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A livre ouvert (et Marianne) … Et si on aimait la France

3 Mai 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

Cela faisait quelques temps que je voulais faire un billet sur un livre de Bernard Maris. Un nouveau billet car j'en avais déjà fait un en janvier 2009, intitulé « Pulsion du capitalisme et sagesse des mythes » un curieux et sans doute prétentieux exercice où je voulais trouver des concordances entre deux essais (Keynes ou l'économiste citoyen et Capitalisme et pulsion de mort ) de Bernard Maris et un livre, aussi intéressant, de Luc Ferry (La sagesse des mythes), l'ancien ministre, sans doute contrarié, de l'Education Nationale de Sarkozy; contrarié si je comprends bien le soutien qu'il a apporté ensuite à la réforme scolaire de Vincent Peillon.  

Depuis sa mort lors de l’attentat contre « Charly Hebdo » je voulais faire un billet sur le livre, paru fin 2014 (Houellebecq économiste), mais j’avais encore besoin de me familiariser un peu plus avec Houellebecq dont je n’ai lu que l’excellent «La carte et le territoire » et le surprenant « Les particules élémentaires » et c’était encore trop peu. J’ai acheté récemment « Plateforme » et j’envisageais de préparer, à l’horizon de l’été, ce billet hommage à Maris (et éventuellement à Houellebecq) mais maintenant, ça pourra attendre, puisqu’une priorité s’est depuis imposée. Cette priorité c’est l’hebdomadaire ‘’Marianne’’ qui en est la cause avec son numéro spécial du 17 mai : « Le livre testament de Bernard Maris : Et si on aimait la France ». Je ne suis pas un fidèle de ‘’Marianne’’ ni d’ailleurs d’aucun hebdo et quand j’en achète un, c’est après l’avoir longtemps feuilleté pour être bien sûr que je le lirai à plus de 50%. ‘’Marianne’’ journal de la gauche républicaine est l’hebdo le plus souvent choisi même si je m’interroge souvent sur sa cohérence éditoriale. Je précise aussi, et je l’ai déjà écrit sur ce blog, que je n’ai jamais acheté et donc lu « Charlie Hebdo » ; je ne connais donc pas Oncle Bernard mais Maris que par quelque livres et surtout par des émissions-débats à la radio (France-Inter) ou à la télé (Longtemps sur ‘’I Info’’ et quelques fois à ‘’C’dans l’air’’).  

A livre ouvert (et Marianne) … Et si on aimait la France A livre ouvert (et Marianne) … Et si on aimait la France

Voici quelques extraits de l’hommage de ‘’Marianne’’ par la plume d’Hervé Nathan : «…… Pour lui, l’économie n’était rien sans la sociologie, l’histoire, la politique. Les ‘’économistes industriels’’ qu’il qualifiait de secte dangereuse, n’auront de cesse de le combattre et auront la peau de son laboratoire à l’université de Toulouse. Jean Tirole, récemment nobélisé, poursuit ce combat douteux en traitant ceux qui veulent enseigner l’économie comme une science humaine, d’’’obscurantistes….…..Maris avait enfin une qualité rare, chez les économistes, celle du repentir. Il était capable de reconnaitre une erreur. Il l’avait fait avec éclat à propose de l’Euro, lui le fédéraliste convaincu : ‘'….j’ai cru pauvre nigaud qu’une monnaie unique nous mettrait sur la voie d’une Europe fédérale…’’ »

Dominique Seux, directeur adjoint éditorial de la rédaction des ‘’Echos’’, qui débattait avec lui dans les matinales de France-Inter avouait volontiers un complexe vis-à-vis de son contradicteur : « Je n’avais qu’un terrain, celui de l’économie. Lui avait l’histoire, la sociologie, la philosophie. Je partais battu.’’

Philippe Labarde, qui fut directeur de la ‘’Tribune de l’économie’’ juge l’œuvre de son ami « Que laisse t-il ? Certainement pas des travaux puissants sur la régulation…. Il ne bâtissait pas une théorie, mais une critique. Avec son talent et ses armes, il a réussi à déshabiller les économistes au moment où ils prétendaient représenter la science infuse. »

Ce qu'avait rappelé le lendemain de son assassinat, dans le journal '' Les Echos'' Jean Marc Vittori des ‘’Echos’’ qui, lui aussi, débattait avec Maris sur les ondes. « Nous n’avions bien sûr pas la même grille de lecture de l’économie. Lui préférait l’Etat au marché, la décroissance à la croissance, l’écologie à l’industrie. Mais il adorait la joute oratoire. Quitte à parfois glisser, après la fin de l’échange : « Au fond, je suis d’accord avec toi… » Il était souvent « anti » : anti-voiture, anti-société de consommation, anti-riches, et ces derniers mois, anti-euro. Il avait d’ailleurs écrit un joli « Anti-manuel d’économie ». Ce qui ne l’avait pas empêché de siéger au conseil général de la Banque de France, après avoir été au conseil scientifique de l’association antilibérale Attac. Ce vendredi, on envisageait de débattre de la France dépassée par le Royaume-Uni au rang des puissances économiques. Il y aurait sûrement eu des éclats. Mais des crétins intolérants ont assassiné l’un des hommes les plus tolérants qui soient. Il va nous manquer. Il nous manque déjà. »

Et voilà que j’ai trouvé en librairie, samedi 25 avril ce petit livre de 142 pages. La dernière page se termine par une date : 2 janvier 2015. Il avait dit à son éditeur que son livre serait prêt pour paraître en avril 2015. Cinq jours plus tard il était assassiné ; c’est donc un livre inachevé qui, à la lecture, parait un peu décousu mais qu’importe car il y a tant de passages admirables et émouvants à retenir. J’ai fait des choix en évitant de faire trop de copies des meilleures pages déjà publiées dans ‘’ Marianne’’.

«…Disons que je me pose moi aussi des questions de dettes et de créances. Une manière de dresser un bilan, actif, passif, mais surtout de redonner au mot dette tout son sens, celui de faute, de culpabilité. Un livre pour dire : non, Français, vous n’êtes pas coupables, vous ne devez rien ; le chômage, la catastrophe urbaine, le déclin de la langue, ce n’est pas vous ; le racisme, ce n’est pas vous, contrairement à ce qu’on veut vous faire croire. Vous n’êtes pas coupables. Retrouvez ce sourire qui fit l’envie des voyageurs pendant des siècles, au ‘’pays où Dieu est heureux’’. ( Page 13 )….»

« … La gauche est victime de l’Internationale, la droite de la mondialisation. La gauche paie l’engagement pour les peuples opprimés et les droits de l’homme et la droite le CAC 40 qui fait 80% de ses profits hors sol national et encense les délocalisations heureuses qui créent des emplois et de la richesse….. »

«  L’Internationale et la mondialisation ne font pas ménage avec la France ……mais j’admets mal que la France appartienne aujourd’hui à la droite, la droite de la mondialisation heureuse, la droite éternelle qui bave toujours sur la gauche par un vieil atavisme et ne cesse de poignarder son pays dans le dos… (Pages 22-23). »

« … Je me sens comme Ulysse de retour au pays occupé par des prétendants. J’ai vu le monde. J’ai négligé mon pays et j’ouvre les yeux sur ceux qui lui ravisse… ce que vous voulez ; son âme sa beauté… (Page 26)…..Ceux qui lui arrachent ses vêtements, l’éducation, la connaissance, la langue, la République, la sociale, le peuple dans la ville, l’égalité, la laïcité, l’intelligence, le rire. Disons que j’ai envie de démasquer les prétendants et de dire à ma Pénélope : ‘’Qu’est-ce que la France sans la grandeur ?.... …  Oui, ma douce, oui mais qu’est-ce que la France sans la beauté ?... (Page 27)… »

«  Victor Hugo, avec ses contradictions est la France. Il est la France avec son insupportable vanité et quelque chose de grand et peut-être de génial. ‘’La France ne peut-être la France sans la grandeur’’ résumera De Gaulle… (Page 32)... »

«  Les obsèques de Mitterrand furent un grand moment français. La femme et la maîtresse partageant le deuil, les fils avoués et la fille cachée partageaient les pleurs. Quand le vent fit voler le drapeau, les deux femmes se précipitèrent. L’épouse gagna de justesse… (Page 33) … »

«  Cette nation aime les femmes et les sonnets. Cette nation inventa l’amour courtois… (Page 36) …..C’est une hyper galanterie, une hyper politesse vis-à-vis des femmes, une reconnaissance absolue de la supériorité féminine et de l’autorité de son corps, telle que dénudé il impose le respect au mâle sauvage, lequel ayant su se dominer devient humain ; humain comme une femme… (Page 39-40) ...Comme la démocratie, la galanterie est un moment de modestie……Dans tous les cas c’est une preuve de civilisation… (Page 46)…. »

«  …Hors quelques émotions criées et ravalées, les français adoptent un changement culturel radical encres leur passé chrétien. Ils l’ont toujours fait. Ils l’ont fait en 1969 avec la loi Neuwirth et en 1974 avec la loi Veil…. Il faut comprendre que le peuple est non seulement beaucoup plus intelligent qu’on ne le croit, mais tout à fait disposé au changement. Ceux qui brament à ‘’l’impossibilité de réformer la France ‘’sont des incapables, des lâches… (Pages 68-69)»

«  …. Qui nierait que la France est aujourd’hui à la recherche d’un équilibre ? Entre religions, entre villes et zone de rien, entre industrie et écologie, etc …Mais le vieil équilibre de l’ordre éternel des champs, qui est tellement important parce qu’il signifie l’éternité d’un pays, ne reviendra plus. Quel nouvel équilibre porterait une autre éternité ? » (Pages 75-76)… »

« …. Quelle merveille d’équilibre que ce pays situé à égale distance du pôle et de l’équateur, aux contours harmonieux d’une régularité presque géométrique, où le blé, l’olivier et la vigne méditerranéenne côtoient la lande et la bruyère et l’élevage du Limousin pluvieux…..Habitant le centre du monde, dans ce cadeau des dieux entre le monde de la Méditerranée et celui des Barbares, comment les Français n’auraient-ils pas été condamnés à l’exceptionnel et à l’universel ?...(pages 84-85) »

«  …. S’il existe un ‘’génie national’’, il est dans la résolution de cet oxymore : un pays anthropologiquement des plus divers, géographiquement divers, climatiquement divers et tout entier tourné vers l’unité. L’unité et l’indivisibilité du Royaume puis de la république et l’universalité du sujet puis du citoyen… (Pages 94-94)…..»

« …… La Douce France, la France des banlieues et du centre, de la zone et des beaux quartiers, des paysans et des urbains, des ouvriers des cités prolétaires et des artisans des villes, cette France recouvre aujourd’hui des pans….de rien. Des néants géographiques. D’isolement et de solitude. …… Ajoutons à cette inexistence, l’existence bien réelle du chômage, et nous voyons naître une France inquiète et inquiétante…. (Pages 111-112)…. »

« ….. La Nation et la République ne semble plus pouvoir jouer le rôle protecteur. Que dit Marine Le Pen ? ‘’ Je vais vous protéger de l’immigré, de la perte d’emploi par les délocalisations, des diktats de Bruxelles en reprenant l’autorité sur la monnaie.

En échange, le discours ‘’la France exporte et importe, c’est bon pour vous’’ n’est guère rassurant, au vue d’une économie qui stagne depuis trente ans, s’effondre depuis dix ans et n’a jamais su résorber le chômage……

Le ‘’on est en république ’’ ne donne plus cet immense espoir des années 50 et 60 où l’on sentait la France s’installer dans une ère de liberté magnifiée par la voiture et les voyages….. (Page 142 la dernière qui se termine avec la date du 2 janvier 2015)… »  

 

Et c’est là que j’aurais aimé que Bernard Maris eut pu poursuivre un peu ; proposer des pistes, un brin d’optimisme pour ne pas rester sur ce dramatique constat qu’il n’y a que le FN qui aurait un discours audible par le peuple, qui se concrétiserait si, par malheur ils arrivaient au pouvoir, par une catastrophe.

Il manque à ce livre du développement et une conclusion un brin d’optimisme en rapport avec cette invitation « Et si on aimait la France ».

Un livre à lire malgré cette fin dramatiquement impromptue, regrettable et particulièrement inquiètante. 

 

( A suivre

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