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I-débat.....Alexis Tsipras, jusqu'où ? Suite et fin .......

28 Juin 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

Mon précédent billet laissait envisager un accord entre le gouvernement grec et ses créanciers et puis patatras.... Hier, après l'annonce du référendum par Alexis Tsipras; les créanciers, à bout de patience, ont décidé de couper les aides à Athènes. Le pays court à la faillite !

Point de vue de Philippe Dessertine dans le JDD du 28 juin ; une interview de Bruna Basini titrée "Un risque de chaos absolu

« Sommes-nous face à une énième posture ou à la veille d'un ''grexit'' ?

Je ne veux pas croire que l'on aille vers la sortie de la Grèce. Nous sommes comme en 2008, quand la faillite de Lehman a été décidée un dimanche matin. Les ressorts psychologiques étaient les mêmes. On ne peut pas oublier la crise en chaine provoquée par cette décision. Ici, les conséquences risquent d'être beaucoup plus dramatiques.

Que risquerait-on en cas défaut et d'abandon par la Grèce de l'euro ?

Une déstabilisation complète du système. On ne sait plus où on va. Le système mondial est déjà fragilisé par les politiques des banques centrales et les chocs monétaires et boursiers de plus en plus violents qui frappent les marchés financiers. Un ''grexit'' provoquerait un triple tremblement de terre : sur les monnaies, les actions et les obligations. Les pays de la zone euro risquent de voir revenir la spéculation et de se retrouver avec une économie paralysée par sa monnaie et sans ressort. Le chaos sera bien pire pour Athènes, qui n'a pas d'économie et d'investissement, n'en déplaise à Yanis Varoufakis. Ce sera l'Argentine puissance 10 avec en face en embuscade, Daesch, la Turquie et la Russie. Un chaos absolu. 

Une sortie de crise est-elle encore possible ? 

Je veux encore croire qu'Alexis Tsipras gère sa majorité parlementaire et l'opinion publique grecque. Son aile extrême veut aller au défaut. C'est la posture idéologique des gens qui refusent le capitalisme, la monnaie. Du côté des créanciers, les politiques testent aussi leurs électeurs mais restent lucides sur les effets d'un tel scénario. J'espère qu'au bout de la nuit, ils finiront par aboutir à des avancés sur les réformes et que le principe du référendum grec sera maintenu pour clarifier les choix du peuple grec. »

 

Interview  de Yves Bertoncini, directeur de l’Institut Jacques Delors dans  le journal ‘’Les Echos’’  daté du 29 juin, reçu ce dimanche soir par le net.

« La crise grecque tourne au cauchemar. Comment en est-on arrivé là ?

Cela fait des années que, dans la gestion de la crise de la zone euro, les chefs d’Etat et de gouvernement ont laissé la bride sur le cou au FMI, à la BCE, à la Commission européenne et à l’Euro-groupe. Mais, ces dernières semaines, on assiste à une véritable dérobade de la part des dirigeants européens. Un sujet aussi lourd qu’un défaut de la Grèce ne peut pas être traité par des comptables. Wolfgang Schäuble, Jeroen Dijsselbloem et leurs homologues semblent s’arroger un pouvoir politique qu’ils n’ont pas. Le maintien de la Grèce dans l’euro n’est pas une affaire de ministres des Finances et de banquiers centraux, c’est une question de politique, de géopolitique et même de démocratie, qui doit faire l’objet d’une négociation et d’un accord au plus haut niveau. Les dirigeants européens, y compris Tsípras, doivent prendre leurs responsabilités. Il reste encore du temps pour qu’ils se réveillent, même après un défaut de la Grèce, qui ne signifie pas une sortie de l’euro. Seuls les Grecs peuvent le décider.

Tsípras a-t-il fait une erreur en annonçant un référendum ?

C’est dans le droit-fil de sa stratégie de ‘’dissuasion du faible au fort’’, qu’il joue depuis le début. Il montre qu’il est prêt à aller jusqu’au bout du combat en demandant l’arbitrage des Grecs et pense se relégitimer auprès du peuple. De deux choses l’une, si le ‘’Oui’’ l’emporte, il a promis hier aux Grecs qu’il se rangerait à l’avis de la majorité. Si le ‘’Non’’ gagne, il pourra se retourner vers ses créanciers avec un nouveau mandat. Mais il se peut aussi que le « non » débouche sur une rupture plus radicale avec les créanciers du pays et qu’avec son allié nationaliste et souverainiste il emmène le pays vers une sortie de l’euro.

Percevez-vous un combat politique derrière l’intransigeance vis-à-vis d’Athènes ?

Il y a eu un choc culturel autant que partisan à l’arrivée de ce gouvernement d’extrême gauche .Ces marxistes messianiques ont une culture de la radicalité qui est entrée en antagonisme avec la tradition européenne de recherche du consensus. Et puis l’erreur de Tsípras a été de vouloir européaniser son combat en voulant changer l’Europe. S’il avait joué sur l’exception grecque et sur sa volonté de rompre avec les politiques du passé, il aurait pu être soutenu par ses partenaires européens. A charge pour eux de prendre leur part de responsabilité en réduisant le poids de la dette grecque. Il est urgent de ramener un peu de sagesse dans ce débat. Pour l’heure, il y a beaucoup trop de Marx et pas assez d’Aristote. »

 

Extraits de l'éditorial de Marc Semo dans ''Libération'' du 29 juin, dont le titre est ''Dérive''. 

« Rien n'est plus légitime, sur le principe, que l'appel au peuple grec pour décider de son avenir dans la zone euro. Il y a quatre ans, le refus de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel du projet de référendum proposé par l'alors Premier ministre socialiste Georges Papandréou - certes improvisé alors que les marchés paniquaient - a lourdement pesé sur les développements ultérieurs de la crise. Nourri de culture sociale-démocrate, le leader du Pasok estimait que les sacrifices imposés par la le maintien dans la monnaie unique devaient être pleinement assumés par ses concitoyens. Le pari d'Alexis Tsipras est différent. Il appelle les électeurs à rejeter par ''un grand non l'ultimatum'' des créanciers, tout en affirmant que cela n'impliquera pas une sortie de l'euro. Ce sont des propos irresponsables, d'autant que ce recours décidé au Parlement - avec le soutien de l'extrême droite, qui est son partenaire de coalition, et des néonazis d'Aubes dorées - a surgi alors même qu'un accord semblait imminent à Bruxelles. 

On peut comprendre la lassitude de l'opinion grecque après des années d'austérité qui ont fait chuter de 25% le PIB et augmenté une dette qui culmine à 180% du PIB, même si l'économie grise continue de prospérer. La sortie de la zone euro aggraverait encore la situation, notamment pour les plus démunis. Les Grecs en sont conscients. Malgré la popularité toujours bien réelle de Syrisa, ils restent massivement favorables à l'euro.........Ils espèrent encore éviter le pire - le grexit - et l'encore pire, c'est à dire les risques d'une dérive hors de l'UE d'un pays dont la position géostratégique n'a jamais été aussi importante face à un Moyen-Orient en plein chaos, à une Turquie entrant dans une zone de turbulence et au chœur de Balkans où la paix reste fragile. C'est aussi pour cela qu'il faut à tout prix éviter de perdre la Grèce. »

 

L’éditorial du journal ‘’Le Monde’’ daté du  30 juin  (paru le 29 juin en début d’après-midi à Paris et sur le net) titré : Grèce : la responsabilité d'Alexis Tsipras

« La Grèce est au bord du précipice. Depuis samedi 27  juin, les négociations avec Bruxelles sur un plan d'aide à l'économie grecque sont rompues. Dimanche, Athènes a mis en place les premières mesures d'urgence pour tenter d'éviter le chaos si le gouvernement, incapable de verser le remboursement de 1,6  milliard d'euros qu'il doit au FMI, se retrouve en défaut de paiement mercredi. Les banques ont été fermées et le contrôle des capitaux introduit. Les électeurs grecs, eux, sont appelés à se prononcer, dimanche 5  juillet, par référendum sur un plan d'aide qui, formellement, n'est plus sur la table.

Ce n'est pas la première fois, depuis le début de cette crise en  2010, que la Grèce se rapproche dangereusement de l'abîme. La différence avec les épisodes précédents, cependant, est que les partenaires d'Athènes au sein de la zone euro semblent cette fois préparés au pire. Jamais l'hypothèse du Grexit, la sortie de la Grèce de la monnaie unique, n'a paru aussi réaliste.

Dans cette semaine de tous les dangers, les Européens vont encore tenter de ramener la Grèce à la table des négociations. Il est de la responsabilité de son premier ministre, Alexis Tsipras, de changer maintenant de posture.

La décision de M. Tsipras d'organiser un référendum pour appeler les électeurs à rejeter les propositions des créanciers européens est une façon de refuser d'endosser lui-même l'échec des négociations et de s'en défausser sur le peuple grec : c'est une preuve de faiblesse politique. Quant à la déclaration du ministre des finances, Yanis Varoufakis, incitant les Européens à adoucir leurs propositions en échange de quoi le gouvernement appellerait à voter oui, elle relève d'un piètre chantage.

Une voie existe : que M. Tsipras donne, enfin, à ses créanciers européens les gages d'une volonté réelle d'engager la modernisation de l'Etat grec et les réformes nécessaires à une collecte efficace et équitable de l'impôt, comme c'est le cas dans les autres pays de la zone euro ; sans ces réformes, la Grèce ne sortira jamais durablement de la crise, quels que soient les montants d'aide qui lui seront versés. Qu'il appelle, ensuite, ses électeurs à voter oui au référendum.

Les Européens pourraient alors se montrer un peu plus souples et accepter le principe d'une restructuration de la dette publique grecque, comme le leur conseille le FMI. A eux, ensuite, de faire preuve de responsabilité politique pour faire accepter l'exception grecque aux pays qui ont déjà fourni d'énormes sacrifices afin d'assainir leur situation économique.

La chancelière Merkel – dont on sait qu'elle considère le maintien de l'unité de la zone euro comme une responsabilité historique, mais qu'elle se heurte à l'intransigeance de son ministre des finances, Wolfgang Schäuble –, mais aussi le président Hollande ont ici un rôle politique crucial à jouer : ils ne doivent pas se dérober. La décision de débrancher  la Grèce du réseau européen ne peut pas incomber au seul président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Une sortie de la Grèce de l'euro aura – aurait – des conséquences chaotiques pour tout le monde. Mais ceux qui en souffriront le plus seront les Grecs eux-mêmes, dont les sondages montrent qu'ils veulent pourtant majoritairement conserver la monnaie européenne. MM.  Tsipras et Varoufakis devraient avoir l'honnêteté politique de leur épargner cette catastrophe. Et faire preuve, enfin, de responsabilité.»

Et enfin pour conclure et faire le tour d’horizon le plus complet de cette dramatique situation pour le peuple grec je propose au lecteur de voir et écouter l’interview de Thomas Piketty mardi matin 30 juin sur BFMTV.

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/thomas-piketty-face--jeanjacques-bourdin-en-direct-572985.html

(A suivre en espérant qu'une solution intelligente soit trouvée le plus tôt possible)

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