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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en février 2016

29 Février 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

 Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. J’ai retenu ce mois-ci trois articles que je reporte ci-après, délaissant par choix des billets qui sont loin d’être inintéressants dont je fournis toutefois le titre avec un lien permettant de les trouver.

Editorial du mardi 9 février.  Syrie : la dure leçon d’Alep.

« On peut appeler cela de la ruse, du cynisme, ou un mélange des deux, peu importe, mais une chose au moins est claire : les Russes ont décidé de torpiller la négociation de Genève sur l'amorce d'un cessez-le-feu en Syrie. Ils parient sur une solution militaire.

Tel est le bilan implicite que le secrétaire de l'ONU, Ban Ki-moon, dressait, ce week-end, dans le Financial Times, de la campagne de bombardements russes et des combats en cours à Alep, deuxième ville et capitale économique de la Syrie, dans le nord du pays. Après une semaine d'intenses pilonnages – y compris à l'aide de bombes à fragmentation –, sur les zones tenues par les rebelles à l'est de la ville, les forces au service du régime de Bachar Al-Assad progressent. Elles pourraient bientôt encercler la ville, la couper de la frontière turque toute proche, et remporter ainsi une victoire stratégique majeure sur l'insurrection armée qui tient une partie d'Alep depuis l'été 2012. Ce serait un tournant capital dans cette guerre déjà longue de cinq ans.

M.  Ban Ki-Moon accuse : "Dès que la négociation de Genève a été réunie’’ au début de la semaine dernière, ‘' les bombardements aériens se sont poursuivis et les opérations terrestres’’ des forces pro-Assad, ont commencé." Tout se passe comme si les Russes s'étaient servis des pourparlers de Genève, aujourd'hui suspendus, comme d'un leurre. Le secrétaire général de l'ONU dénonce les ravages provoqués par les raids russes : " Beaucoup de morts dans la population civile " et beaucoup de destructions d' installations civiles " (écoles et hôpitaux).

La population d'Alep fuit vers la frontière turque, par dizaines de milliers de personnes, colonnes de misère, dans le froid et la boue, démunies de tout. La Turquie, qui héberge déjà généreusement près de deux millions et demi de réfugiés, va voir son fardeau s'alourdir encore.

Au-delà des propos de M. Ban, on peut, prudemment, avancer trois remarques. La première est d'ordre militaire. Depuis l'intervention russe, en octobre  2015, Moscou paraît décidé à regrouper toute la Syrie " utile ", l'ouest du pays, du nord au sud, sous la houlette du régime de Damas. Partout, l'opposition armée recule – qu'il s'agisse des modérés de l'Armée syrienne libre ou des islamistes, comme le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaida. Le Kremlin joue la victoire de Bachar Al-Assad et d'une armée syrienne massivement appuyée par des milices chiites libanaises, iraniennes et afghanes.

La seconde remarque est une manière de bilan des gagnants et des perdants. Du côté des premiers, on rangera le régime de Damas, au moins momentanément, et les Kurdes de Syrie, qui ont réussi à prendre le contrôle d'un territoire conséquent. Quant à l'organisation dite Etat islamique, elle est pour l'heure épargnée par l'offensive russe. Du côté des perdants, on citera les deux grands parrains de l'insurrection armée syrienne, la Turquie et l'Arabie saoudite, qui ont joué la chute du régime de Damas.

La troisième remarque concerne les Etats-Unis, ou plutôt leur absence et leur silence. Ils ont voulu la conférence de Genève, résolument. A tout le moins disaient-ils vouloir des cessez-le-feu localisés, prélude à une négociation politique. Les Américains ont-ils été bernés par les Russes à Genève ou faut-il parler d'une manière de complicité passive ? A moins que la séquence actuelle ne soit, tout simplement, dans la logique de leur volonté de retrait déjà ancienne. »

 

Editorial du dimanche 21 février : En Inde l’inquiétant nationalisme de M. Modi.

« L’horizon de la démocratie indienne s'est singulièrement assombri depuis l'arrivée au pouvoir du chef du Parti du peuple indien, Narendra Modi, il y a près de deux ans. L'arrestation d'un étudiant et d'un ancien professeur de l'université Jawaharlal Nehru de Delhi, accusés de " sédition ", est la dernière illustration de la dérive autoritaire d'un gouvernement nationaliste hindou décidé à faire taire toute critique. Alors même que les motifs de ces deux arrestations restent flous, les étudiants multiplient les manifestations dans tout le pays.

Le gouvernement dit agir au nom de la défense de la " nation ". Mais de quelle " nation " parle-t-on ? Il est paradoxal de voir les nationalistes hindous défendre aujourd'hui le drapeau indien, qu'ils ont longtemps dénigré pour lui préférer le drapeau couleur safran, étendard d'une nation hindoue qui se déploierait de l'Afghanistan jusqu'en Birmanie. Il est curieux de voir ces mêmes nationalistes hindous se poser en défenseurs de la nation, alors même qu'ils s'attaquent à l'un des piliers de l'identité indienne depuis l'indépendance : la laïcité. Il est enfin étrange de voir ces patriotes user d'un article du code pénal rédigé à l'ère coloniale, qui servit à emprisonner le Mahatma Gandhi, pour jeter un étudiant et un professeur derrière les barreaux.

La liberté d'expression en Inde est le fruit d'un long et riche héritage qui remonte à l'empire d'Ashoka, au IIIe  siècle avant notre ère. Elle est en passe de devenir un luxe réservé à quelques téméraires. Les attaques contre la liberté d'expression ne datent pas d'aujourd'hui ; un arsenal législatif encore trop ambigu, datant en partie de la colonisation britannique, fournit un maigre rempart. Mais elle est très sérieusement menacée, si, comme les récents événements le laissent penser, les garde-fous de la justice et de la police échouent à la protéger. Ces derniers jours, les partisans de Narendra Modi ont battu des journalistes, des étudiants, des professeurs dans l'enceinte même d'un tribunal, sous le regard indifférent de la police. Le nationalisme hindou a pris des allures de hooliganisme.

M.  Modi et son gouvernement ont également pris pour cible depuis un an les associations et organisations non gouvernementales, en particulier celles qui militent pour la défense de l'environnement, considérées comme un frein à l'économie. Quelque 9 000 ONG ont ainsi été "désenregistrées" en raison de leurs financements d'origine étrangère.

Soucieuse de ne pas brusquer un allié précieux face à la montée en puissance de la Chine et de ne pas gâcher les opportunités économiques offertes par un pays qui enregistre l'une des croissances les plus élevées au monde, la communauté internationale préfère rester discrète.

La France, pour sa part, a donné la priorité à la diplomatie économique et aux contrats géants que fait miroiter l'Inde. Mais commercer n'interdit pas de soulever les questions de droits de l'homme, surtout lorsque l'on traite avec un pays qui aime à se définir comme la plus grande démocratie du monde.

Dans un sous-continent qui abrite le tiers de l'humanité, le modèle démocratique indien peut servir d'inspiration à des pays voisins en proie à l'autoritarisme, comme le Bangladesh ou les Maldives. L'Inde a bien plus à offrir que le yoga, le cinéma de Bollywood ou les grands contrats. Il serait tragique que M. Modi sacrifie cette partie-là de l'identité indienne. »

 

Editorial du mardi 23 février : David Cameron joue l'Europe à quitte ou double. 

 « On croyait que les Britanniques avaient inventé la notion de " club " et, ce qui va avec, des " règles du jeu " auxquelles souscrivent tous ceux qui, précisément, rejoignent un club. Hélas, ce qui s'applique à nombre des merveilleuses activités inventées outre-Manche, du tennis au rugby, ne marche plus dès lors qu'il s'agit de l'appartenance des Britanniques à l'Europe : au sein du club, ils veulent un statut d'exception, toujours et encore. Ce n'est pas fair-play.

Le sommet européen des 18 et 19  février a conforté le statut de " membre à part " du Royaume-Uni dans l'Union européenne (UE). Au risque non seulement d'écorner quelques-uns des principes de l'UE mais aussi de susciter un effet domino, certains des autres membres du club réclamant les mêmes dérogations que celles concédées aux Britanniques. En toile de fond de ces aménagements à répétition se profile la menace d'une " Europe à la carte ", c'est-à-dire une Union encore un peu plus vacillante qu'aujourd'hui.

Au bout du compte, les Vingt-Sept ont-ils eu raison d'accorder à David Cameron ce qu'il demandait, ce statut spécial permettant au premier ministre conservateur de tenir une promesse faite aux Britanniques il y a trois ans et demi : un référendum sur l'appartenance du pays à l'UE ? La réponse est oui. Le départ du Royaume-Uni, deuxième économie de l'UE, derrière l'Allemagne mais devant la France, porterait à l'Union un coup à l'impact peut-être fatal au moment où elle est déjà en déliquescence avancée. L'Europe privée d'un de ses rares membres ayant encore un appareil militaire digne de ce nom et une diplomatie d'envergure serait singulièrement diminuée à l'heure où elle rencontre des défis majeurs dans une mondialisation chaotique.

M.  Cameron obtient de nouvelles exemptions. Parmi les plus importantes, il y a cette faculté, accordée dans certaines circonstances, de limiter pour un temps les prestations sociales aux ressortissants européens venant travailler outre-Manche. Sans qu'il s'agisse d'un droit de veto, les Etats membres peuvent réclamer un sommet européen pour contester, et réformer, une décision prise par les Dix-Neuf de l'eurozone en matière de réglementation financière. Le pouvoir des Parlements nationaux est renforcé, là encore à la demande de Londres. S'ajoutant aux exemptions déjà décidées – qu'il s'agisse de l'euro, des accords de Schengen ou de la coopération policière et judiciaire –, ces dispositions dessinent le régime très spécial accordé aux Britanniques au sein de l'UE.

Cela sera-t-il suffisant pour garantir le oui au référendum du 23  juin ? Rien n'est moins sûr. M.  Cameron a eu les mots justes pour dire que son pays, en ces temps de globalisation économique et de menaces stratégiques renouvelées, serait moins à même de préserver sa souveraineté hors de l'UE que dedans. Mais il a contre lui un parti eurosceptique, un gouvernement divisé et une presse europhobe. Incapable de s'entendre sur un projet d'avenir, le camp du " Brexit " est porté par l'humeur protestataire de l'opinion et, depuis samedi, par un chef de file peu scrupuleux, le maire de Londres, Boris Johnson.

Le premier ministre joue gros. Si le non l'emporte, il n'y a pas que l'UE qui souffrira. Prœuropéenne, l'Ecosse pourrait décider de sortir du Royaume-Uni. M.  Cameron restera comme l'homme qui, pour satisfaire un nationalisme anglais étriqué, a pris le risque de démanteler l'UE et son propre pays. Too much ! »

 

Et en bonus les références quelques autres éditoriaux intéressants

Editorial du 3 février : Les primaires de l’Iowa : la charge des antisystèmes

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160203/html/1229597.html

Editorial du 6 février : Brexit, des concessions exorbitantes.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160206/html/1230069.html

Editorial du 24 février : Trump ou le succès d’un bateleur narcissique

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160224/html/1231817.html

Editorial du 25 février : Egypte, une dérive à la Pinochet.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160225/html/1231931.html

 

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