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Presse aidant ..... Ainsi allait le Monde en septembre 2014

2 Octobre 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Comme chaque mois ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux du journal Le Monde traitant de géopolitique.

 

Editorial du mardi 2 septembre : Pékin trahit sa promesse à Hongkong.

« Que pèsent un peu plus de sept millions de Chinois de Hongkong face à la Chine continentale ? Héritage de la rétrocession de l'ex-colonie britannique à Pékin en 1997, ces Chinois-là bénéficient, grâce à un statut à part, de libertés publiques et politiques spécifiques. Le Parti communiste entend y mettre bon ordre. Il renie les promesses faites aux habitants de Hongkong. Il vient d'agir ainsi en soumettant, dimanche 31 août, un projet de nouvelles règles pour la nomination du président de l'exécutif hongkongais. C'est un texte qui assure le contrôle absolu de Pékin sur l'île. Il entame cet espace de liberté singulier laissé à Hongkong en 1997 quand Londres rend à Pékin cette île de Chine méridionale occupée par le Royaume-Uni depuis la moitié du XIXe siècle. Fondé sur le principe " un pays, deux systèmes ", l'accord de rétrocession, négocié entre Margaret Thatcher et Deng Xiaoping, numéro un du PCC au milieu des années 1980, prévoyait d'instaurer le suffrage universel pour la nomination du chef de l'exécutif de ce qui est devenu la Région administrative spéciale de Hongkong. Formellement, Pékin tient parole. Mais le texte publié dimanche est la négation de l'esprit de 1997.

Pékin instaure un comité de présélection des candidats au poste de chef de l'exécutif, majoritairement composé de fidèles du PCC. Le système tue dans l'œuf toute candidature de l'opposition hongkongaise – incarnée par le Parti démocratique. Pour être critique de Pékin, cette formation l'est de façon responsable, légaliste, prioritairement occupée à défendre les libertés spécifiques de l'île.

C'est encore trop pour la Chine de Xi Jinping. Depuis deux ans, le nouveau patron du PCC étouffe la moindre dissidence politique. Il réaffirme la toute-puissance du parti au moment où il met en route de profondes et salutaires réformes économiques. Dans cette phase de transition difficile, le régime restreint tous les espaces de liberté.

Hongkong pouvait être un exemple, un modèle pour la libéralisation progressive du régime chinois. Le PCC s'y oppose. Les Hongkongais sont condamnés à s'abstenir ou à voter pour un clone d'apparatchik pékinois lors de l'élection du prochain chef de l'exécutif en 2017.

La résistance s'organise. Le texte aura du mal à franchir la majorité des deux tiers requise au conseil législatif de la région pour entrer en vigueur. Tous ceux qui dénoncent la liquidation en douceur du statut de l'île sont regroupés au sein du mouvement Occupy Central – " Occupons le quartier des affaires ".Ils promettent de bloquer le centre de Hongkong, " dans l'amour et la paix ". Ils défendent ce qui fait l'âme du " rocher " : ce mélange unique de talent entrepreneurial chinois et d'Etat de droit à la britannique. Entre eux et Pékin s'engage une épreuve de force aussi délicate qu'importante pour l'avenir de Hongkong. »

 

Editorial du jeudi 4 septembre : Ebola, il faut agir sans délai...

« Face à une épidémie de fièvre Ebola sans précédent depuis quarante ans que ce virus est connu, la communauté internationale, et tout particulièrement les pays occidentaux, est mise devant ses responsabilités. En première ligne sur le terrain et souvent bien seule, l'association Médecins sans frontières (MSF) dénonce " l'inaction " des grands pays. " Le monde est en train de perdre la bataille contre la pire épidémie d'Ebola ", a dit la présidente internationale de l'ONG devant les Etats membres de l'ONU, à New York, mardi 2 septembre. MSF appelle " les pays disposant de capacités de réponse en cas de catastrophe d'origine biologique, et notamment de ressources médicales civiles et militaires, à les envoyer en Afrique de l'Ouest ". C'est bien une catastrophe qui se déroule sous nos yeux. L'épidémie s'aggrave, elle s'étend. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 3 500 le nombre de cas et à 1 900 celui des décès (plus que toutes les précédentes épidémies d'Ebola réunies). Près de 40 % de l'ensemble des cas se sont révélés au cours des trois dernières semaines. L'épidémie gagne de nouvelles régions dans les pays affectés, comme en Guinée, et fait peser la menace sur d'autres Etats.

Sur le terrain, les systèmes de santé, déjà fragiles ou absents dans certaines zones, sont au bord de la rupture. Les structures mises en place par les organisations humanitaires, au premier rang desquelles MSF, et leurs personnels s'épuisent dans un combat quotidien contre la mort.

Les pays développés disposent de moyens sans commune mesure avec ceux existant dans les régions touchées par le virus. Ils sont capables d'envoyer des corps expéditionnaires pour intervenir contre des régimes dictatoriaux ou des mouvements armés terroristes. Ils possèdent cette même capacité pour des interventions sanitaires. La France, par exemple, peut mobiliser sa " réserve sanitaire ", regroupant des milliers de médecins et soignants volontaires, et s'appuyer sur le service de santé des armées. Ce dernier est très bien doté, que ce soit en personnel compétent et formé à la réponse aux agents biologiques ou en matériel. Quelques réservistes sanitaires ont déjà été envoyés dans les pays touchés. Mais c'est une goutte d'eau qui n'éteindra pas l'incendie Ebola.

La communauté internationale doit se mobiliser davantage. Faut-il attendre que l'ONU ou l'Union européenne se mettent d'accord sur un type d'intervention pour apporter une réponse à une urgence sanitaire ? Non, c'est sans délai qu'il faut renforcer sur place les structures et les personnels indispensables pour prendre en charge les malades, assurer le suivi épidémiologique des personnes en contact avec eux et étendre l'accès aux soins aux populations qui n'en bénéficient pas. Ce qui suppose que les pays africains, eux aussi, prennent leur part de responsabilité. »

»

Editorial du samedi 13 septembre : Moyen orient. Les risques d’un engagement.

EI est un mouvement terroriste puissant, riche, porteur d'une idéologie totalitaire et ne reculant devant aucune violence. Il s'est taillé un territoire, vend du pétrole en contrebande, s'est emparé de la deuxième ville d'Irak, menace les faubourgs de Damas et risque de déstabiliser, demain, la Jordanie et le Liban.

M. Obama a jugé, sans doute à raison, qu'il était de l'intérêt des Etats-Unis d'enrayer cette course à l'abîme dans une région déjà en proie au chaos. Il a l'appui des Européens et, plus particulièrement, de la France. Ceux-là savent que l'« En entrant à la Maison Blanche, Barack Obama avait déjà annoncé une partie de son legs à l'Histoire. Il voulait être le président qui mettrait fin à deux malheureuses aventures américaines à l'extérieur : l'Irak et l'Afghanistan.

Pour l'Irak, au moins, c'est raté. Washington s'engage à nouveau dans ce pays. Même s'il ne s'agit que d'une campagne aérienne, elle peut être " longue ", a dit, mercredi 10 septembre, M. Obama. La mission est complexe : défaire l'Etat islamique (EI), ce groupe djihadiste qui contrôle un vaste morceau de territoire à cheval sur la Syrie et l'Irak. Ce faisant, les Etats-Unis s'impliquent dans un invraisemblable imbroglio moyen-oriental. Ils interviennent dans deux guerres civiles – en Syrie et en Irak. Mais celles-ci sont elles-mêmes l'expression d'un conflit régional plus large, à la fois stratégique et religieux – la bataille entre la majorité sunnite du monde arabe et sa minorité chiite qu'appuie cette puissance non arabe qu'est l'Iran…Dire que le terrain est miné relève du délicat euphémisme. Et les précédentes interventions américaines dans la région n'incitent pas à l'optimisme. mais la question qui se pose est la suivante : M. Obama avait-il le choix ? Elle s'adresse aussi à François Hollande, le plus engagé des Européens auprès des Etats-Unis dans cette affaire. Produit des tragédies que s'inflige le monde arabe, l'Etat islamique. EI séduit nombre de jeunes musulmans d'Europe, avec le dessein affiché de les entraîner à l'action terroriste. " On ne peut pas laisser se créer un sanctuaire islamiste à cinq heures de vol de Paris ", dit-on dans la capitale française. Sans doute à raison, là aussi. Pour l'heure, M. Obama a le soutien massif de l'opinion américaine, que les actes barbares de l'EI ont retournée. Il a l'appui du Congrès, des démocrates comme des républicains (pas forcément un bon signe…). Officiellement, il a aussi l'appui du monde arabe. A la suite de l'Irak et de l'Arabie saoudite, dix pays arabes au moins devraient dire, lundi 15 septembre, à Paris, qu'ils apportent leur assistance logistique et financière à cette campagne – mais, curieusement, pas de participation directe aux opérations militaires. Désireux de protéger la majorité chiite au pouvoir en Irak, l'Iran ne le dit pas mais se range activement, sur le terrain, aux côtés des Etats-Unis dans cette affaire…

Bombarder des bases disséminées sur un vaste terrain, et souvent en pleine ville, ne sera pas facile. Plus difficile encore est le nécessaire accompagnement politique. Il faut forcer Bagdad à faire la paix avec ses minorités. Il faut peser pour mettre un terme à la tragédie syrienne. Cela implique un investissement politico-diplomatique massif. Au moins autant qu'une intervention militaire. »

 

Editorial du mardi 23 septembre : Une guerre qu’il faut appeler par son nom.

« Le gouvernement nous doit la vérité : la France est bel et bien impliquée dans une guerre contre le groupe djihadiste qui s'est autoproclamé " Etat islamique " (EI). Ce n'est pas une dramatisation de notre engagement au Moyen-Orient que de dire cela. C'est un constat. Il doit être dressé comme tel, demain, mercredi 24 septembre, lors du débat à l'Assemblée nationale sur les opérations auxquelles Paris participe en Irak. A ce premier constat, il convient d'ajouter une précision tout aussi importante : la France est embarquée dans une bataille de longue haleine – dont l'issue n'est nullement garantie. Enfin, cet engagement peut avoir un coût humain. Au lendemain d'un message lancé par l'EI, lundi 22 septembre, appelant notamment à tuer des Américains et des Français, un groupe algérien se réclamant de la même mouvance est passé à l'action. Il a annoncé l'enlèvement d'un touriste français, près de Tizi-Ouzou, à l'est d'Alger. Il menace de le tuer si Paris poursuit ses opérations en Irak.

L'EI n'a pas attendu que des avions français soient engagés pour menacer de tuer des Européens : le djihad contre " les infidèles, les croisés et les juifs ", mêlé à une haine de tout ce que l'Occident représente, fait partie de sa vulgate. C'est la marque de cette expression délirante de l'extrémisme sunnite – du nom de la branche majoritaire de l'islam – qu'est le djihadisme. L'EI est un enfant d'Al-Qaida. La guerre a pris un tour nouveau ces dernières vingt-quatre heures. Pour la première fois depuis bientôt trois semaines qu'ils mènent des bombardements aériens contre l'EI, les Etats-Unis ont frappé en Syrie. Ils ont ciblé l'une des bases principales du mouvement, la ville de Rakka, le long de la frontière avec l'Irak. Plus important encore peut-être, les raids ont été menés avec la participation de cinq pays arabes : Arabie saoudite, Bahreïn, Jordanie, Etat des Emirats arabes unis et Qatar. Peu importe le niveau, encore inconnu, d'implication de ces pays dans ces raids. La question est plus politique que militaire.

Cette participation témoigne de la première mobilisation ostensible de régimes arabes sunnites dans la bataille contre l'EI. Pour des raisons diverses, ceux-ci ont été, jusqu'alors, particulièrement timorés. Les pays arabes sont pourtant les premiers concernés dans cette affaire, bien plus que les Etats-Unis ou les Européens. Fantasmant de recréer un " califat " dans la région, l'EI entend abolir frontières et Etats au Moyen-Orient…La participation des Arabes est essentielle : elle conditionne une éventuelle victoire, un jour, contre l'islamisme radical. Contrairement au discours émanant de Washington, et qu'il ne faudrait pas entendre mercredi à Paris, les djihadistes de l'Etat islamique ne seront pas défaits par une campagne de bombardements aériens. Le groupe peut être affaibli, diminué – ce qui est déjà important. Mais la victoire viendra du monde arabo-musulman quand il aura trouvé – dans un profond mouvement de réforme politico-idéologique – la parade à cette pathologie meurtrière qu'est l'islamisme. Il faudra aussi dire cela, mercredi, à l'Assemblée nationale. »

 

 (A suivre)

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