l’Alhambra, je me sens tenu de donner à mon lecteur quelques détails précis sur son histoire, ou plutôt sur celle de ces magnifiques princes, celui qui le fonda Mohamed Ibn Alhmar et celui qui l’acheva Yusef Abul Hagic, à qui le monde doit un monument oriental si beau et si poétique »

A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....A livre ouvert..... Contes de l'Alhambra....

Le séjour d’Irving devait brusquement prendre fin, après des mois de bonheur et de rêverie. Des lettres lui parvinrent l’enjoignant le diplomate qu’il était de quitter son havre de paix pour se retremper dans l’agitation et les affaires du monde.

 «…. Il me fut dur de quitter ces bonnes gens….. Vers le crépuscule, j’arrivai au point où la route s’enfonce en zigzag dans les montagnes. Je m’arrêtai pour jeter un dernier coup d’œil sur Grenade. La colline, sur laquelle nous étions, dominait un merveilleux panorama de la ville, de la vega et des montagnes environnantes. Elle était juste à l’opposé de la Cuesta de las Lagrimas, celle du dernier soupir du Maure. Je pouvais maintenant ressentir quelque chose de la douleur qui étreignait le pauvre Boabdil, lorsqu’il dit adieu au paradis qu’il laissait et vit devant lui la route stérile et caillouteuse qui le conduisait à l’exil. »

(      ( A suivre)

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