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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en Décembre 2015.

31 Décembre 2015 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici la dernière revue mensuelle de l’année 2015, des éditoriaux du journal ‘’Le Monde’’. Consacrée aux seuls éditoriaux géopolitiques ce billet pourrait être et devrait même être le dernier de cette série. Je continuerai dans doute à faire quelques revues de presse selon les occasions, avec forcément une grande place  pour les articles du ‘’Monde’’ qui est mon principal pourvoyeur puisque j’y suis abonné par internet, mais j’ai envie de diversifier mes emprunts à d’autres journaux et revues. Je me suis encore restreins à quatre éditoriaux que je reporte ci-après, en délaissant forcément d’autres aussi intéressants dont je mentionne toutefois le titre avec un lien permettant de le trouver.

 

Editorial du mercredi 9 décembre : Venezuela, la débâcle du populisme.

« Seize ans d'un régime ultranationaliste, sacralisant la souveraineté nationale, célébrant le protectionnisme économique, pratiquant un antiaméricanisme culturel obsidional, ayant tout promis à coups de recettes magiques et se reconnaissant volontiers dans l'autocratie politique à la Vladimir Poutine, sont donc venus à bout d'un des pays les plus riches du continent. Et puis, l'opposition s'est enfin réunie autour de quelques valeurs communes, de bon sens. Elle vient de remporter les élections, sans promettre le paradis. Entre-temps, le populisme le plus débridé a fait des ravages. Il a fallu seize ans pour dissiper l'illusion…On est sur le continent latino-américain. Le pays en question s'appelle le Venezuela. Il a trente millions d'habitants et sans doute certaines des plus grandes réserves de pétrole au monde. Le régime, c'est le "chavisme". Il a puisé dans une tradition latino-américaine populiste, qui n'a pas connu que des échecs, loin de là. Mais la version mise en œuvre à Caracas par le lieutenant-colonel Hugo Chavez, élu pour la première fois en 1999 et mort en 2013, se solde par un désastre, pour la démocratie et pour l'économie du pays.

Le "chaviste" qui a succédé à Chavez, le président Nicolas Maduro, a essuyé, dimanche 6 décembre, aux élections législatives, une défaite dont son mouvement, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), ne se relèvera pas. Une large coalition d'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD), a empoché au moins 110 sièges – sur les 167 de l'Assemblée nationale –, laissant le camp "chaviste" loin derrière, avec 55 élus. Il n'est pas impossible qu'un décompte final donne à la MUD une super-majorité lui permettant de neutraliser le président. M. Maduro a eu beau user de la rengaine du socialisme assiégé par "l'étranger" – il est vrai que les Etats-Unis se sont efforcés, du moins au début, de torpiller l'expérience Chavez –, rien n'y a fait. Conjugué à la baisse des cours du pétrole, l'étatisme économico-protectionniste du parti "chaviste" a fait du Venezuela un Etat totalement failli : inflation à 200  %, pénurie de tous les biens de consommation, récession profonde (sans doute une baisse de plus de 10  % du produit intérieur brut cette année), finances publiques en déroute. Ce sombre tableau s'affiche sur fond de corruption généralisée au sommet de l'Etat – il y a des "chavistes" qui se portent bien –d'explosion de la criminalité – en dépit d'un discours ultra-sécuritaire, bien sûr – et de régression constante de la démocratie. Une bonne partie de l'électorat du PSUV, d'autant plus déçue qu'on lui avait juré de raser gratis, a voté pour l'opposition.

Les semaines à venir seront décisives. Le régime est de type présidentiel. Rien n'indique, a priori, que le PSUV et la MUD puissent s'engager dans une cohabitation " négociée ", tant la détestation est forte entre les deux parties. M. Maduro, dont le mandat prend fin en 2019, ne veut rien céder, il a mis une partie de l'appareil de l'Etat sous sa coupe, notamment le ministère de la justice. L'opposition peut s'efforcer de pousser le président à la démission, ouvrir une procédure de destitution ou provoquer un référendum constitutionnel. M. Maduro peut espérer que les divisions, réelles, au sein de la MUD se réveilleront et lui donneront quelque répit. Mais le "chavisme", lui, a sans doute vécu. Parce que les recettes trop simplistes, au Venezuela comme ailleurs, débouchent toujours sur des débâcles. »

 

Editorial du samedi 12 décembre : Donald Drump n’est pas une farce, hélas !

« C’est un paysage politique qui sera familier aux Français. La droite classique est tétanisée. Elle pourrait exploser. L'ensemble des élites politiques, des deux bords, est consterné. Les médias sont fascinés. Les milieux d'affaires s'interrogent. Le monde extérieur commence à regarder le spectacle avec inquiétude. Mais plus personne aux Etats-Unis ne prend le phénomène Donald Trump pour une farce politique de mauvais goût. Le roi de l'immobilier de luxe et de la télé-réalité s'installe en tête des candidats républicains à l'investiture du parti pour le scrutin présidentiel de novembre 2016. Il finance lui-même sa campagne. Il n'a pas besoin d'attaché de presse. A lui seul, il a concentré plus d'attention médiatique, de temps de télévision notamment, que l'ensemble des candidats démocrates. Les journalistes le détestent, mais il fait leurs choux gras. Avec 35 % des intentions de vote dans les sondages, il devance largement la dizaine d'autres postulants à l'investiture républicaine.

Les premiers votes des primaires auront lieu au tout début du mois de février. Beaucoup d'électeurs républicains ne sont pas encore décidés. Mais Trump a donné le ton de cette campagne. Pas une semaine sans qu'il s'en prenne aux minorités ethniques ou religieuses dans une bordée de propos racistes à objectif unique : faire de l'immigration la source de tous les maux de l'Amérique.

A des situations difficiles, il a des réponses simples. Il chassera du pays – sans dire comment, bien sûr – les onze millions de Latinos qui y travaillent illégalement. Après tout, ce sont des "violeurs" et des "assassins". Au lendemain de la tuerie de San Bernardino, perpétrée le 2 décembre par un couple d'islamistes d'origine pakistanaise, il propose d'interdire l'entrée aux Etats-Unis à tout musulman. Au nom de la sécurité, il s'oppose à ce que le pays accueille un seul réfugié des guerres de Syrie, chrétien ou musulman. Il n'a pas le moindre programme économique. Il ignore tout de la politique étrangère. Il laboure son unique terrain de campagne : l'immigration. Mais ce discours a su capter quelque chose de profond : le climat d'insécurité créé à la fois par la globalisation économique – immigration, tempêtes financières et chambardement technologique – et par la violence liée au chaos moyen-oriental. Face à cela, Donald Trump chante les louanges d'un retour au " national ", une Amérique ultra-nationaliste, qui larguerait un tapis de bombes sur ses ennemis extérieurs, et, érigeant une muraille de 3 200 km le long de la frontière mexicaine, se protégerait à l'intérieur.

Il a saisi un besoin de protection éprouvé par une classe moyenne qui, ces quarante dernières années, a vécu un déclassement vertigineux : elle ne compose plus aujourd'hui que la moitié de la population du pays. La colère de ceux-là contre les élites est telle qu'aucun des autres candidats républicains n'ose véritablement dénoncer en bloc ce que dit Trump – tous intimidés par son poids dans les sondages. Si le Parti républicain le désavoue, "le Donald" se présentera en indépendant, garantissant une victoire démocrate en novembre 2016. Ce suprémaciste blanc, qui, face à la complexité de l'heure, a pour seule réponse d'exploiter des préjugés, est le profil sombre de l'Amérique – pas celui qu'on aime. Mais il n'est pas là par hasard. Sa percée est aussi le reflet des carences des élites traditionnelles. »

 

Editorial du 16 décembre : Climat : le succès……et ce qu’il reste à faire.

« L’accord de Paris sur le climat, adopté samedi 12 décembre à l'issue de treize jours de discussions souvent difficiles, est historique à de multiples égards. Par son universalité, d'abord : 195 Etats – presque toute la planète – représentés dans la salle plénière du Bourget l'ont accepté. Par l'immensité et la complexité du problème abordé, ensuite : tous ces Etats reconnaissent expressément la réalité et la gravité de l'urgence climatique, ainsi que la nécessité d'une action collective. C'est le premier accord universel de lutte contre le réchauffement.

C'est déjà, en soi, un tour de force, si l'on se souvient des désaccords et du fiasco de la précédente conférence sur le climat à Copenhague, en 2009. L'accord scellé à Paris est certes imparfait, mais il est ambitieux, fournit un élan à cette ambition et fixe un cadre à la réalisation de ses objectifs. L'ambition est celle de rester bien au-dessous de 2 C d'augmentation de la température et, si possible, de limiter cette augmentation à 1,5 C. L'élan est fourni par la différenciation des efforts demandés aux pays en fonction de leur responsabilité historique dans le changement climatique. Il est concrétisé par la fixation d'un plancher de 100 milliards de dollars pour le fonds que le Nord met en place pour aider le Sud à faire face aux conséquences du dérèglement climatique. Le cadre, enfin, est celui d'un mécanisme de révision qui tous les cinq ans examinera les contributions de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncées par les Etats. Le succès est celui d'une équipe, mise sur pied et dirigée avec finesse et opiniâtreté depuis deux ans par Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, avec Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations, à ses côtés. C'est aussi le succès d'une méthode diplomatique, celle d'un énorme travail de préparation et de négociations patiemment menées avec les Etats en amont de la conférence, ainsi que d'une organisation saluée par tous les participants à la COP21 que d'aucuns, dans leur précipitation, voulaient annuler au lendemain des attentats du 13 novembre.

Mais cela n'aurait pas suffi si d'autres acteurs importants ne s'étaient engagés dans ce combat, dans lequel l'Union européenne a joué un rôle moteur. Parmi eux, le président américain Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping ont pesé de tout leur poids pour appuyer les efforts du président Hollande. C'était, là aussi, une avancée considérable par rapport à Copenhague. Il faut saluer la reconnaissance d'une "dette climatique" des pays développés envers le monde en développement. Ce mea culpa est suffisamment rare dans les relations internationales pour être relevé. Et il faut rendre hommage au rôle de la société civile qui, au travers d'ONG et de mouvements citoyens, y compris en Chine, a réussi à peser suffisamment sur les dirigeants des Etats pour les convaincre de la nécessité d'agir.

Le rôle de la société civile ne s'arrête pas là, bien au contraire. C'est son poids politique et le maintien de la pression des opinions publiques qui, bien plus efficacement que des contraintes juridiques, contribueront à la réussite de cet accord de Paris. Car le travail ne fait que commencer : loin d'être une solution clés en main au problème climatique, l'accord de Paris n'est qu'une étape nécessaire à sa résolution. Il entérine des faits, indique un cap. Reste à le mettre en œuvre. »

 

Editorial du 26 décembre : Les illusions perdues de la démocratie algérienne.

« L’histoire est parfois d'une cruelle ironie. L'histoire algérienne, notamment. A partir du 25 décembre, un deuil national de huit jours a été décrété par le président algérien Abdelaziz Bouteflika. D'ordinaire réservé aux anciens chefs d'Etat, ce geste entend rendre hommage à un homme qui vient de mourir en Suisse, après des décennies d'exil loin de son pays : Hocine Aït Ahmed. Un homme dont la vie et les combats résument ce que l'Algérie aurait pu ou dû devenir, aux antipodes de l'impasse dans laquelle elle s'est enfoncée depuis soixante ans. Militant, dès 1947, de l'indépendance de son pays, cet "aristocrate du socialisme" fut, en effet, l'un des dirigeants du comité révolutionnaire qui déclencha l'insurrection du 1er novembre contre la puissance coloniale française, puis l'un des neuf chefs historiques – le dernier encore en vie – du Front de libération nationale (FLN). Et comme plusieurs responsables du parti, il fut intercepté par l'armée française dans l'avion qui les transportait vers Tunis, en octobre 1956, avant d'être emprisonné jusqu'à la fin de la guerre. Mais, après l'indépendance, en 1962, Hocine Aït Ahmed ne participera pas à la construction de la nouvelle République algérienne. Très vite, il prend ses distances avec ses anciens compagnons d'armes, refuse de siéger au bureau politique et ne siège au Parlement que pour faire entendre la voix de l'opposition au pouvoir qui se met en place. Dès 1963, il dénonce "le régime policier socialo-mystificateur", puis la Constitution, qui " ne vise qu'à légitimer le pouvoir personnel ", et enfin "le FLN qui est une fiction et un parti coupé du peuple et de ses meilleurs cadres populaires ". Après le baroud d'honneur de " l'insurrection kabyle ", il est arrêté, condamné à mort, gracié, emprisonné et finit par s'évader et se réfugier en Suisse.

Un demi-siècle plus tard, son réquisitoire reste d'une singulière actualité. Le régime des militaires, qu'il n'a cessé de fustiger, est toujours en place. Nourri depuis toujours par la manne pétrolière, refusant toute évolution démocratique, miné par ses guerres de clans – comme celles qui font rage en coulisse et dans l'opacité depuis des mois –, le régime est incapable de se renouveler. La fiction du pouvoir présidentiel est protégée jusqu'à l'absurde : en 2014, les hauts gradés de l'armée, c'est-à-dire les vrais décideurs, ont préféré reconduire pour un quatrième mandat M. Bouteflika et entretenir la présidence fantôme d'un homme à la santé chancelante, dont les apparitions sont de plus en plus rares. Quant au FLN, c'est peu dire qu'il s'est coupé du peuple : la vie politique a été vidée de son sens pour la grande majorité des Algériens, qui ne participent plus aux élections et ne croient plus leurs dirigeants, sans que les partis d'opposition, qui tentent de s'unir, parviennent à se faire entendre. Le patriotisme d'aujourd'hui, c'est la démocratie ", ne cessa de professer Hocine Aït Ahmed, sa vie durant. Le mot d'ordre n'a rien perdu de sa pertinence. Son combat était celui d'une Algérie ouverte et démocratique, dans laquelle toutes les cultures seraient respectées. Sa disparition rappelle cruellement les occasions manquées, les trahisons et les échecs de l'Algérie depuis trop longtemps. Et l'hommage solennel que le président algérien a voulu lui rendre ressemble fort à un remords, après tant d'illusions perdues. »

 

Editorial du 1er décembre : La Turquie joue de la faiblesse de l’Europe.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151201/html/1223588.html

Editorial du 2 décembre : Climat, ne pas oublier l’Afrique.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151202/html/1223704.html

Editorial du 4 décembre : Vaincre le Djihadisme sans me mentir.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151204/html/1223986.html

Editorial du 11 décembre : Le mauvais tournant de la Pologne.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151211/html/1224756.html

Editorial du 17 décembre : Syrie : du dossier ‘’César’’ au dossier ‘’Bachar’’.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151217/html/1225319.html

Editorial du 20 décembre : Les divisions libyennes font le jeu du djihad.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151220/html/1225724.html

Editorial du 23 décembre : Le changement, en Espagne, c’est maintenant.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20151223/html/1225913.html

 

(A suivre)

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