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Presse aidant ...... Ainsi allait le Monde en octobre 2014.

31 Octobre 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Comme chaque mois ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de Géopolitique du journal Le Monde. Je poursuis ce type de billet jusqu’à la fin de l’année 2014 puis je passerai à autre chose, d’autant qu’en octobre le journal à repousser en dernière page cet éditorial et que dans sa conception il semble moins s’intéresser aux problèmes internationaux….. Et pourtant il y a de quoi faire et de s’inquiéter en ce moment. 

Editorial du mardi 2 octobre : Messieurs les Anglais, assumez l’Europe !

Un seul mot d'ordre lors des congrès des deux grands partis, conservateur et travailliste, qui viennent de s'achever : silence sur l'Europe – affaire radioactive.« Au Royaume-Uni, tout se passe comme si les antieuropéens avaient déjà gagné. Ils disposent de trois sièges à la Chambre des communes, mais ils terrorisent toute la classe politique. Un peu partout sur le continent, l'Union européenne (UE) a cessé de faire rêver. Les dernières élections au Parlement européen l'ont montré. Peu de responsables politiques français s'aventureraient, ces jours-ci, à battre la campagne en vantant les mérites de l'appartenance de la France à l'UE. Au mieux, le sujet paraît exotique. Outre-Manche, cependant, la question européenne se pose avec une acuité particulière. Si les conservateurs de David Cameron remportent les élections de mai 2015, il y aura en 2017 un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE.

Le premier ministre, tout comme le chef de l'opposition travailliste, David Miliband, est partisan du maintien dans l'UE. Mais ils n'osent pas le dire. Le Financial Times parle cette semaine d'une véritable " conspiration du silence ". Pas un mot pour défendre l'Europe dans le discours de M. Miliband lors du congrès du Labour, la semaine dernière, à Brighton. Dans son intervention devant ses amis conservateurs, réunis à Birmingham, M. Cameron a fait mieux encore, mercredi 1er octobre. Il n'a évoqué l'UE que pour en dire du mal. Comme si tout ce qui venait de l'Union relevait de l'agression antibritannique caractérisée. Flirtant avec une veine ultranationaliste, M. Cameron n'envisage plus d'aller à Bruxelles que " pour mettre en avant - son - pays, rapatrier - ses - prérogatives, - se - battre pour la défense de - son - intérêt national "… L'Europe posée en ennemie du royaume, en somme. Le premier ministre a peut-être des circonstances atténuantes. Il est sous la pression du parti UKIP, formation europhobe et anti-immigrés, qui prône la rupture avec l'UE. Il s'adressait au noyau dur des militants conservateurs, très largement acquis au " Brexit " – la sortie de l'Europe. En Grande-Bretagne, comme ailleurs en Europe, les électeurs sont, à juste titre, d'abord préoccupés par les questions intérieures. Pourtant, l'anglais dispose d'une expression magnifique pour désigner ce qui fait un homme d'Etat : le " leadership ". Le courage de se battre pour une cause peut-être passagèrement impopulaire, mais que l'on pense relever de l'intérêt supérieur de la nation.

M. Cameron croit que la place de la Grande-Bretagne est dans l'Union. Il donne un os à ronger à ses eurosceptiques en préparant le retrait du pays de la convention européenne des droits de l'homme. Cela n'a rien à voir avec l'UE, mais ça fait " antieuropéen " ! En singeant le UKIP, M. Cameron lui accorde une victoire idéologique. Il balise le terrain pour un vote de rupture en 2017, et il prépare la défaite des tories, car, comme on dit en France, " les électeurs préféreront toujours l'original à la copie »

Editorial du jeudi 9 octobre : Kobané : la faute de la Turquie ...

« La politique de la Turquie face à la crise syrienne se solde par une double tragédie, régionale et intérieure. C'est aussi  un échec personnel pour le président Recep Tayyip Erdogan qui l'a inspirée, d'abord comme chef du gouvernement puis, depuis août, comme chef de l'Etat. Telle est la leçon principale –  il y en a d'autres –  des événements de ces dernières 24 heures en Syrie et sur le territoire turc.  Le premier drame se déroule à Kobané, troisième ville kurde de Syrie, le long de la frontière avec la Turquie. La localité est en passe de tomber aux mains des djihadistes du groupe dit "  Etat islamique  " (EI). Depuis des mois, quelques milliers de militants kurdes  –  pour la plupart syriens –  opposent une résistance acharnée aux chars et à l'artillerie lourde de l'EI.  Mardi soir 7 octobre, ils étaient en voie d'être écrasés, en dépit de quelques bombardements aériens menés par les Etats qui participent à la coalition anti-EI, principalement les Etats-Unis.  La prise de Kobané donnera aux djihadistes un atout considérable : le contrôle de la route longeant une bonne partie de la frontière syro-turque. Elle consolidera leur emprise sur un immense territoire. Elle leur permettra de multiplier les trafics de contrebande qui assurent la richesse de l'EI. Enfin, elle soulignera l'inefficacité des raids aériens de la coalition internationale, qui prétend " vaincre  " l'EI, mais n'arrive même pas à contenir sa progression en terrain découvert. La physionomie de la bataille aurait sans doute pu être différente si la Turquie était intervenue. Elle dispose de la deuxième force terrestre de l'OTAN. Elle est la superpuissance militaire régionale.  Depuis des semaines, l'armée turque a déployé des chars face à Kobané, le long de la frontière. Ils auraient pu neutraliser en partie les  positions d'artillerie de l'EI. Ils n'ont pas tiré un seul obus.  

Ankara  a décidé d'intégrer la coalition anti-EI, mais n'a rien fait pour freiner l'avance des  djihadistes vers Kobané. Pourquoi ? La Turquie ne veut pas d'une zone autonome kurde syrienne à sa frontière. Pareille zone pourrait servir de base arrière aux militants du PKK, l'organisation combattante des Kurdes de Turquie. " Pour nous, le PKK ne vaut pas mieux que l'EI  ", a lancé le président Erdogan. C'est inexact.  Tout se passe plutôt comme si Ankara, qui a longtemps laissé passer en Syrie les militants islamistes les plus extrémistes, préférait encore l'EI aux Kurdes... Ce " choix  " a provoqué un deuxième drame: les manifestations violentes, mardi soir, des Kurdes de Turquie.  Elles ont fait au moins 14 morts. La situation peut relancer la guerre qui, depuis trente ans, oppose le PKK à l'armée turque. Elle peut torpiller la courageuse tentative de négociation avec le PKK menée par M. Erdogan.    Tout à sa volonté de faire tomber son homologue syrien, Bachar Al-Assad, le président turc exerce une manière de chantage: pas de participation effective d'Ankara à la lutte contre l'EI tant que les Etats-Unis ne s'impliquent pas davantage contre le régime de Damas.    C'est une politique irréaliste qui n'arrêtera pas la déstabilisation régionale et qui risque de déstabiliser la Turquie à l'intérieur. »

Editorial du samedi 25 octobre : climat, une bonne base de départ.

« Les Vingt-Huit ont finalement franchi le pas. Après des mois de tergiversations et de divergences, ils se sont engagés à réduire d'au moins 40  %, par rapport à 1990, leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030. Cinq ans après l'adoption d'un premier plan d'action qui doit conduire à une réduction de 20 % des émissions polluantes d'ici à 2020, cette décision ouvre une deuxième étape dans la lutte contre le changement climatique. Elle était indispensable, et il faut s'en réjouir, car elle était loin d'être acquise. Dans une Europe qui doute et dont les opinions publiques sont avant tout préoccupées par le chômage, les gouvernements de l'Union ont réussi à s'entendre sur un compromis. Comme tout compromis, il est imparfait. Mais il envoie un signal important aux autres pays pollueurs, qui devront, d'ici au printemps, annoncer leur propre contribution à l'accord susceptible d'être signé par les 195 pays membres de la Convention des Nations unies sur le climat, en décembre  2015, à Paris. Pour l'instant, les seuls engagements chiffrés restent ceux qui ont été adoptés au lendemain de la conférence de Copenhague. Ils sont applicables jusqu'en  2020 et se limitent pour les Etats-Unis à une baisse des émissions de 17  % par rapport à… 2005. Il faut encore arrêter la course folle des émissions chinoises. Le Canada et l'Australie se sont mis en retrait de la négociation internationale et le Japon a dû admettre qu'il ne serait pas en mesure de respecter ses objectifs. Autant dire qu'on est encore loin, très loin, d'une trajectoire mondiale garantissant de contenir le réchauffement en deçà de 2°C, comme le recommande le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat). L'accord européen n'a évidemment pas pour objectif de permettre aux représentants du Vieux Continent d'arpenter les enceintes de la négociation internationale avec le sentiment du devoir accompli. On aurait tort de tomber dans l'autosatisfaction. Le travail ne fait que commencer et l'Europe n'est qu'à l'aube de la profonde mutation qui doit la conduire à un modèle économique décarboné. Les écologistes n'ont d'ailleurs pas manqué de qualifier l'effort annoncé de " minimal ". Le compromis trouvé aujourd'hui s'accompagne d'une plus grande liberté, rendue aux Etats, dans la conduite de leur stratégie énergétique. Ni l'objectif d'énergie renouvelable ni celui d'efficacité énergétique ne seront contraignants au niveau domestique. C'est une faiblesse. Les économies d'énergie ont, par exemple, été identifiées comme les moyens les plus efficaces de réduire les émissions de Co2. C'est en Pologne et dans les autres pays d'Europe centrale qu'il y a le plus d'économies à réaliser. Or, si ces pays ont obtenu d'importantes compensations financières dans le cadre du compromis sur l'accord européen, aucune contrepartie précise ne semble avoir été exigée.

Pour réussir sa transition énergétique, il faut à l'Europe une vision intégrée de son avenir et des mécanismes de solidarité efficaces. C'est à la nouvelle Commission et au nouveau président du Conseil européen, Donald Tusk, qu'incombe la responsabilité de préparer la mise en œuvre de ce nouveau paquet énergie-climat. L'ex-premier ministre polonais, qui a jusqu'ici férocement protégé l'industrie du charbon, doit à présent dépasser ce que la Pologne considère comme un intérêt national et accepter que l'avenir de l'Europe passe par la lutte contre le réchauffement climatique. »

Editorial du jeudi 30 octobre : Tunisie, l’heureuse exception arabe.

« Seul arbre debout dans une forêt dévastée ", selon l'expression de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda, la Tunisie a voté, et c'est déjà en soi un fait réjouissant, près de quatre ans après le début des révolutions arabes. Les élections législatives du 26  octobre, dans ce pays précurseur, en décembre  2010, du mouvement qui devait embraser la région l'année suivante, ont été jugées " crédibles et transparentes " par les observateurs de l'Union européenne : dans un contexte aussi difficile, il n'y a pas de petite victoire. Il convient donc de saluer celle-ci. Plusieurs leçons peuvent être tirées de ce scrutin. La défaite, d'abord, des islamistes d'Ennahda, qui avaient largement remporté les premières législatives libres d'octobre  2011. Deux ans d'exercice du pouvoir assez peu concluant, la très difficile situation économique, l'assassinat d'opposants et la montée du terrorisme ont convaincu les Tunisiens que le moment était venu de tenter l'alternance. Après la révolution, ils avaient choisi les islamistes en grande partie parce qu'ils symbolisaient l'opposition à Ben Ali, le dictateur déchu. Aujourd'hui, la défaite d'Ennahda traduit leur déception et leur volonté d'essayer autre chose. Ce rejet, pour autant, n'est pas une déroute : c'est la deuxième leçon. Ennahda reste bien représenté au Parlement et, deuxième formation politique derrière le parti vainqueur, Nidaa Tounès, pourrait même participer à un gouvernement de coalition. La volonté manifeste des dirigeants d'Ennahda d'accepter les règles du jeu, après avoir très vite reconnu la défaite de leur parti et félicité le vainqueur, est à la fois intelligente et rassurante. Enfin, troisième leçon, le paysage politique tunisien est en voie de recomposition, avec désormais un rééquilibrage des forces alternatives aux islamistes, mais cette recomposition est loin d'être achevée. Le parti victorieux, Nidaa Tounès (" L'appel de la Tunisie "), est une formation attrape-tout, regroupant des gens de gauche, de droite, et jusqu'à certains anciens du régime Ben Ali. Il est dirigé par un homme très populaire, certes, mais âgé de 87  ans, qui a servi aussi bien sous Bourguiba que sous Ben Ali : Béji Caïd Essebsi , ou " BCE " comme on l'appelle en Tunisie, est désormais le favori de l'élection présidentielle du 23  novembre.

Mais hormis la personnalité de BCE et le rejet des islamistes, il est difficile de définir ce qui constitue la véritable identité politique de Nidaa Tounès. Les petits partis progressistes laïcs ont été laminés. Et le parti qui arrive en troisième position, l'UPL de Slim Riahi, richissime homme d'affaires, n'a pas non plus d'identité claire en dépit d'accents populistes. La baisse de la participation électorale, par rapport à 2011, traduit sans doute aussi une certaine désillusion des Tunisiens face à ce tableau. Comme souvent, le plus dur reste à venir. La Tunisie a besoin d'entreprendre d'urgence d'importantes réformes économiques ; tout gouvernement qui s'y attellera devra pouvoir s'appuyer sur une assise politique solide. Celle-ci est donc à construire, puisque, selon les résultats provisoires, Nidaa Tounès ne dispose pas de la majorité absolue. »

( A suivre) 

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