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Presse aidant.... Ainsi allait le Monde en mars 2016

1 Avril 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Pour ce mois de mars 2016 qui fut jalonné de tant d’évènements internationaux importants, je devrais reprendre, dans cette revue mensuelle, au moins une quinzaine d’éditoriaux du journal ‘’Le Monde’’. Je n’en retiendrai que quatre qui me paraissent être particulièrement représentatifs. Je reporterai ensuite le titre des éditoriaux que je suis obligé de délaisser ainsi que le lien informatique pour connexion.

 

Editorial de samedi 5 mars: L’inquiétante dégringolade du Brésil.

« Lorsqu'il s'est confié à ses avocats, en mars 2014, Alberto Youssef, malfrat à la réputation de bon vivant, arrêté pour ce qui allait devenir le " scandale Petrobras ", avait prévenu : " Les gars, si je parle, la République va tomber. " L'anecdote résonne cruellement aujourd'hui. Le Brésil, prospère et conquérant lors des deux mandats de Luiz Inacio Lula da Silva, dit " Lula " (2003-2010), offre désormais le spectacle désolant d'un pays en déliquescence économique, politique et morale.

Le scandale Petrobras n'en finit plus de révéler un système de corruption tentaculaire. Sénateurs, députés et hommes d'affaires sont poursuivis ou éclaboussés par le trucage des appels d'offres lancés par le groupe public pétrolier. L'ex-idole des classes populaires, Lula, n'est pas épargnée, même si aucune preuve ne l'accuse encore. Rien, non plus, ne compromet explicitement son successeur, Dilma Rousseff. Mais les enquêtes se rapprochent de l'un comme de l'autre et font trembler tout Brasilia.

Jour après jour, sous le feu des médias, les fuites de l'affaire Petrobras témoignent de l'incurie d'une grande partie de la classe politique. Le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Lula et Dilma Rousseff, et son allié au sein de la coalition gouvernementale, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), sont les principales victimes du discrédit. Mais aucun des grands partis n'échappe à la défiance d'électeurs écœurés.

Ce terrible gâchis politique aggrave une situation économique déjà mise à mal par la chute du prix du pétrole et des autres matières premières dont est si bien doté le pays. Ainsi, l'annonce, jeudi 3 mars, de la chute du produit intérieur brut de 3,8 % en 2015 – sans précédent depuis un quart de siècle – n'a guère surpris les experts. Et 2016 ne s'engage pas mieux. L'inflation, le chômage, la chute du real menacent de faire disparaître les acquis des années Lula pour les classes moyennes et populaires.

Face à cet effondrement, que fait la présidente Dilma Rousseff ? Rien, si ce n'est se battre pour tenter de survivre politiquement. Impopulaire et isolée, elle est menacée de destitution, et n'est plus en mesure de gouverner. Quand bien même certaines de ses propositions viseraient à soutenir l'économie, elles sont rejetées par une partie du Congrès déterminée à la faire tomber.

Ses ennemis imaginent que son départ ouvrirait un nouveau chapitre pour le pays. Mais la relève est rien moins qu'évidente dans un système politique à bout de souffle et éparpillé en une nébuleuse de partis où chacun tire à hue et à dia, au gré d'intérêts personnels. Marina Silva, du parti écologiste Rede, rare figure épargnée par les scandales, reste très discrète. Quant au juge chargé de l'affaire Petrobras, Sergio Moro, nouveau héros des Brésiliens, il dément, pour le moment, toute ambition politique.

Le pays est ainsi engagé dans une spirale amorcée, symboliquement, par la déroute humiliante de la Seleçao, l'équipe de football brésilienne, face à l'Allemagne, lors de la Coupe du monde de 2014. Et, pour achever le tableau, l'irruption depuis quelques mois du virus Zika, suspecté de provoquer de terribles malformations fœtales, prend des allures de malédiction.

Entre crise morale, discrédit politique et dégringolade économique, voilà donc la jeune démocratie brésilienne mise à rude épreuve, trente ans à peine après la fin de la dictature militaire. C'est inquiétant pour le pays. C'est préoccupant pour toute l'Amérique latine. »

 

Editorial de mercredi 9 mars : Réfugiés, le changement de cap de l’Europe.

« Avec pragmatisme – certains parleront de cynisme –, l'Europe tire les leçons de ses impuissances. Au moins n'est-elle pas hypocrite. Dans l'affaire des réfugiés, elle change de cap et dit ouvertement sa nouvelle politique : fermer la porte et confier une partie des clés à la Turquie, qui redevient… la Sublime Porte, en quelque sorte.

Telle est la philosophie du sommet qui a réuni, le 7  mars à Bruxelles, les Vingt-Huit et la Turquie. Nombre de détails ne sont pas arrêtés, des désaccords subsistent sur bien des points, et on se retrouvera les 17 et 18  mars pour " finaliser " l'affaire. Mais la ligne directrice est claire. Il faut en saisir les enjeux avant de la juger au nom des principes ou de la morale, toutes choses qu'il est toujours plus facile à observer en chambre que sur le terrain.

Face à l'explosion des flux migratoires en provenance du Grand Moyen-Orient (du Machrek à l'Afghanistan), l'UE a d'abord affiché l'esquisse d'une ambition collective : répartir les réfugiés arrivant en Grèce et en Italie selon des quotas reflétant les capacités de chacun des Etats membres. L'Europe se devait de répondre collectivement au plus grand des défis auxquels elle a jamais été confrontée. Test majeur : être fidèle à ses engagements humanitaires, politiques et juridiques. C'était sous l'impulsion d'Angela Merkel.

Mais face au refus catégorique de certains de ses membres, notamment en Europe de l'Est mais pas seulement ; face à nombre de difficultés matérielles et pratiques, mais aussi politiques ; face à la puissance des réseaux de passeurs, l'UE n'a pas su, pas pu, pas voulu faire face. Elle s'est décomposée. Incapable de mettre en œuvre une politique commune d'accueil des réfugiés, elle renonce à son ambition première. Elle en affiche une autre : arrêter, en tout cas, diminuer cette grande migration.

Sous l'impulsion de la chancelière allemande, toujours, l'UE veut maintenant reconduire en Turquie tous les migrants qui arrivent illégalement dans les îles grecques. L'Union se chargerait des coûts de ce " rapatriement " de dizaines de milliers de personnes. Ankara s'engage à les prendre en charge et à les répartir dans les camps de l'ONU, où elles pourront faire leur demande d'asile politique, ou d'immigration économique, pour un pays de l'UE.

Il s'agit de casser les réseaux de passeurs, d'enrayer ces embarquements à haut risque de noyade, enfin de soulager la Grèce au bord de la faillite. L'UE tire les leçons d'une situation de fait : la route des Balkans est bloquée, par les décisions unilatérales des pays concernés. Nombre de questions restent en suspens – faisabilité et légalité, entre autres. Mais personne, à Bruxelles, n'a contesté la mécanique à mettre en marche.

Elle repose sur un pays, la Turquie, qui accueille déjà, généreusement, près de 3  millions de Syriens – ce qui limite la portée des leçons de morale que l'UE est pourtant en droit d'adresser à un régime de plus en plus autoritaire et qui foule aux pieds la liberté de la presse. La Turquie veut, naturellement, des contreparties : doublement de l'aide de l'UE (qui passerait à 6  milliards d'euros d'ici à 2018), un régime de visas plus souple et la poursuite des négociations d'adhésion.

Paradoxe de l'histoire : cette Turquie, dont Mme Merkel ne veut pas dans l'UE, est de plus en plus associée à la survie de l'Union. La solution à la crise des réfugiés n'est plus à trouver à 28, mais à 28+1. Autrement dit à 29.»

 

Editorial de mardi 22 mars : Obama en vedette américaine à La Havane.

« Evidemment, cette visite n'a pas l'importance stratégique de celle de Richard Nixon se rendant à Pékin en février 1972 pour renouer les relations entre les Etats-Unis et la Chine. Mais le voyage de Barack Obama à Cuba, du dimanche 20 au mardi 22 mars, n'en est pas moins " historique " : le dernier président américain en exercice à s'être rendu sur l'île est Calvin Coolidge. C'était en 1928.

On peut compter sur l'élégance de M. Obama et le sens de la fête des Cubains pour faire de ces retrouvailles un moment réussi – joyeux, sonore et rythmé. Pour le président américain, elles sont l'aboutissement de la décision courageuse prise en décembre 2014 : revenir sur une rupture vieille de plus de cinquante ans et décidée à un moment chaud de la guerre froide, quand les erreurs des Etats-Unis poussent la jeune révolution cubaine dans les bras de l'Union soviétique.

A l'interruption des relations diplomatiques, décidée en janvier 1961, s'est ajoutée un an plus tard la décision de Washington de soumettre Cuba à un strict embargo économique. Le raisonnement de M. Obama est simple. L'absence de liens avec Cuba n'a en rien ébranlé, au contraire, l'impitoyable dictature que le père de la révolution cubaine, Fidel Castro, a imposée à son pays. Dans une île devenue un satellite de l'URSS, le régime castriste a même survécu à l'implosion soviétique… M. Obama a eu raison de violer un des tabous de la vie politique américaine en renouant avec ce voisin des Caraïbes.

Comme il le disait en 2009, recevant le prix Nobel de la paix, une politique qui vise à reprendre contact avec un régime autocratique " n'a certes pas la pureté gratifiante de l'indignation ",mais elle est la condition indispensable, avait-il ajouté, au " changement du statu quo ". En clair, la Maison Blanche attend de sa nouvelle diplomatie une ouverture économique et politique à La Havane.

L'ouverture économique viendra, des deux côtés. Même dominé par les républicains, le Congrès ne devrait pas s'opposer à une levée de l'embargo, souhaitée par une majorité d'Américains – y compris dans la communauté cubano-américaine. M. Obama a montré le chemin en suspendant déjà, par voie réglementaire, nombre des sanctions pesant sur Cuba. Quant au régime, il a commencé à libéraliser à petits pas une économie figée dans un étatisme aussi corrompu qu'inefficace.

L'ouverture politique sera plus difficile. Le Parti communiste cubain n'en veut pas. Aujourd'hui dirigé par Raul Castro, le frère de Fidel, il préfère le modèle chinois : la libéralisation économique dans la contrainte politique. Il réprime toujours toute opposition et étouffe la liberté d'expression. Granma, l'organe du PC cubain, l'écrivait encore ce mois-ci : "Deprofondes divergences politiques persisteront." Contrairement à d'autres – cela va du pape François à François Hollande –, M. Obama rencontrera des dissidents cubains.

Les Etats-Unis ne réclament plus un changement de régime à La Havane. Ils espèrent un glissement progressif de l'actuel. Cela prendra du temps. Le danger est que les -Cubains attendent tout, tout de suite, de cette normalisation avec Washington. Bon signal : deux jours après Obama, La Havane reçoit Mick Jagger et les Rolling Stones, que Fidel avait qualifiés de "symbole de la décadence capitaliste ". En somme, comme on dit dans le music-hall, M. Obama est à Cuba en " vedette américaine " : il ouvre une nouvelle séquence.»

 

Editorial de samedi 26 mars : Radavan Karadzic, un verdict exemplaire

« Plus de 600 témoins interrogés à la barre, à La Haye, 48 000 pages de procès-verbaux, huit ans de procédure, une condamnation : quarante ans de prison pour l'ancien chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic. En infligeant cette peine, jeudi 24 mars, à l'un des hommes responsables des pires crimes commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) n'a pas seulement rendu un verdict salutaire et à la hauteur des forfaits de Karadzic. Il a montré que la justice internationale, ça peut marcher.

Peu d'observateurs de bonne foi contesteront le rôle-clé joué par l'ex-psychiatre, poète en ses heures d'insomnie, dans les horreurs perpétrées lors des guerres qui ont accompagné l'explosion de la fédération yougoslave à la fin des années 1980. L'heure est aux revendications nationalistes dans cette Yougoslavie orpheline de Tito : les républiques les plus riches, Slovénie et Croatie, sont les premières à vouloir quitter la fédération, mais les plus pauvres aussi, comme la Bosnie et la province autonome du Kosovo.

L'homme fort de Belgrade, Slobodan Milosecic (mort en 2006 dans sa cellule avant la fin de son procès devant le TPIY), veut réunir les Serbes, disséminés dans l'ex-fédération, en une seule Grande Serbie, d'où les autres, tous les non-Serbes, doivent être chassés par la force. Chef politique des Serbes de Bosnie, le docteur Karadzic, spécialiste de la paranoïa (ça ne s'invente pas), mène une campagne d'épuration ethnique particulièrement féroce dans cette république pluriethnique et pluriconfessionnelle.

Pour chasser les musulmans de Bosnie de leurs maisons, de leurs terres ancestrales, on tue, on viole, on interne, on jette des dizaines de milliers de malheureux sur les routes – exode sanglant qui fait plus de 100 000 morts et déplace 2 millions de personnes au nom du projet de Grande Serbie. Il faut éliminer physiquement : en 1995, à Srebrenica, plus de 6 000  hommes et garçons musulmans de cette bourgade prise par les miliciens bosno-serbes sont abattus, mains liées derrière le dos. Il faut terroriser : durant plus de quatre ans, la capitale de la Bosnie, Sarajevo, subira un siège impitoyable, qui fera plus de 11 000 morts.

Des onze chefs d'inculpation pesant sur Karadzic, notamment pour crimes contre l'humanité, le président du TPIY, le Sud-Coréen O-Gon Kwon, en a retenu dix. Agé de 70 ans, capturé en 2008 à Belgrade sous les traits d'un naturopathe new age,Karadzic n'a cessé de nier les faits.

On dira qu'ils sont jugés trop tard, plus de vingt ans après qu'ils se sont produits. A tort. Le TPIY, en l'espèce, a bien fait son travail, quand la mémoire de ces années de plomb est encore vive. On dira qu'à d'autres occasions, dans tel ou tel procès des guerres balkaniques, le tribunal a été moins bien inspiré. Peut-être. Il reste qu'il a magistralement instruit celui de Karadzic.

La mauvaise nouvelle est que l'ONU, qui crée le TPIY en 1993, ne le ferait plus aujourd'hui. Cette idée d'une justice internationale, quasi supra-nationale, s'imposant aux Etats, est née dans l'immédiat après-guerre froide. C'est le bref moment de l'illusion d'un ordre international marqué par un droit d'ingérence dans les affaires des Etats. Sous la pression notamment des nouvelles puissances émergentes, le balancier est revenu en arrière : le principe de souveraineté des Etats l'emporte de nouveau sur toute autre considération.

Pourtant, le verdict rendu ce 24 mars 2016 aurait mérité de faire jurisprudence.»

 

Et en bonus les références quelques autres éditoriaux intéressants

 

Editorial du 3 mars : Iran : les deux défis du président Rohani.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160303/html/1232650.html

 

Editorial du 4 mars : Quand l’empire du milieu se moque du monde.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160304/html/1232800.html

 

Editorial du 8 mars : Les avertissement de l’Europe centrale.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160308/html/1233087.html

 

Editorial du 11 mars : Tunisie, l’aveuglement des européens.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160311/html/1233484.html

 

Editorial du 17 mars : Syrie, un espoir pour 2016 ?

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160317/html/1234088.html

 

Editorial du 24 mars : Une épreuve de vérité.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160324/html/1234865.html

 

Editorial du 25 mars : La victoire anachronique de Sassou Ngesso.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160325/html/1234916.html

 

Editorial du 29 mars : Au Pakistan, attentat-suicide du côté des balançoires.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160329/html/1235301.html

 

Editorial du 30 mars : La prise de Palmyre, et après...

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160330/html/1235425.html

 

(A suivre)

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