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Presse aidant ....Le Brexit analysé par Le Monde.

24 Juin 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Je ne peux attendre ma traditionnelle revue de presse de fin de mois pour traiter ce sujet majeur pour l’avenir de l’Union européenne. J’ai particulièrement apprécié les récentes analyses du journal ‘’Le Monde’’ et plus notamment les deux éditoriaux de Jérôme Fenoglio (Directeur du ‘’Monde’’), celui du 22 juin et celui paru cet après-midi (daté du 25 juin).  

 

Editorial du 22 juin : Au péril du Brexit.

« Ce n'est pas galvauder le sens des mots que de parler d'un scrutin "  historique  ". Les Britanniques votent, jeudi 23 juin, sur le maintien ou non de leur pays au sein de l'Union européenne (UE). Mais l'enjeu va bien au-delà de l'avenir des relations entre la Grande- Bretagne et l'Europe. C'est l'ensemble du projet européen qui pourrait être remis en question. Pas moins.

Sans vouloir s'immiscer dans l'exercice souverain que constitue le référendum organisé cette semaine outre-Manche, il faut dire les choses comme elles sont. La Grande-Bretagne a formidablement profité de son appartenance à l'Union européenne. Depuis 1973, son économie s'est rarement aussi bien portée. Londres a donné au projet européen une patine très anglo-saxonne : libre-échange, élargissement à l'Europe de l'Est et centrale à partir de 1989, ouverture sur le monde. Le droit européen s'est forgé sous influence britannique.

L'Europe d'aujourd'hui, qui depuis vingt ans n'a cessé de s'éloigner du rêve fédéral, porte, profondément, la marque du Royaume-Uni.

 La campagne a été marquée par l'extrême polarisation des positions. Les partisans du " in " – le maintien dans l'UE – ont joué sur la peur du chaos économique et financier qui résulterait d'un vote " out " – un départ qui menacerait de casser la reprise naissante en France et dans le reste de la zone euro. Leurs adversaires ont multiplié les mensonges les plus grossiers, dénonçant une Europe monstrueuse qui n'existe pas. A partir de la question légitime du contrôle de l'immigration, les partisans du " Brexit " ont cultivé une rhétorique xénophobe, voire raciste. Dans cette atmosphère délétère, une jeune députée travailliste, Jo Cox, pro-européenne, a été assassinée.

Certains en France, pro-européens convaincus, disent souhaiter le départ des Britanniques. Ils y voient l'occasion d'une relance de l'intégration européenne sous l'influence d'un couple franco-allemand qui se trouverait soudain requinqué du seul fait de l'électrochoc du Brexit. Nous n'y croyons pas. Ce n'est pas dans l'air de cette époque d'euroscepticisme galopant au sein de l'UE, et il y a trop de différences économiques entre l'Allemagne et la France pour imaginer la reconstitution d'un couple flamboyant.

Nous croyons, au contraire, que le " Brexit " libérerait certaines des forces les plus sombres qui travaillent aujourd'hui les opinions européennes : nationalisme régressif, montée protestataire d'ultra-droite et, ici et là, menaces sur la démocratie. Le risque est grand d'un effet domino, avec, très vite, l'organisation de référendums similaires dans d'autres pays membres, et le début du démantèlement de ce qui a été accompli depuis la fin de la guerre. Le danger serait alors celui, bien réel, d'un détricotage de l'Europe telle qu'elle s'est constituée depuis le début des années 1950. L'histoire est tristement riche de ces erreurs énormes commises lors d'un moment d'égarement – mais dont on ne perçoit la gravité que lorsqu'il est trop tard.

Il faut toute la désinvolture de générations nées dans les années 1960 et après pour considérer comme " garanti " ce qui a été accompli par leurs prédécesseurs au sortir d'un siècle de tragédies européennes. Non, ni la démocratie, ni la prospérité, ni l'Etat de droit, ni les libertés publiques, ni cet admirable tissu de relations existant au sein de l'UE, rien n'est " garanti " – parce que, dans ces domaines, rien n'est naturel.

Là encore, il faut dire les choses comme elles sont. L'Union européenne marche mal. Les dirigeants des gouvernements des Vingt-Huit ont atteint des sommets d'incompétence et de lâcheté dans la gestion de la crise de l'euro comme dans celle de la crise migratoire. D'où l'impopularité actuelle du projet européen au sein des pays de l'Union. Mais il faut considérer ces errements au regard de ce qui a été laborieusement, péniblement, réalisé – l'essor économique, des dépenses sociales sans équivalent, un mode de règlement pacifique des conflits internes. C'est cela qui est en jeu, et qu'il ne faut pas laisser se défaire.

Pourtant, au lendemain de ce vote " in " que nous appelons de nos vœux, le pire serait de continuer comme avant. L'UE doit faire son examen de conscience, dresser un bilan de ce qui marche et ne marche pas, sortir de l'incantation vaudoue sur les miracles de l'intégration et de la souveraineté partagée, avoir le courage d'une réforme institutionnelle. Sauf à continuer de se déliter, avec ou sans nos amis britanniques. »

 

Editorial du samedi 25 juin : Un vote historique.

« L'Union européenne (UE) vient de subir un désaveu majeur. Elle a été rejetée, jeudi 23 juin, par une majorité de Britanniques. Dans sa sobre et brutale vérité, telle est la leçon du référendum organisé par le premier ministre conservateur, David Cameron. Cela veut dire que la deuxième économie de l'Union – après l'Allemagne – quitte le projet européen. Cela veut dire que l'un des rares pays de l'UE à disposer d'un appareil de défense conséquent et d'une diplomatie de poids délaisse l'Europe.

Par quelque bout qu'on prenne cette triste affaire, elle est une défaite pour l'UE, qui en sort affaiblie à l'intérieur de ses frontières et dont l'image à l'extérieur est celle d'une entité sur le déclin. On peut penser que c'est injuste au regard du bilan considérable qui est celui de l'Europe.

 On peut juger que M. Cameron a été un bien piètre défenseur de l'Union –  le chef conservateur est fondamentalement un eurosceptique qui a rarement eu un mot en faveur de l'UE. On peut penser que les Britanniques prennent un risque énorme. C'est désormais leur affaire, ils ont tranché, démocratiquement. Ils mettent fin à quarante-trois ans de participation à un projet européen qui ne leur a pas mal réussi.

Mais nous pensons d'abord à l'Europe, aux 27 Etats qui la constituent dorénavant. L'UE encaisse un revers de proportion historique. Les 27 ne peuvent pas ne pas en tirer les conséquences. Le pire serait de continuer comme avant, avec une dynamique qui, à tort ou à raison, génère bien plus d'euroscepticisme que d'euro-enthousiasme.

Le plus mauvais réflexe aujourd'hui serait de penser que cette affaire se résume à une décision catastrophique prise par les Britanniques, le repli sur leur insularité, et qu'elle n'empêchera pas le projet européen de continuer comme "  avant  ". La posture la plus irresponsable serait de tout mettre sur le dos de la démagogie, de la xénophobie et des mensonges qui ont marqué la campagne menée par les dirigeants conservateurs partisans du "  Brexit  ". On peut certes dénoncer les facilités du populisme électoral, en l'espèce cyniquement exploitées par un Boris Johnson, l'ancien maire de Londres. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille renoncer à comprendre ce réflexe de rejet européen ni à avoir un regard autocritique sur l'UE telle qu'elle va.

Car, si l'on cède à cette facilité, alors, très vite, le détricotage de l'UE se poursuivra, avec, ici et là, des demandes de référendums similaires, et d'autres départs. Si l'on veut, au contraire, que ce 23 juin ne marque pas le début du délitement de l'Union européenne, alors l'UE doit considérer que le référendum d'outre-Manche l'oblige à une réflexion profonde sur ce qu'elle doit être et le tournant qu'elle doit prendre.

On n'en décidera pas en quelques lignes. Risquons une piste, prudemment. Les Européens ne demandent pas un perfectionnement sans fin du marché unique, ils ne sont pas d'humeur fédérale non plus. Dans un environnement stratégique déstabilisé, ils veulent plus de sécurité. Dans une époque de grands flux migratoires, ils veulent un contrôle des frontières extérieures de l'Union. A l'heure de cette "  démocratie de l'immédiat  " qu'instaure la révolution numérique, ils souhaitent plus de démocratie européenne. Cela veut dire une coopération renforcée en matière de défense, une tentative de gestion commune des grandes migrations –  par des négociations régulières notamment avec l'Afrique  – et une association renforcée des Parlements nationaux aux affaires de l'UE. Ce "  plus d'Europe-là  " devrait être de nature à réconcilier les peuples avec l'Union.

M. Cameron a pris un risque énorme. Il a logiquement décidé d'en tirer les conséquences : il quittera le pouvoir dans quelques mois. Reste à organiser un divorce qui s'annonce compliqué. Les traités accordent un délai de deux à quatre ans pour gérer le départ d'un pays de l'UE. Le Parlement de Westminster est contre ce départ. Déjà, les chefs de la campagne "  Leave  " font marche arrière. Ils disent qu'il ne faut pas se presser. Ils veulent faire traîner les choses jusqu'en 2020. Ils ont peur face à l'inconnu. Ils veulent rester dans le marché unique. Ils voient la tornade sur la livre et la City. Ils savent que la récession pointe pour leur pays. Ils n'ignorent pas que ce vote a été anglo-anglais et que l'Ecosse et une grande partie Irlande du Nord le rejettent : l'unité du royaume est menacée. Dans ce contexte troublé, les continentaux doivent rester fair play. Mais, Messieurs les Anglais, vous avez tiré, alors "  out  ", c'est "  out  ". »

 

Reprise de ce billet le samedi 25 juin avec l’éditorial du Monde de cet après-midi :

 Brexit : Le vote des malmenés de la mondialisation.

« '' Une bonne chose ", a déclaré l'Américain Donald Trump à l'annonce de la décision des Britanniques, jeudi 23 juin, de sortir de l'Union européenne. Ailleurs, partout, dans l'ensemble des 27 autres pays membres de l'UE, à l'extrême droite ou souvent aussi à l'extrême gauche, toutes les formations protestataires se sont félicitées de ce vote. Cette unanimité s'explique. Elle a un sens. Elle est fondée sur un malaise commun à l'ensemble du monde occidental – le vieux Nord riche – face au même phénomène : la mondialisation, à laquelle sont attachées les économies émergentes.

Trump, le candidat républicain pour le scrutin de novembre aux Etats-Unis, est farouchement protectionniste, comme l'était Bernie Sanders, celui qui fut longtemps le prétendant démocrate. Le promoteur immobilier new-yorkais veut taxer les importations chinoises et protéger de la concurrence des secteurs entiers de l'industrie américaine. A l'encontre de Sanders, cette fois, Trump s'en prend aussi à l'autre face de la mondialisation : l'immigration. Il veut sceller les frontières du pays, interdire l'entrée des Etats-Unis aux musulmans et chasser 11 millions de travailleurs illégaux venus du sud du Rio Grande.

Mais, pour nombre d'Européens, l'incarnation la plus immédiate de la mondialisation, c'est l'UE. L'Europe de Bruxelles, telle que l'ont voulue les Vingt-Huit démocraties qui la composent, a un profil bien précis : elle est libre-échangiste, elle assure la -libre circulation des biens, des services et des capitaux entre ses membres, enfin elle garantit à tous les ressortissants des Vingt-Huit la libre installation dans le pays de leur choix au sein de l'Union.

Or l'immigration, le contrôle des frontières, la dénonciation des centaines de milliers de travailleurs européens venus en Grande-Bretagne ont été au cœur des artisans de la campagne pour le " Brexit ". Ce fut même leur principal argument, celui sur lequel ils ont gagné. Le vote des Britanniques a été en fait un vote essentiellement anglais, émanation de l'Angleterre pauvre, malmenée par la mondialisation. Mais nombre d'entre eux le disent volontiers : le vote " Brexit " est plus anti-immigration qu'europhobe.

Derrière le thème fourre-tout de l'immigration, ce qu'on dénonce, à tort ou à raison, chez les Anglais les plus à la peine, c'est la pression à la baisse sur les salaires, sur les services publics et sur le niveau de l'école, qui serait due, selon eux, aux travailleurs étrangers et à leurs familles. La défaite est ici non seulement celle de David Cameron, mais plus encore celle du chancelier de l'Echiquier, George Osborne, qui, au nom d'un fondamentalisme budgétaire absurde, a procédé à une diminution irresponsable de l'Etat-providence.

Et qui sont les électeurs de Donald Trump, sinon ces Américains blancs, âgés de 50 ans et plus, déclassés, marginalisés, appauvris par la mondialisation ? Ou qui se perçoivent comme tels. A peu de chose près, le portrait de l'électeur protestataire en Europe est le même – une victime de l'énorme transition en cours dans le monde et qui, souvent dans une bouffée de nostalgie, voit dans l'immigration la cause première de ses difficultés. Ce grand malaise, qui est aussi culturel et touche également les classes moyennes, devrait être la préoccupation première des partis de gouvernement. Sauf à devoir être battus par des formations protestataires qui n'ont à vendre que des remèdes miracles – voire pire encore.

 

(A suivre)

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