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Presse aidant ..... Ainsi allait le Monde en juin 2015.

5 Juillet 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Ayant évoqué la situation politique de la Grèce dans de précédents billets «  Idées et débats » je n’y reviendrais pas dans celui-ci, d’autant que dans quelques heures le résultat du référendum sera connu et qu’il n’est pas exclu que je traite à nouveau ce sujet dans quelques jours.  Voila donc mon choix , en privilégiant les éditoriaux les plus originaux dont des sujets que je n’ai trouvés nulle part ailleurs.

Editorial du mercredi 10 juin : La France, l’Arabie saoudite et le supplice de Badaoui.

« C'est entendu, un pays comme la France ne peut pas fonder sa politique étrangère sur le seul critère de la défense des droits de l'homme. Ladite politique doit avoir pour objet prioritaire de protéger les intérêts français à l'étranger. Il s'agit de promouvoir, autant qu'une puissance moyenne active peut le faire, un " ordre " international qui soit le plus conforme à ses intérêts et aux valeurs de la France. Pas d'angélisme : priorité intérieure, l'emploi, cette tragédie française, peut être un des éléments de la décision en politique étrangère.

Dans la région du golfe Arabo-Persique, la France a choisi – notamment sous la présidence de François Hollande – de développer un partenariat privilégié avec l'Arabie saoudite. Grand producteur d'hydrocarbures, protecteur des lieux saints de l'islam, ce pays est l'un des " leaders " du monde arabe sunnite – et aussi notre principal partenaire commercial dans la région. Mais l'Arabie saoudite n'est pas que cela. Elle est la tenante de la version la plus rétrograde de l'islam, qu'elle applique de façon barbare à l'intérieur et dont elle assure la propagation à l'extérieur. C'est l'exportation systématique de ce " wahhabisme " qui a nourri l'expansion du djihadisme dans le monde arabe, en Afrique sahélienne et en Europe. Le fait qu'elle puisse aussi en être la victime n'efface en rien la complicité idéologique de l'Arabie saoudite avec l'extrémisme islamiste. Pour s'être élevé, respectueusement, intelligemment, courageusement, contre cette version de l'islam, un jeune blogueur saoudien, Raef Badaoui, vient de voir sa peine confirmée en appel : dix ans de prison, dix ans d'interdiction de sortie du territoire et mille coups de fouet à distribuer en vingt semaines. Autant dire la mort à petit feu.Au-delà de sa cruauté, c'est le sens de cette peine qui devrait inquiéter Paris. La lutte contre le djihad, contre l'Etat islamique en Irak, en Syrie, en Afrique, ne peut être seulement militaire. Elle doit être idéologique. La défaite de l'Etat islamique suppose d'appuyer les réformateurs de l'islam – partout. Badaoui est l'un de ceux-là, dissident en première ligne. Le Quai d'Orsay a réclamé, lundi 8  juin, la " clémence " pour Badaoui. Mais la France est enfermée dans une relation beaucoup trop étroite avec l'Arabie saoudite. Dans la grande bataille qui divise l'islam d'aujourd'hui, elle a pris le parti des sunnites contre les chiites. Elle est ouvertement du côté de la théocratie saoudienne, chef de file du monde sunnite, contre la théocratie iranienne, tuteur du monde chiite. Sur quelle base ? La République islamique d'Iran est un cauchemar sur le plan des droits de l'homme ; elle est animée par un tropisme expansionniste dangereux ; elle développe un programme nucléaire inquiétant. Certes. Mais il y a plus de liberté religieuse, intellectuelle, plus de liberté artistique, plus d'ouverture au monde, plus de liberté politique même, et, assurément, une société civile autrement plus dynamique et plus proche de l'Occident en Iran qu'en Arabie saoudite.

L'affaire Badaoui va au-delà du cas, admirable, de ce jeune homme. Elle doit interroger la diplomatie française sur un choix stratégique qui limite ses options régionales. La France devrait être en mesure de parler aussi bien à Riyad qu'à Téhéran, comme les Etats-Unis s'efforcent de le faire. Droits de l'homme ou pas. »

 

Editorial du samedi 13 juin.  Purge inquiètante dans la cité interdite.

« Derrière les hauts murs de la Cité interdite, la Chine est en train de connaître l'épilogue d'une des luttes de pouvoir les plus féroces que le pays ait connues depuis la chute de la "bande des quatre", il y a une quarantaine d'années. Au moment où le président chinois Xi Jinping recevait, jeudi 11  juin à Pékin, la principale opposante birmane, Aung San Suu Kyi, étaient diffusées les images de la disgrâce de son ennemi, Zhou Yongkang. Condamné à la prison à vie par un tribunal de Tianjin, l'homme de 72 ans, encadré par deux policiers, était l'ombre du hiérarque tout-puissant qui, il y a trois ans à peine, régnait sur la sécurité du pays. Officiellement, il est tombé pour avoir abusé de sa position et avoir touché des pots-de-vin dont il a fait profiter ses proches, et notamment son fils. Mais il était aussi accusé d'avoir révélé des secrets d'Etat, et cette dernière accusation a permis de mener son procès à huis clos, dans le plus grand secret. Le " clan " de Zhou Yongkang était issu de la province du Sichuan, dans le sud-ouest du pays, où il avait occupé de hautes fonctions, et lié à l'industrie pétrolière, où il avait débuté sa carrière. Ce fut d'ailleurs l'un des premiers secteurs touchés par la campagne anticorruption lancée par Xi Jinping à son arrivée à la tête du Parti communiste chinois, lors du 18e congrès, en novembre  2012.

La grande purge qui, semble-t-il, arrive à son terme a débuté en  cette même année 2012, au moment où s'opérait la transition entre le président Hu Jintao et son successeur désigné, Xi Jinping. Un autre aristocrate rouge, Bo Xilai, soutenu par Zhou Yongkang, pensait pouvoir s'imposer. Les deux hommes ont payé cette ambition au prix fort. Ils se retrouvent désormais à la prison de Qincheng, au nord de Pékin, un "  établissement trois étoiles  " construit par les Russes dans les années 1950 et réservé aux membres déchus de l'élite. Mme Mao y vécut après son procès et s'y suicida. Dans l'immédiat, la victoire de Xi Jinping est écrasante. Il a éliminé tous ses rivaux, même au sein de l'armée. Il place progressivement ses hommes aux postes-clés en prévision du prochain congrès, en  2017, où il entamera un second mandat de cinq ans à la tête d'un pays de plus en plus puissant. Depuis Mao et Deng Xiaoping, aucun dirigeant chinois n'avait disposé d'autant de pouvoir. Au point d'inquiéter. Car, à plus long terme, sa stratégie peut nourrir l'instabilité. Après les années de chaos de la Révolution culturelle, Deng Xiaoping avait mis en place une direction communiste collégiale et consensuelle. Tout comme des millions de Chinois, il n'avait que trop souffert de la toute-puissance de Mao, de ses excès et de ses erreurs qui avaient conduit la Chine au bord du désastre. Le Parti communiste ne pouvait se permettre de remettre son sort entre les mains d'un seul homme.

C'est pourquoi le renforcement croissant du pouvoir de Xi Jinping ces derniers mois ne peut que susciter les interrogations. D'autant plus que la lutte anticorruption est menée, en toute opacité et sans contre-pouvoir indépendant, par un organisme interne au Parti communiste. Enfin et surtout, le président chinois a brisé un tabou  : celui de ne jamais s'attaquer à un ancien membre du "  comité permanent  ", la direction effective du parti et du pays. Avec la condamnation de Zhou Yongkang, plus personne, au sein de l'élite, n'est à l'abri. Pas même l'actuel numéro un. »

 

Editorial du dimanche 28 juin. Unité face aux barbares

« Carnage sans frontières. Le terrorisme islamique a de nouveau semé la mort, la douleur et le chaos, vendredi 26  juin, avec une innovation supplémentaire dans l'horreur : des attaques quasi simultanées à travers plusieurs continents.

En janvier, les autorités françaises avaient été confrontées à un modèle encore inédit dans la panoplie terroriste : des opérations menées au même moment dans divers endroits de la capitale pendant trois jours, contraignant les services de police à se battre sur plusieurs fronts à la fois. Vendredi, un autre pas a été franchi : celui de la multiplication d'attaques le même jour, dans trois pays différents, la France, la Tunisie et le Koweït.

L'organisation Etat islamique a revendiqué les attentats de Sousse, en Tunisie, dans lequel 38 personnes ont trouvé la mort, et celui de Koweit City, où 27 personnes ont été tuées dans une attaque contre une mosquée chiite au moment de la grande prière. L'attaque, en France, contre une usine chimique en Isère, accompagnée de la décapitation d'un chef d'entreprise, n'avait pas été revendiquée samedi matin. Mais l'identité du suspect interpellé, son mode opératoire et ce que les services de renseignement connaissaient de sa fréquentation des milieux radicaux confirment une influence djihadiste.

Le premier objectif de ces multiples attentats est clair  : pour mieux répandre la terreur, frapper les esprits par un effet de masse, en exploitant la caisse de résonance infinie des médias, en particulier celle des réseaux sociaux. Pour ne jamais laisser l'imagination au repos, recourir chaque fois à une nouvelle forme d'action, pousser toujours plus loin les limites d'un spectacle macabre. La France connaissait les attentats, les tueries, les militaires, les journalistes et les juifs pris pour cibles ? Les Français ont droit aujourd'hui à la monstrueuse mise en scène d'une décapitation.

Les Tunisiens savaient leurs lieux culturels menacés, depuis l'attentat contre le Musée du Bardo, il y a quatre mois. Ce sont maintenant les touristes en maillot de bain qui sont attaqués, par un assaillant arrivé de la plage, en short et T-shirt, la kalachnikov dissimulée dans un parasol. Les lieux de prière chiites du Koweït avaient été épargnés ? C'est fini, il n'y a plus de sanctuaire dans le riche émirat.

Le tableau de ce vendredi sanglant ne saurait être complet sans le massacre froid de plus de 150 civils à Kobané, ville syrienne tenue par les Kurdes où l'EI a refait une incursion, et l'attaque en Somalie d'une base de la force de l'Union africaine par les islamistes chabab, dans laquelle plusieurs dizaines de soldats ont été tués.

Le deuxième objectif des attaques du 26  juin est trahi par le choix des cibles. Un porte-parole de l'EI avait appelé ses partisans, dans un message audio diffusé au début de la semaine, à célébrer le mois du ramadan par de nouvelles actions  : " Ô moudjahidines, où que vous soyez, allez et faites du ramadan un mois de désastres pour les infidèles. Au Koweït, la cible est un émirat pétrolier à majorité sunnite qui abrite une minorité de chiites, considérés comme des hérétiques par l'EI sunnite. La revendication de l'attentat de Sousse justifie une attaque contre " un bordel " et " des infidèles "  : c'est bien là les touristes européens, et les Tunisiens qui les accueillent, qui sont visés. Enfin, pour la France et la Tunisie, il s'agit de frapper encore, en l'espace de quelques mois, deux pays déjà durement mis à l'épreuve. En France, manipuler une petite minorité de jeunes musulmans radicalisés ou en voie de radicalisation et provoquer des réactions de rejet au sein de la société française. En Tunisie, faire échouer purement et simplement le projet démocratique et laïque dans lequel ce petit pays pionnier s'est courageusement lancé depuis les révolutions arabes du printemps 2011. Le condamner à l'échec en mettant son industrie touristique en faillite et en le déstabilisant.

Unis par ce défi commun, Français et Tunisiens doivent résister ensemble. Au-delà de l'indispensable coopération dans la lutte antiterroriste, une réaffirmation ferme, unanime et permanente de nos valeurs démocratiques, au sein de nos sociétés et par l'ensemble de nos classes politiques, reste notre meilleure défense. »

 

 ( A suivre)

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