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Presse aidant ...... Ainsi allait le Monde en avril 2016.

1 Mai 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme d’habitude je n’en retiens que quatre, qui sont reportés ci-après. Ce choix restrictif me conduit à en délaisser d’autres pourtant très intéressants dont je fournis un lien permettant de les trouver.

Editorial du 2 avril : En Chine, la contestation de " l'oncle Xi ".

« La façade est préservée, bien sûr, et l'opacité du système ne laisse filtrer qu'un seul message : tout n'est qu'harmonie au sein d'une direction chinoise unie derrière Xi Jinping. Pourtant, derrière les murs de Zhongnanhai, ce quartier de la Cité interdite qui abrite les hauts dirigeants chinois, il semble bien qu'un vent de contestation se lève contre le style impérial du président et chef du Parti communiste. Ce qui est en jeu, c'est la transformation de l'économie chinoise, rien de moins.

Comme souvent à Pékin, la forme et le fond sont liés. Au titre de la première, ce qu'on reproche à M. Xi, c'est une concentration du pouvoir qui rappelle l'ère Mao Zedong. Non seulement M. Xi dispose-t-il, effectivement, de la haute main sur toutes les institutions de l'empire – parti, gouvernement, armée –, mais il laisse se développer ou organise un culte de la personnalité qui n'avait plus cours depuis longtemps. La presse est rappelée à l'ordre. Elle doit refléter avec enthousiasme la ligne du Parti. Toute dissidence est impitoyablement pourchassée. Avocats, journalistes, blogueurs, tous ceux qui osent faire preuve d'esprit critique sont réprimés sans même que soient respectées un minimum de formes légales. Dans le même temps, la presse chante les louanges de " l'Oncle Xi " et de " Mama Peng " (l'épouse du président). La grogne monte. En mars, un site chinois, pourtant officiel et soumis à la censure, publie une " lettre ouverte " au président, l'appelant à démissionner et dénonçant une " concentration excessive du pouvoir ". Elle est signée, anonymement, d'un groupe de " membres loyaux du Parti ". Quelques jours plus tôt, sur ses microblogs extrêmement populaires, Ren Zhiqiang, un roi de l'immobilier, proche des plus hautes sphères du Parti, stigmatisait la mise au pas de plus en plus étouffante de la presse.

Sur le fond, ce n'est pas seulement une méthode d'exercice du pouvoir qui serait en cause. Ce qui semble nourrir une partie de la contestation – outre une campagne contre la corruption qui a touché des milliers de cadres du PCC –, c'est bien l'énorme entreprise à laquelle s'attachent M. Xi et son premier ministre, Li Keqiang : une réforme en profondeur de l'économie chinoise. Ambition éminemment souhaitable et nécessaire, il s'agit d'aller vers un mode de croissance plus durable, non plus fondé sur l'investissement en infrastructures et l'exportation, mais, de plus en plus, sur les services et la consommation intérieure. La tâche est énorme. Elle ne peut pas ne pas susciter d'opposition de la part de groupes d'intérêts politico-économiques, représentés au sein du Parti, quand des pans entiers de l'industrie vont être progressivement condamnés. Le défi est politique, économique et social. Il est d'autant plus difficile à relever que, sur fond de conjoncture mondiale anémique, il entraîne un ralentissement très net de la croissance chinoise – un rythme de progression annuelle de 6  % à 7  %, au lieu des 9  % à 10  % de la décennie précédente.

Le paradoxe Xi Jinping est là. Le président veut une économie plus concurrentielle, plus tournée vers le marché intérieur, bref plus " libérale ". Cela peut-il être accompli dans un climat de contrainte politique et sociale sans cesse renforcée ? Sans doute pas. Il se pourrait que le culte de " l'empereur Xi " masque autant ses faiblesses que sa toute-puissance.»

Editorial du 12 avril : Panama papers : bonne réaction de l'Europe

 « Mobilisation des administrations fiscales nationales. Présentation cette semaine d'une nouvelle directive comptable au sein de l'Union européenne. Réunion, mercredi 13  avril, à Paris, des hauts fonctionnaires chargés des questions fiscales au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). A l'évidence, les gouvernements occidentaux ont décidé de réagir au plus vite aux " Panama papers ", cette série de révélations sur le monde opaque de la -finance offshore et des paradis fiscaux. C'est une bonne chose.

Une semaine après les informations inédites fournies par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ, dont Le Monde fait partie), tout se passe comme si les gouvernements avaient pris conscience de la portée politique de cette affaire. Il y a les situations particulières, bien sûr. A trois mois du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne (UE), le premier ministre britannique, David Cameron, se serait bien passé de voir son nom associé aux " Panama papers ". Même si le chef conservateur n'a légalement rien à se reprocher.

Il y a l'entourage de la présidente du Front national, Marine Le Pen, lui aussi familier des pratiques d'évasion fiscale panaméennes. On y verra une certaine logique " idéologique ", puisque l'entourage d'un des " héros " du FN, Vladimir Poutine, figure également dans la liste des pratiquants de la fiscalité offshore. Il est vrai que le Front a accepté un crédit d'une banque russe, qui n'a pu lui être accordé qu'avec le feu vert du même M. Poutine.

Mais là n'est pas l'essentiel. Au-delà des -situations individuelles, les révélations des " Panama papers " interviennent, en Europe et aux Etats-Unis, dans un climat politique déjà lourd. L'opinion publique est chauffée à blanc contre les " élites ". Des deux côtés de l'Atlantique, tout se passe comme si une partie des classes moyennes – au sens large de cette catégorie – réagissait aux ravages provoqués par la crise -financière de 2008-2009. La révolte contre, pêle-mêle, " le système ", " les élites ", la mondialisation et ce qui l'accompagne explose à retardement sous des formes politiques diverses – cela va, d'un bord à l'autre du spectre politique, du succès d'une nouvelle gauche (Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, Bernie Sanders aux Etats-Unis) au vote protestataire à droite (de Donald Trump à la poussée nationaliste sur le Vieux Continent). De façon informelle, la grogne monte contre une croissance inégalitaire et le sentiment qu'elle ne profite qu'à une minorité qui échappe au droit commun. A mesure que la globalisation économico-financière facilitait les pratiques d'optimisation fiscale pour les entreprises et les grandes fortunes, la pression fiscale augmentait sur les classes moyennes.

D'où l'importance des initiatives prises cette semaine. La plus importante est la -refonte par la Commission européenne d'une directive comptable de 2013. Elle imposera une discipline sans précédent : toutes les grandes sociétés opérant au sein de l'Union vont être soumises à une transparence comptable qui devrait rendre impossible le moindre détournement fiscal. En la matière, l'efficacité ne peut être nationale, elle passe par des réglementations supranationales. Il n'est pas indifférent, au moment où les démagogues prennent l'Europe comme bouc émissaire, que le bon exemple vienne de Bruxelles. Parfois, plus d'Europe est le bon chemin.»

Editorial du 19 avril : Le Brésil au bord de la rupture.

« Le vote en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff est une mauvaise nouvelle pour le Brésil. Si le Sénat, qui doit se prononcer en mai, -confirme la procédure lancée par la Chambre basse, lundi 18  avril, Mme Rousseff sera, après Fernando Collor de Mello en 1992, le deuxième chef d'Etat brésilien démis de ses fonctions. Pour une jeune démocratie de trente et un ans, c'est beaucoup.

Si la corruption est au cœur des deux révoltes politiques, Dilma Rousseff, à la différence de M.  Color de Mello, n'est pas suspecte d'enrichissement personnel. Elle est accusée d'avoir usé d'artifices administratifs pour maquiller le déficit budgétaire, un procédé auquel elle n'est pas la première à avoir eu recours. Mais à travers elle, c'est tout un système qui est mis en cause, une spirale qu'elle n'a pas su contrôler  : la gigantesque corruption au sein de la compagnie pétrolière nationale Petrobras, qui a servi de vache à lait au Parti des travailleurs (PT) au pouvoir et à ses alliés, notamment lorsque Mme Rousseff en était la ministre de tutelle, et une classe politique très largement impliquée dans des malversations multiples. La décision désespérée de la présidente, il y a un mois, de nommer son prédécesseur et mentor politique Luiz Inacio Lula da Silva au gouvernement pour le sauver de poursuites judiciaires dans un autre scandale de corruption n'a fait qu'aggraver les choses. Dilma Rousseff paie aussi le retournement spectaculaire de l'économie brésilienne. Le ralentissement de la demande chinoise et l'effondrement des cours des matières premières ont transformé ce géant émergent de l'Amérique latine, flamboyant membre des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui a réussi, sous le règne de Lula, à tirer des dizaines de millions de gens de la pauvreté, en une économie frappée par la récession et le chômage. Les experts s'attendent, en  2016, à une chute de 3,5  % du PIB, pour la deuxième année consécutive. Les dirigeants de l'opposition ont redonné des couleurs aux marchés financiers en faisant miroiter une libéralisation de l'économie, dans l'éventualité où le départ de Mme Rousseff leur permettrait de prendre le pouvoir. Plusieurs facteurs pourraient venir doucher ces espoirs. D'abord, les successeurs probables de la présidente ne sont guère plus blancs qu'elle. Le premier, le vice-président, Michel Temer, est également susceptible de faire l'objet d'une procédure de destitution. Le suivant dans l'ordre de succession, Eduardo Cunha, le président de la Chambre basse, est accusé d'avoir dissimulé des millions de dollars de pots-de-vin sur un compte suisse. Ensuite, comme le montrent les manifestations de ces derniers jours, l'opposition ne saurait passer par pertes et profits le soutien dont jouissent encore le PT et l'héritage de Lula dans la population, en dépit de l'immense impopularité de Dilma -Rousseff. Le climat politique va se durcir encore, et les dirigeants de l'opposition en première ligne dans la procédure de destitution ne sont pas les mieux placés pour laver le dégoût qui s'est emparé des Brésiliens pour leur classe politique.

Du côté du pouvoir cependant, crier au coup d'Etat ne sauvera ni Mme Rousseff, ni Lula, ni le PT. Le Brésil est entré dans une phase d'incertitude à haut risque. Il faut souhaiter que ses élus se ressaisissent et comprennent l'urgence de dépasser leurs intérêts personnels pour se consacrer à ceux d'une population qui avait placé sa confiance en eux.»

Editorial du 27 avril : La grandeur de l'Europe selon Obama.

« Les esprits chagrins avanceront que le discours vient bien tard, après des années de désintérêt pour l'Europe et de bascule vers le Pacifique. Ils pourront prétendre que les malheurs du Vieux Continent sont en partie dus à l'inconstance de la politique étrangère américaine au Proche-Orient. Il n'empêche, l'ode à l'Union européenne chantée par Barack Obama à Hanovre, lundi 25  avril, est salutaire.

Le président américain a, en effet, invité les Européens à ouvrir les yeux : " Peut-être avez-vous besoin d'un regard extérieur, de quelqu'un qui n'est pas européen, pour vous rappeler la grandeur de ce que vous avez accompli ". Il a raison. Quelque 500  millions de citoyens, parlant 24 langues dans 28 pays, réunis dans une seule Union et partageant, pour 19 d'entre eux, une monnaie commune : " Cette construction reste l'une des plus grandes réalisations économiques et politiques de l'époque contemporaine. " Le président des Etats-Unis, qui a vigoureusement plaidé pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union, veut sauver cet ensemble aujourd'hui affaibli et dont il découvre les vertus : " Les Etats-Unis, et le monde, ont besoin d'une Europe forte, prospère, démocratique et unie. "

Le président a rappelé l'épopée de la construction européenne, accomplie avec le soutien des Etats-Unis. Un discours bienveillant que l'on n'avait plus entendu depuis Bill Clinton. Alors que la campagne américaine se perd dans les outrances populistes de Donald Trump, Barack Obama tente de refonder la communauté de valeurs transatlantique, voire d'inventer, fort de sa réforme de la santé et de son combat contre les inégalités, un modèle social et économique commun, ouvert sur le monde.

Cet appel ne l'a pas empêché de passer lucidement en revue les maux qui affectent l'Europe, comme d'ailleurs les Etats-Unis. Une croissance trop faible, qui a conduit à un chômage de masse, une démocratie qui peut être lente et frustrante, une montée de l'intolérance à l'encontre de celui qui vient d'ailleurs ou n'a pas la même religion, alors que l'Europe fait face à l'afflux de réfugiés.

Certes, mais le monde n'a pas besoin de plus de murs, a exhorté Obama, citant le pape François. Et la solution ne saurait être populiste, protectionniste et frileuse. Ces sirènes populistes, Barack Obama les a dénoncées indirectement, en vantant les réalisations passées des peuples européens. " N'oubliez pas qui vous êtes : vous êtes les héritiers d'un combat pour la liberté. " Obama a cité les Hongrois et les Autrichiens, qui abattirent le rideau de fer en 1989 : aujourd'hui, les premiers sont dirigés par le populiste Viktor Orban, apôtre de la " démocratie illibérale ", tandis que les seconds viennent de placer largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle le candidat de l'extrême droite. Le président a aussi vanté les Polonais de Solidarité, dont l'héritage est dévoyé par le catholique ultraconservateur Jaroslaw Kaczynski. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si trois anciens présidents polonais, Lech Walesa, Aleksander Kwasniewski et Bronislaw Komorowski, ont appelé le même jour " tous les Polonais " à défendre la démocratie dans leur pays.

Le président américain aurait dû ajouter à cette liste la France menacée par le Front national de Marine Le Pen, avant de conclure :" Nous avons besoin de “plus”. Plus de compréhension. Plus de dialogue. Plus d'humanité." Et, pourrait-on compléter, plus d'estime de soi en Europe.»

 

Et en bonus les références de quelques autres éditoriaux intéressants

Editorial du 3 mars : Les vertus du smic… chez les Anglo-Saxons

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160403/html/1235979.html

Editorial du 6 avril : Réarmement européen http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160406/html/1236194.html

Editorial du 15 avril : Un souffle d'optimisme en Libye.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160415/html/1237201.html

Editorial du 23 avril : Syrie : Reprendre le chemin de Genève.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160423/html/1238115.html

 

Editorial du 29 avril : Salman d'Arabie, entre audace et mirage.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160429/html/1238592.html

 

(A suivre)

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