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Histoire de rôle …… Quand Clémenceau s’opposait à la politique coloniale de Jules Ferry

16 Janvier 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

Deux magazines m’ont particulièrement intéressé ces dernier mois tant leur contenu respectif est riche. C’est tout d’abord un hors-série trimestriel de « Marianne », paru en octobre 2015, consacré aux grands textes de la République puis un « Géohistoire » bimestriel, Décembre 2015 Janvier 2016, qui traîte de l’Afrique au temps des colonies, de la conquête française aux indépendances.

Il est possible, probable devrais-je même dire, que je revienne un jour prochain sur des articles de ces deux revues ‘’collectors’’ que je trouve excellents, captivants, mais pour ce billet je vais me concentrer sur un sujet commun aux deux revues, le débat parlementaire de juillet 1885, dans le cadre de la colonisation de Madagascar avec un discours-cadre de Jules Ferry (*) le 28 juillet 1885 et la réponse de Georges Clémenceau (**) le 30 juillet 1885.

(*) Jules Ferry . A partir des années 1880, la IIIe République se lance dans une politique d’expansion coloniale (dont Jules Ferry est le principal porte-parole) qui suscite de fortes contestations de l’opposition radicale (et son fer de lance, Georges Clémenceau), mais aussi des conservateurs, à l’image de Thiers. L’année 1883 voit, en plus de l’établissement d’un protectorat sur l’Annam, la création d’un Conseil supérieur des colonies à l’initiative de Ferry. Mais la défaite des armées françaises à Lang Son précipite le 30 mars 1885, la chute du gouvernement et de celui qui est alors président du Conseil. Ce revers lui vaudra le sobriquet de ‘’Ferry le Tonkinois’’. En 1885, Ferry justifie devant les députés l’expansionnisme colonial au nom du devoir d’une ‘’mission civilisatrice’’ de la République française. Il fait également valoir l’argument stratégique et économique dans la lutte avec les autres puissances coloniales.

(**) Député de Paris depuis 1876, Georges Clémenceau, devient rapidement chef de file des radicaux et siège à l’extrême gauche. Ses articles dans son journal la justice et sa virulence dans la joute oratoire à la Chambre des députés lui valent la réputation de « tombeur de ministères » car il contribue régulièrement à la chute des gouvernements. Bien qu’écarté du pouvoir, Ferry et sa « mission civilisatrice » resteront les cibles de Clémenceau obnubilé – comme la droite - par le coût de la politique coloniale pour le budget d’une France qui a bien d’autres charges, notamment préparer la revanche sur l’Empire allemand afin de récupérer sa « frontière entamée », l’Alsace-Moselle n’étant plus française depuis le traité de Francfort.

Histoire de rôle …… Quand Clémenceau s’opposait à la politique coloniale de Jules FerryHistoire de rôle …… Quand Clémenceau s’opposait à la politique coloniale de Jules Ferry

Extraits du discours de Jules Ferry, le 28 juillet 1885

«…. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (…) Elles ont un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures (…). Ces devoirs ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation…. »

Extraits du discours de Georges Clémenceau, le 30 juillet 1885

«… On voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force au bienfait de la civilisation.

Race supérieure ? Race inférieure ! C’est bien vite dit. Pour ma part j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement  que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que  le français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, j’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure !  ( …). Non il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre des nations inférieures.

 

Ces cours extraits réduisent le propos des deux orateurs aussi j’invite le lecteur que ce débat intéresse de rejoindre le blog de Ligue des droits de l’homme section du Var ou les discours sont reproduits intégralement.

http://ldh-toulon.net/Jules-Ferry-et-Clemenceau.html

 

Voici un extrait complémentaire du discours de Jules Ferry.

 «…Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d’expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l’Empire, à Saigon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. L’ignorez-vous, messieurs ? Regardez la carte du monde... et dites-moi si ces étapes de l’Indochine, de Madagascar, de la Tunisie ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de notre navigation ? « Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l’écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire ; c’est descendre du premier rang au troisième et au quatrième…»

Et un extrait complémentaire du discours de Georges Clemenceau.

«…. Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette unique prétention. C’est le génie même de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. [...] Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. ..(…)...

Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie  »

 

( A suivre) 

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