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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en Août 2015

2 Septembre 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Ce mois-ci, encore je privilégie des éditoriaux sur des sujets que je trouve non seulement importants mais aussi pour certains originaux dans la mesure où ils n’ont guère trouvé de place, ou si peu, dans les journaux télévisés.

 

Editorial du Dimanche 2 août. En Cisjordanie, une tragédie liée à une politique.

« Avant même les conclusions de l'enquête de police, le chef du gouvernement israélien a dénoncé "un acte de terrorisme en tous points " et son ministre de la défense a stigmatisé l'action de "terroristes juifs". Mais Benyamin Nétanyahou et Moshe Yaalon auraient dû aller plus loin et s'interroger sur une tragédie inséparable de la politique qu'ils mènent. Car l'attentat du vendredi 31  juillet – un bébé de 18  mois brûlé vif, ses parents entre la vie et la mort, atteints à 90  %, et un deuxième enfant, de 4  ans, lui aussi grièvement blessé – est, d'une manière ou d'une autre, lié à la colonisation continue de la Cisjordanie occupée.

C'est sur cette politique que M. Nétanyahou s'est fait réélire, en mars, pour un quatrième mandat à la tête d'un gouvernement de droite et d'extrême droite, qui prône, officiellement, l'expansion ininterrompue des implantations juives en territoire palestinien. Jamais le " parti des colons " n'a été aussi fortement représenté dans un gouvernement à Jérusalem.

Cette réalité politique ouvre la porte à tous les débordements. Voilà des mois, sinon des années, que les autorités front preuve de mansuétude à l'égard de colons qui, au nom d'on ne sait quel droit divin, se livrent à des agressions et à des actes de vandalisme contre des Palestiniens. Armés, ces colons disent agir au titre de la "vengeance" ou du "prix à payer" façon de dénoncer les obstacles qu'ils peuvent rencontrer, de la part des Palestiniens ou des autorités israéliennes, dans l'extension de la colonisation. Leurs méfaits restent, le plus souvent, impunis. Ils disposent de relais au plus haut niveau de l'Etat. Ils obéissent à une idéologie qui est, après tout, celle que véhicule la majorité gouvernementale.

La politique des implantations porte en elle le type de drame qui a eu lieu vendredi à l'aube à Douma, dans le nord de la Cisjordanie. Selon des responsables de la sécurité israéliens, des colons ont jeté des cocktails Molotov par les fenêtres, ouvertes en cette saison, de deux maisons du village. Avant de s'enfuir, ils ont écrit sur les murs : "le prix à payer" et  "vengeance". Sans doute s'agissait-il de "venger" la destruction par l'armée, mercredi 29  juillet, de deux immeubles construits illégalement dans la colonie de Beit El à la suite d'une décision de la Cour suprême israélienne. Mais comme pour "  compenser  " cette décision, M.  Nétanyahou a, le même jour, annoncé la construction immédiate de 300 logements dans la partie "légale" (!) de la colonie de Beit El. Par conviction ou pour apaiser l'ultra-droite de sa majorité parlementaire. Au fond peu importe, le résultat est le même : la réaffirmation d'une volonté d'annexer une bonne partie de la Cisjordanie, comme le réclament les partis au pouvoir. Cette politique fait douter de la volonté du gouvernement d'arriver à un quelconque accord de paix avec les Palestiniens. Elle ne peut déboucher que sur un surcroît de violence – de part et d'autre. Elle ne répond à aucun objectif sécuritaire, au contraire. Elle est le produit d'une idéologie qui nourrit tous les extrémismes – celle qui, il y a vingt ans, incitait un jeune homme venu de ce même milieu des colons à assassiner le premier ministre Itzhak Rabin.

Le "parti des colons" est un fléau pour les Palestiniens de Cisjordanie, d'abord et avant tout. Mais les Israéliens ne doivent pas s'y tromper : il porte aussi un tort incommensurable à leur pays. »

 

Editorial du Jeudi 13 août. Nucléaire : le retour en arrière du Japon.

« Quatre ans après la catastrophe de Fukushima, puis la mise à l'arrêt préventive des 48  réacteurs alors en activité, le Japon s'éclaire de nouveau au nucléaire. Le redémarrage, le 11  août, du réacteur numéro  1 de la centrale Sendai en préfigure d'autres et constitue une victoire pour le gouvernement conservateur du premier ministre, Shinzo Abe. Depuis son retour au pouvoir, en décembre  2012, en effet, M.  Abe plaidait pour la relance de l'atome au Japon. Nécessité fait loi, estimait-il : l'électricité nucléaire coûte moins cher et limite la dépendance du Japon aux fournisseurs de pétrole, de gaz et de charbon. En outre, des réacteurs en activité servent son ambition d'exporter le " savoir-faire " nucléaire nippon.

Son succès a pourtant des limites. L'administration Abe a échoué à convaincre la population du bien-fondé de cette relance. Les sondages montrent qu'une majorité des Japonais, profondément marqués par Fukushima et plus que jamais inquiets du risque sismique, reste hostile au nucléaire. Leur conviction est renforcée par le fait que l'Archipel n'a pas rencontré de problèmes d'approvisionnement malgré l'arrêt total de son parc nucléaire.

Les critiques considèrent par ailleurs que les leçons de Fukushima n'ont pas été pleinement tirées. La filière nucléaire, malgré des réformes notamment en matière de sûreté, suscite toujours des interrogations. Outre le démantèlement de Fukushima, qui devrait prendre plusieurs décennies, l'Archipel n'a toujours pas activé l'onéreux site de retraitement des déchets de Rokkasho (département d'Aomori, nord), construit il y a vingt ans, et le surgénérateur de Monju (département de Fukui, centre). Le devenir des déchets hautement radioactifs reste donc sans solution. De même, le processus qui a conduit à la relance de Sendai reste opaque. Soumis aux pressions du Keidanren, la puissante fédération patronale nippone, et des services du ministère de l'économie chargés de la promotion du nucléaire, le gouvernement a évité de faire trop de publicité à ce projet. Il a aussi tout fait pour éviter d'assumer la pleine responsabilité de la relance, préférant la reporter sur les compagnies d'électricité et les autorités locales.

Tout cela traduit un fonctionnement à l'ancienne, sans vision d'avenir et déconnecté de la volonté populaire. Car, sur le plan industriel, ces choix apparaissent également discutables. Les entreprises nippones maîtrisent les meilleures technologies de production d'électricité d'origine renouvelable, solaire notamment. Après Fukushima, le gouvernement de centre gauche alors au pouvoir avait mis en place une ambitieuse politique de soutien à ces énergies tout en prônant une sortie progressive du nucléaire. Le gouvernement Abe a vidé de son sens cette politique, freinant le développement d'activités par ailleurs en pleine expansion dans le monde. Ces orientations sont à rapprocher des engagements du Japon pour l'environnement. Dans la perspective de la COP21 de Paris, Tokyo a annoncé, début juin, un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de seulement 26  % d'ici à 2030 par rapport à 2013. Dans le bouquet énergétique final, l'atome devrait fournir 20  % à 22  % de l'électricité nippone, contre 28  % avant Fukushima. Jugé modeste, l'engagement nippon illustre le manque d'audace d'un gouvernement finalement toujours prisonnier des cadres passés, loin de l'image réformiste qu'il souhaite se donner. »

 

Editorial du jeudi 20 août. Sri Lanka : les espoirs de la révolution silencieuse. 

« Pour la première fois depuis la fin d'un conflit long d'un quart de siècle qui a fait près de 100 000 morts, le Sri Lanka a une occasion historique de se réconcilier avec sa minorité tamoule. En offrant, lundi 17  août, une majorité parlementaire au président Maithripala Sirisena, sept mois après son élection, les électeurs sri-lankais ont aussi donné à leur pays une chance de tourner la page d'un régime autoritaire entaché par les accusations de violations de droits de l'homme.

L'ancien homme fort du Sri Lanka, l'ex-président Mahinda Rajapakse, qui espérait reprendre les rênes en devenant premier ministre après près d'une décennie à la tête de l'Etat, a échoué. II a eu beau agiter l'épouvantail du retour de la rébellion des Tigres tamouls, qui a ensanglanté le pays : en vain. Le Sri Lanka a changé et il faut saluer cette évolution pacifique.

Le président Sirisena doit à présent poursuivre cette révolution silencieuse, en menant à bien la réconciliation avec la minorité tamoule, essentiellement hindoue et chrétienne, qui constitue 15  % de la population de l'île, le reste étant composé de la majorité cinghalaise. Il a déjà donné des signes encourageants, depuis son élection, le 8 janvier. L'hymne sri-lankais peut désormais être chanté dans les deux langues, tamoule et cinghalaise. L'anniversaire de la fin de la guerre n'est plus seulement célébré comme le " jour de la victoire " mais comme le " jour du souvenir ", en mémoire de toutes les victimes tuées pendant le conflit. Pour la première fois, le président et le premier ministre ont admis, en mars, la nécessité d'une " solution politique " pour régler le conflit ethnique qui fracture le pays depuis son indépendance, en  1948.

Mais il faut aller plus loin. Des années après le conflit, torture et arrestations arbitraires ont continué. L'ONG sri-lankaise International Truth and Justice Project a recensé, depuis 2009, 180 cas de tortures et de violences sexuelles pratiqués dans 41 centres dans le nord et l'est du pays. Des milliers de Tamouls continuent de vivre dans des camps de fortune, parfois sans accès à l'eau ni à l'électricité. Près de 6 000 hectares de terres sont encore occupés par l'armée et pas seulement à des fins militaires : des hôtels de luxe, gérés par l'armée, y ont été ouverts aux touristes. En fait de réconciliation, le gouvernement a entrepris de " cinghaliser " le nord de l'île, en construisant des temples bouddhistes et des monuments en hommage aux soldats cinghalais morts pendant la guerre. Cent policiers tamouls viennent seulement d'être recrutés dans le nord de l'île.

La réconciliation entre Cinghalais et Tamouls passe aussi par la relance économique des provinces dévastées par la guerre. Après vingt-six ans de conflit, le nord tamoul du Sri Lanka, plongé dans une grave crise économique et sociale, a vécu dans l'humiliation. La pauvreté y est endémique et les milieux d'affaires, hantés par les souvenirs du conflit, rechignent à y investir.

Enfin, la réconciliation ne pourra aboutir sans une enquête indépendante sur les crimes commis, entre 2009 et 2011, à la fois par la rébellion des Tigres tamouls et par l'armée. La Commission des droits de l'homme de l'ONU doit publier d'ici à la fin septembre son rapport, très attendu, sur les atrocités commises pendant la guerre. Ce sera, pour le nouveau président Sirisena, un moment de vérité face au passé qu'il se doit d'affronter. »

 

Editorial du mardi 25 août : Migrants : Europe, réveille-toi.

 « La chancelière Merkel et le président Hollande ont été bien inspirés d'ajouter la question des réfugiés à celle de l'Ukraine au menu de leurs entretiens, lundi 24  août à Berlin. Il n'est pas aujourd'hui de crise plus pressante, plus dramatique ni plus lourde de menaces pour la stabilité de l'Europe que celle qui se déroule à nos frontières depuis près de deux ans. Sous nos yeux, mais sans que nous ayons voulu voir qu'elle s'aggravait de mois en mois.

Angela Merkel et François Hollande ne vont pas, bien sûr, résoudre cette crise à eux deux, pas plus que les quelques mesures annoncées par les ministres de l'intérieur britannique et français, le 20  août, n'apportent une solution à la " jungle " de Calais. Mais ils peuvent, et doivent, ensemble, lancer enfin l'appel à la mobilisation générale dont l'Union européenne a cruellement besoin pour comprendre qu'il faut d'urgence changer de paradigme sur ce dossier.

Débordées, l'Italie puis la Grèce crient au secours depuis longtemps – en vain. A Bruxelles, la Commission européenne prêche dans le désert. Tardivement mais clairement, l'Allemagne a, ces derniers jours, pris la mesure des choses et le fait savoir. Mme Merkel a évoqué une crise potentiellement bien plus grave pour l'UE que celles de l'euro ou de la dette grecque. Son ministre de l'intérieur, Thomas de Maizière, a annoncé le chiffre record de 800 000  demandeurs d'asile cette année pour son pays, quatre fois plus que l'an dernier. L'Allemagne, a-t-il dit, va s'organiser en conséquence, mais il faut impérativement "des solutions européennes ". Dimanche, le vice-chancelier Sigmar Gabriel et le ministre des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, deux figures importantes du Parti social-démocrate, ont appelé à une répartition plus équitable des réfugiés entre Etats membres de l'UE et plaidé pour la création d'un " code d'asile européen ".

Berlin tire le signal d'alarme et propose des pistes. Paris n'en est encore qu'à constater, comme l'a fait Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, dans un entretien publié par ''Le Journal du dimanche'', qu'il s'agit d'une "crise considérable et qui va durer" – doux euphémisme. Londres fait mine de ne pas voir plus loin que le bout de l'Eurotunnel. Sans rougir, les pays d'Europe centrale ont adopté, eux, l'attitude proprement honteuse de commencer par refuser d'accueillir des réfugiés, puis de n'accepter que des chrétiens.

Ces réactions sont indignes de l'Europe, de son histoire et de son identité. Elles sont aussi dangereuses, comme le souligne le chef de la diplomatie italienne, Paolo Gentiloni, dans les colonnes d‘’Messaggero’’ le risque de la poursuite du chacun-pour-soi est l'effondrement des accords de Schengen, qui garantit la libre circulation des personnes au sein de l'espace constitué par les vingt-six pays signataires. L'un des piliers de la construction européenne pourrait ainsi se trouver en péril ; la crise des migrants, résume M. Gentiloni, peut amener l'Europe "à redécouvrir son âme ou à la perdre pour de bon ".

Le moment est venu de répondre aux appels de Rome, de Bruxelles et de Berlin. La crise des migrants, avec ses deux composantes, celle des réfugiés politiques, qui doivent être accueillis dignement dans toute l'UE, et celle des migrants économiques, qui doivent être dissuadés d'entrer illégalement, est un défi de nature à transformer l'Europe. Humainement et politiquement, ne pas le relever serait désastreux.

 

Editorial du Lundi 31 août. Ukraine : une réduction de dette très politique..

« La nouvelle n'a pas fait les gros titres : l'Ukraine n'est pas la Grèce, et un accord sur la restructuration de sa dette a peu de chances d'atteindre les sommets de la hiérarchie de l'information quotidienne. On aurait tort, pourtant, de sous-estimer l'importance de la décision du groupe de créanciers privés internationaux qui, le 27 août, a accepté de réduire de 20  % la dette privée de Kiev, évaluée à quelque 18 milliards de dollars (16 milliards d'euros), et d'en rééchelonner les remboursements.

Même si le montant de la réduction est bien inférieur à ce que souhaitait le gouvernement ukrainien, même si les créanciers russes n'ont pas souscrit à l'accord, même si les chances pour Kiev de parvenir à ramener sa dette publique à 71  % du PIB en  2020, comme le demande le Fonds monétaire international (FMI), paraissent bien faibles, c'est une bouffée d'oxygène vitale. Pour l'équipe à laquelle incombe la redoutable tâche de piloter l'économie d'un pays en profonde récession, encore marqué par un système largement oligarchique et affecté par une guerre non déclarée dans le bassin industriel du Donbass, c'est aussi un encouragement considérable.

Le FMI a déjà débloqué pour l'Ukraine une tranche de 11  milliards de dollars depuis le début du conflit avec la Russie, en  2014, mais exigeait, pour continuer à verser à Kiev les fonds promis, un accord sur la restructuration de la dette privée. Il fallait donc absolument passer ce cap. L'accord évite en outre à l'Ukraine de se retrouver en défaut de paiement et lui permet de retourner sur les marchés de capitaux pour se financer.

Depuis sa nomination à la tête du ministère des finances en décembre  2014, l'Américano-Ukrainienne Natalie Jaresko, les jeunes vice-ministres dont elle s'est entourée et la présidente de la banque centrale d'Ukraine, Valeria Gontareva, ont su donner à la communauté internationale des gages de leur sérieux et de leur volonté de réforme. Cette équipe a, en particulier, réussi à convaincre l'institution dirigée par Christine Lagarde, dont le soutien est crucial dans ce dossier. A plusieurs reprises, ces derniers mois, Mme Lagarde a salué les efforts de l'équipe de Mme Jaresko et souligné que, pour la première fois depuis son indépendance, en  1991, l'Ukraine paraissait engager sérieusement des réformes.

C'est donc davantage la démarche politique que l'efficacité économique qui est appuyée ici. Le FMI, où les Occidentaux conservent un poids dominant, savent le coût qu'impliquerait l'abandon de l'Ukraine, à un moment où la Russie ne donne aucun signe d'assouplissement dans le conflit qu'elle soutient et alimente dans le sud-est du pays. Certes, la grande offensive militaire que Kiev redoutait en août dans les zones rebelles prorusses ne s'est pas produite : il n'est pas impossible que le président Poutine, qui a lui-même ses propres défis économiques à relever, ait préféré renoncer à une opération de grande envergure. Mais les accords de Minsk, négociés en févier avec les deux parties au conflit par la chancelière Merkel et le président Hollande, n'ont toujours pas été pleinement appliqués, et l'on s'oriente de plus en plus vers un " conflit gelé ", qui paralyserait les efforts de Kiev.

Les réformateurs ukrainiens doivent donc redoubler d'efforts, car ils ne sont qu'au début du chemin. Quant aux Européens et aux Américains, ils doivent être lucides : aider l'Ukraine va encore leur coûter beaucoup d'argent. C'est le prix à payer pour ne pas récompenser le coup de force du Kremlin. »

 ( A suivre)

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