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Presse aidant…. Crise et crispations

25 Mai 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

« Pourquoi la CGT attise la crise » titrait ce week-end le JDD avec en première page une photo provocante où l’on voit le leader de la CGT jeter un pneu dans un brasier devant l’entrée bloquée d’un dépôt pétrolier. C’est la nouvelle étape de la révolte contre la loi travail, mais les intérêts sont-ils les mêmes ? Pas tout à fait, semble répondre le journal ; la centrale syndicale se battrait avant tout pour sa survie ! «.... La CGT sort d'une grave crise de succession après avoir été confrontée à une série de revers aux élections professionnelles -- elle est en passe d'être doublée par la CFDT à l'échelle du pays dans les entreprises privées -- .......  Et le projet de loi travail serait de nature à modifier les rapports de force entre les centrales. « Le texte renforce le pouvoir de négociation des syndicats dans les entreprises, au détriment des branches et du niveau national. C'est l'essence même de la CGT qui est en jeu et son positionnement contestataire. Elle se battra jusqu'au bout. Nous aurions du le prévoir.» déplore un ministre. Une argumentation que avaient déjà été entendue lors des débats politiques sur les chaînes d'info, mais qui restaient secondaire au regard des manifestations initiales de la jeunesse puis aux excès de violences des dernières semaines.

Il est donc temps de se pencher sur la presse écrite de ce début de semaine pour voir si ce ressenti est partagé. Voyons donc les éditoriaux de ''Libération'', ''Les Echos'' et du '' Monde''. 

 

Editorial de Laurent Joffrin dans ‘’Libération’’ du 24 mai.

« Hasardeux. La CGT joue son va-tout. Voyant que les manifestations dans la rue ne parviennent pas à faire reculer le gouvernement, elle se lance dans une stratégie de « grèves-thromboses » dans la distribution de carburant et les transports. En faisant planer la menace d’un blocage de la vie économique, elle espère obtenir le retrait d’un projet qu’elle réprouve. Cette stratégie se heurte à plusieurs obstacles qui la rendent hasardeuse. Elle s’appuie d’abord sur une mobilisation d’ampleur limitée, très inférieure, par exemple à ce qu’avait été la protestation contre la réforme des retraites des gouvernements Fillon et qui pourtant n’avait pas abouti. Elle se déroule ensuite sur fond de division syndicale.  Contrairement à ce qu’on lit parfois, ce ne sont pas les « syndicats » qui sont aujourd’hui engagés dans la protestation mais une partie d’entre eux. La CFDT, l’autre grande organisation syndicale, après avoir été très critique, estime qu’elle a obtenu des amendements suffisants au projet El Khomri. Elle souligne  que le texte compte des avancées significatives qui justifient son approbation, comme le compte personnel d’activité ou encore le mandatement syndical instauré dans les petites entreprises au grand dam du Medef. Elle tend aussi à favoriser la négociation sociale décentralisée, qui est le point clef de la réforme. L’opinion, enfin, plutôt hostile au projet est heurtée par les violences qui se déroulent en marge des cortèges, et le sera sans doute aussi dans le cas où le blocage deviendrait général. Dans ces conditions, le tout ou rien dans lequel s’engage la CGT compte un risque majeur : s’enfermer dans un jusqu’au-boutisme qui finisse par affaiblir le mouvement social dans son ensemble. C’est le propre des stratégies radicales : elles débouchent parfois sur des défaites radicales. Il n’est pas sûr que ce soit l’intérêt des salariés.»

 

Editorial de Cécile Cornudet dans ‘’Les Echos’’ du 24 mai.

« Hollande-Valls, le piège syndical. C'est l'histoire d'un exécutif qui voulait « régénérer » le pouvoir syndical et récolte en retour un bras de fer syndical d'une rare violence. Les noms d'oiseaux que Philippe Martinez, le leader de la CGT, lance à Manuel Valls ne doivent pas faire oublier l'objectif premier de la loi El Khomri. A un an de la présidentielle, François Hollande et Manuel Valls veulent parfaire leur image social-démocrate, revivifier le dialogue social quand la droite veut contourner les corps intermédiaires, et s'appuyer pour ce faire sur les syndicats réformistes, CFDT en tête. Le syndicalisme meurt de ses divisions ? François Hollande choisit de fortifier ses partenaires de demain en misant sur la négociation d'entreprise et à travers elle sur la CFDT. « Un syndicalisme de compromis est en train de se construire », dit-il souvent, en même temps qu'il rêve d'installer une gauche de compromis. Y a-t-il d'autre moyen pour sauver le syndicalisme français que de parier ainsi sur la CFDT ? L'histoire ne le dit pas encore. Ce qu'elle dit, en revanche, c'est que la CGT, exclue de ce plan de reconquête, va tout faire pour saboter l'opération. Car c'est bien de sabotage qu'il s'agit. La CGT se sent en danger et sort les griffes ; la CGT n’a plus les moyens de susciter une mobilisation d’ampleur et d’engager une vraie guerre, alors elle choisi la guérilla. Médiatique et sociale. Philippe Martinez pose, jetant un pneu dans un brasier, à la une du ‘’JDD’’. La CGT pousse ses feux partout. En bloquant les raffineries, en appelant à la grève illimitée à la RATP. Y a-t-il mieux pour atteindre la réputation d'ordre de Manuel Valls que de donner l'impression d'un désordre dans le pays ? A fortiori quand la droite reproche au gouvernement son « manque d'autorité ». En tout cas, le Premier ministre n'attend pas d'être rentré d'Israël pour tenter de ramener le calme. Il est ce mardi matin sur Europe 1. Mais quelles sont ses marges de manœuvre ? Réécrire l'article 2 de la loi, comme le demande Christian Paul, le chef de file des frondeurs du PS, en critiquant une conception du dialogue social « où l'on choisit qui est un syndicat fréquentable et qui ne l'est pas » ? Impossible sans se mettre cette fois à dos la CFDT à qui l'on a tant promis. C'est ce qu'on appelle un piège.»

Editorial de Jérôme Fenoglio dans ‘’ Le Monde’’ du 25 mai :

 «Le pari de l'intelligence collective : Menaces, blocages, chantages, otages... Le ton monte, chaque jour davantage, entre le gouvernement et la CGT. Le secrétaire général de la centrale syndicale, Philippe Martinez, se veut inflexible. Son objectif affiché est catégorique : le retrait pur et simple du projet de réforme du code du travail, en discussion au Parlement. Pour cela, il n'hésite pas à ajouter aux manifestations – une est prévue jeudi 26 mai, une autre, nationale, annoncée pour le 14 juin –, une pression beaucoup plus forte : le blocage du secteur pétrolier, voire de l'ensemble du secteur de l'énergie, de nature à provoquer une pénurie d'essence et une paralysie du pays.

Face à lui, le pouvoir exécutif entend se montrer tout aussi intraitable. Nous ne céderons pas,  assurent, à tour de rôle, François Hollande et Manuel Valls. Le premier a dénoncé, mardi 24 mai, une " stratégie de blocage ", orchestrée par " une minorité ". Le second a martelé, le même jour, qu'il n'y aurait " pas de retrait du texte. Sinon, dans ce pays, on ne peut plus réformer ". Bref, chacun campe sur ses positions et le dialogue de sourds paraît total.

Comment en est-on arrivé, en quelques jours, à cette escalade périlleuse? Chacun, évidemment, se renvoie la responsabilité. Pour la CGT, c'est la faute du gouvernement, coupable d'avoir engagé une réforme inacceptable, notamment parce qu'elle donne la priorité aux accords d'entreprise sur la convention collective ou sur la loi pour ce qui touche à l'organisation et au temps de travail. Coupable, également, d'être " passé en force " à l'Assemblée nationale en faisant jouer l'article 49.3 de la Constitution pour couper court à un débat plus qu'incertain.

A l'inverse, pour le gouvernement, c'est la CGT qui, un mois après un congrès difficile marqué par un très net gauchissement, a délibérément provoqué l'affrontement. En caricaturant le projet de réforme, en occultant les droits nouveaux qu'il garantit aux salariés et, maintenant, en menaçant de bloquer le pays, M. Martinez serait d'abord à la recherche d'une victoire symbolique, de nature à souder ses troupes derrière lui et à restaurer son statut – menacé par la CFDT, favorable, elle, à la réforme –, de premier syndicat de France.

Bref, pour l'heure, c'est l'impasse. Le gouvernement ne peut céder sans perdre la face et ce qui lui reste d'autorité, notamment aux yeux des syndicats favorables à la réforme, à commencer par la CFDT, dont le secrétaire général, Laurent Berger, estime que le retrait de la loi serait " inacceptable ". La tentation est donc grande d'aller au bout de ce bras de fer, dans l'espoir que les Français s'exaspèrent et rejettent la responsabilité du conflit sur la CGT. Celle-ci fait le pari inverse : que ce gouvernement de plus en plus affaibli, adossé à une majorité fébrile, confronté à une gauche déchirée et à une société de plus en plus crispée, soit contraint de renoncer. Y compris pour ne pas plonger le pays dans une situation incontrôlable, à deux semaines du début de l'Euro de football en France.

De deux choses l'une. Ou bien, si l'on ose dire, chacun poursuit aveuglément ce " jeu de cons ". Ou bien, pour reprendre la formule de Laurent Berger, chacun fait " le pari de l'intelligence collective ", pour sortir de " l'hystérisassions, de la fragmentation et de la radicalisation de notre société ". Reste que l'intelligence collective suppose que chacun y mette du sien. Qui commence? »

 

Avant de terminer ce billet je me dois de rappeler que lorsque j’étais encore en activité, cadre du secteur privé, j’étais syndiqué CFDT et élu au comité d’entreprise de ma société. C’est dire que je suis sur la même ligne que Laurent Berger, le leader de la CFTD  « Il est hors de question que le gouvernement renonce à ses engagements, que ce soit en retirant la loi ou en la vidant de sa substance. Ce serait un coup dur pour les salariés, car ils perdraient le bénéfice des nouveaux droits reconnus par le texte ». 

 

 (A suivre) 

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