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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en juillet 2015 …..

2 Août 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Ce mois-ci, encore je privilégie des éditoriaux que je trouve originaux et j’écarte tout ce qui concerne la Grèce et l’Europe (euro devrais-je dire), un sujet traité dans la rubrique Id-ébats.

 

Editorial du Vendredi 10 juillet : Chine, le krach qui fait peur.

« Dans le socialisme aux caractéristiques chinoises, le parti au pouvoir – rappelons-le, il s'agit du Parti communiste – veut que la Bourse se porte bien. Le bon communiste chinois est celui qui place ses économies à la Bourse et, mieux encore, celui qui spécule à la hausse. La révolution passe par la cotation, la politique se fait à la corbeille. Avec tous les risques qui en découlent et qui, bizarrement, semblent aujourd'hui surprendre les dirigeants chinois. Face au krach boursier que connaît la Chine depuis quelques jours, ceux-là jouent leur réputation de grands gestionnaires de la deuxième économie du monde. Après des mois d'euphorie qui ont vu tripler les cours des principales Bourses chinoises, à Shanghaï comme à Shenzhen, la bulle se défait. Depuis la mi-juin, un vent de panique souffle. Le principal indice boursier à Shanghaï a perdu 30  % de sa valeur en quelques jours. En moins d'un mois, plus de 3  000  milliards de dollars de capitalisation boursière ont été effacés. Passés d'une exubérance irrationnelle à une peur qui ne l'est pas moins, les épargnants vendent leurs actions, à tour de bras. C'est le dévissage le plus brutal depuis 2008, avec des risques sérieux que l'hémorragie contamine les grands marchés voisins, qu'il s'agisse de Hongkong, de Tokyo ou de Bombay – voire de l'Europe au moment où elle manifeste les premiers signes d'une reprise encore timide. Bienvenue dans l'économie globalisée. Le gouvernement chinois a réagi en début de semaine et semblait, ce jeudi 9  juillet, avoir quelque peu apaisé la tourmente. Les autorités boursières ont suspendu hier la cotation de plus de la moitié des grandes sociétés chinoises. Les rares grands investisseurs dépendant du gouvernement ont été priés de soutenir le marché, pour en assurer la liquidité, en achetant prioritairement les valeurs des PME cotées en Bourse. Enfin, la banque centrale chinoise a baissé ses taux. Mais l'affaire a révélé la fragilité du marché boursier aux caractéristiques chinoises. Il y a peu de grands investisseurs institutionnels, privés ou publics, comme aux Etats-Unis et en Europe. La Bourse chinoise est dominée par des millions de petits porteurs, près d'une centaine de millions, qui ont récemment été fortement incités par le gouvernement à placer davantage encore de leurs économies en Bourse, quitte à s'endetter. Cela rend les marchés plus difficiles à maîtriser.

La correction a été d'autant brutale. Il a suffi d'une prévision de croissance " moyenne " – plus 6,8  % en rythme annuel au premier trimestre 2015 – pour amorcer la débandade. En toile de fond, outre le ralentissement de l'activité, il y a une conjoncture politico-économique qui n'est pas sans nuages : l'évolution d'une dette régionale inquiétante, les difficultés que rencontre Pékin dans sa volonté de réformer une économie encore largement étatisée et à ouvrir davantage ses marchés financiers aux investisseurs étrangers. Dans ce contexte, ce qui est apparu, c'est une certaine surévaluation des capitalisations boursières des sociétés chinoises – en clair, des valeurs un tantinet survendues. Tout un symbole. Au moment où la Chine mène une politique d'investissement conquérante dans le monde entier, cela vient moduler une image d'invincibilité aussi peu fondée que les complexes d'infériorité qu'elle a fait naître chez les autres, notamment en Europe. Il est bon de le savoir : même le plus puissant des dragons a des passages à vide. »

 

Editorial du mardi 14 juillet : La révolution sociale du Pape François.

Le pape François n'a pas fini de surprendre et de déranger. Le premier pontife argentin de l'histoire vient d'achever une tournée d'une semaine dans trois petits Etats sud-américains. L'Equateur, la Bolivie et le Paraguay, qu'il a visités du 5 au 12  juillet, ont en commun d'être trois pays pauvres, imprégnés de culture catholique et ayant chacun une composante amérindienne. Ils sont emblématiques de cette "patria grande" chère à l'ancien archevêque de Buenos Aires, cette utopie portée par les héros des indépendances du XIXe  siècle qui tend à faire des nations hispanophones américaines un ensemble politique doté d'un caractère propre.

Sur ces terres qui ont souffert des dictatures militaires et où l'Eglise catholique est confrontée à la montée en puissance des Eglises protestantes, évangéliques ou pentecôtistes, Jorge Bergoglio a fait entendre, trois semaines après son encyclique sur l'écologie, ''Laudato si', un message social et politique. "Un autre modèle de développement est possible", a-t-il martelé, en invitant son Eglise à faire siennes les luttes des pauvres et des déshérités. "Votre cri dérange'', avait-il lancé à leur intention, en octobre  2014, ''sans doute parce que l'on a peur du changement que vous exigez." Avec son franc-parler coutumier, le pape a réclamé pour tous ces "semeurs du changement" l'accès aux droits sacrés des "Trois “T''  " – un toit, un travail, une terre – et un autre partage des richesses. Avec des accents quasiment révolutionnaires, il a dénoncé "le fumier du diable", " l'ambition sans retenue de l'argent qui commande " ou encore " l'économie qui tue ".

Si le pape prêche la révolution sociale, il n'est en aucun cas un adepte de la théologie de la libération, qui a connu ses heures de gloire en Amérique latine et dont ses prédécesseurs ont dénoncé les dérives. " Nous avons appris douloureusement, a-t-il déclaré en Bolivie, devant le président très radical Evo Morales, qu'un changement de structures qui n'est pas accompagné d'une conversion sincère des attitudes et du cœur finit tôt ou tard par se bureaucratiser, par se corrompre et par succomber. " Et, a-t-il ajouté en Equateur, devant Rafael Correa, qui se veut aussi révolutionnaire que catholique, " l'immense richesse de ce qui est varié, de ce qui est multiple (…) nous éloigne de la tentation de propositions plus proches des dictatures, des idéologies, des sectarismes ". La "maison Terre" du pape doit reposer sur la diversité.

En bon pasteur, François a visité les détenus d'une prison bolivienne, les enfants malades d'un hôpital au Paraguay, privilégiant partout ces pauvres qui "ont beaucoup à nous enseigner en humanité, en bonté, en sacrifice ". Mais il n'a pas manqué de prodiguer des leçons de bonne gouvernance à ses hôtes. Il a averti M. Correa, qui est confronté à une contestation touchant plusieurs réformes, que "les normes et les lois "doivent" rechercher des espaces de dialogue, de rencontre et ainsi abandonner comme un douloureux souvenir toute forme de répression, le contrôle démesuré et la restriction de liberté ". Et il n'a pas hésité à admonester sévèrement Horacio Cartes, le président conservateur du Paraguay, dénonçant en sa présence les inégalités et les injustices, le chantage et la corruption. Il reste à savoir si, comme sur d'autres sujets, comme la famille et l'écologie, ce pape qui dérange sera suivi par son Eglise.

 

Editorial du jeudi 16 juillet : Iran un accord historique et prometteur

 « La diplomatie, ça marche – et, en général, plutôt mieux que la guerre. Certes, douze ans de pourparlers ardus, hyper-techniques, à dates-butoirs sans cesse repoussées, c'est moins " glamour" qu'une belle petite campagne de bombardements à distance. Mais c'est plus efficace pour régler une question aussi difficile et fondamentale que celle du programme nucléaire de l'Iran.

On salue donc des deux mains l'accord annoncé, mardi 14  juillet à Vienne, par l'Iran, d'un côté, les "5 + 1" de l'autre – Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne –, sur le contrôle des activités nucléaires de Téhéran. Pour les " 5 + 1 " mandatés par l'ONU, il s'agissait de mettre sous tutelle le programme de la République islamique afin de s'assurer qu'il ne lui permettra pas de se doter de l'arme nucléaire. Si le document n'est pas torpillé par les "durs", à Washington comme à Téhéran, cet objectif doit être atteint. Le mérite en revient aux deux hommes qui ont pris le risque de renouer le dialogue entre deux pays en état de quasi-belligérance depuis 1979 : les présidents Barack Obama et Hassan Rohani. Durant une période de dix à quinze ans, le programme iranien sera bridé, contrôlé de telle manière que, si elle dérogeait à l'accord, la République islamique aurait besoin d'un an afin d'enrichir suffisamment d'uranium pour fabriquer une bombe nucléaire – ce qui permettrait aux "5 + 1" de réagir. Aujourd'hui, au point très avancé où en est le développement nucléaire de l'Iran, ce temps, le "  break out time  ", est de deux mois. Pour apprécier l'importance de l'accord, il faut connaître la situation qui a prévalu ces dernières années. Soupçonnée de violer le Traité de non-prolifération, dont elle est signataire, la République islamique fait l'objet de lourdes sanctions. Mais, si elles ont durement nui à son économie, elles ne l'ont pas empêchée d'accroître sans cesse sa capacité à enrichir l'uranium : en 2003, au début de cette négociation, le pays avait 180  centrifugeuses, aujourd'hui plus de 20  000. L'accord de Vienne arrête la marche de l'Iran vers un équipement nucléaire chaque jour plus dangereux. L'accord n'est pas parfait. L'Iran ne démantèle que très partiellement son dispositif nucléaire. Il accepte de le placer sous surveillance. En contrepartie, Téhéran obtient une levée progressive des sanctions. L'enjeu est d'enrayer la prolifération dans une région en proie à la guerre et où l'Iran a déjà pour voisins, plus ou moins proches, trois puissances nucléaires illégales : Israël, l'Inde et le Pakistan. Opposés au chef de file du monde musulman chiite qu'est l'Iran, les Etats arabes du Golfe ont toujours critiqué cet accord. Ennemi déclaré d'une République islamique qui a appelé à sa disparition, Israël est sur la même position. Les uns et les autres craignent que la levée des sanctions ne dote l'Iran d'un surcroît de moyens au service de son expansionnisme régional. Seulement ni les uns ni les autres – dont la sécurité dépend des Etats-Unis – n'ont la moindre solution de rechange.

Rien n'est garanti, mais l'accord peut progressivement conduire à une normalisation américano-iranienne et amener l'Iran à aider au règlement de conflits régionaux dont il est l'un des acteurs les plus agressifs – de l'Irak à la Syrie en passant par le Liban. Ce qui permettrait à la diplomatie, cette pratique lente, ingrate et tellement ennuyeuse, de continuer à marquer des points. »

 

Editorial du samedi 18 juillet.  L’Afrique organise un procès historique.

 « Le procès qui s'ouvre lundi 20  juillet à Dakar est historique. Pour la première fois, un ancien chef d'Etat – en l'occurrence le Tchadien Hissène Habré – va être jugé en vertu de la compétence universelle. En Afrique, de surcroît. Ce principe établit que certains crimes sont si graves qu'ils affectent la communauté internationale dans son ensemble. Et que, par voie de conséquence, tous les Etats ont le droit, si ce n'est l'obligation, d'entamer des poursuites judiciaires contre leurs auteurs, et ce quel que soit l'endroit où le crime a été commis ou la nationalité de l'auteur ou des victimes.

Dans le cas présent, Hissène Habré, qui vivait en exil au Sénégal depuis sa chute, en  1990, est accusé de "crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture". Sans préjuger de l'issue de ce procès qui pourrait durer trois mois, ni de la présomption d'innocence de tout accusé, le dossier de l'ancien despote tchadien est pour le moins chargé. Ses huit années de règne (1982-1990) forgées dans la rébellion, les coups d'Etat et une répression d'une violence inouïe sont jalonnées de fosses communes dans lesquelles reposent des milliers de victimes. Une commission d'enquête tchadienne a établi en  1992 que 40  000 personnes ont été tuées ou sont mortes en détention dans des conditions effroyables.

En bon dictateur, M.  Habré exerçait un pouvoir sans partage, mais il n'a pas accompli en solitaire son œuvre morbide. On peut regretter qu'il soit le seul présent dans le box des accusés. C'est en partie la faute des autorités tchadiennes, qui ont préféré condamner en catimini d'anciens bourreaux. Certains y ont vu la volonté de l'actuel président tchadien, Idriss Déby, grand ami de la France, de faire taire ceux qui auraient pu rappeler que lui-même, à l'époque des massacres, occupait des responsabilités dans l'appareil répressif de son prédécesseur. Ce grand déballage aurait aussi, immanquablement, éclaboussé la France et les Etats-Unis, qui – au nom de la lutte contre le terrorisme international, incarné alors par la Libye de Mouammar Kadhafi – avaient préféré détourner les yeux sur les horreurs commises par leur allié africain. Mais le grand récit sur ce passé sanglant n'aura pas lieu, et pas seulement du fait du président Déby,.Hissène Habré a prévu de garder le silence. Lui et ses avocats adopteront une défense dite de rupture. Ils contesteront la légalité du tribunal et ne se battront pas sur le fond du dossier.M.  Habré sera jugé par un tribunal ad hoc, les "  chambres africaines extraordinaires  " établies par l'Union africaine, l'organisation régionale. Cela aussi est historique. Et c'est une bonne nouvelle pour l'Afrique. Elle démontre que les critiques d'un nombre croissant d'Etats africains contre la Cour pénale internationale (accusée de biais anti-africain) ne signifient pas la fin de la lutte contre l'impunité des plus grands criminels. Elle est la preuve que le continent entend de plus en plus traiter les affaires judiciaires qui le concernent.

En peu de temps, outre l'affaire Habré, l'ancien chef de la junte militaire guinéenne Dadis Camara, puis de très hauts responsables de la sécurité en Côte d'Ivoire ont été inculpés dans leurs pays respectifs pour des crimes graves. La République centrafricaine a posé les fondations d'une cour pénale spéciale. Autant de bonnes résolutions qui restent à confirmer avec l'organisation de procès exemplaires. »

 

Editorial du dimanche 26 juillet. Un bon revirement turc et un moins bon.

« La Turquie semble avoir pris un tournant important dans la lutte contre les diaristes de l’Etat Islamique en Syrie. Elle parait décidée à les combattre en accord avec les Etats-Unis. Même tardive c’est une bonne nouvelle, qui peut changer pas mal de chose sur le terrain.

Depuis le début de la tragédie syrienne, l’homme fort de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan n’a jamais pardonné à son homologue de Damas, Bachar Al- Assad, de ne pas l’écouter. Dans le courant des années 2000, les deux pays et les deux hommes avaient établi de bonnes relations. Fort de ce contexte, M. Erdogan, le chef du parti islam-conservateur AKP, est intervenu au début de la révolte syrienne Il a immédiatement et sagement préconisé au régime Al-Assad d'ouvrir une négociation avec l'opposition. Il fallait éviter de répondre par la force à des manifestants pacifiques, disait-il ; il fallait envisager un dialogue national. M. Al-Assad a choisi la voie du sang, et même celle du carnage. On sait ce qui est arrivé. M. Erdogan en a conçu un grand dépit. Il n'a cessé, depuis, de chercher à faire tomber l'homme de Damas. Il a manifesté une immense complaisance à l'égard des djihadistes d'obédiences diverses - version Al-Qaida ou Etat islamique - bataillant contre Damas. Politique très risquée qui explique qu'Ankara ne participait pas aux bombardements de la coalition menée par Washington contre l'EI en Syrie, ne permettait pas aux avions américains d'utiliser les bases de Turquie et n'aidait pas les Kurdes à repousser la barbarie islamiste non plus. Sur les deux premiers points, M.  Erdogan paraît avoir changé de position. L'armée turque attaque maintenant l'EI et laisse les Etats-Unis utiliser deux bases dans le pays. Pourquoi ce revirement ? Pressions des Américains sur un pays membre de l'OTAN ? Garantie que ceux-là vont muscler l'opposition armée dite " modérée " ? Réaction à des agressions antiturques de l'EI ? Crainte d'une déstabilisation de la Turquie par contagion islamiste ? Crainte de voir l'AKP accusé de complicité idéologique avec les djihadistes ? Toujours est-il que la Turquie a les moyens militaires d'affaiblir l'EI – au risque d'être la cible d'attentats, alors qu'elle héberge déjà plus d'un million de réfugiés syriens.

Mais, s'il se confirme, il ne faudrait pas que ce revirement débouche, parallèlement, sur un blocage de la négociation envisagée avec les Kurdes de Turquie. Dans le discours de M.  Erdogan, l'EI et le PKK, le parti autonomiste kurde, c'est la même chose : des terroristes. M.  Erdogan ne veut pas que les Kurdes de Syrie, parrainés par le PKK, établissent une zone autonome le long de la frontière turque. De plus en plus prisonnier de cette rhétorique aussi dure que simpliste, le pouvoir paraît renoncer à la négociation qu'il a courageusement mise sur les rails il y a près d'un an. Signe inquiétant, l'aviation turque a bombardé plusieurs positions du PKK dans le nord de l'Irak dans la nuit de vendredi à samedi. De son côté, le PKK a repris les attentats – tuant deux policiers turcs cette semaine.

Tout se passe comme si, à l'AKP comme au PKK, le langage de la guerre reprenait le dessus, au détriment des modérés des deux camps. C'est le contraire qu'il faut souhaiter. La stabilisation des 900  km de frontière syro-turque passe, plus que jamais, par la lutte contre l'EI en Syrie et une difficile mais nécessaire négociation entre Ankara et sa propre population kurde. Il faut l'expliquer à M. Erdogan.

 ( A suivre)

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