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Presse aidant .......Ainsi allait le Monde en mai 2015.

1 Juin 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme chaque mois de nombreux éditos importants dans lesquels il faut faire des choix pour n’en retenir que quatre.

 

Editorial du Jeudi 7 mai.  9 Mai 1945 : il fallait aller à Moscou.

Les Russes ont raison de pointer la manière dont les Occidentaux, notamment les Européens, sous-estiment trop souvent le rôle de l'Armée rouge dans la victoire sur les nazis. Ils célèbrent cette année, avec une attention particulière, le 70e anniversaire, samedi 9  mai, de la défaite du Reich allemand. Celle-ci marqua la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, et c'est sans doute l'une des dernières fois qu'autant d'anciens combattants pourront communier dans le souvenir de ce que les Russes appellent " la Grande Guerre patriotique ".

Ils l'accomplirent avec un courage, une abnégation, des sacrifices à nuls autres pareils en Europe. Quelque 25  millions de citoyens de ce qui était alors l'URSS périrent dans les combats. Occupée de 1941 à 1944, toute une partie de la Russie occidentale connut, sous le joug nazi, certaines des pires atrocités de la guerre. Pourtant, dans la vulgate la plus communément partagée de l'événement en Europe de l'Ouest, le souvenir du rôle joué par l'Armée rouge s'est estompé ou est mal préservé.

Notre confrère The Financial Times faisait récemment état d'un sondage commandé à un institut britannique, ICM, et qui, le mois dernier, soulignait ceci : à peine 13 % des jeunes Allemands, Britanniques et Français savent que l'Armée rouge a participé à la libération de l'Europe, cependant que 43  % citent le rôle joué par les Etats-Unis. Ce n'est sous-estimer ni l'héroïsme collectif du débarquement de Normandie, ni, en général, la part capitale prise par l'Amérique dans la victoire sur les nazis que d'insister sur la reconnaissance due à l'URSS.

On sait, bien sûr, ce qui, immédiatement après le conflit, occulta la participation de Moscou à la guerre : l'imposition du " rideau de fer " au cœur du Vieux Continent, la manière dont l'URSS va mettre sous tutelle dictatoriale une partie de l'Europe tout juste libérée – ce que le grand écrivain tchécoslovaque Milan Kundera appellera " Un Occident kidnappé, la tragédie de l'Europe centrale ", dans un article publié en  1983 par la revue Le Débat.

Depuis, il y a eu, en 1989, la chute du mur de Berlin – du rideau de fer. Et, pour célébrer le 60e  anniversaire de la Victoire, en 2005, tous les dirigeants occidentaux ont fait le voyage de Moscou, à l'invitation de Vladimir Poutine. Ils n'y seront pas samedi ou, en tout cas, pas sur la place Rouge pour assister au défilé militaire. Peut-être doit-on le regretter.

Même si l'on peut comprendre qu'ils veuillent ainsi manifester leur condamnation de l'annexion de la Crimée par M. Poutine, en mars  2014, et dénoncer la guerre qu'il continue d'entretenir dans l'est de l'Ukraine afin de déstabiliser ce pays. Même si l'on doit dénoncer la manière dont la machine de propagande russe au service du Kremlin exploite cet anniversaire en traitant les dirigeants de Kiev de " nazis " et de " fascistes "– parce que ces centristes pro-européens ont l'outrecuidance de vouloir se rapprocher de l'Union européenne…

En cultivant pareils mensonges au service d'un ultranationalisme revanchard, l'appareil médiatique poutinien rend un bien mauvais service à la Russie. Car l'exploitation à des fins de petite politique et de propagande anti-occidentale de ce 70e anniversaire est aussi une façon de le trivialiser et de diminuer l'importance de ce qu'il commémore. Bref, de participer à la distorsion de l'Histoire.

 

Editorial du Lundi 11 mai :  La fin d’Ebola, et après….

Le Liberia a compté les jours. Après plus d'un an d'une épidémie, due au virus Ebola, d'une ampleur sans précédent, qui a semé la mort – plus de 4  700 décès pour le pays –, les autorités libériennes ont enregistré, samedi 8  mai, le quarante-deuxième jour d'affilée sans qu'un cas de maladie à virus Ebola soit déclaré. C'est la meilleure nouvelle qui pouvait arriver depuis que le virus s'est manifesté en Afrique de l'Ouest.

Ces quarante-deux jours représentent deux fois la durée maximale d'incubation de l'infection. Ils sont le critère établi par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour déclarer la fin de l'épidémie dans un pays. Des trois pays les plus atteints, le Liberia est le premier a en être débarrassé, au moins pour l'instant. En Guinée, où l'épidémie a pris naissance (près de 2  400 décès), et en Sierra Leone (plus de 3  900), l'épidémie décline, avec un nombre de cas hebdomadaire inférieur, pour chacun, à la dizaine. Ces deux Etats devraient eux aussi entrer dans le compte à rebours final.

Une épidémie de cette envergure ne s'arrête pas seule. Le fait que le Liberia soit devenu le premier pays exempt d'Ebola n'est pas étranger à l'effort massif des Etats-Unis, qui ont dépêché sur place une armada sanitaire. La France a accompli de gros efforts en Guinée, le Royaume-Uni faisant de même en Sierra Leone.

Pour autant, il serait irresponsable de relâcher la vigilance. Il y a deux mois, le Liberia croyait déjà tenir son certificat " Ebola-free " quand un cas intempestif (transmis sexuellement par un homme, qui avait survécu à Ebola, à sa partenaire) a remis le compteur à zéro. Les pays atteints peuvent connaître le sort de Sisyphe et devoir tout recommencer dans la lutte contre le virus. Tout relâchement des Etats concernés, mais aussi du soutien international qui leur est apporté, peut avoir des conséquences dramatiques.

La raréfaction des cas d'Ebola jusqu'à leur disparition signifie que des pays exsangues vont pouvoir se redresser sur le plan économique. Ils vont devoir apprendre à combattre la stigmatisation dont peuvent être victimes les quelque 15  000 survivants de l'épidémie, souvent ostracisés car perçus comme toujours contagieux. Les pays touchés mais également leurs voisins devront de plus tirer les leçons de cette histoire encore inachevée et consacrer davantage de moyens au renforcement de leur système de santé pour l'ensemble des pathologies et à la surveillance des épidémies.

Cela ne se fera pas sans la communauté internationale. Ce sont les mêmes leçons, notamment celle de la grippe espagnole de 1918-1919, qui ont conduit les Etats les plus riches à développer leurs infrastructures sanitaires et à mettre sur pied un pilotage de cette politique. Les retards dans la prise de conscience de l'étendue de cette épidémie et dans l'appel à mobiliser l'aide internationale et à construire une réponse opérationnelle ont finalement été reconnus par l'OMS. Alors que l'alerte était donnée par le terrain et notamment par Médecins sans frontières, les mois perdus se sont soldés par des milliers de cas et des centaines de morts.

L'OMS a annoncé des initiatives, un dispositif de réponse rapide aux épidémies. C'est un début. Mais il est vraisemblable que, lors de la réunion annuelle de l'Assemblée mondiale de la santé, qui se tiendra du 18 au 26 mai à Genève, des voix s'élèveront pour réclamer des comptes dans la gestion d'Ebola.

 

Editorial du Vendredi 15 mai.  Barack Obama entre le golfe et téhéran.

Barack Obama s'est livré, jeudi 14  mai, à un difficile exercice de " câlinothérapie " auprès des alliés arabes des Etats-Unis de la région du Golfe. Il a reçu à Camp David, dans le Maryland, les représentants de six pays que la perspective d'un accord sur le nucléaire iranien effraie au plus haut point. Il les a rassurés sans céder en rien sur sa volonté d'obtenir fin juin un bon document de non-prolifération nucléaire avec la République islamique d'Iran. Il a eu raison.

Les six pays du Conseil de coopération du Golfe, le CCG (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) redoutent notamment la levée des sanctions économiques pesant sur Téhéran en cas d'entente avec l'Iran. Elle accroîtra la puissance financière de l'Iran et les moyens dont il dispose pour étendre son influence dans la région. Ce sera autant de subventions en plus à dispenser au profit des alliés arabes de l'Iran – le Hezbollah libanais, les véritables armées que sont les milices chiites irakiennes, le régime de Damas, soutenu à bras-le-corps par l'Iran, enfin les houthis du Yémen.

Pour les membres du CCG, qui, sous la direction de l'Arabie saoudite, regroupe les sunnites, la capacité de déstabilisation régionale de la République islamique, chef de file de la branche minoritaire de l'islam, le chiisme, va s'en trouver décuplée. Ils craignent que, dans l'affrontement régional en cours – en Syrie, en Irak, au Yémen, notamment –, la balance ne finisse ainsi par pencher en faveur de l'Iran chiite.

Incidemment, c'est la perspective d'un accord sur le nucléaire iranien qui a fini par pousser les trois puissances sunnites que sont la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar, à faire taire leurs divergences et à appuyer ensemble les rebelles syriens. Objectif : s'efforcer de faire tomber Bachar Al-Assad, le protégé de Téhéran, avant la fin juin. D'où la pression actuelle sur le régime de Damas.

Les craintes des six pays du CCG ne sont pas infondées. M.  Obama a réitéré à Camp David "l'engagement inébranlable des Etats-Unis pour leurs partenaires du Golfe". Il a évoqué des "assurances concrètes", mais s'est refusé, comme ils le lui demandaient, à signer avec eux un traité de sécurité en bonne et due forme. Il n'a pas tort. Les pays du CCG regorgent des armements les plus sophistiqués : avec un montant de 80  milliards de dollars l'an passé, le budget de la défense de Riyad est six fois supérieur à celui de Téhéran. La course aux armements ne fera qu'accentuer le grand affrontement en cours au Moyen-Orient, dans lequel la responsabilité de l'Arabie saoudite, promotrice acharnée de l'extrémisme islamiste, est au moins aussi grande que celle de l'Iran, moteur de l'expansionnisme chiite.

Nul ne sait la dynamique politico-diplomatique qu'entraînera ou non un accord sur le nucléaire iranien – positive, neutre, négative ? Mais, en refusant un alignement unilatéral sur les desiderata du CCG et d'Israël, lesquels prônent tous le conflit avec l'Iran, Barack Obama se donne au moins une chance d'ouvrir la voie à une normalisation des relations Téhéran-Washington. Bref, de placer les Etats-Unis en mesure de parler à la fois à l'Iran et à l'Arabie saoudite et d'inciter les deux théocraties régionales à amorcer un dialogue. Même si elle reste ténue, c'est la seule perspective d'apaisement réel dans l'affrontement qui met aujourd'hui le Moyen-Orient à feu et à sang.

 

Editorial du vendredi 22 mai. Pas de miracle pour le climat. Des actes !

Six mois. Il reste six mois pour préparer la 21e conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), qui se tiendra à Paris du 30  novembre au 11  décembre. Six mois pour dégager un accord universel entre 195 pays, dont l'objectif est de contenir la hausse des températures de la planète en deçà de 2 degrés. Pour la communauté internationale, le défi est considérable. Pour François Hollande, il ne l'est pas moins, et le président français ne manque plus une occasion de marteler son ambition de parvenir à un accord "ambitieux, global et contraignant ".

Or les négociations climatiques patinent. A ce jour, trente-huit Etats seulement ont rendu leurs "  contributions nationales  " – c'est-à-dire leurs engagements pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre –, et beaucoup sont considérées comme peu ambitieuses. C'est pourtant une étape obligatoire imposée lors des dernières sessions de négociation. La date butoir avait été fixée au 31  mars 2015. Les organisateurs évoquent désormais juin, peut-être septembre, voire fin octobre.

Quant aux discussions sur le Fonds vert, destiné à aider les pays en développement à s'adapter au changement climatique, elles ne progressent guère. Ce fonds devait recevoir 100  milliards de dollars (90  milliards d'euros) par an d'ici à 2020. Pour l'heure, il n'a recueilli que la promesse de 10,2  milliards de dollars. Le président français et la chancelière allemande, Angela Merkel, dont les pays ont chacun mis sur la table 1  milliard de dollars, s'en sont inquiétés il y a quelques jours, lors du "  Dialogue de Petersberg  ", à Berlin.

Dans ce contexte incertain – pour ne pas dire ce chemin de croix –, l'engagement des religions est aussi inédit qu'encourageant. En juin, le pape François doit publier une encyclique très attendue sur l'écologie, qui devrait insister sur le "devoir de solidarité " envers les générations futures et les pays en voie de développement. Sans attendre, les initiatives se multiplient. Jeudi 21  mai, des responsables chrétiens, musulmans, juifs et bouddhistes se sont réunis pour la première fois, lors d'un colloque au Sénat, afin de peser de tout leur poids dans le débat. Ils ont élaboré un texte œcuménique, " un plaidoyer pour le climat ", qui devrait être remis à François Hollande le 1er  juillet.

Début mai, l'Eglise d'Angleterre a annoncé, après celle de Suède, qu'elle allait abandonner tout investissement dans le charbon et le pétrole de sables bitumineux, deux énergies parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre. Aux Etats-Unis enfin, la conversion des climatosceptiques se joue désormais dans les paroisses, et les autorités religieuses viennent en renfort du président Obama, convaincu que le dérèglement climatique, avec son cortège de sécheresses historiques (comme en Californie), d'inondations et d'ouragans, met en cause la sécurité du pays.

Quant au monde économique, en dépit de sa responsabilité dans les émissions de carbone, il prend également la mesure du défi. Réunies à Paris durant trois jours, les grandes entreprises viennent d'exhorter les Etats à agir. Elles réclament la fixation d'un prix mondial du carbone et l'élimination progressive des subventions aux combustibles fossiles. Deux décisions qui divisent, en France comme ailleurs.

D'ici à la fin du mois de novembre, le temps est compté ett les tergiversations ne sont plus de mise. Il n'y aura pas de miracle. Pour ''sauver'' la planète il faut des actes. 

 

( A suivre) 

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