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Dans la famille de Didi …… Raymonde, sa belle sœur , ma mère.

9 Juin 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Didi

Voilà un billet qui était programmé pour plus tard........ Et j'y reviens plus d'un millier de jours après.... Que c'est dur de parler de sa mère ! Surtout quand ses derniers mois furent si difficiles à vivre pour elle et aussi pour moi, qu'elle appelait ''papa''. Je suis allé l'embrasser pour la dernière fois le vendredi 3 octobre 2008 à L'éhpad d'Aiffres. Il était presque midi et elle attendait (ou pas) dans son fauteuil roulant qu'une aide soignante vienne la chercher pour la conduire au réfectoire. Elle m'accueillit avec le sourire puis écouta sans trop comprendre les quelques banalités que je débitais.... Puis je dus lui annoncer que je ne pourrai pas venir pendant quelques jours, à cause de mon travail..... Son visage s'est crispé, son regard est devenu méchant et tout en essayant de me donner un coup de pied de sa jambe valide elle cria « Menteur ! ». L'aide soignante arrivée entre temps, vit mon désarroi et se saisissant du fauteuil l'emmena  « Venez Raymonde on va déjeuner » et en passant à côté de moi, me dit « Ne vous tracassez pas, elle a déjà oublié ».

Menteur, j'y pense encore 10 ans plus tard. Bien sûr que j'avais menti car je partais dès le début d'après midi pour quatre semaines. Le lendemain je m'envolais pour la Guyane où je devais effectuer sur une douzaine de jours des audits de certification. Une mission professionnelle qui devait se poursuivre ensuite en Martinique.

C'était aussi et  surtout notre retour en Guyane 39 ans après le premier séjour, c'est peu dire que nous y tenions ; j'écris nous car Pilou m'accompagnait, en touriste bien sûr. Aussi avais-je pris la précaution de faire vérifier, au préalable, l'état de santé de maman. Des examens avaient été faits à l'hôpital de Niort et le 16 septembre nous étions reçus par la chef de service psycho-gériatrie, qui m'a pleinement rassuré : « Votre mère est assez solide, n'ayez pas d'inquiétudes. Certes son esprit et sa mémoire ne vont pas s'améliorer pendant votre absence mais pour le reste ça devrait aller».

Durant notre absence notre fille Cécile est passée la voir plusieurs fois et mon frère Serge s'est déplacé de Nice pour lui rendre visite ; enfin  tous les jours je téléphonais à André, son compagnon de vieillesse qui était dans le même établissement mais lui en résidence service ....

Le temps de la mission guyanaise ça s'est bien passé, conformément au diagnostic du médecin. Puis ça s'est brutalement dégradé alors que nous venions de basculer en Martinique. Lors de la visite de mon frère elle était restée couché et peu consciente. Le 20 octobre, je téléphonai à André dès 6 h heure locale, fin de matinée en métropole, qui m'annonça le décès de maman. Je n'ai pas fini ma mission martiniquaise, un collègue allait se charger  de la finir le mois suivant. Cécile s'est occupée des démarches dont le dossier était préparé au cas ou. Les obsèques allaient se tenir le jeudi 23 octobre 2008 à Villiers sur Marne où se trouvait la tombe où mon père reposait. Nous avons pu avoir des places pour l'avion du mardi soir arrivant le mercredi matin à Orly.

Maman est morte à 84 ans après avoir vécu une vie qui aurait pu être relativement banale s'il n'y avait pas eu la maladie de papa et sa mort à un peu moins de 40 ans. Ce fut  un drame qu'elle affronta avec courage mais qu'elle a longtemps considéré comme terrible injustice. « Pourquoi c'est tombé sur moi » disait-elle en pleurant lors de ses grands moments de cafard.

 

Raymonde est née le 16 juillet 1924 à Paris dans le 15ème arrondissement. Ses parents étaient Ernest Bauchaud et Marie Jeanne Fabre. Ernest avait fait la guerre au front pendant 4 ans dont Verdun. Marie-Jeanne était veuve de guerre et mère de Guillaume, un garçon de 10 ans. Démobilisé Ernest avait rejoint sa Charente  natale et s'était même marié avant de réaliser qu'il n'était plus fait pour le monde rural ; il prit son baluchon pour rejoindre Paris, et y chercher un travail. Marie Jeanne fit de même ; accompagnée de son jeune fils, elle quittait le Cantal pour monter à la capitale où elle avait de la famille..... Marie Jeanne et Ernest se rencontrèrent en travaillant dans la même fabrique de biscuits. Tous deux avaient besoin de compagnie et notamment Marie Jeanne qui n'avait jamais quitté son terroir, et qui était quasiment analphabète ..... Ils se mirent en couple..... puis furent hébergés par l'oncle de Marie Jeanne, Guillaume Fabre, qui tenait un hôtel rue des Moulinets. En février 1926, un an et demi après Raymonde, naissait Simone.  En 1927 les parents purent régulariser leur situation en se mariant après le décès de la première femme d'Ernest qui était restée en Charente. Une troisième fille Mauricette naissait en 1929. Il semble que le fait que Raymonde soit née plus de 2 ans avant le mariage de ses parents et qu'elle n’ait été reconnue par Ernest qu'après, ait troublé ma mère et assez fortement marqué sa personnalité. Toutes les informations que je rapporte m'ont été fournies par ma tante Simone quelques années avant qu'elle ait à son tour la mémoire rongée par la maladie d'AlzheimerJ'en ai fait un billet intitulé « Un poilu... » dont j'en recommande la lecture. J'en ai aussi un autre qui décrit la généalogie de ma branche maternelle.

L'oncle Guillaume Fabre et son épouse Marie prirent leur retraite et vendirent leur hôtel au début des années 30. Pendant quelques temps Ernest et Marie-Jeanne vécurent dans un logement très modeste rue de Saïda, puis ils se lancèrent dans une nouvelle aventure : La gestion d'un hôtel-restaurant, "Les deux frères'' rue de Flandre, et une nouvelle fois en partenariat avec un autre membre de la famille de Chaudes-Aigues, la tante Antoinette Montvallat. Ernest était au fourneau et Marie-Jeanne s’occupait avec sa tante du service. Il semble que cette période, qui fut celle du front populaire, ait été plutôt heureuse, c’est du moins une époque qui fut souvent évoquée, avec une certaine nostalgie, lors des rencontres familiales. Cependant elle prit fin en 1938, sans doute en raison de difficultés de gestion et du départ de la tante Antoinette qui préféra retourner en Auvergne. Ernest reprit un emploi d’ouvrier et la famille, quitta Paris en 1938 pour Champigny, d'abord au centre ville puis fin 1939 - début 1940 en bord de Marne, au quai Lucie.

Raymonde ne resta pas longtemps à l'école, seulement l'école primaire et sans obtenir le certificat d'études. Elle commença à travailler à 14 ans comme ''petite main'' dans une usine nommée ''Ferrolyte'' rue de croix Nivert Paris XVème. En novembre 1939 elle entrait comme apprentie aux ''Verreries d'Optique'' une entreprise située à Montreuil dont le patron M. Valentin était le compagnon de Renée, une sœur d'Ernest. Ernest entra lui aussi comme ouvrier dans l'entreprise de son presque beau-frère.... Il y resta, hors exode, jusqu'à sa retraite, continuant à travailler le verre. Raymonde quitta son poste le 15 juin 1940, quand l'usine cessa son activité, mais n'y revint pas ensuite : elle n'aimait pas trop, alors, M. Valentin.... ça s'est un peu arrangé en 1946 quand il put enfin épouser la tante Renée.  

En juin 1940 lors de l’exode la famille se dispersa. En fait Simone et Mauricette avaient été envoyées quelques temps auparavant à Chaudes-Aigues chez Antoinette, rejointes ensuite par Ernest qui fit le trajet en vélo. Guillaume, le frère aîné des trois sœurs, était en train de fonder une famille et s’orientait vers le Nord de la France, Rouvroy sur Lens, où il devenait mineur de fond ce qui lui permit d'échapper au STO. Marie-Jeanne et Raymonde en fuyant l’arrivée des allemands se retrouvèrent dans le Loiret où elles restèrent quelques semaines avant de se décider à rentrer quai Lucie. D’ailleurs tout le monde finit par rentrer progressivement à la maison et la famille se retrouva au complet courant 1941. En août 1941 Raymonde qui avait alors 17 ans reprit le chemin du travail et entrait comme ''petite main'' à l’établissement ''Renard et Moiroux'' au Perreux où elle travailla cinq ans. Elle restait à l'écart des jeunes gens de son âge contrairement à sa sœur Simone qui fréquentait la bande du Tremblay où l'on trouvait, entre autres, Didi qui, à quelques jours près, avait le même âge qu'elle, puis fin 1942 Roger. Le frère aîné de Didi, était de retour après avoir eu un parcours militaire quelque peu particulier : Début avril 1942, un mois avant d'atteindre ses 20 ans il s'était engagé, sur les conseils de son père,  au 10ème régiment d'artillerie coloniale à Nîmes, en zone libre. Bien sûr c'était l'armée de l'armistice, celle de Pétain,  mais c'était aussi la possibilité de rejoindre les forces armées des territoires coloniaux africains, asiatiques ou du Moyen Orient..... Ce fut le cas pour beaucoup, mais Roger s'y était pris un peu tard.... Après le débarquement des alliés en Afrique du nord le 8 novembre 1942 le gouvernement de Pétain dut dissoudre, à la demande d'Hitler, cette armée de l'armistice. Roger fut démobilisé le 1er décembre 1942. Il aurait pu essayer de rejoindre l'Angleterre ou l'Afrique en passant par l'Espagne, mais il préféra rentrer chez ses parents à Champigny. C'est donc dans les premiers mois de 1943 qu'il rencontra Raymonde et sans doute que Didi et Simone y furent pour quelque chose. Surtout Simone qui, à 16 ans, avait besoin que celle qu'elle appelait ''la nonne'' sorte des jupes de sa mère pour qu'elle-même puisse avoir des facilités de sortie.  Je ne sais si Roger et Raymonde se connaissaient avant. Certes ils habitaient à moins d'un kilomètre l'un de l'autre mais rappelons que la famille de Raymonde ne s'est installée au quai Lucie qu'en 1940. Enfin le coup de foudre eut lieu en début d'année 1943 et malheureusement pour les tourtereaux, Roger fut réquisitionné pour le STO fin juin 1943, direction Trèves-Pfalzel, en Allemagne, dans une région peu éloignée de la frontière française. Durant 30 mois leur amour ne fut que des échanges épistolaires. J'ai conservé une belle et longue lettre de Roger à sa petite chérie, une lette  du 11 novembre et terminée le 13 novembre 1943 «Je tiens à t'annoncer une bonne nouvelle, comme je l'ai déjà annoncée à maman : je serai probablement pour Noël chez nous. Oh! Pas longtemps, mais assez pour allez voir tes parents et faire leur connaissance ; assez pour te serrer dans mes bras...dans la seconde partie de la lettre il remercie Raymonde de lui avoir envoyé une photo mais il lui demande aussi d’être indulgente avec sa sœur Simone ».

Bien sûr il n'y a pas eu de permission à Noël.... et il n'est rentré qu'en mars 1945. Après, le mariage n'a pas tardé, ce fut le 6 juillet 1945. Ce qui m'a le plus étonné parmi les documents que j'ai récupérés c'est qu'il a été fait un contrat de mariage devant notaire alors qu’ils n'avaient pratiquement rien à déclarer, que des vieilleries sans grande valeur. Peut-être un reste de principe de bourgeois désargentés de la famille de Roger à moins que ce soit une prudence paysanne des parents de Raymonde ? Bizarre ! D'autant que Geneviève et Marcel avaient très bien reçu Raymonde. Elle, au moins, avait  un travail et quelques petits revenus. Dans le cadre de son travail chez  ''Renard et Moiroux'' elle s'était faite de bonnes amies comme Gilberte (qui sera ma marraine) et Louisette (qui devint sa tante en épousant Raymond le plus jeune frère d'Ernest) toutes deux présentes au mariage ainsi que sa sœur Mauricette mais pas Simone qui était à Chaudes Aigues où elle avait rencontré André, un résistant...... Roger fut heureux de revoir à cette occasion son frère Didi qui avait eu une permission et arrivait d'Allemagne.

Roger avait quand même un problème : son engagement en 1942 à l'armée de l'armistice, pour 4 ans, courait encore avec la nouvelle armée. Il fut affecté au CATC troupes coloniales. Il resta près de 6 mois en caserne à Clignancourt mais avec possibilité de rentrer chez lui le soir. Ce ne devait pas être le luxe dans leur petit logement rue Aristide Briand à Champigny.... d'autant que fin Octobre 1945 Raymonde perdait sa place chez ''Renard et Moiroux'' ; il y avait des retours, des hommes, à replacer. Mais tout s'arrangea avec le changement d'année, Raymonde retrouvait un travail et Roger était libéré de ses obligations militaires fin février 1946. Quelques jours plus tard il commençait à travailler dans une entreprise de Colombes  .... et moi j'allais arriver en août.

Dans la famille de Didi …… Raymonde,  sa belle sœur , ma mère.
Dans la famille de Didi …… Raymonde,  sa belle sœur , ma mère.
Dans la famille de Didi …… Raymonde,  sa belle sœur , ma mère.

Pour ne pas être trop long et répétitif je poursuivrai l'histoire de mes parents dans un prochain billet où je parlerai plus de Roger et de sa famille et je fais un saut de 16 ans pour finir ce billet en ne parlant plus, que de Raymonde. Ce que fut le reste de sa vie après la mort de Roger terrassé par un cancer le 7 avril 1962.

Nous habitions alors à Tarascon sur Ariège depuis deux ans, mon père travaillait chez Péchiney où nous étions hébergés en cité d’entreprise. Maman avait 36 ans, mère au foyer, moi j’avais 15 ans, mon frère 12 ans et Annie 6 ans. Il nous fallait quitter la maison et la région où nous n’avions aucune attache particulière.

En mai 1962, 40 jours après le décès de mon père, ma mère reçut une lettre d'un directeur de Pechiney, l'entreprise où travaillait mon père, qui disait qu'elle toucherait tous les mois une pension s'élevant à 506 NF par mois, somme révisable selon les hausses des salaires, et garantie tant que les enfants seraient mineurs. Ce fut un grand soulagement pour Raymonde, c'était  sensiblement  la moitié du salaire de Roger.  

Maman fut bien aidée par ses sœurs et notamment dans un premier temps par Mauricette ce qui nous conduisit à nous expatrier à Montpellier où ma tante et mon oncle habitaient et où ils trouvèrent un logement et un travail pour maman. En échange, ne conduisant pas, elle laissa l'Ariane à Raymond, ce que je trouvai normal, par contre j'ai regretté qu'elle leur fasse cadeau (pour mon jeune cousin) du piano de ma grand mère sur lequel j'avais déjà fait quelques touches....  

 De septembre 1962 à fin juin 1963 Raymonde fut cuisinière à l’école catholique ''Marcorelles''. Ensuite d'août 1963 à juillet 1964 elle travailla dans une petite supérette située à 50m de notre immeuble. Nous n’étions pas vraiment pauvres avec la pension de Péchiney et les allocations familiales, mais question salaire de ma mère, c'était misérable ! Il ne couvrait même pas le loyer et autres charges. Il était clair que nous devions retourner vers la région parisienne.

Par contre nous,  les garçons, nous étions particulièrement gâtés par notre oncle Raymond, notamment dans le domaine du sport, complètement équipés pour quelques parties ou entraînements avec lui en tennis et  football ; il n'était pas un père de substitution mais un bon copain. Cerise sur le gâteau Raymond pilotait et nous emmenait parfois dans les nuages, les grandes peurs de notre mère. Pendant les vacances il arrivait que l'un de nous l'accompagne en tournée commerciale, un vrai plaisir. Moi j'ai eu un solex qui me permettait d'aller au collège où je redoublait ma 3ème mais redevenant un excellent élève réussissant en fin de 1ère année le concours pour entrer en seconde au lycée technique Michelet. Entre mes très bons amis de Castelnau, Jeff et Jacky par ailleurs  camarades de classe et le rugby en cadet, puis junior. Cette période fut pour moi une vraie renaissance.

Mais il fallait quitter Montpellier pour retourner en région parisienne. C’est la tante Simone qui a pris le relais en nous trouvant un logement à Villiers sur Marne. En cette époque, nous étions alors en 1964, où le chômage était quasiment inexistant Raymonde pourrait trouver du travail. Notre nouvel appartement, un trois pièces, était situé à Villiers sur Marne, quartier Les Morvrains. Le camion de déménagement nous livra nos meubles début août, mais ce jour-là maman se rendait aux obsèques de son frère Guillaume et je dus avec l'aide de mon oncle Didi assurer l'accueil des meubles. 

Fin août Serge et moi prenions les premiers contacts avec l'équipe junior du club de rugby  de Villiers. En racontant un peu notre parcours il y eut quelques oreilles attentives et ce d'autant plus que nous montrions que nous n'étions pas mauvais. Les premiers matchs de septembre nous permirent de nous mettre en valeur et la présence assidue de Didi au bord du terrain discutant avec l'entraîneur et des dirigeants fit qu'une surprenante proposition fut faite à notre mère : un poste de serveuse au restaurant de l'assemblée nationale. Raymonde y travailla pendant 4 semaines, mais le test ne fut pas concluant. C'était dommage car le salaire devait être intéressant mais il n'est pas certain que les conditions et horaires de travail eussent été faciles à gérer avec la vie de famille. Quelques jours plus tard, fin octobre 1964 elle était embauchée comme ouvrière chez "Grandin'' une entreprise qui faisait des postes de radio et des téléviseurs et où elle avait déjà travaillé 17 ans plus tôt de janvier à octobre 1947. Elle y resta jusqu'en septembre 1966. Il semble que cette entreprise ait été reprise par un groupe étranger courant des années 60, tout en conservant son enseigne, et qu'elle ait été délocalisée sur d'autres sites en France et en Europe. Toujours est-il que maman l'a quitté pour entrer chez Tirage 16 à Joinville, fin 1966 où elle s'est sentie plus en sécurité avec un travail d'employée plus intéressant et manifestement un salaire moins miséreux. Ce fut aussi la période  où son père Ernest qui, au début, se partageait entre Simone à Noisy-le-Grand et elle à Villiers restaient de plus en plus avec nous.  Moi, je poursuivais avec un retard certain le lycée  technique tout en travaillant de temps à autres, pendant les vacances scolaires, pour des sociétés de déménagement, histoire d'avoir un peu d'argent de poche, ce qui compte quand on a 18 ou 19 ans. Maman travailla à Tirage 16 jusqu'en1984 ; 1981 devrais-je dire car pour les dernières années elle profitait du régime de préretraite, avant  sa retraite à 60 ans, grâce au Président Mitterrand qu'elle n'aimait pas du tout.  En fait lors des élections présidentielles elle votait pour Laguiller au 1er tour, parce qu'elle était sympa et ressemblait à une copine du travail, et au second tour elle apportait sa voix au candidat gaulliste ou de droite en souvenir de mon père gaulliste. 

Assez rapidement mon frère et moi nous sommes non seulement émancipés  mais aussi éloignés d'elle d'abord en nous mariant jeunes et aussi par nos métiers ; moi en divers endroits selon les chantiers  en Afrique et un peu partout en France. Mon frère a fait le choix du Jura puis de la côte d’Azur. Ma sœur, plus jeune fut certainement celle qui eut le plus de difficulté à vivre avec une mère pour qui la vie avait été aussi injuste. Et puis Annie a fondé une famille et a aussi a quitté la région parisienne pour l’Auvergne. 

De retour en France  à la fin des années 80 j'ai avec l'appui de mon oncle Didi persuadé ma mère de faire revenir les restes de mon père à Villiers sur Marne, et cela pour éviter que chaque année, à la Toussaint, elle aille en train se recueillir sur sa tombe ; ce qu'elle a fait très longtemps et encore de façon un peu plus espacée les dernières années. Ce fut me semble-t-il, le début d'une autre vie et ce d'autant plus  qu'elle était aussi à la retraite. Elle a fréquenté les associations, plus ou moins municipales de Villiers et eut l’occasion de faire de très nombreux voyages un peu partout en France, en Europe et même au bout du monde. Elle a rencontré André charmant compagnon de voyage, mais toujours tenu à distance, chacun chez soi. André qui l'a beaucoup aidé quand elle eut ses premiers gros problèmes de santé après 70 ans : Il y eut d'abord son cancer du sein, un cancer sérieux qui nous a fait peur mais elle fut très bien traité par son cancérologue. Ensuite un accident en Espagne lors d'un voyage. Un voyou en moto a essayé  de lui arracher son sac à main. Elle fut traînée sur le trottoir : commotion et fracture de la clavicule. Rapatriée sur Paris, les chirurgiens eurent beaucoup de mal à l'opérer, la clavicule était côté du sein traité par rayons et elle resta ensuite partiellement handicapée pour l'utilisation de ce bras.    

Mais le plus grave arriva au début des années 2000 quand on s'est rendu compte qu’elle avait de gros problèmes de mémoire. Comme j’étais l’aîné et le plus proche de Paris j’ai du faire pas mal d’allers retours pour régler des problèmes de banque, d’impôts etc.…. Et puis j’ai du la faire venir sur Niort en résidence service. Nous avions choisi l'établissement d’Aiffres parce qu’il était proche de chez-nous mais aussi parce qu’un Ehpad s’y construisait. André qui s’ennuyait à Villiers a fait le même choix, d’autant qu’il avait un cousin à Niort.  Les deux premières années  en résidence service se sont  plutôt bien passées. L'établissement était agréable, situé dans un  beau parc très verdoyant . Le montant de sa retraite ne posait pas problème et elle pouvait déjeuner le midi au réfectoire. C'était un peu plus ric-rac pour André dont je dus devenir le curateur.  Le soir tous deux, soupaient dans le logement de maman qui était le plus grand.  Mais vint le jour où  il fut nécessaire de la faire passer en Ehpad : elle y vécut ses deux dernières années. Le coût d'hospitalisation était bien plus élevé, mais entre sa retraite et la location de l'appartement de Villiers et quelques petites économies on arrivait juste à boucler le budget. La maladie se développait rapidement ; elle devenait de plus en plus désagréable voire méchante les derniers mois avec le personnel et surtout avec André.

 

Voilà la boucle d’une vie est bouclée. J’y reviendrai quand je consacrerai un billet à mon père notamment sur la période 1946/1961 la plus belle pour le couple et donc pour leurs enfants mais qui a mal fini en 1962.

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