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Idées-débats……’’Tout changer’’ de Matthieu Croissandeau dans l’Obs

10 Décembre 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

J’attendais la sortie des hebdomadaires pour poursuivre l’analyse avec un peu de recul des résultats du premier tour des élections régionales. l’Obs, notamment, présente un dossier riche intéressant et très bien argumenté. J’ai retenu pour compléter la tribune de Philippe Frémeaux du précédent billet celle de Matthieu Croissandeau qui justement se termine par ‘’Le débat public est ouvert’’.

« Ne nous y trompons pas : en s’installant pour la première fois de son histoire à ce niveau de responsabilités, le parti de la haine ne retombera pas dans ses errements du passé. Il fera tout, au contraire, pour prouver sa capacité à gérer et gagner en respectabilité. Au-delà du symbole, c’est donc un apprentissage express que le parti lepéniste veut s’offrir dimanche prochain. Avec, à la clé, un brevet de crédibilité pour la prochaine présidentielle.

Comme à chaque lendemain de défaite, les politiques de tous bords ont rivalisé de formules toutes faites. Sonnés, cernés, tous assurent avoir entendu l’exaspération et la colère. Tous jurent la main sur le cœur qu’on ne les y reprendra plus. Las. Leurs paroles font penser aux rengaines de ces alcooliques qui promettent, chaque lendemain de cuite, de ne plus toucher un verre. Avant de replonger…

Dans l’urgence, le Parti socialiste a certes pris les mesures qui s’imposaient pour faire barrage au péril qu’il dénonce depuis tant d’années. Des désistements d'abord douloureux mais nécessaires pour tenter au mieux de circonscrire le choc. Des accords avec ses partenaires habituels ensuite, dont on se dit qu’ils ont été conclus si vite au soir du premier tour qu’ils auraient pu l’être avant, si l’intérêt général l’avait emporté sur les arrière-pensées…

De son côté, la droite dite "républicaine" a failli dans tous les sens du terme. Dépassée par le FN, elle a cru bon de s’enfermer dans le sectarisme et l’agressivité. Elle qui rêvait d’une "grande vague bleue" finira dans la flaque grise du déshonneur. Essorée.

Un surcroît de mobilisation et un précieux report des voix permettront peut-être aux uns et aux autres de sauver la face sur le papier. Mais cette gueule de bois ne passera pas cette fois-ci avec une bonne douche, fût-elle glacée. Car s’il faut encore attendre les résultats définitifs pour mesurer les effets de cette stratégie de containment improvisée, on peut déjà assurer qu’elle ne résoudra rien au problème sur le fond.

L’enseignement principal du premier tour ne se limite pas, en effet, au score inédit des candidats du Front national. Il faut y ajouter le fait que la moitié du pays ne s'est pas sentie concernée. Chez les moins de 35 ans, c’est encore plus inquiétant : deux sur trois n’ont pas jugé bon d’aller voter. Cette désaffection n’est pas nouvelle, certes. Mais son ampleur est inédite. Et elle nous interpelle autant qu’elle nous inquiète, car les électeurs du FN, eux, sont particulièrement motivés.

A qui la faute ? A ceux qui nous gouvernent aujourd’hui comme à ceux qui, hier, nous ont gouvernés. Même si le quinquennat de François Hollande restera comme celui de la flambée du Front national et du chômage de masse, il serait injuste et erroné de lui faire porter seul la responsabilité de cette faillite démocratique amorcée depuis tant d’années. Davantage qu’un parti ou un camp, c’est une logique à l’œuvre qui est en cause. Celle de formations politiques ou d’élites qui n’ont pas pris la mesure des maux qui frappaient le pays ou n’ont pas su, par lâcheté ou incompétence, y remédier.

Le premier mal qui les frappe est un vice de conception : les partis sont devenus des machines à conquérir le pouvoir, pas à l’exercer. Et encore moins à transformer le réel. Obnubilés par la lutte des postes, prêts à tout promettre pour se faire élire, leurs représentants se retrouvent bien embarrassés une fois qu’ils accèdent aux responsabilités. A trop vouloir être, ils en oublient de faire. Comme le soulignait récemment Pierre Rosanvallon dans nos colonnes, "ce divorce dramatique entre le moment électoral et le moment gouvernemental n’a cessé de s’accentuer".

La deuxième maladie qui les ronge est une endogamie mortifère. Notre classe politique est ainsi faite qu’une poignée d’élus, souvent blancs, souvent mâles, souvent âgés, souvent issus des classes les plus favorisées se partagent les mandats pendant trop d’années. Trop de personnes se sentent écartées de ce fonctionnement en vase clos et donc au bout du compte peu concernées.

Le troisième fléau enfin porte un nom : le pragmatisme, peu à peu devenu synonyme de fatalisme. Erigé en pierre angulaire de l’action politique à droite comme à gauche, depuis des années, il rend les élus paresseux et les électeurs amers. Les premiers ne produisent plus d’idées, de projets. Les seconds ne voient pas les résultats arriver. Dans des domaines aussi divers que l’économie, le social ou la sécurité, on ne se demande plus ce qui est bien ou mal, mais ce qui marche ou pas. Comment s’étonner ensuite que le débat public ait été gangréné par le Front national, pour le coup, très idéologisé ? Comment s’étonner, dans ces conditions, que la gauche ait renoncé à penser les évolutions du monde, à transformer la société, à renouer avec un discours de progrès ?

L’heure n’est plus aux ajustements mais à la reconstruction. Pour éviter le pire, il nous faut désormais tout changer. Réinventer la gauche, réinventer la politique, réinventer la République. Des initiatives existent déjà, sur le terrain comme dans la sphère numérique, pour replacer le citoyen au centre, retisser le lien démocratique, rééquilibrer le rapport gouvernants/gouvernés, imposer la transparence des décisions, renouveler les modes de délibérations, bref, se réapproprier le champ politique hors des canaux traditionnels qui nous ont lentement mais sûrement précipités dans l’ornière.

Le chantier est aussi urgent que colossal. "L’Obs" a choisi d’y prendre sa part, rien que la sienne, mais toute la sienne, en publiant chaque semaine dans le magazine, et chaque jour sur le web, les contributions de toutes celles et tous ceux qui ne se résignent pas à la fatalité. Pour échapper à la haine ou au rejet, construire ensemble une alternative et avancer. Le débat public est ouvert. A vos plumes, à vos claviers ! »

 

 

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