Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en Novembre 2015.

30 Novembre 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici la revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Courant novembre j’ai déjà repris sur ce blog des éditoriaux et partiellement des articles du Monde, concernant les attentats du 13 novembre que je ne reprends pas ici. J’ai encore retenu quatre articles que je reporte ci-après, délaissant nécessairement d’autres billets intéressants dont je fournis toutefois le titre avec un lien permettant de les trouver.

 

Editorial du  1er novembre : Soudan du sud, de l'indépendance au cauchemar

« Qui pourra stopper la spirale infernale qui entraîne le Soudan du Sud vers la guerre civile et la famine ? En juillet 2011, une certaine euphorie accompagnait la création du plus jeune Etat du monde. On se prenait alors à rêver. C'en était terminé des décennies de guerres fratricides qui avaient laissé plusieurs millions de morts dans leur sillage. Las. Depuis la célébration de l'indépendance du Soudan du Sud gagnée sur le Nord, le bilan est catastrophique. Dans ce pays grand comme la France, la guerre civile qui s'est allumée en décembre 2013 a déjà tué des dizaines de milliers de personnes, déplacé 2,2 millions d'autres (sur 11,5 millions de Sud-Soudanais), tandis que la famine menace. L'Union africaine (UA), qui n'assiste pas là à sa première guerre sale, s'en est émue il y a quelques jours. Son rapport d'enquête décrit l'indicible : civils contraints par les combattants de l'autre camp de boire le sang et de manger de la chair humaine brûlée des victimes de leur ethnie, massacres d'enfants, viols en masse et autres "actes inhumains d'une extrême cruauté" contre les populations. A ce jour, les médiations internationales n'y ont rien fait. Huit cessez-le-feu ont été conclus en quatorze mois de conflit. Le dernier engagement des "semeurs de mort" remonte au mois d'août. Il s'agissait d'un "accord de paix " prévoyant un cessez-le-feu "permanent", un partage du pouvoir avec les rebelles, la démilitarisation de la capitale… En vain

Pourquoi tant de violences ? Le jeu des solidarités régionales, tribales et claniques, oppose les membres de la communauté dinka du président Salva Kiir aux Nuer de Riek Machar, son ancien vice-président, devenu son pire ennemi et principale figure de la rébellion. Pour autant, ce conflit "n'a pas commencé comme une guerre tribale", rappelle le chercheur Andrew S. Natsios. The Sentry, une organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption, décrit comment le Soudan du Sud, à peine né, a été détruit de l'intérieur par un "régime kleptomane". Ses élites – Salva Kiir et Riek Machar à leur tête – ont siphonné les milliards de dollars d'aides internationales et du pétrole, source quasi unique de revenu du pays. Cette guerre est donc également un conflit d'ego, d'argent et d'intérêts, plus que d'objectifs politiques nationaux dont on pourrait chercher vainement les contours.

Les raisons sont aussi à rechercher dans les ambitions de puissants voisins – Ethiopie, Ouganda, Soudan –, qui règlent leurs comptes ou nourrissent leurs ambitions sur le dos meurtri des Sud-Soudanais. Elles résident également dans le désintérêt relatif du parrain américain, sans lequel l'indépendance n'aurait sans doute pas eu lieu en  2011.

Il n'existe pas de recette miracle pour sauver le Soudan du Sud contre la volonté de ses dirigeants, rebelles ou non. Mais on ne peut croire que les pressions réunies de l'ONU, de l'UA, de l'Union européenne, de la Chine et des Etats-Unis – qui ont tous soutenu la création du pays et œuvré pour mettre un terme aux guerres précédentes – ne soient pas capables de stopper les combats. A condition de s'y atteler. Certes, les risques de débordement du conflit sont limités. Les Sud-Soudanais n'alimentent pas (pour l'instant) les flots de migrants vers l'Europe. Ce n'est pas une raison pour laisser perdurer les souffrances d'une population qui est déjà parmi les plus pauvres de la planète. »

 

Editorial du 11 novembre : Le Burundi au bord de la guerre civile.

« Dans ce petit pays de l'Afrique des Grands Lacs, le Burundi, 10 millions d'habitants, il se passe des choses qui rappellent le pire que la région ait connu : le génocide des Tutsi dans le Rwanda voisin en 1994. Personne ne peut plus ignorer la rhétorique employée dans certains milieux du pouvoir à Bujumbura, la capitale, pour asseoir le régime contesté du président Pierre Nkurunziza. C'est un discours qui relève de l'appel au massacre dans une situation déjà extrêmement volatile.

Bref, il y a tout lieu de s'inquiéter, de s'alarmer même avant qu'il ne soit trop tard. De ce point de vue, la France a bien fait de déposer, lundi soir 9 novembre, une résolution devant le Conseil de sécurité de l'ONU, attirant l'attention sur la spirale de violences ethniques qu'attise le pouvoir burundais. Le pays pourrait bien retomber dans la guerre civile qu'il traversa à la fin des années 1990 et qui prit fin grâce à la médiation de Nelson Mandela. Elle déboucha sur des accords signés en 2000 à Arusha, en Tanzanie, établissant un savant équilibre politique entre la majorité de la population – des Hutu, à 80  % environ – et la minorité tutsi.

C'est cet équilibre que le régime Nkurunziza menace. "L'esprit d'Arusha" interdisait au président de solliciter un troisième mandat, comme il le fit en avril. Et, plus encore, d'organiser à cette fin une élection dans des conditions telles qu'elle se solda par une protestation qui a déjà coûté la vie à 200 personnes quand une police, aux allures de milice au service du pouvoir, ouvrit le feu sur les quartiers contestataires. L'opposition au président Nkurunziza n'est pas exclusivement tutsi, tant s'en faut. Mais les quartiers de la capitale où l'opposition à ce scrutin, et à son résultat, est la plus forte le sont majoritairement. Déjà 200  000 personnes au moins ont fui le pays. Devant un mouvement qui pourrait se transformer en rébellion armée, le pouvoir use maintenant d'un discours incendiaire. La menace formulée est celle d'un massacre collectif. Le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, a parlé de "pulvériser" les quartiers contestataires. Le ministre de la sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, a rappelé aux Tutsis qu'ils étaient minoritaires et ajouté "Si les forces de l'ordre échouent, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire “faites quelque chose”."Après le génocide rwandais, ces mots-là ont une terrible résonance. Il faut les prendre au sérieux. La contestation use aussi de violence. Il y a des armes dans les quartiers. Des proches du régime ont été assassinés. Mais la répression en cours dépasse toute mesure. La police tire à vue. Elle sème la terreur. Elle a interpellé, puis tabassé à mort un jeune homme de 25 ans, Welli Nzitonda, dont le seul tort était d'être le fils d'un opposant, célèbre militant des droits de l'homme, Pierre-Claver Mbonimpa, lui-même victime d'une tentative d'assassinat.

Dans ce climat, le pouvoir joue avec le feu en usant d'un discours criminel. Il prend le risque de déclencher une chasse à l'homme ethnique ou politique. L'ONG International Crisis Group évoque un pays au bord du gouffre. Le secrétaire genéral de l'ONU, Ban Ki-moon, fait part de sa grande inquiétude. Il est urgent de forcer M. Nkurunziza au dialogue, de renouer avec "l'esprit d'Arusha ". Si les choses empirent, personne ne pourra dire que l' "on ne savait pas " »

 

Editorial du 19 novembre : Le tournant russe de Hollande.

« Quelle rapidité ! A peine le président François Hollande avait-il annoncé, lundi 16 novembre devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, son intention de former une coalition internationale contre l'Etat islamique (EI) – impliquant par là un rapprochement avec Moscou –, que la Russie, à son tour, changeait de pied pour s'inscrire dans cette nouvelle configuration.

Moscou a commencé par reconnaître officiellement ce que tout le monde savait, mais que le président Vladimir Poutine refusait de dire à ses propres concitoyens : l'avion de ligne russe qui avait explosé en vol au-dessus de l'Egypte le 31 octobre, provoquant la mort des 224 personnes à bord, a bien été la cible d'un attentat. Cet attentat avait été revendiqué par l'EI. Désormais, Moscou, comme Paris, peut arguer de la légitime défense pour agir militairement contre l'EI en Syrie. Puis le chef du Kremlin a donné l'instruction aux forces armées russes de se coordonner "en tant qu'alliées" avec les forces françaises sur le théâtre de guerre syrien. Enfin, loin du Moyen-Orient mais sur un sujet crucial pour les relations russo-occidentales, la Russie a offert de restructurer, sous conditions, la dette de 3 milliards de dollars de l'Ukraine, dont elle exigeait jusqu'ici le remboursement le 6  décembre. Cet été, déjà, la Russie a pris tout le monde de court et s'est imposée comme un acteur incontournable dans la crise syrienne. Le président Hollande, qui avait refusé de livrer les deux navires de guerre Mistral vendus par Nicolas Sarkozy à la Russie, se méfiait des desseins russes au Moyen-Orient, tout comme les Etats-Unis. Mais les attentats du 13 novembre ont changé la donne. Coopérer avec la Russie contre l'Etat islamique, plutôt que de rivaliser, offre à la France de meilleures chances de combattre efficacement cet ennemi maintenant clairement identifié comme la priorité : M. Hollande s'est rendu à la raison et aux arguments de ceux qui plaidaient pour ce tournant – et pas seulement parmi les idolâtres français de M. Poutine.

Ce réalisme est justifié. Il ne doit pas, cependant, faire la part belle à l'angélisme. Si la Russie a subitement intensifié, mardi, ses frappes contre l'EI, cela ne fait pas oublier que 80 % des bombardements russes ont, depuis septembre, selon le Pentagone, visé les forces rebelles modérées de l'opposition à Bachar Al-Assad. La raison profonde pour laquelle la Russie est intervenue en Syrie est le désir de Vladimir Poutine d'imposer le retour de son pays dans le jeu des grandes puissances, un rôle qu'il a savouré lundi au sommet du G20 d'Antalya. Il voulait aussi empêcher l'effondrement de la Syrie, afin d'y préserver les intérêts russes. Tous ses récents discours le montrent : M.  Poutine reste un dirigeant figé dans une logique de confrontation avec un Occident qu'il accuse d'avoir trompé la Russie à la fin de la guerre froide. 

Le sort du président syrien, qui a tant divisé Russes et Occidentaux, sera au menu des discussions au sein de cette "grande coalition", si elle prend forme. On découvrira que les Russes ne tiennent pas plus que cela à ce dirigeant qu'ils considèrent comme un vassal, et qui peut être interchangeable. Mais il appartient aux Occidentaux, dans le donnant-donnant qui va s'engager avec Moscou, de ne pas sacrifier en contrepartie du soutien russe contre l'EI les principes qui les unissent et qui ont fondé leur soutien à l'Ukraine. »

 

Editorial du 26 novembre : Le difficile marathon diplomatique de Hollande.

« Au lendemain des attentats de Paris, revendiqués par l'organisation Etat islamique (EI), François Hollande avait clairement affiché l'objectif du marathon diplomatique engagé cette semaine. Le 16 novembre, devant le Congrès, à Versailles, il appelait à "un rassemblement de tous ceux qui peuvent réellement lutter contre cette armée terroriste dans le cadre d'une grande et unique coalition ". C'est dans cet esprit qu'il a rencontré le président américain mardi 24 novembre à Washington, avant d'aller discuter avec Vladimir Poutine à Moscou jeudi. Mais la réalité qu'il avait lui-même évoquée à Versailles s'impose aujourd'hui à lui "La communauté internationale est divisée et incohérente."

La démonstration en a été faite mardi, au-dessus de la Syrie et de la Turquie. La destruction de l'avion de chasse russe Su-24, abattu par deux F-16 turcs, montre que sur le terrain l'heure n'est pas à la " coordination " – le mot que déjà, depuis quelques jours, les responsables français, réalistes, préféraient à celui de " coalition  " –, encore moins à la collaboration. En rencontrant Barack Obama après cet incident, François Hollande a pu constater qu'il existe bien, toujours, deux coalitions, et une multitude d'acteurs, qui prétendent lutter contre l'EI. D'un côté, la coalition américaine : nombreuse et disparate, elle regroupe 65 pays aux priorités diverses, sans stratégie commune. Cet ensemble rassemble les pays occidentaux – dont la France, qui veut y garder sa liberté d'action – ainsi que ceux du Golfe et la Turquie. Cette dernière est le maillon faible de la coalition. Sans la Turquie, mitoyenne de la Syrie et principal point de passage des djihadistes, de leurs armes et de leurs trafics pétroliers, aucune lutte sérieuse contre l'EI n'est possible. La Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, elle, a deux objectifs prioritaires : freiner la montée en puissance d'un Kurdistan autonome à ses portes et faire tomber Bachar Al-Assad. Ces objectifs divergent de ceux de la lutte contre l'EI.Pour maintenir Ankara dans la coalition et se garantir l'accès à la base aérienne stratégique d'Incirlik, les Etats-Unis ménagent leur allié turc en freinant les livraisons d'armes aux Kurdes de Syrie, sur lesquels Paris aimerait s'appuyer pour mener une offensive contre Rakka, la " capitale " syrienne de l'EI.

L'autre coalition, menée par la Russie avec l'appui de l'Iran, est plus réduite, plus résolue et plus claire dans sa stratégie : il s'agit pour elle de préserver sa présence stratégique en Syrie. Elle a donc décidé d'appuyer Bachar Al-Assad et d'écraser à la fois les rebelles qui le contestent et l'EI. Cette apparence de clarté n'est pas un gage de réussite dans une Syrie majoritairement sunnite, où le pouvoir alaouite du clan Assad est abhorré.

François Hollande veut à la fois se rapprocher de Moscou – il ne fait plus du départ de Bachar Al-Assad un préalable absolu – et consolider son alliance avec Washington. Mais à Washington, la méfiance à l'égard de Vladimir Poutine l'emporte. Les entretiens Hollande-Obama ont confirmé qu'une alliance globale n'est pas à l'ordre du jour. L'accrochage aérien de mardi démontre que chacun continue de privilégier ses intérêts régionaux. Avant même de s'envoler pour Moscou, le président français mesure déjà que les attentats de Paris n'ont pas déclenché le sursaut susceptible de mettre fin aux déchirures engendrées par le drame syrien. »

 

Editorial du 3 novembre Erdogan, une victoire pour quoi faire ?

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151103/html/1220507.html

Editorial 6 novembre : Climat, la Chine souffle le chaud et le froid.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151106/html/1220879.html

Editorial du 7 novembre : Réfugiés, un défi historique.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151107/html/1221012.html

Editorial du 8 novembre : Chine -Taïwan, une mise en scène symbolique.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151108/html/1221116.html

Editorial du 14 novembre : Climat, l’accord de Paris devra être contraignant.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151114/html/1221739.html

Editorial du 30 novembre : Paris au cœur de l’espoir climatique..

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151129/html/1223436.htm

 

( A suivre) 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article