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Idées-débat…. Le clivage Gauche-Droite est concurrencé par celui entre Peuple et Elites.

25 Mars 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

C’est une interview de Gilles Finchelstein, le directeur de la Fondation Jean Jaurès que j’ai découvert il y a une quinzaine de jours dans une publication de l’hebdo des socialistes. Je dois préciser que je partage totalement cette analyse et ce depuis au moins une bonne dizaine d’années. Et si au Parti Socialiste il y avait plus de monde de cet avis, peut-être que j’en serais resté proche. C’est la raison pour laquelle j’estime nécessaire de la reporter sur mon blog…. En forme de confession ou d’explication.

« Comment expliquer l’affaiblissement du clivage politique gauche-droite ?

Il faut partir de ce qui était une spécificité française à la fin des années 70, où le clivage gauche droite était vécu comme une sorte d’absolu. On avait des oppositions irréductibles, des comportements électoraux faits de fidélité éternelle pour un camp ou pour l’autre. Cette situation a définitivement vécu.

Plusieurs évolutions majeures ont modifié le paysage en trois décennies. Il y a eu une multiplication d’alternance et de cohabitation qui voyait donc coexister à l’intérieur même du pouvoir exécutif la gauche et la droite. Il y a eu également en 1988 et en 2007 des ouvertures, c'est-à-dire le franchissement de la frontière par un camp ou par l’autre. Le clivage a ensuite été lézardé parce que des forces politiques qui la contestent ont émergé, le FN. Parallèlement, des questions politiques nouvelles sont venues traverser chacun des camps, comme avec la question européenne et le référendum de 2005. Gauche et droite se sont parfois rassemblées, soit sur des grands enjeux de politique extérieure, – la guerre en Irak –, soit sur des enjeux de politique intérieure – le front républicain pour faire barrage au FN.

Tous ces phénomènes ont conduit le clivage gauche-droite, qui était hégémonique, à devenir un parmi d’autres. Il est concurrencé notamment par ce qu’on peut appeler le clivage peuple élite. Ma conviction, c’est que les populistes ne l’emporteront pas – plus précisément que Marine Le Pen ne sera pas élue en 2017 – et que donc ces deux clivages vont continuer de coexister et de s’affronter durablement.

Quels sont les effets pour les deux camps ?

A gauche, cela pose le problème stratégique qui est qu’on est dans le tripartisme à la nuance près que la gauche n’est pas un parti, qu’elle est même divisée, sans doute de manière irréductible – on a assisté au cours de ce mandat à un basculement populiste de Jean-Luc Mélenchon. Cette division n’est pas spécifique à la France, la gauche est partout saisie par le dilemme qui est au fond accepter ou non de gouverner dans la réalité de la société et du rapport de force actuel. On le voit aux Etats-Unis entre Bernie Sanders et Hillary Clinton, en Grande-Bretagne avec la victoire de Jeremy Corbyn ou encore en Grèce avec la scission de Syriza.

A droite on se concentre sur la seule crise, réelle, de leadership, savoir quel est le discours à tenir vis-à-vis du FN et surtout une crise de projet qui est structurée autour de la place à accorder à la question de l’identité dont Nicolas Sarkozy a voulu faire la question centrale ; La droite est ainsi tombée dans « piège de l’identité » sans en tirer le moindre bénéfice électoral : ce qui caractérise l’électorat du FN , c’est qu’il est uni et fidèle. Ce n’est pas en faisant un clin d’œil préélectoral que l’on peut réussir à le détourner, il y a un combat politique, idéologique, culturel de beaucoup plus longue haleine qu’il faut engager.

Comment la gauche peut-elle agir pour faire revivre ce clivage ?

C’est très difficile parce que la dynamique aujourd’hui est sans conteste du côté de l’identité et pas du côté de l’égalité. Les pistes sur lesquelles on peut réfléchir, c’est d’abord de « déshystériser » ce débat sur l’identité en essayant de trouver un consensus républicain sur les questions d’immigration, notamment sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers et sur les questions de laïcité. Et puis il faut repenser la question de l’égalité pour la rendre de nouveau désirable. La gauche a pendant longtemps assimilé totalement la question de l’égalité à celle de la redistribution par la fiscalité. Or, dans un contexte de contrainte budgétaire, dans un climat de sensibilité fiscale très forte des Français, les marges de manœuvre pour la redistribution sont très limitées pour les années qui viennent

Mais il y a un immense champ sur lequel la gauche doit s’impliquer, qui est celui de l’égalité des chances, pas dans un sens libéral à la naissance, mais à chaque étape de la vie. La gauche ne peut pas se satisfaire d’une situation dans laquelle il y a davantage d’inégalités à la sortie de l’école qu’à l’entrée, dans laquelle la formation est deux fois plus ouverte aux cadres supérieurs qu’aux ouvriers. Voilà un vaste chantier dans lequel la gauche peut se réinventer »

 

Et pour confirmer à ceux qui en douteraient que je suis ouvert à d’autres origines de réflexion, de débat, je propose en complément un billet de « Favilla du journal Les Echos » en date du 21 janvier 2016.

« Pour savoir dans quel sens évoluent les mentalités des Français, il n’est pas inutile d’observer l’histoire de leur vocabulaire. En particulier le destin de certains mots, initialement dépourvus de toute connotation dépréciative, et qui sont devenus avec le temps, nettement péjoratifs. On en trouve de nombreux exemples dans le passé : le terme «  vilain » désignait au Moyen Age, un homme libre par opposition au serf, et un « manant » était simplement un villageois. Dans une France qui s’urbanisait, la charge négative qui s’est attachée à ces appellations « campagnardes » révélait le sentiment de supériorité des habitants des villes – « Les bourgeois ». Mais ces derniers ont connu le même sort à partir du XIXe siècle : dans le langage courant comme dans la littérature, le mot désigne l’individu conservateur, le rentier ventru et content de lui – dont l’archétype est le « Monsieur Prudhomme » immortalisé par Henry Monnier.

 Aujourd’hui ? Depuis quelques décennies, l’histoire des mots semble s’accélérée. Prenez par exemple, « libéral » et ses dérivés. Comme le terme, dans son sens politique, conserve pour les Français une charge nettement positive, les détracteurs de l’économie de marché l’ont affublé s’un préfixe : l’ultralibéralisme voilà l’ennemi. Peu à peu, cependant cette précaution disparu, et l’adjectif « libéral », dans le discours de la gauche extrême ou de la gauche «  frondeuse », suffit à stigmatiser une politique. Autre exemple le mot « élite », devenu synonyme d’une classe égoïste, attachée à ses privilèges, éloignée du peuple.  Comme, tout de même subsiste une certaine considération pour les grandes figures du savoir et de la recherche, on prend soin de mettre le terme au pluriel, pour le rendre plus vague : «  les élites » englobent les favorisés de la fortune et de la classe politique. Ne parlons pas du mot « patron », encore moins du « patronat » : des 1998, le CNPF pour échapper à la malédiction verbale, se rebaptisait Medef.

Cette évolution de vocabulaire reflète, bien sûr, une « passion pour l’égalité » qui supporte mal les écarts dus à l’argent ou au pouvoir. Et peut-être aussi à l’intelligence, puisque « les intellectuels » dans les propos de comptoir, commencent à glisser du mauvais côté… »

 

 ( A suivre) 

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