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Presse aidant...... Ainsi allait le Monde en décembre 2014.

2 Janvier 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Comme chaque mois depuis le début de l’année 2014, voilà ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux, traitant de géopolitique, du journal Le Monde. Je pensais laisser tomber cette rubrique pour 2015, mais je crois bien que je vais la poursuivre, ne serait-ce pour conserver des repères de vigilance…. Même quand les nouvelles sont plutôt bonnes ou moins mauvaises comme fut parfois le cas en décembre. Si au cours de la nouvelle année, nos vœux de paix étaient exhaussés, et que ces éditoriaux devenaient très optimistes, je pourrais toujours réduire la voilure en ne faisant plus qu’un billet bimestriel, voire trimestriel, voire ….......« L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je peux marcher, je ne l’atteindrai jamais. A quoi sert l’utopie ? A cela : elle sert à avancer. Eduardo Galeano»

 

Editorial du mercredi 17 décembre : Les leçons du massacre de Peshawar.

Une véritable onde de choc. Un haut-le-cœur collectif. Rarement depuis le 11 septembre 2001 la folie terroriste aura autant saisi par son atrocité et suscité pareille unanimité de réactions. Sur place, au Pakistan, le massacre de Peshawar, mardi 16 décembre, n’a pas fini de produire ses effets.

Un groupe d’assaillants talibans a froidement exécuté aux cris d’« Allah-o-akbar ! » (« Dieu est grand ! »), près de 140 élèves et enseignants d’une école appartenant à l’armée. Il s’agit de l’acte terroriste le plus sanglant jamais perpétré au Pakistan, pays malade déjà pourtant accoutumé à une violence quotidienne. Comme en Irak, en Syrie et ailleurs, le drame est venu rappeler que les musulmans sont les premières victimes de la violence islamiste. Dans cette flambée d’hystérie, les enfants ne sont même plus épargnés. Pis, ils sont visés en tant que tels. Le crime de Peshawar a été revendiqué par les talibans pakistanais du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), une coalition de groupes djihadistes opérant dans la région frontalière afghano-pakistanaise de peuplement pachtoune. La zone est explosive. Elle abrite des noyaux extrémistes qui nourrissent le feu de l’insurrection autant vers le Pakistan que vers l’Afghanistan. Depuis le renversement, fin 2001, du régime taliban à Kaboul au lendemain du 11-Septembre, les chefs traqués d’Al-Qaida avaient fait de ces montagnes austères et inaccessibles leur base de repli. Le Waziristan est devenu le sanctuaire du djihad transnational, le refuge d’où les émules de Ben Laden tentent d’inquiéter encore le monde. Tel est le laboratoire où ont prospéré le TTP et d’autres groupes de la même inspiration.

Face à l’impensable de Peshawar, les réactions d’horreur et d’indignation au Pakistan comme à travers le monde sonnent juste. Mais elles seraient plus convaincantes encore si les leçons du drame pouvaient en être tirées. L’armée pakistanaise, pourtant frappée en son cœur, pourra-t-elle longtemps faire l’économie d’une douloureuse mais salutaire introspection ? La guerre qu’elle mène aujourd’hui contre le TTP est sans équivoque, mais ses connexions avec d’autres groupes djihadistes soulèvent de troublantes questions. Parce que ces groupes-là frappent l’Afghanistan ou l’Inde, l’armée d’Islamabad les tolère, voire les instrumentalise pour servir ses intérêts stratégiques en Asie du Sud.

Les prétoriens du Pakistan jouent un jeu éminemment dangereux à vouloir distinguer entre les « bons » et les « mauvais » talibans, sans voir que la lutte doit s’exercer contre l’ensemble de la mouvance. Ils laissent ainsi fleurir une culture radicale dont les civils sont les victimes en fin de course. Il faut espérer que la tragédie de Peshawar ouvre les yeux sur la nécessité de repenser le puzzle stratégique de la région. L’Afghanistan devrait formellement valider sa frontière avec le Pakistan, afin de rassurer ce dernier. L’Inde serait avisée d’assouplir son attitude au Cachemire – région disputée avec le Pakistan –, afin de ne pas offrir des excuses à ses adversaires. Enfin, les Etats-Unis auraient tout à gagner à effacer l’impression qu’ils ne s’investissent dans cette région et auprès de ces Etats qu’au gré de leurs intérêts stratégiques à court terme. Si les jeunes martyrs de Peshawar pouvaient avoir contribué à réveiller les consciences.

 

Editorial du jeudi 18 décembre : Todos somos américanos.

Comme le voyage en Chine communiste de Richard Nixon en 1972 ou la signature de la paix à Camp David entre Israël et l’Egypte en 1978 pour Jimmy Carter, Cuba sera associé à Barack Obama pour la postérité. La décision du président américain, annoncée mercredi 17 décembre depuis le bureau Ovale, de renouer avec l’île de Fidel Castro après plus d’un demi-siècle de gel des relations cubano-américaines est lucide, courageuse et historique.

Lucide parce que, comme l’a dit lui-même le président américain, « on ne peut pas poursuivre la même politique pendant plus de cinq décennies et espérer obtenir un résultat différent ». La stratégie américaine à l’égard de Cuba, immuable alors que le monde entier se transformait, était de plus en plus contre-productive. Fidel Castro, qui a cédé les rênes du pouvoir à son frère en 2008, a survécu à pas moins de onze présidents des Etats-Unis. L’embargo américain, que les Cubains appellent blocus, non seulement pénalise la population, mais surtout a permis au pouvoir castriste de se poser en victime de l’impérialisme yankee, assise commode de son idéologie. Lucide aussi parce que les planètes sont aujourd’hui alignées pour un changement de cap. L’effondrement de l’économie cubaine après la chute de l’URSS, qui la portait à bout de bras, avait déjà poussé le régime à engager de timides réformes. Puis le Venezuela d’Hugo Chavez, riche en pétrole, s’était porté au secours de Cuba. Mais le Venezuela est à son tour plongé dans une crise profonde, et l’ouverture de l’économie cubaine apparaît aujourd’hui comme une nécessité : les mesures d’assouplissement commercial et financier annoncées par M. Obama arrivent donc à un moment crucial pour soutenir le secteur privé et le jeune entrepreunariat cubains. La décision du chef de la Maison Blanche est courageuse. En effet, si elle paraît depuis longtemps de bon sens aux Européens, elle constitue encore un pari osé outre-Atlantique. Le très efficace lobby conservateur cubano-américain, nourri par le ressentiment féroce d’une génération spoliée par la révolution castriste, a dissuadé les présidents américains successifs d’agir sur ce dossier au-delà de quelques aménagements pratiques. M. Obama lui-même, qui s’était engagé, en 2008, à changer de politique sur Cuba, a attendu six ans avant de le faire. Il choisit la tactique du bond en avant plutôt que celle des petits pas, et il a raison. Certes, il met à profit l’évolution démographique des réfugiés cubains aux Etats-Unis, qui, nés pour la plupart après la révolution de 1959, sont moins marqués idéologiquement que leurs prédécesseurs et plus favorables au rapprochement avec leur pays d’origine. Mais il reste maintenant au président Obama à livrer bataille au Congrès pour obtenir la levée de l’embargo, et cette bataille sera rude.

L’initiative de la Maison Blanche est historique, enfin, parce qu’elle consacre l’abandon de la stratégie du changement de régime pour celle, plus subtile, du soutien à la société civile et aux forces de changement au sein de la population. Cette politique, qui a fait ses preuves dans d’autres régimes communistes, va être portée notamment par les entreprises américaines des technologies de l’information, qui, volet important des mesures annoncées par les présidents Barack Obama et Raul Castro, vont pouvoir s’installer à Cuba. Ayant désormais perdu son meilleur ennemi, le pouvoir castriste va maintenant s’apercevoir qu’Internet et Western Union sont des armes bien plus puissantes que tous les embargos de la Terre.

 

Editorial du mardi 23 décembre : Démocratie, l’exemple vient de Tunisie.

Un dictateur, Zine El-Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir il y a quatre ans ; des élections constituantes, en 2011, puis législatives, tout aussi libres, en octobre 2014 ; enfin, ces derniers jours, l’aboutissement du premier scrutin présidentiel démocratique de l’histoire du pays : une fois de plus, l’exemple vient de Tunisie. Ce petit pays du Maghreb – 11 millions d’habitants − a sonné le début des « printemps arabes ». Il vient de mener à bien, en quatre ans à peine, une transition démocratique qui fait, d’ores et déjà, figure de modèle − hélas trop unique. Beau joueur, l’homme qui a assuré une présidence transitoire, Moncef Marzouki, vieil opposant à la brutale kleptocratie benaliste, a reconnu, lundi 22 décembre, la victoire de Béji Caïd Essebsi, le chef de la mouvance anti-islamiste, à l’issue du deuxième tour, dimanche, de l’élection présidentielle. Autant, sinon plus, que le résultat, c’est le processus qui a été admirable − libre, du début à la fin, et quasi dépourvu de violence

Laurent Fabius a eu le mot juste : « La Tunisie confirme le rôle historique qui est le sien », a dit le ministre des affaires étrangères. Dans le monde arabe, elle n’est ni un gigantesque puits de pétrole ni une réserve de gaz naturel. Elle n’est ni une puissance militaire guignant une forme de prépondérance régionale ni une nation obsédée par un quelconque messianisme religieux. Le cas est plutôt rare. La Tunisie brille par autre chose : une aptitude particulière au compromis politique. Pourquoi ? Sans doute faudrait-il relire attentivement son histoire, une très vieille affaire, de l’Antiquité à l’Empire ottoman, d’une décolonisation acquise sans trop de heurts avec la France à une vie politique longtemps marquée par la stature, et la sagesse, du père de l’indépendance, Habib Bourguiba. Ce ne fut pas un conte de fées, bien sûr. La saga tunisienne égrène son compte de drames et d’humiliations, bref sa part d’ombre, mais elle porte l’empreinte d’un esprit de tolérance qui reste particulier. Il en faudra à la formation qui contrôle maintenant presque tous les centres de pouvoir − Parlement, gouvernement, présidence −, celle de Béji Caïd Essebsi, Nidaa Tounès, dont le seul vrai ciment est son opposition à l’islamisme politique. Elle va de la droite à la gauche laïque, comptant nombre d’ex-benalistes. Elle ne doit pas céder à la tentation du parti dominateur. Elle doit se souvenir que les islamistes tunisiens, le parti Ennahda, ont été très « tunisiens » : quittant le pouvoir pacifiquement, ils ont joué le jeu de la démocratie. Façonné par Bourguiba, son mentor, l’énergique Caïd Essebsi, 88 ans, qui flirta un temps avec l’ancien régime, va devoir relever nombre de défis. Economiques : avec un taux de croissance inférieur à 3 %, cette année, la Tunisie laisse une immense partie de ses jeunes sans emploi − et certains d’entre eux rallient les rangs du djihad au Proche-Orient. Sécuritaires : avec un voisin libyen en voie d’implosion à ses frontières et, sur son territoire même, l’incursion de quelques groupuscules islamistes armés. Politiques : structurellement défavorisé, le sud du pays a voté Ennahda, quand une partie du nord plébiscitait Nidaa Tounès. Mais la Tunisie vient de prouver qu’elle savait franchir les épreuves. A sa manière, qui reste exemplaire dans la région.

 

(A suivre) 

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