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Presse aidant.......Ainsi allait le Monde en Février 2015.

3 Mars 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’.

 

Editorial du jeudi 5 février. Le djihad, les régimes arabes et la loi du Talion.

Une douzaine d'heures seulement après la diffusion d'une vidéo montrant l'ignoble assassinat du pilote jordanien Moaz Al-Kassasbeh par le mouvement Etat islamique (EI), le régime jordanien annonçait, l'exécution, en représailles, de deux djihadistes irakiens. Sajida Al-Richaoui et Ziad Karbouli avaient été condamnés à mort, elle en  2006, pour son rôle dans les attentats-suicides ayant causé 60 morts un an auparavant à Amman, et lui en  2008, pour l'assassinat d'un ressortissant jordanien. Ils ont été pendus mercredi 4 février.

En voyage aux Etats-Unis, le souverain hachémite, Abdallah  II de Jordanie, est rentré en urgence au pays annoncer une guerre sans merci contre l'EI et une intensification des frappes aériennes contre le mouvement retranché en Syrie et en Irak. " Nous livrons cette guerre pour protéger notre foi, nos valeurs, des valeurs humanistes, et notre guerre en leur nom sera sans merci, et nous irons les frapper sur leur propre sol  ", a promis le roi Abdallah.

Sous la pression d'une opinion révoltée par la sauvagerie du meurtre de Moaz Al-Kassasbeh, tombé aux mains de l'EI et brûlé vif dans une cage de métal, pressé d'agir par l'influente tribu des Kassasbeh, ivre de vengeance et dont est issu le jeune pilote, le roi marche sur une corde raide. D'autant que son pays, "aspiré" par la crise syrienne (750  000  réfugiés syriens sont présents sur son sol en plus de 60  000 Irakiens), est divisé entre partisans et opposants de la participation d'Amman à la coalition contre l'EI, sous direction américaine.

Certains, en Occident, se félicitent, à l'occasion du tollé soulevé par l'ignominie de l'assassinat de Moaz Al-Kassasbeh, de la prise de conscience des pays arabes sunnites. Longtemps aveuglés par leur hostilité aux valeurs occidentales et au projet hégémonique de l'Iran chiite, les deux cibles prioritaires de l'EI, ces pays auraient ignoré la menace djihadiste. La mort de l'otage jordanien sonnerait l'heure du réveil. Il n'empêche qu'il y a quelque ironie à écouter le roi Abdallah, présent aux côtés de François Hollande le 11  janvier pour manifester contre les attentats de Paris, expliquer vouloir protéger les " valeurs humanistes  " de son pays et ordonner dans le même temps l'exécution de deux condamnés à mort, assimilés à des otages, en attente depuis des années dans le couloir de la mort.

Le Pakistan avait, lui aussi, levé son moratoire sur les exécutions de terroristes condamnés à mort au lendemain de l'attaque par des djihadistes d'une école de Peshawar ayant causé la mort de 141  personnes, dont 132 enfants. Six pendaisons ont déjà eu lieu, près de 500 devraient suivre. Dans une surenchère malsaine, le grand imam de l'université Al-Azhar, l'Egyptien Ahmed Al-Tayeb, censé diriger la plus prestigieuse institution de l'islam sunnite, a appelé à appliquer aux terroristes de l'EI "la punition prévue dans le Coran pour ces agresseurs corrompus qui combattent Dieu et son prophète : la mort, la crucifixion ou l'amputation de leurs mains et de leurs pieds". L'Egypte est en proie, elle aussi, à une sanglante insurrection dans le nord du Sinaï.

Il y a certes, une différence entre la mise en scène ignominieuse de l'EI et l'exécution de peines légales, mais lorsque l'Etat de droit s'apparente à la loi du talion, c'est l'ensemble des valeurs qui le constituent qui s'en trouvent ébranlées. C'est une victoire de ceux que l'on prétend combattre, qui ont réussi à imposer leur logique meurtrière.

Editorial du Mardi 10 février. France-Maroc : fin de la brouille.

La brouille est un classique des relations franco-marocaines. A intervalle régulier, Paris et Rabat s'offrent une bonne petite crise. Comme si, entre la République française et la monarchie alaouite, vieux couple s'il en est, on était condamné à ces périodes de tension, puis à se rabibocher avec la même nécessité.

Il en fut ainsi au milieu des années 1960, lors de l'assassinat à Paris du chef de l'opposition marocaine, Mehdi Ben Barka, au début des années 1980 encore, puis dix ans plus tard avec le livre de Gilles Perrault Notre ami le roi (Gallimard, "  Folio  "), pour ne citer que quelques exemples. La brouille franco-marocaine a cela de commun avec le jasmin au printemps : elle ne dure pas, pour des raisons liées à l'Histoire, la proximité géographique et les relations humaines.

C'est ce que nous venons de vivre avec le dernier épisode de la saga. François Hollande a reçu, lundi 9  février, le roi Mohammed VI, pour mettre un terme à un différend vieux d'un an.

Cette fois, le " partenariat d'exception " franco-marocain a été malmené en février  2014, avec la venue de policiers français à la résidence de l'ambassadeur du Maroc à Neuilly afin d'y remettre une convocation visant Abdellatif Hammouchi, le patron du contre-espionnage marocain, accusé de "complicité de torture " par deux ressortissants marocains.

Colère de Rabat, qui décida de suspendre l'accord de coopération judiciaire liant la France et le Maroc. Plusieurs autres incidents diplomatiques suivirent, mettant tous en cause de hauts responsables marocains. En mars  2014, le chef de la diplomatie, Salaheddine Mezouar, a fait l'objet d'un contrôle inopiné à l'aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle. Sur fond de rivalité historique algéro-marocaine et de rapprochement de la France avec l'Algérie dans le cadre de sa lutte contre le terrorisme au Sahel, la brouille a pris de l'ampleur.

Il a fallu deux journées de travail entre les ministres de la justice pour signer un nouvel accord de coopération judiciaire. Sans doute peut-on reconnaître une certaine maladresse diplomatique de la part de Paris dans cette affaire.

Fallait-il pour autant suspendre un accord judiciaire dont dépend le quotidien de tant de personnes de chaque côté de la Méditerranée ? Car, au cœur de cette vieille relation, il y a bien autre chose que des enjeux stratégiques ou économiques communs. Il y a une proximité humaine exceptionnelle : 1,3  million de Marocains résident en France, plus de 60  000 Français au Maroc. Le gel de la coopération a affecté de nombreux aspects de cette histoire : mariages mixtes, déplacements d'enfants, prisonniers en attente de transfèrement, enquêtes en cours, échange de renseignements dans la lutte antiterroriste.

La brouille ne pouvait durer. Entre la République et la monarchie, les sensibilités peuvent être différentes, les susceptibilités à vif, les pratiques judiciaires ô combien différentes, mais l'addition des intérêts communs finit par l'emporter. Tant mieux.

 

Editorial du vendredi 13 février. Ukraine : ne pas baisser la garde.

L'accord conclu jeudi 12  février à Minsk n'est pas un règlement du conflit russo-ukrainien. C'est un accord de cessez-le-feu, et il doit être pris comme tel. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la France et l'Allemagne, qui ont pris l'initiative de mener ces difficiles négociations avec les parties au conflit, n'avaient pas soulevé d'attentes excessives.

La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande sont restés très prudents sur les chances de succès de l'accord. A juste titre.

Résumant le sentiment dominant dans le camp européen, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a eu cette formule révélatrice : " Pour certains, cela ne sera pas assez. Nous aussi, nous espérions davantage.  " Le document signé par l'Ukraine, les séparatistes et l'OSCE (l'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe) présente nombre de faiblesses, en particulier dans les modalités de mise en œuvre. La principale concerne les 400  km de frontière entre la Russie et l'Ukraine, dont, si tout se passe bien, Kiev ne finira par avoir le contrôle qu'à la fin de l'année.

Le président ukrainien Petro Porochenko a réussi à éviter des concessions de principe majeures, comme celles d'abandonner le contrôle des régions entières de Donetsk et de Lougansk, d'accepter la revendication russe d'une " fédéralisation " ou de renoncer à rejoindre un jour l'Union européenne ou l'OTAN. Mais, sur le terrain, les forces russes et leurs affidés pourraient garder la haute main.

Il est probable que cet accord "  Minsk 2  " ne constituera qu'une pause dans le conflit ; il faut espérer, sur un plan humanitaire, que celle-ci sera plus longue que celle de "  Minsk 1  ", conclu le 5  septembre, qui n'a pas été appliqué. Etait-il possible d'arracher plus à Vladimir Poutine ? Sans doute pas à ce stade.

Il y a, pourtant, des éléments positifs dans l'évolution de la situation. Le premier est que les Occidentaux ont, enfin, pris la mesure des ambitions du Kremlin et de la menace que constituent pour le continent les méthodes du président russe. Les positions exprimées par les dirigeants européens et américains à la conférence de Munich sur la sécurité, début février, ont confirmé une prise de conscience générale du défi lancé par Moscou à l'ordre international de l'après  -  guerre froide. L'annexion de la Crimée et l'invasion du Donbass ne sont pas une péripétie : elles font partie d'une stratégie d'établissement d'une sphère d'influence par la force.

L'autre élément positif est la volonté déclarée à Bruxelles de maintenir la pression sur Moscou."  Notre confiance dans la bonne volonté du président Poutine est limitée ", a souligné le président du conseil européen, le Polonais Donald Tusk, bien placé pour savoir. Les sanctions sont maintenues et susceptibles d'être renforcées si le cessez-le-feu n'est pas respecté.

Il s'agit de ne pas baisser la garde. Au contraire. Cette crise sera longue. Les Européens ne sont pas prêts à armer l'Ukraine : soit. Il existe d'autres moyens d'aider ce pays de 46 millions d'habitants. Construire un Etat démocratique avec une économie qui fonctionne, une sorte de deuxième Pologne, est la stratégie que redoute le plus Vladimir Poutine. Le prêt de 17,5 milliards de dollars débloqué jeudi par le fMI est une bonne nouvelle, mais l'UE doit s'investir. Cela va coûter cher, et M. Poutine tentera de saper cette stratégie. C'est le prix à payer pour faire face au défi du Kremlin. 

Editorial du Mardi 24 Février. Grèce : retour à la réalité.

La catastrophe a été évitée. L'accord conclu à l'arraché, vendredi 20  février, entre le gouvernement grec et l'Eurogroupe n'est une victoire pour personne. Il constitue simplement, pour Athènes, un retour à la dure réalité.

La liste des réformes qu'Athènes devait soumettre aux ministres de l'Eurogroupe, mardi, pour obtenir une prolongation de quatre mois de l'aide financière dont bénéficie la Grèce en est l'illustration. Les mesures proposées par le gouvernement de M. Tsipras tentent de concilier ses promesses électorales avec les exigences de ses créditeurs. Le premier ministre reste ainsi fidèle à son souhait de fournir électricité et soins médicaux gratuits aux Grecs les plus pauvres, ainsi que de mettre fin aux saisies de logements ; en échange, il s'engage à mettre en œuvre de vraies réformes pour lutter en profondeur contre l'évasion fiscale, la contrebande de tabac et d'essence, et la corruption.

Alexis Tsipras ne changera pas l'Union européenne à lui tout seul, et Syriza n'est pas le mouvement révolutionnaire qui balaiera les plans d'austérité. A partir du moment où la Grèce constate que son intérêt fondamental est de rester au sein de la zone euro, elle ne peut faire autrement que de se plier à un minimum de règles. C'est ce qu'ont rappelé au bouillant Yanis Varoufakis, le ministre des finances qui avait imprudemment vendu la peau de la "troïka" avant de la tuer, non seulement la Commission européenne, non seulement l'Allemagne, mais aussi les pays qui, eux, ont payé cher le respect des règles pour sortir de l'ornière, comme l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie.

Une anomalie en Europe

Un autre argument a amené Athènes à résipiscence : ce troisième sauvetage de la Grèce n'a pas plongé l'Europe dans l'atmosphère dramatique des deux précédents. L'équipe de M.  Tsipras a sans doute constaté une certaine lassitude parmi ses partenaires européens et senti que le spectre du " Grexit ", à tort ou à raison, ne suffisait plus à semer la panique. Progressivement, l'idée s'est installée en Europe et sur les marchés qu'une sortie de la Grèce de l'euro n'était plus nécessairement le scénario cauchemar qui ferait exploser la zone euro. Le rapport de force, dans ces conditions, n'était plus en faveur d'Athènes.

Il reste que le problème grec subsiste, que la population a terriblement souffert et que la racine du mal n'a pas été soignée. Des mesures d'austérité d'une terrible sévérité ont été prises ces dernières années, mais le système oligarchique qui a causé la ruine du pays est toujours en place. La Grèce demeure une anomalie, en Europe, en matière de recouvrement de l'impôt – même si le gouvernement précédent a commencé à nettoyer les écuries d'Augias –, et l'Eglise orthodoxe y conserve des privilèges inacceptables.

Alexis Tsipras a promis de s'attaquer à ces maux. Il faut le soutenir, car c'est une entreprise qui demande du courage politique, en particulier au moment où sa gestion de ce premier bras de fer avec la " troïka " risque de le mettre en porte-à-faux avec la gauche de la gauche grecque. La montée en flèche des retraits d'argent dans les banques grecques la semaine dernière montre aussi que le soutien populaire dont jouit Syriza est volatil. Si, passé les premiers coups de menton, M.  Tsipras donne des gages de sérieux et d'une authentique volonté réformatrice, le moment est venu de l'appuyer, sans arrière-pensées.

 

( A suivre)

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