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I-débat.........Alexis Tsipras, jusqu'où ?

24 Juin 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

Après le laborieux compromis auquel sont parvenus à Bruxelles, en ce début de semaine, les négociateurs du dossier grec et qui laisse entrevoir un probable accord politique pour les prochains jours, un début de fronde semble diviser aujourd’hui la coalition d’Alexis Tsipras. Il est reproché au Premier ministre, d’avoir fait trop de concessions et comme Tsipras n’a jamais caché que cet accord devra être, démocratiquement, validé par le parlement on peut se demander si les observateurs optimistes et les bourses n’ont pas chanté victoire un peu trop tôt.

 Ca fait plus de cinq ans que l’Europe doit faire avec le problème grec, mais il faut bien reconnaitre qu’avec l’arrivée au pouvoir de la gauche radicale, Syriza, le problème a pris politiquement une autre dimension. Ca ne fait même pas six mois.

Le précédent gouvernement de droite, le gouvernement Samaras s’est sabordé le 29 décembre 2014 entraînant des élections générales qui eurent lieu le 25 janvier 2015. Syriza a remporté une victoire historique avec 37.6 % des voix  et 149 députés, loin devant la Nouvelle démocratie de Samaras à 27.8% et 76 députés. Syriza rate de peu la majorité absolue, le parlement étant composé de 300 députés. Le lendemain Tsipras devenait Premier ministre en faisant alliance avec un petit parti de droite souveraine anti-euro voire anti-européen (les grecs indépendants) qui a obtenu 13 députés. Curieuse combinaison alors qu’il aurait pu négocier avec le parti communiste (15 députés) voir le Pasok (13 députés).

C’est l’analyse de cette courte période mélodramatique que j’avais envie de revisiter par ce billet et en reprenant quelques articles de presse qui m’ont particulièrement marqué et que j’ai conservés. Je choisis de le faire avant la touche finale ; question de jours. Je ferai alors sans doute un complément voire un nouveau billet si l’affaire devait se terminer en tragédie grecque

 

Extrait de la chronique de Françoise Fressoz dans le Monde du  27 février sous le titre « Merci M. Tsipras ! »

« Ce qui se passe en ce moment en Grèce n'est pas une bonne nouvelle pour Marine Le  Pen. Tsipras, l'homme qui promettait d'en finir avec l'austérité, le vengeur du peuple dont la présidente du Front national avait salué la victoire en pronostiquant "un tremblement de terre pour la Commission, Mme Merkel et les dirigeants UMP-PS " n'a fait trembler personne.

Le premier ministre grec n'est pas l'homme de la rupture proclamée, il n'est pas l'élu qui, porté par la dynamique du suffrage universel, impose son fait à l'Europe. Tsipras est un dirigeant réaliste qui négocie au mieux les intérêts de son pays et tant pis si, pour le moment, sa seule victoire est d'ordre sémantique : la maudite " troïka ", haïe par son peuple, a pris le nom d'" institutions ", mais, à ces " institutions ", le premier ministre grec a fourni cette semaine une copie qui ressemble beaucoup à celle de ses prédécesseurs : des privatisations, la promesse de réorganiser sérieusement l'administration et l'engagement d'intensifier la lutte contre la fraude fiscale.

Pas de trace chiffrée, en revanche, de ce qui figurait dans son projet législatif : l'augmentation de 12  milliards d'euros des dépenses publiques, l'abaissement de l'âge de la retraite de 67 à 62  ans, la valorisation du salaire minimum de 10  %. Tsipras n'a certainement pas renoncé à honorer ses engagements mais, à court terme, il a compris qu'il valait mieux en rabattre pour décrocher la nouvelle aide de 7  milliards d'euros absolument vitale pour son pays plutôt que de couper les ponts car sinon il aurait été bien seul et les Grecs aussi. Belle leçon de réalisme !

Le cas peut servir car, si la France n'est pas la Grèce, il devient évident que lorsque la présidente du Front national assène qu'il suffira d'une sortie de l'euro ou d'un bras de fer avec l'Europe pour qu'aussitôt ressuscite le veau d'or, cette France des " trente glorieuses " qu'elle vend à son électorat comme une inconsolable nostalgie, il y a une énorme supercherie que le premier ministre grec vient de démonter. Merci M.  Tsipras ! Marine Le Pen a cependant de la chance : peu d'adversaires viennent la chercher sur le terrain de l'euro où elle est la plus fragile alors qu'il suffit d'un rien sur le terrain de l'identité pour la faire prospérer……. »

 

Extraits de l’éditorial de Jean Marc Vittori dans Les Echos du 23 mars sous le titre « De la Grèce à l’Europe, la bascule des extrêmes

« La Grèce a perdu. Elu fin janvier pour casser la rigueur, son gouvernement n’a pas réussi à convaincre les Européens d’abandonner des créances sur l’Etat grec. Il doit soumettre à la Commission une liste de réformes très éloignées de ses promesses électorales. La seule vraie victoire d’Aléxis Tsípras et de son équipe porte sur le vocabulaire : les hommes en costume sombre qui auscultent le respect des engagements grecs ne viennent plus de la « troïka », Commission européenne- BCE-FMI, mais des « institutions ». On pourrait se réjouir de cette déroute en rase campagne. Les dirigeants des vingt-sept autres pays de l’Union ont été pour une fois unis. Ils ont su faire respecter des règles dont le viol répété dans le passé a miné la volonté commune. Le professionnalisme des vieux routiers l’a emporté sur l’amateurisme d’une nouvelle équipe. Et pourtant… la  défaite de la Grèce ferme peut-être la voie de ce que devrait être l’Europe et renforce sur le reste du Continent l’extrême droite, qui rêve de faire exploser l’Union car l’Europe ne tient plus ses promesses. Fondée pour ancrer enfin la paix dans une terre ravagée par la guerre depuis des siècles, l’Union est devenue au fil des décennies gage de prospérité. La monnaie commune devait conforter cet engagement. Mais la plus grande crise financière depuis la dépression des années 1930 a tout fait voler en éclats. En montrant la vulnérabilité du Vieux Continent à un choc made in USA, puis en révélant les vices de construction d’une Union monétaire sans pendant budgétaire. Le pouvoir d’achat du revenu moyen par tête est aujourd’hui au même niveau qu’il y a sept ans. Des dizaines de millions d’Européens se sont donc appauvris. Ils sont moins prêts à soutenir l’Europe en général et l’euro en particulier…… ‘’

‘’…….Les partenaires européens devraient abandonner leurs créances sur les Etats affaiblis–c’était l’une des promesses phares de Syriza en Grèce. Mais les gouvernements et les peuples sont nombreux à rejeter cette solidarité violente, dans les économies solides au nord de l’Europe comme dans celles de l’Est et du Sud où ont été fournis des efforts douloureux. Même si une Union monétaire ne peut pas être tenable dans le temps sans une solidarité consentie, en particulier en matière budgétaire. La porte de gauche étant fermée par l’échec grec, les peuples risquent donc de chercher des solutions de l’autre côté, à la droite extrême. Là où l’on prône une liberté plus grande et donc l’effacement des contraintes de l’Europe. Lors des prochains scrutins, les Grecs seront tentés de voter Aube dorée, qui prône la sortie de l’euro et l’expulsion des immigrés.  Dans les trois plus grands pays de l’Union européenne, cette mouvance s’affirme avec le Front national en France, Alternative für Deutschland en Allemagne et l’Ukip au Royaume-Uni (qui veut carrément la sortie de l’Union). Si la petite brise de croissance qui porte aujourd’hui le continent ne dure pas, si les gouvernants ne trouvent pas vite des moyens efficaces de tenir la promesse de l’Europe, alors ses ennemis ont un boulevard devant eux. La France sera aux premières loges.»

 

Editorial Laurent Joffrin dans Libération du 17 avril titré « Stupidité »

« Dans le bras de fer  qui les oppose au gouvernement grec, les responsables européens ont tous les arguments de principe pour eux : les traités de l’Union signés en bonne et due forme par les gouvernements souverains, les aides prodiguées à la Grèce par l’Europe, depuis de longues années, la légitimité démocratique des gouvernements de l’UE, qui n’est pas inférieure à celle de équipe Tsipras. Tous les arguments, donc sauf un : l’intelligence. Le traitement imposé à la Grèce par l’Union et par ses créanciers, chacun le reconnait aujourd’hui, a été stupidement brutal. Il a provoqué une baisse d’un quart de la production annuelle grecque, ce qui a aggravé la crise financière au lieu de la résoudre. Il a infligé au peuple grec des souffrances inédites depuis la guerre, allant jusqu’à provoquer une crise humanitaire, ce qui a provoqué l’arrivée au pouvoir une coalition déterminée à rompre les ponts avec l’austérité. Sauf à susciter en Grèce une crise politique encore plus grave, qui pourrait profiter à l’extrême droite nazie, l’Europe ne peut pas continuer dans cette voie. Elle peut exiger du gouvernement grec toutes sortes de réformes qui amélioreront ses finances publiques et mettront de l’ordre dans un Etat anarchique et largement corrompu. Mais elle ne peut  exiger sa livre de chair, c'est-à-dire une austérité plus brutale qui jettera un peu plus les Grecs dans la misère. Pour que le berceau de la démocratie reste une démocratie, il est temps de faire les concessions nécessaires, en aidant le gouvernement Tsipras à s’aider lui-même.»

 

Extraits de l’article d’Alexia Kefalas dans le Figaro du 27 mai  intitulé : « Dette: la Grèce racle ses derniers fonds de tiroirs »

« Après plusieurs jours d’alerte à la cessation de paiement imminente, le gouvernement grec annonce avoir trouvé les 302,5 millions d'euros, qu'il doit verser au FMI dans huit jours, le 5 juin. Pour autant, le suspense n'est pas entièrement levé pour les trois tranches suivantes du mois de juin (1,7 milliard au total). Le gouvernement d'Alexis Tsipras a en effet répété qu'à choisir, il préférera assurer le paiement des salaires et des retraites des fonctionnaires plutôt que rembourser le FMI. Et il est vraiment en train de racler les fonds de tiroir, au prix de nouveaux sacrifices.

«C'est du racket!», s'emporte Mihalis Giannakos, président de la fédération hellénique du personnel hospitalier. «Les maisons de retraites sont au bord du gouffre et les retraités se font piller, alors même que leurs pensions ont déjà été réduites d'un tiers en quatre ans» ajoute t-il. Il fait référence à une loi, adoptée en 2011, qui prévoit le versement de 40 % de chaque retraite pour l'entretien et le fonctionnement des établissements. Or, en avril dernier, le gouvernement Tsipras a imposé, par décret, que toutes réserves de trésorerie des organismes publics soient versées directement à la Banque de Grèce pour régler les créanciers internationaux ainsi que les salaires et les retraites des fonctionnaires……

……Dans ces conditions, le déficit de crédibilité du gouvernement se creuse au fil des jours. Paradoxalement, les Grecs, soucieux d'en finir avec le dogme de l'austérité, continuent, malgré tout, de soutenir majoritairement l'action d'Alexis Tsipras, sans se faire d'illusions. Ils sont tout aussi nombreux à retirer leur argent des banques. Alors que la fuite des capitaux avait ralenti, elle repart de plus belle. Selon plusieurs sources bancaires, 300 millions d'euros sont retirés chaque jour. Rien qu'au mois d'avril, 5 milliards d'euros sont sortis des banques, contre 1,9 milliard au mois de mars. Plus l'incertitude perdure, plus les Grecs savent qu'il sera difficile de sortir la tête de l'eau. »

 

En complément voici des extraits de la chronique de Cécile Ducourtieux parue dans Le Monde daté du 25 juin intitulé :  Grèce : à qui profite l'accord ?

« Qui sortira vainqueur de la crise  grecque ? Pas grand monde. Athènes ? Si un accord est trouvé, ce qui n'était toujours pas gagné mercredi 24  juin au matin, Alexis Tsipras, le premier ministre de la gauche radicale, reviendra de ses cinq mois de lutte avec les créanciers du pays avec bien moins dans ses bagages que ce qu'il avait promis aux Grecs quand il a été élu fin janvier........

.......Certes Tsipras va rentrer à Athènes en disant qu'il a su résister de longs mois aux exigences des créanciers, tenir la dragée haute à "Bruxelles", Merkel, Draghi ou Hollande. Ce qui est vrai. Cette résistance a probablement redonné de la fierté aux Grecs, qui subissaient le diktat de la troïka depuis cinq ans. Le jeune leader de Syriza pourra aussi se féliciter d'avoir négocié une marge de manœuvre budgétaire supérieure à celle de son prédécesseur, le conservateur Antonis Samaras (un surplus budgétaire de 1  % pour 2015 au lieu de 3,5  %). Et il devait y avoir, probablement, mercredi, l'annonce par la Commission européenne d'un package for growth ("paquet pour la croissance") pour la Grèce : 35  milliards d'euros de fonds européens disponibles pour le pays jusqu'en  2020.

Mais, sur le fond, on retiendra l'économie grecque à genoux, à nouveau en récession au premier trimestre 2015, les banques fragilisées, alimentées au compte-gouttes par les liquidités d'urgence de la BCE. L'aile gauche de Syriza partagée. L'amertume d'avoir une nouvelle fois dû céder à Bruxelles sur un plan de réformes qui ressemble quand même à un nouveau plan d'austérité. Et surtout la dette : Tsipras, depuis son arrivée au pouvoir, militait pour l'effacement d'une partie de l'ardoise (322  milliards d'euros, 177  % du PIB). Il a rencontré un mur. " No way ", lui ont fait clairement savoir les dix-huit autres chefs d'Etat des pays de l'eurozone. L'aménager, allonger ses maturités, revoir un peu à la baisse ses taux, à la rigueur. Et encore, sous conditions. Et pas avant qu'il ait commencé à implanter les réformes promises…..

Si l'accord qui se dessine semble largement correspondre aux souhaits des créanciers, cela ne les rendra pas plus populaires pour autant..........

....... Mettons qu'on en arrive pas là, que dans les jours qui viennent l'accord sera signé, qu'Athènes n'ira pas au défaut de paiement, recevra bien de quoi payer le FMI le 30  juin (elle lui doit 1,6  milliard d'euros à cette date). Que retiendra-t-on de ces interminables négociations ? Que la Commission, la BCE et le FMI ont imposé leur mémorandum réformes contre prêts, leur " diktat " de technocrates à un peuple qui avait pourtant décidé de s'en débarrasser. On criera au déni de démocratie......

.....Quels que soient ces cas de figure, le message envoyé aux citoyens européens, dont un si grand nombre ont déjà perdu confiance dans la capacité de l'Europe à améliorer leur quotidien, est assez déprimant. On va d'eurogroupes en sommets, de sommets en conseils européens, en ayant l'impression de faire du surplace. Les choses auraient-elles pu se passer autrement, pour une négociation "win-win" comme on dit dans les milieux d'affaires ? Il aurait fallu que Tsipras et ses équipes rangent leur idéologie au placard, jouent plus fin, moins rhétorique. Et qu'en face une partie des créanciers agissent avec davantage de compréhension. Maintenant, c'est un peu tard. »

Et puis patatras, vendredi soir Alexis rejette les propositions des créanciers et annonce un référendum. Tel Socrate il préfère le suicide au déni de démocratie.  

(Plus que jamais, à suivre)

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