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Presse aidant .... Le jour d'après la mobilisation historique.

13 Janvier 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

C’est un choc terrible qui a secoué notre pays les 7 et 9 janvier. Trois barbares, au nom du fanatisme et de la haine, ont tué dix sept personnes, la rédaction de Charlie Hebdo, des policiers et des personnes de confession juive qui faisaient leurs courses dans une supérette casher. Les pouvoirs publics et les forces de l’ordre furent admirables. Et pourtant il y a, incontestablement, nécessité d’améliorer l’arsenal juridique, notamment pour ce qui concerne la prévention, même si ça ne garantira jamais le risque zéro.

Dès le 7 janvier au soir de très nombreux français se sont mobilisés spontanément pour crier leur colère avec le slogan « Je suis Charlie ». Avec la poursuite de l’horreur les jours suivants, c’est tout un peuple traumatisé qui s’est rassemblé d’abord le samedi 10 janvier en province et surtout le dimanche 11 janvier, avec Paris et les grandes villes françaises. Au total près de 5 millions de personnes, du jamais vu depuis la libération, souvent en silence parfois en chantant la Marseillaise, mais pratiquement toujours dans l’unité, sans montrer de préférences partisanes politiques, syndicales ou religieuses, toutes générations et origines mélangées. C’était beau, c’était émouvant.

Et maintenant ? Tout le monde attendait le jour d’après : Il semblerait à ce stade que personne n’ait encore voulu casser l’ambiance ; ils sont prudents nos politiques et surtout ils marchent sur des œufs ; le premier qui fera un faux pas pourrait être largement sanctionné. Bien sûr ça ne durera que quelques jours, au mieux quelques semaines, c’est la règle de la démocratie mais si au moins, dans le domaine de la sécurité, il pouvait y avoir une forme de consensus, comme on peut l’avoir quand nos troupes armées sont engagées au Mali, en Irak ou en Centre-Afrique, ça serait formidable. Je ne vais pas développer plus mon propos, préférant joindre ci-après des éditoriaux ou chronique parus ce jour d’après et que j’ai bien appréciés.

Presse aidant .... Le jour d'après la mobilisation historique.
Presse aidant .... Le jour d'après la mobilisation historique.Presse aidant .... Le jour d'après la mobilisation historique.

« Le Billet de Favella dans les Echos (11 janvier à 22h30)

Ils ont réussi à faire sonner les cloches de Notre-Dame de Paris en hommage à un journal génétiquement anticlérical. Ils ont réussi à faire dire au recteur de la Grande Mosquée de Paris que l’islam, c’est tout le contraire de ça. Ils ont réussi à faire inviter Nicolas Sarkozy dans son ancien bureau. Ils ont réussi à faire venir Marine Le Pen à l’Elysée. Ils ont réussi à obtenir du pape François, de Poutine et d’Obama des messages de condoléances à la France. Ils ont réussi à ce que tous les Français, de toutes les confessions, les larmes aux yeux et la rage au ventre, disent s’appeler tous Charlie. Ils ont réussi à ce que ce vieux pays, la France, perclus de rhumatismes, de petites misères et de grande déprime, se réveille soudain pour renaître à ses propres yeux et à ceux du monde entier comme la patrie de Voltaire, comme la nation qui a inventé la liberté et qui ne s’en laissera pas priver par des fanatiques du XVIe siècle, celui des guerres de Religion. Ils ont réussi à nous rappeler que l’universalisme de nos valeurs, et d’abord la liberté de penser qui s’appelle aussi la laïcité, est notre bien le plus précieux. Ils ont réussi à ressouder le peuple du monde le plus querelleur en un élan de grâce républicaine tel qu’on n’en n’avait sans doute pas connu depuis le 25 août 1944, lorsque les cloches de Notre-Dame, déjà, sonnèrent pour la Libération de Paris. Maintenant qu’ils ont réussi ce à quoi personne avant eux n’était parvenu, c’est à nous, peuple de France, chrétiens, juifs, musulmans, agnostiques, de repartir à la conquête de nos valeurs depuis les ténèbres de cette épouvantable tragédie. Passé les moments d’intense émotion, cela signifiera de veiller partout, de Paris à la plus modeste commune, à ce que notre ennemi commun soit le fanatisme et non une culture ou une religion, de lutter contre lui avec les armes de la démocratie et non avec celles de la dictature, de montrer que partout et toujours, la liberté, le respect, la tolérance sont plus forts que leurs contraires incarnés par le fanatisme. Ce ne sera pas facile, tant la violence est parfois mauvaise conseillère, comme l’après-11 septembre l’a montré. Si nous y parvenons, nous aurons rendu le plus bel hommage aux petits-fils de Voltaire qui sont morts pour la liberté, le crayon à la main. »

 

« L’Editorial Du Monde : le message du 11 janvier. (12 janvier à 15h)

Les Français, ces jours derniers, ont adressé un message puissant au monde et aux auteurs des odieux attentats terroristes de la semaine dernière. Un message de rassemblement, un message de détermination, et surtout un message d'attachement aux valeurs qui ont été attaquées : la liberté, la tolérance, le pluralisme. Ils l'ont fait dans le calme et avec une dignité admirable. Une fois l'émotion retombée, des questions vont se poser sur la meilleure manière de nous protéger. Comment éviter que de tels actes se reproduisent ? Comment écarter la menace ? Comment mettre les terroristes potentiels hors d'état de nuire, alors que nous savons désormais qu'ils vivent parmi nous, au sein même de notre société  ?

Des voix fortes, et convaincantes, vont s'élever – se sont déjà élevées – pour demander des mesures de répression toujours plus fortes, une sécurité toujours plus poussée. Ces voix auront des arguments simples, efficaces, séduisants. Il faut, bien sûr, réagir avec la plus grande fermeté. Il faut procéder à un examen sans concession des failles de notre dispositif, notamment dans le domaine du renseignement, comprendre pourquoi des hommes qui étaient connus des services policiers et judiciaires – et longtemps surveillés – ont pu, finalement, avoir les moyens de mener à bien de telles attaques. Mais il faut aussi éviter le piège du 11-Septembre aux Etats-Unis : celui de la "  guerre mondiale contre la terreur  " du président George W. Bush et d'un arsenal de répression et de surveillance sans précédent qui ont, certes, relativement préservé le territoire américain de nouveaux attentats – excepté celui du marathon de Boston, en  2013 –, mais totalement déstabilisé un monde arabo-musulman dont l'Europe est la voisine immédiate.

La France, confrontée à la menace terroriste islamiste depuis longtemps, dispose de moyens de lutte législatifs et policiers importants, qu'elle n'a cessé de faire évoluer. Pour certains, l'encre est à peine sèche : plusieurs décrets d'application de la loi du 13  novembre 2014, le deuxième texte antiterroriste du quinquennat de François Hollande et le quinzième depuis 1986, ne sont même pas encore entrés en vigueur. Une autre loi sur le renseignement est en préparation : il est crucial que l'élaboration de ce texte tienne compte des attentats de janvier et en tire les enseignements. Dans ce travail, l'objectif du législateur et du gouvernement doit être d'améliorer le fonctionnement des services de renseignement et de leur donner les moyens de s'adapter à une menace terroriste en constante évolution. Mais il doit être aussi de rester fidèle aux valeurs qu'a défendues le peuple de France, descendu massivement dans la rue dimanche 11 janvier, ces valeurs de démocratie et de liberté visées par les terroristes.

Il y a d'autres domaines dans lesquels nous pouvons agir pour nous protéger. La lutte contre la radicalisation, tout particulièrement dans nos prisons, qui transforment trop de jeunes délinquants déboussolés en futurs terroristes fanatisés et prêts à tout, doit être l'une de nos priorités. Et il y a l'Europe, dont les citoyens et les dirigeants ont répondu présent à l'appel des Français. Le terrorisme islamiste doit être combattu à l'échelle européenne. Au moment où le Vieux Continent lamine ses budgets de défense et renâcle à une coopération sécuritaire et judiciaire plus étroite, cet axe est plus vital que jamais. Y renoncer serait ne pas entendre le message du 11 janvier. »

 

Chronique de Gérard Courtois dans le Monde (12 janvier à 15 h)

« Le pire n’est pas toujours sûr : Il ne faut pas désespérer des Français. On les disait inquiets, anxieux, frileux, doutant d'eux-mêmes et méfiants des autres. Après trois jours de sang et de larmes, de stupeur douloureuse, de sidération révoltée, après ces quelques dizaines d'heures où trois terroristes auront, de sang-froid, au nom d'un djihad mortifère, décimé l'équipe de Charlie Hebdo, exécuté des policiers et assassiné les clients d'un supermarché juif, ils ont démontré le contraire. Dans un rassemblement sans précédent, digne, émouvant, rassurant.

Par millions, dans la capitale et toutes les villes du pays, dimanche 11  janvier, ils ont dit non à la barbarie et au fanatisme. Jamais les places de République et de la Nation, à Paris, n'avaient si bien porté leur nom. Jamais Voltaire, pourfendeur de tous les obscurantismes voilà plus de deux siècles et dont l'esprit inspirait les dessinateurs de Charlie, n'avait reçu plus bel hommage, sur le boulevard auquel il a donné son nom. De tous âges, conditions, origines et croyances, ils ont fait face, refusé l'innommable et défendu l'essentiel - la liberté qui fonde la démocratie.

Il ne faut pas davantage désespérer de la France. On la dit volontiers paralysée, incapable d'affronter les crises qui la minent, divisée contre elle-même. Près d'une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont venus lui dire, au premier rang du peuple parisien, qu'elle reste, à leurs yeux, la patrie de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité. Et ceux qui n'étaient pas à Paris étaient nombreux, dans les capitales du monde entier, pour manifester leur solidarité. Là encore, la mobilisation a été aussi exceptionnelle que réconfortante. Sursaut des consciences.

Il ne faut donc pas désespérer de l'avenir. Et l'on veut croire que ce sursaut des consciences - individuelles et collectives, nationale et internationale - marquera, comme l'a dit le premier ministre Manuel Valls, " un avant et un après ". C'est désormais le défi des responsables de ce pays : être à la hauteur des attentes exprimées par ses citoyens.

Ils l'ont été face au choc de cette semaine insensée. A commencer par le président de la République. Dès les premières minutes qui ont suivi la tuerie de Charlie Hebdo jusqu'à la cérémonie, dimanche soir, à la Grande Synagogue de Paris, en passant par le sommet planétaire improvisé dans l'après-midi, il a su trouver le ton, employer les mots et faire les gestes qui s'imposaient, marier émotion et solennité, gravité et détermination. Incontestable commandant en chef pendant ces heures périlleuses, il a été sur tous les fronts, entouré par le premier ministre et le ministre de l'intérieur, impeccables dans la tourmente. Trois jours durant, il aura incarné l'unité de la nation. C'est son rôle, il l'a pleinement assumé. Cela laissera, sans aucun doute, une trace dans l'esprit des Français.

Les responsables de l'opposition, pour leur part, ont su faire passer l'unité nationale avant l'habituel combat politique. L'épreuve que traversait le pays le leur imposait. Ils ne se sont pas dérobés, quoiqu'il leur en coûte. A l'exception de la présidente du Front national, défenseure autoproclamée du peuple mais incapable de s'associer au rassemblement parisien qu'elle a qualifié, dimanche à Beaucaire, de "grande machine à blanchir les consciences ". Et commodément oublieuse qu'elle est la plus acharnée pour attiser les peurs, nourrir les ostracismes et faire l'amalgame - inacceptable  - entre terrorisme, islam et immigration. Innombrables questions

Mais dès aujourd'hui, sauront-ils, les uns et les autres, rester à la hauteur ? Au-delà de l'émotion, gouvernement, majorité et opposition républicaine sauront-ils engager le débat aussi urgent qu'indispensable sur les remèdes à apporter au traumatisme subi par le pays ? C'est leur responsabilité. Elle reste à démontrer.

Déjà, d'innombrables questions se posent sur la capacité de la France à faire face à la menace terroriste. Le chef de l'Etat a souligné que nous n'en " avons pas fini " avec elle. Le premier ministre a admis qu'il y avait eu des " failles " dans le dispositif de surveillance et de protection, entre les mailles duquel sont passés les trois assassins qui ont commis les tueries de la semaine passée. Le ministre de l'intérieur a organisé, dès dimanche, une réunion de ses homologues européens, auquel s'était joint le ministre de la justice américain ; ils ont convenu de se retrouver à Washington, dans un mois, pour renforcer leur coopération.

Mais il faut aller au bout de cette " lucidité ", pour reprendre le mot partagé par Manuel Valls, dès vendredi, et Nicolas Sarkozy, lundi 12 janvier au matin. Une nouvelle fois se posera la question de l'équilibre entre le respect des libertés démocratiques et l'efficacité de la réponse policière, à l'échelle de la France et à celle de l'Europe. Une nouvelle fois celle des moyens de détection dont disposent les services de sécurité français, une nouvelle fois celle de la politique pénale, en dépit des innombrables lois adoptées ces dernières années.

Au-delà, une question plus large et plus lourde encore est posée : comment la France a-t-elle pu en arriver là ? Comment a-t-elle pu secréter une telle haine à son endroit, non pas seulement de groupes terroristes proche-orientaux, mais de jeunes qui ont grandi sur son sol ? Pourquoi la République se laisse-t-elle gagner par un racisme latent et un antisémitisme odieux ? Comment empêcher que toute la communauté des musulmans de France ne soit prise en otage par les djihadistes qui ont armé le bras des assassins parisiens ? Comment, enfin, redonner pleinement sens à l'idéal républicain ? Chacun mesure que ce sera un effort difficile et de longue haleine. Un effort vital, cependant, si l'on veut lutter sérieusement contre toutes les pestes identitaires qui rongent ce pays.»

 

L’Editorial de Cécile Cornudet dans les Echos (12 janvier à 22h30)

« Mais que veut Charlie ?: Protection est le premier mot du jour d’après. Le gouvernement a mobilisé 10.000 militaires hier pour assurer la sécurité des « points sensibles ».Nicolas Sarkozy a pressé l’exécutif d’agir sur la sécurité et l’immigration. Si la politique reprend ses droits, elle le fait en mode plutôt doux. Personne, à gauche comme à droite, ne veut briser « l’esprit du 11 janvier », selon l’expression de Manuel Valls, ou du moins en porter la responsabilité. Chacun, du coup, y va de sa proposition pour que majorité et opposition répondent main dans la main aux attentats de la semaine dernière. La politique est là, mais elle se cherche, soucieuse d’être enharmonie avec ce qu’a dégagé la mobilisation du week-end. Ces millions de Français marchant dans toutes les villes de France ont envoyé un message d’une extrême puissance aux dirigeants politiques. Mais, au fait, lequel ? Au-delà du sursaut et de l’émotion face à l’horreur, que veulent ces millions de Charlie qui ont défilé dans la concorde ? C’est toute l’ambiguïté de la marche de dimanche, la force créée par le nombre, le flou du message. Une marche silencieuse, sans slogans ou presque, sans banderoles et sans étiquettes. Un Charlie qui s’impose au monde, mais qui agrège toutes les raisons possibles de descendre dans la rue. Manifeste-t-on contre la barbarie ou manifeste-t-on pour la liberté ? Ce seul motif change tout, à l’heure où certains demandent un Patriot Act à la française. La sécurité avant tout, quitte à rogner sur nos libertés, comme le défend Claude Guéant ? Ou une réponse plus mesurée, ne serait-ce que pour ne pas accroître l’impression qu’ont des musulmans d’être stigmatisés ? Le « jour d’après » se construira sans doute en plusieurs jours. A tâtons. Parce que, malgré les calculs politiques évidemment présents, le peuple debout veille. Et parce qu’il n’est pas impossible non plus que les responsables politiques, Charlie eux aussi d’un jour, aient soudain vu le pays d’un œil nouveau. L’UMP Hervé Novelli est de ceux-là. « Contrairement à ce que je pensais, j’ai vu dimanche des gens de toutes origines qui déclaraient leur amour à la France. Ça fait réfléchir. La question majeure qui me saute aux yeux, ce n’est plus comment durcir l’accession à la citoyenneté, mais comment mieux intégrer ceux qui veulent s’intégrer. » C’est bien connu, Charlie est un perturbateur. »

 

Il n’est pas impossible que ce billet se modifie au fil des jours, du moins dans les prochains jours. Sans avoir à ouvrir une nouvelle page, je pourrais intégrer un nouvel éditorial ou plusieurs dont je partagerai le message qui se substituerait alors à ceux que j’ai retenus ce jour.

 

(A suivre)

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