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Histoire … La conquête coloniale du Soudan : le général, la jeune captive et le côté noir de la force....

23 Février 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

C’est un gros et beau livre intitulé « Histoire de l’Afrique AOF-AEF-Madagascar de 1364 à 1960 » de Philippe Héduy que j’avais trouvé il y a plus de 25 ans dans un centre culturel et qui m’avait beaucoup intéressé à divers titres d'ailleurs. Je l’avais gardé assez longtemps ne serait ce que pour tout lire mais aussi prendre des notes et faire un bon nombre de photocopies.

Ce livre est une compilation de textes, comptes-rendus, rapports officiels, lettres de militaires témoins des opérations de conquêtes coloniales ou d’opérations de maintien de l’ordre des colonies.

J’ai depuis fait quelques recherches sur l’auteur, aujourd'hui disparu, et il semble qu’il fut une personnalité très marquée à droite, proche de l’OAS, opposant radical au Général de Gaulle dans les années 60 selon des tribunes parues dans des journaux d’extrême droite : C'est dire si nous n'avons pas les mêmes valeurs..... Il n’empêche que j’avais malgré tout trouvé ce livre intéressant et très instructif, j'assume donc le fait d'en parler aujourd'hui. Les quelques témoignages que je vais reporter dans ce billet, et sans doute d’autres qui suivront, ne sont pas de la plume de monsieur Héduy qui a surtout fait un gros travail de compilation d'archives. Ils sont cependant à prendre avec réserve car tous écrits par des militaires qui ne peuvent se permettre d’avoir un regard très critique sur l'action de l'armée française au temps de la coloniale.

Je vais pour ce premier billet m’intéresser à la conquête du Soudan entre 1890 et 1893. Une période que j’ai déjà évoquée partiellement à deux reprises mais avec d’autres écrivains-historiens :  Lien 1 et 2

Histoire …  La conquête coloniale du Soudan : le général, la jeune captive et le côté noir de la force....Histoire …  La conquête coloniale du Soudan : le général, la jeune captive et le côté noir de la force....

« L’homme des Noirs »

« Quel fut le secret des étonnantes victoires d’Archinard, de cette rapide conquête de la majeure partie du Soudan français ?

….(…)… Archinard sut faire passer dans l’âme de ses officiers et de ses noirs l’ardeur, l’enthousiasme qui l’animait, sa volonté de vaincre. Dans des circonstances les plus critiques, son sang-froid, son coup d’œil domina toujours la situation. Il fut aussi un organisateur, un pacificateur. Quand il quitta le Soudan en 1893, toutes les contrées conquises étaient administrées par nos officiers et des chefs indigènes, l’impôt était payé, des écoles créées, des villages de liberté ouverts aux esclaves.

En somme, c’est avec le concours même des indigènes que le général Archinard a conquis le Soudan, indigènes gagnés à notre cause moins par la force que par cet esprit de sympathie, de justice  et d’égalité humaine, prélude d’unification sociale et politique, qui est particulier à notre race et lui donne sa physionomie propre dans l’œuvre générale de colonisation.  Général de Trentinian »

Commentaire : quand un général complimente un autre général il y a suspicion de rendre plus belle la réalité.  Méfiance donc même s’il est vrai que cette conquête s’est déroulée en un temps record.  A la fin de cette décennie il y aura dans cette zone le drame de la mission Voulet Chanoine beaucoup moins flatteuse pour l'armée et qui restera longtemps plus discrète. Il faut dire aussi qu’on était en pleine affaire Dreyfus. Il y a quand même des passages dans le dernier paragraphe qui prêteraient à sourire si cela ne traduisait des situations dramatiques.

 

« La jeune captive »:

« Remontant la Vallée de Milo, la colonne d’Archinard la jalonne de postes dont le plus méridional est celui de Kérouané. Ainsi occupée, cette région se trouve définitivement soustraite à l’Empire de Samory, dont elle avait constitué le centre historique. Les chefs des nouveaux villages ont décidé d’offrir au colonel une jeune fille libre pour chaque soldat noir composant la garnison de Kérouané ; celle-ci deviendra la femme légitime du tirailleur à qui elle échera et elle sera pour le commandant de Kérouané une garantie certaine du bon vouloir des réfugiés. Ces jeunes filles, trois cent environ, seront désignées par le sort.

Les tirailleurs accueillent avec enthousiasme cette idée : n’étant accoutumés à se séparer de leur femme que pendant un temps relativement court que durent les expéditions ordinaires, ils avaient envisagé avec terreur l’obligation de rester dix mois enfermés sans compagne dans Kérouané.

J’ai assisté à la répartition de ces femmes et des captifs ; ils étaient dans l’enchantement, car pour les filles et pour les captifs c’était la nourriture assurée.  Seule une exception, mais typique celle-là, fit tache sur cette noire et singulière idylle.

Le sort devait donc désigner des jeunes filles à marier, et celles qui étaient touchées par un destin que je veux croire aveugle, en paraissaient heureuses. Nos tirailleurs sont de beaux gars, aux allures victorieuses  de soudards heureux ; ils représentaient certainement pour elles certain personnage qui, les yeux brillants, emmenait bien vite sa nouvelle compagne.

Cependant le tour d’une grande et belle fille peulhe, au visage assuré et plein de noblesse, était arrivée. Derrière elle un vieillard éploré et plusieurs captifs  attendaient  qu’elle soit livrée à son nouveau maître. C’était son père et ses domestiques, car elle était riche et de famille de chefs.

Quelque haine cachée avait dû la faire désigner pour ce mariage forcée au milieu des filles de petites gens qui l’entouraient. Couverte de piécettes, de bijoux et de colliers d’ambre, elle avait des traits hautains, du galbe caucasique le plus pur. Impassible et dédaigneuse, elle regardait les tirailleurs qui rôdaient, sentant le bouc et cherchant la femelle. De ceux désignés par le sort, aucun n’avait osé emmener dans sa case cette belle vierge à la peau jaune dont les grands yeux noirs insolents les brulaient au passage.

Enfin impatientée, elle s’écrie : « Qui de vous, captifs des Blancs, osera me prendre pour femme ?». Personne ne répond ; tous s’écartent sans paraître avoir entendu. Le capitaine indigène Mahmadou Racine qui préside à cette curieuse  cérémonie veut sauver la situation. Il désigne un sergent ; celui-ci se récuse, puis un autre, qui aussi s’en défend. Alors la Peuhe, faisant un geste de mépris, s’en va droite et fière, suivie de tout son monde, pendant que son vieux père obtient du colonel la dispense pour sa fille de ce mariage forcé.   Lieutenant Péroz »

Commentaire : un témoignage présenté un peu comme un conte de fée mais qui aujourd’hui met très mal à l’aise. Un sacré talent de faux-cul ce Péroz.

 

« La prise de Ségou »

« Le 15 février 1890, les troupes partaient de Médine : la petite armée comprenait 742 combattants dont 103 Européens, deux pièces de campagne, deux pièces de 80 mm de montagne, et 4 pièces de quatre de montagne. Un millier de fantassins et cavaliers bambaras, 400 autres auxiliaires noirs et 800 porteurs indigènes complétaient l’expédition. On arriva au Niger près de Bamako, et l’on descendit le fleuve sur sa rive gauche, avec une escorte de canonnières, jusqu’en face de Ségou-Sikoro, où l’on arriva après quarante-trois jours de marche.

Le 6 avril, à huit heures du matin, les pièces sont mises en batterie pour protéger le passage ; à 9 h 25 les hommes s’embarquent dans des pirogues et le passage commence. Sur une île au milieu du fleuve, et qui sert de relai, on a pu amener les pièces de 80 mm qui bombardent le grand village des Somonos, appuyant à l’est.

A midi, les Somonos font leur soumission, et le feu de l’artillerie a pratiqué une brèche dans les murailles de la ville. L’infanterie de marine et les tirailleurs y pénétrèrent  sans difficulté, par les portes même, qui ne sont pas défendues. A 3 h, la ville est en notre pouvoir, sauf un réduit fortifié dont on a bientôt brisé les portes et où l’on capture les femmes d’Ahmadou et ses fils.

Ségou passait pour imprenable. La chute si prompte de cette ville a eu dans tout le Soudan un grand retentissement, éminemment favorable à la tranquille expansion influence. Ernest Lalanne  »

Commentaire : Le grade du militaire, si c’en était un, n’est pas mentionné. C’est peut-être un article de journaliste après interview d’un gradé.

 

« La ‘’Force noire‘’»

«  Mon général,

Dans la soirée du 12 avril, sous les grands fromagers de Kankan, autour de la civière où la fièvre bilieuse vous couchait depuis six semaines, vous avez réuni les officiers que vous laissiez dans cette nouvelle conquête, en face des bandes de Samory. Après nous avoir fortifiés de vos dernières instructions que nous écoutions le cœur serré, vous nous avez rappelé que les luttes coloniales, pour nobles et pour meurtrières qu’elles soient, ne sont pas le but unique de notre existence militaire et qu’il est d’inoubliables devoirs où vous nous avez donné rendez-vous.

Sous vos ordres, une colonne de troupes indigènes sans réserves européennes venait pour la première fois de parcourir deux mille kilomètres. En quatre mois l’empire d’Ahmadou était détruit, le Niger pacifié, la puissance de Samory entamée. L’étendue du Soudan était triplée et l’essor donné à vos successeur.

Entre nos hommes, et nous était née une confiance réciproque  qui s’exaltait à chaque nouveau combat. Sous vos ordres et avec de tels hommes, rien ne paraissait impossible, nulle part.

Et nous faisions la guerre sans haine ; le sofa qui nous combattait hier était le tirailleur de demain ; les peuples délivrés se ralliait autour de votre fanion tricolore, vous les avez faits Français. Charles Mangin chef d’état major des troupes d’Afrique Occidentales Française en 1910

Commentaire : Ce texte est une dédicace que Mangin a écrite sur son livre « La Force Noire » qu’il a publié en 1910 et envoyé au général d Archinard. Mangin était en 1891 lieutenant sous les ordres du général. Une dédicace c'est une dédicace, c'est poli et cela peut être sincère. 

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