Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Histoire de rôles.... Morne plaine.

18 Juin 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

Une commémoration grandiose pour le bicentenaire de Waterloo et le président Hollande habituellement si friand de ces manifestations n’y est pas présent. Surprenant ! Bon d’accord ce fut une défaite française mais si longtemps après ne doit-on pas avant tout célébrer le début d’une nouvelle ère pour l’Europe ? Faute de Hollande, qui était par ailleurs pris au Mont Valérien pour célébrer le 75ème anniversaire de l’appel à la résistance du Général de Gaulle le 18 juin 1940, je vais m’appuyer sur Lionel Jospin pour analyser l’impact en Europe de la chute de Napoléon ce grand personnage de l’histoire de France qui n’a pas un bilan à 100% positif, loin de là.

Avant de proposer quelques extraits du livre de Lionel Jospin « Le mal napoléonien » publié en mars 2014 ((édition du Seuil), voyons comment l’excellente collection ’’Histoire et civilisation’’ le n°28 de juillet 2014 décrit la bataille de Waterloo

Napoléon qui a quitté l’île d’Elbe, où il était exilé depuis avril 1814 après son abdication, débarquait au golfe Juan le 1er mars 2015. A la tête d’une petite troupe il arriva à Paris le 21 mars que s’était empressé de quitter le roi Louis XVIII. Commence alors la période des cents jours qui allait finir à Waterloo. «… Napoléon se présenta en homme transformé, qui avait tiré les enseignements de sa chute, due a ses excès d’autoritarisme et sa volonté de conquêtes…’’ ..’’… Il se hâta de multiplier les déclarations de bonne volonté, assurant qu’il renonçait à toute velléité de conquête. Mais pour les puissances réunies à Vienne, son retour était considéré comme un affront intolérable. Elles le qualifièrent ''d’ennemi et perturbateur du repos du monde’’. Une septième coalition antifrançaise fut formée, plus large que les précédentes. Elle visait à anéantir définitivement celui que les Alliés voyaient comme ‘’le fléau du monde ‘’. Napoléon n’eut d’autre choix que de s’armer en vue d’une nouvelle campagne. Rares étaient ceux qui le pensait apte à ressusciter ses heures de gloire. Parmi ses maréchaux seuls Davout, Soult, Suchet et Ney se présentèrent. Les autres étaient passés dans le camp des Bourbons ou alors s’étaient discrètement retirés. Un recrutement hâtif permit de rassembler 125.000 hommes, effectif sans comparaison avec les 700.000 soldats des Etats coalisés.

Napoléon marcha sur la Belgique en espérant une rapide victoire contre les forces anglaises et prussiennes commandées par Wellington, dont les effectifs, avant l’arrivée des Autrichiens et des Russes, étaient comparables aux siens. L’affrontement se produisit à Mont-Saint-Jean, près de Bruxelles, le 18 juin 1815 (les Britanniques lui donnèrent per la suite le nom d’un village voisin Waterloo, qui sonnait mieux en anglais). Pendant une bonne partie des combats, les anglais se limitèrent à défendre leurs positions face aux charges désespérées des français. Un mot, prononcé par Cambronne, commandant les troupes françaises, passa à la postérité. Aux Anglais qui  demandaient à ce que les soldats français vaincus se rendent, il répondit ‘’Merde!’’Ce mot explique le bain de sang irrationnel de Waterloo et témoigne la vive haine que Français et Anglais éprouvaient l’un pour l’autre.

L’empereur revint à Paris. Toute résistance était désormais impossible, il abdiqua le 22 juin. Il vécut quelques semaines en semi-fugitif pensant fuir aux Etats-Unis, ce que fit son frère Joseph. Il décida finalement de se livrer aux Anglais, en faisant appel à la magnanimité de ses éternels ennemis. Les Britanniques l’expédièrent sans tarder à Sainte-Hélène, île inhospitalière perdue en plein Atlantique, où il mourut six ans plus tard…. »

Histoire de rôles.... Morne plaine.Histoire de rôles.... Morne plaine.

Voyons donc maintenant comment Lionel Jospin analyse cette fin de règne dans son livre «Le mal Napoléonien» avec quelques extraits du chapitre ''la France défaite'' situé de la page 125 à 140.

« Il reste à tirer, à l’encontre de la France, les conclusions politiques de l’épisode. Elles sont sévères, comme le montre le second traité de Paris, le 20 novembre 1815. ...’’….’’….A l’extérieur, l’immense construction impériale a disparu mais la France a gardé ses frontières d’avant la Révolution. En dix ans avoir tant conquis, avoir bouleversé l’Europe, avoir connu la gloire avec ce fabuleux empereur ne serait-ce pas une aventure féconde ? Peut-être pour ceux qui aiment les épopées écrite avec le sang des autres, même s’il n’en reste rien sinon des haines durables. Pour ceux qui comme moi, cherchent plus simplement à estimer si une épopée a servi les intérêts de la France, la réponse est clairement non….’’…’’…. Pour la France, dans sa relation à l’Europe, les conséquences seront lourdes. Elle pouvait être inspiratrice, voire émancipatrice, en tout cas exercer une influence fertile. Elle devint, avec Napoléon, dominatrice, prédatrice, meurtrière ….’’…’’… Il y a un paradoxe dans le destin de Napoléon Bonaparte. L’empereur envahit, occupe, parfois démembre les Etats dont il fait des adversaires, à l’exception de l’Angleterre. Il les vainc maintes fois. Mais il ne peut les vaincre tous, tout le temps. Et, au bout du compte, lorsqu’il est vaincu, ce sont eux qui se trouvent renforcés. C’est à leur profit que le congrès de Vienne reconfigure la carte de l’Europe en 1815.

L’Autriche est bien servie. Elle est épuisée, éprouvée mais victorieuse. Elle retrouve pratiquement tous les territoires dont elle avait été chassée ou privée…’’…’’…. L’Autriche et la Prusse s’entendent pour créer une confédération germanique, même si leurs arrières pensées divergent sur la question de savoir qui la guidera…...’’…’’… La Russie connait une évolution similaire ; l’expansion à l’extérieur, la réaction à l’intérieur. Alexandre Ier, qui se voit comme le grand artisan de la victoire sur Napoléon, entend obtenir les fruits de son engagement et les reçoit en Pologne et en Finlande….’’…’’. L’Angleterre, la dernière des quatre puissances victorieuses de Napoléon, est la grande gagnante…. Napoléon lui a permis de devenir la première puissance européenne. Albion est prêtre à se lancer dans ses deux accomplissements du siècle, d’ailleurs liés entre eux. L’un à l’intérieur : la révolution industrielle ; l’autre à l’extérieur ; l’impérialisme mondial.

La France avait de remarquables atouts pour être la première puissance du XIXe siècle commençant : la taille, la population, l’influence de la langue, le niveau scientifique, la modernisation des structures par la Révolution, l’anticipation des nouvelles aspirations de la bourgeoisie montante et la capacité à mobiliser un peuple. Avec l’Empire, elle les gâche, offrant la première place à l’Angleterre. …’’…’’… L’empereur français n’est évidemment pas comptable des décisions du congrès de Vienne et encore moins de leur mise en œuvre ultérieure mais il en est la cause, et à son corps défendant, l’inspirateur. Sa figure absente hante les travaux du congrès. Il n'est donc pas pertinent de camper Napoléon en ''victime'' du congrès de Vienne et de transformer le proscrit de Sainte-Hélène en héros de la liberté, en émancipateur des peuples, en révolutionnaire, en républicain abattu par les monarques, les souverains, il a voulu être un des leurs; la liberté, il l'a confisquée; les peuples, il les a soumis; la Révolution, il l'a close; la République, il lui a substitué l'Empire. 

Si l'Europe se fige au lendemain de l'aventure impériale alors qu'en bien des lieux elle aspire à changer, c'est qu'un continent ne peut se transformer par la conquête, mais seulement grâce à des mouvements autonomes, authentiques, nationalement acceptés. or ces mouvements, le conquérant français les a étouffés ou contrariés.

Quant à la France elle même, elle va devoir composer avec le mélange d'admiration et de détestation, de crainte et de nostalgie que la fulgurante trajectoire de Napoléon laisse en dépôt dans la mémoire de son peuple.

( A suivre) 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article