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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en Janvier 2016

1 Février 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Finalement je vais encore faire cette année un petit bout de chemin avec les éditoriaux du journal ‘’Le Monde’’ et voici donc ma première revue de presse mensuelle consacrée aux seuls éditos géopolitiques. C’est pour moi une nécessité de rester, plus que jamais, attentif à tout ce qui se passe un peu partout sur notre planète.

 

Editorial du vendredi 8 janvier : Economie, les astres noirs de 2016.

« Il y eut l'année 2015, celle des planètes alignées : pétrole bon marché, euro faible, taux d'intérêt négatifs. Un alignement favorable qui devait relancer la croissance en Europe et en France. Mais celle-ci n'est pas venue. Et voici que, l'année 2016 à peine entamée, cet ordre précaire est déjà menacé. Trois astres noirs surgissent, alors que la Banque mondiale a revu à la baisse sa prévision de croissance mondiale pour 2016 à 2,9 % (contre 3,3 % prévus en juin).

La première menace vient de Chine, qui a dû fermer la Bourse de Shanghaï, jeudi 7 janvier, pour la seconde fois depuis le début de l'année après un brutal décrochage. La deuxième économie mondiale est en panne et, pour redémarrer, Pékin s'apprête à se lancer dans une guerre monétaire. Le yuan, qui était censé s'apprécier au fur et à mesure que l'économie chinoise montait en gamme, est à son plus bas depuis cinq ans. Le dilemme est fort à Pékin. D'un côté, les conservateurs sont partisans d'une glissade qui permettrait notamment aux entreprises publiques de retrouver de la compétitivité à bon compte et d'éviter de licencier massivement. De l'autre, les modernes estiment que les entreprises doivent se restructurer et qu'une dévaluation trop forte ne serait qu'un anesthésiant passager. Si la glissade du yuan, supérieure à 5 % depuis l'été, s'accélère, c'est une véritable guerre mondiale des monnaies que va déclencher la Chine, pour retrouver son rôle d'usine-monde. Cette offensive ne restera pas sans réponse au Japon, en Corée et en Asie du Sud-Est.

La deuxième menace, c'est l'Arabie saoudite. Elle inonde la planète de pétrole à prix cassé, pour appauvrir son ennemi iranien et faire sortir du marché les producteurs de gaz de schiste américains. Au point d'avoir fait chuter le prix du baril à 35 dollars, au plus bas depuis douze ans. Lorsque le cours du brut baisse de 115 dollars à 70  dollars, l'énergie bon marché dope la croissance. Au-delà, les effets négatifs l'emportent, parce qu'ils affectent trop les pays producteurs, en proie à des troubles sociaux, voire politiques, graves, qui réduisent drastiquement leurs importations.

Le troisième danger, c'est la Réserve fédérale américaine, qui a relevé ses taux d'intérêt fin décembre. L'argent gratuit et sans limite qui prévalait depuis la terrible crise de 2008, c'est fini. Et c'est tant mieux. Toutefois, ce resserrement du crédit comporte des risques importants, dont celui d'une hausse de taux à long terme. Un krach obligataire affecterait les grands émergents, comme le Brésil, gavés de dettes en dollars, et entraverait les investissements, dont ils ont largement besoin.

Ce serait s'illusionner de croire que la zone euro est protégée. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, s'était engagé en 2012 à " tout faire " pour sauver l'euro. Il a tout fait, mais ne peut plus. Sa politique de planche à billets et de taux bas, qui a accéléré la dépréciation de l'euro, atteint ses limites. Aller plus loin, c'est s'exposer à de nouvelles bulles financières et à des ripostes extérieures, comme on le voit avec la dévaluation du yuan chinois. Déjà se lèvent des voix, comme celle d'Emmanuel Macron, pour que l'Europe fasse de la relance budgétaire. Attention, danger : la contrainte s'est déjà desserrée depuis 2012, et la dernière fois que les Européens se sont lancés dans cette aventure, en 2009, ils ont accéléré la crise de l'euro. Dans les tempêtes annoncées de 2016, les Européens ne doivent pas faire n'importe quoi. »

 

Editorial du mardi 19 janvier : Taïwan : tenir la Chine à distance.

« C’est une défaite historique pour les héritiers de Tchang Kaï-chek, le " généralissimo " qui s'était replié en 1949 sur l'île de Taïwan, de l'autre côté du détroit, y imposant le règne de son parti unique, le Kouomintang (KMT, parti nationaliste), après avoir été vaincu avec ses troupes par les communistes sur le continent chinois. Le Parti progressiste démocratique (DPP), créé en 1986 lors de la démocratisation de l'île et connu pour son attachement à l'identité de Taïwan et à son indépendance, a remporté, samedi 16 janvier, à la fois la présidence, avec sa candidate Tsai Ing-wen, et, pour la première fois, la majorité au Parlement. Quel impact pour les relations avec la Chine ?

La victoire du DPP sanctionne précisément une politique de rapprochement entre la Chine et Taïwan menée par le président sortant, issu du KMT, Ma Ying-jeou, et couronnée par la rencontre, le 7  novembre 2015, avec le président chinois Xi Jinping. Paradoxalement, plus Taïwan multiplie liens et contacts avec la Chine continentale, qui revendique la souveraineté sur l'île et n'écarte pas l'usage de la force pour la conquérir – plus d'un millier de missiles chinois sont pointés vers ses rivages –, plus ses habitants s'éloignent de Pékin, se revendiquant Taïwanais et non Chinois.

Mme Tsai et son parti ont été portés par la jeunesse contestataire qui, deux ans avant d'entrer au Parlement par la grande porte, l'avait occupé en 2014 par la force pour dire non à un accord de libre-échange avec Pékin. Les 23 millions de Taïwanais ont manifesté leur attachement à leur jeune démocratie, marquant là aussi leur différence avec la Chine continentale, dont les dérives autoritaires depuis l'intronisation en 2012 de Xi Jinping sont pour beaucoup dans le résultat de samedi.

La nouvelle présidente a placé le renforcement de la démocratie au cœur de son projet. C'est une ligne de fracture avec le KMT, auquel les nouvelles générations reprochent les vieilles habitudes d'ex-parti unique, et, plus encore, avec la Chine, dont le système diverge de plus en plus du modèle démocratique instauré à Taïwan. L'ensemble rend plus que jamais improbable, aux yeux des Taïwanais, qu'on puisse leur appliquer un jour la formule " Un pays, deux systèmes " mise en pratique à Hongkong – et où la greffe a du mal à prendre. L'éclatante victoire de Tsai Ing-wen atteste de la vigueur de la démocratie à Taïwan, vingt ans après les premières élections au suffrage universel.

Mais la Chine, de par son poids économique, continuera à jouer un rôle important. Certes, elle est plus subtile dans son projet irrédentiste. Malgré les déclarations d'usage contre l'indépendance, les premières réactions officielles indiquent que Pékin prend des gants avec Mme Tsai et sera pragmatique.

Or, si le statu quo est appelé à durer dans le détroit de Formose, la question du statut de Taïwan, notamment à l'ONU, dont elle est exclue, se posera inévitablement : la République de Chine, nom officiel de Taïwan, qui a tous les attributs d'un pays souverain, est isolée diplomatiquement, même si toutes les démocraties occidentales maintiennent des relations officieuses avec elle. Depuis la victoire de Tsai Ing-wen, cette question alimente les débats aux Etats-Unis, qui montrent une attitude plus ferme face à Pékin, dont les ambitions en mer de Chine inquiètent ses voisins. Elle va se poser au reste du monde, à un moment où la Chine fait face à des défis économiques et géopolitiques inédits.»

 

Editorial du jeudi 21 janvier : Moscou dans la tourmente économique.

« En dépit de la génétique soviétique, on n'accusera pas les dirigeants russes de pratiquer la langue de bois. Pour une fois, ils disent les choses comme elles sont : l'économie russe est en piètre état. En ces temps de déprime assez générale, ce n'est une bonne nouvelle pour personne. Que faire, comme disait Lénine ?

Le Forum Gaïdar, la version moscovite de Davos, a entendu, du 13 au 15 janvier, les principaux dirigeants de l'économie russe dresser sensiblement le même constat. La situation est mauvaise pour des raisons structurelles. Le pays vit de la rente pétrolière, il est en retard dans les investissements de l'avenir – ceux de l'après-pétrole. Il n'attire pas assez de capitaux étrangers, que l'absence d'Etat de droit est plutôt de nature à décourager.

L'économie s'enfonce aussi pour des raisons conjoncturelles. La première et la plus importante est le tassement continu du prix du baril. Le Kremlin a préparé un budget 2016 sur la base d'un baril à 50 dollars. Il s'échange autour de 30 dollars… Exportation numéro un du pays, les hydrocarbures représentent la moitié des recettes de l'Etat. Le retour de l'Iran sur ce marché ne va pas arranger les affaires du Kremlin. La deuxième raison, même si elle pèse moins, est l'impact des sanctions prises par les Etats-Unis et l'Union européenne dans l'affaire ukrainienne. Enfin, le coût des opérations militaires extérieures va finir par se faire sentir.

L'ensemble explique que la Russie – 146 millions d'habitants – pourrait connaître une deuxième année de récession – une contraction du produit intérieur brut de 2 % après les 3,5 % de 2015. L'inflation flirte avec les 15 %, le rouble a dévissé (perdant au moins 40  % de sa valeur en deux ans). Au début de l'année, 39 % des Russes avouaient ne pas avoir les moyens de s'acheter en même temps suffisamment de vêtements et de nourriture. L'endettement des régions est considérable.

Employés, ouvriers, retraités, classe moyenne : tout le monde souffre. C'est une évolution d'autant plus brutale que les grands indicateurs sociaux – santé publique, mortalité infantile, durée de vie, etc. – s'étaient, ces quinze dernières années, considérablement améliorés avec l'envolée des cours des hydrocarbures.

Le président Vladimir Poutine reste très populaire – 80 % d'approbation. Qu'en sera-t-il dans un an ? Entre les Occidentaux et les Russes, la conjoncture politico-économique offre aujourd'hui des possibilités d'ouverture qu'il faut prendre en considération.

Dans la presse allemande, M.  Poutine réclame la levée des sanctions de l'Union européenne. Apparemment, il semble plutôt décidé à ne pas envenimer la situation en Ukraine (elle aussi en pleine crise économique). Les relations du Kremlin avec les " Républiques " autonomes du Donbass, que Moscou a installées dans l'est de l'Ukraine, sont devenues notoirement exécrables. En Syrie, tout le monde a besoin des Russes, qui, eux-mêmes, ne veulent surtout pas se retrouver piégés dans un engagement militaire à long terme.

Bref, cet ensemble de considérations économiques et stratégiques pourrait être exploité. Certes, l'UE vient de renouveler ses sanctions contre la Russie. Mais qui sait s'il n'est pas temps de faire valoir auprès du Kremlin une levée rapide de ce mini-embargo ? M. Poutine en a grand besoin, sur le plan intérieur. A lui de faire des pas dans la bonne direction, sur la scène extérieure. L'économie russe ne pourra qu'en profiter.»

 

Editorial du jeudi 28 janvier : Bienvenue en Europe M. Rahoni !

« La France entend développer ses relations économiques avec la République islamique d'Iran. Elle accueille pour deux jours, mercredi 27 et jeudi 28 janvier, le président Hassan Rohani : les deux parties veulent conclure une série d'accords importants. Paris a raison. L'Iran est un pays d'avenir au Moyen-Orient, l'un des plus prometteurs, une puissance régionale avec laquelle il faut compter. Mais la France ne doit pas se tromper sur la nature du régime iranien : théocratie complexe, ambiguë, pas unanimement décidée à s'ouvrir à l'Ouest.

Les Français ne peuvent l'ignorer. Depuis l'avènement de la République islamique, en 1979, les relations bilatérales ont traversé bien des tempêtes. Les deux pays se sont le plus souvent retrouvés dans des camps opposés – qu'il s'agisse du Liban ou de la guerre Iran-Irak, voire du conflit -actuel en Syrie. Dans les guerres politico-religieuses qui ravagent aujourd'hui le Moyen-Orient, Paris donne l'impression d'être trop proche du " camp sunnite " – derrière l'Arabie saoudite –, qui estime que l'Iran chiite est son ennemi acharné.

L'accord sur le contrôle du programme nucléaire iranien, conclu le 14 juillet 2015 à Vienne, a ouvert la voie à une levée partielle de l'embargo qui pesait sur Téhéran – soupçonné de se diriger à grands pas vers l'arme nucléaire. La porte est ouverte pour que les Européens développent des relations économiques à la hauteur des légitimes ambitions de l'Iran. Il faut saisir l'occasion.

Pays de 80 millions d'habitants, majoritairement jeunes, majoritairement nés après la révolution, l'Iran dispose d'une société civile urbaine éduquée, comptant nombre d'ingénieurs, d'architectes, de scientifiques, de cinéastes, de médecins, hommes et femmes qui en font un pays sans égal dans la région. Autant que la -matière fissile, qu'il a pu accumuler, plus que les hydrocarbures, c'est sa matière grise qui fait la force de l'Iran. Paris doit " compenser " son " tropisme " sunnite en reprenant la route de la Perse.

Mais M. Rohani ne représente pas toute la direction iranienne. Loin de là. Homme du système, intelligent, il est le parrain de l'accord sur le nucléaire et l'espoir d'un camp dit " réformateur ". Sur le nucléaire, il a été soutenu par le vrai patron du régime, le Guide Ali Khamenei. Celui-ci voulait la levée des sanctions pour soulager l'économie. Pour autant, le Guide, chef de file de la branche " dure " du leadership iranien, ne veut pas que l'ouverture économique se transforme en ouverture politique. Il entend préserver la part de l'ADN du régime qui reste de nature révolutionnaire.

Le régime réprime toute dissidence. La justice, parfaitement arbitraire, est aux mains des " durs " : on exécute plus en Iran qu'en Arabie saoudite. L'Iran est le premier soutien du syrien Bachar Al-Assad. La -milice chiite libanaise Hezbollah est totalement aux ordres de Téhéran, qui l'a dotée de milliers de missiles braqués sur Israël. Par milices chiites interposées là encore, l'Iran pèse sur le pouvoir irakien.

Sortir l'Iran de son statut de paria de la scène internationale est un objectif diplomatique prometteur, surtout si les Européens arrivent à faciliter un dialogue entre Téhéran et Riyad. Mais il faut s'y employer sans illusion : il dépend moins de ce que souhaitent les Européens que de l'issue de la bataille en cours à Téhéran entre " durs " et " réformateurs ". Vers l'Iran, il ne faut pas aller avec des idées simples.»

 

Et en bonus les références de quelques autres éditoriaux intéressants

 Editorial du 2 janvier : Ne plus subir.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160102/html/1226588.html

Editorial du 5 janvier : Entre Téhéran et Ryad, une nécessaire désescalade.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160105/html/1226660.html

Editorial du 7 janvier : Après les élections, l’Espagne sans tête.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160107/html/1226856.html

Editorial du 12 janvier : L’indispensable fermeté de Bruxelles face à la Pologne.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160112/html/1227342.html

Editorial du 22 janvier : Matéo Renzi po le retour du risque italien.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160122/html/1228446.html

Editorial du 26 janvier : Le destin de l’Europe se joue en mer Egée

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160126/html/1228785.html

 

(A suivre)

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