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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en juillet 2016

31 Juillet 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles plus les liens pour trois autres éditoriaux. Je signale aussi que j’ai l’intention de faire dans quelques jours un billet sur le thème « Etat d’urgence, état de droit, jusqu’où peut-on aller pour lutter contre le terrorisme. » Le Monde a proposé en juillet quatre éditoriaux et diverses analyses pertinents qui trouveront une place dans cette revue de presse.  

 

Editorial de mercredi 6 juillet. Bagdad, après l’horreur

« Comment se refuser à la banalisation ? L'attentat au camion piégé perpétré, samedi 2 juillet, en plein cœur de Bagdad, la capitale irakienne, a fait près de 220 morts et autant de blessés. Il a détruit des immeubles sur plusieurs mètres, réduit à néant nombre de commerces et ravagé un peu plus encore une ville saturée de violences. Mais les bilans humains et matériels ne disent pas toute l'horreur d'une des pires formes de terrorisme qui soit.

C'est comme avec la torture. Pour se figurer l'ampleur du crime, il faut entrer dans les détails. Il faut regarder les images de cette artère commerçante du quartier de Karrada, où, ce soir-là, au moment de la rupture du jeûne de ramadan, déambulaient des centaines de passants en famille. Ici, on n'a pas assez d'argent pour disposer d'un générateur pour l'air conditionné à la maison. Le soir, la population échappe à la chaleur estivale de Bagdad en envahissant les rues. Les commerces sont ouverts, les enfants sont dehors. Les assassins ne préviennent pas. Il n'y a pas de sirènes, pas d'avertissements, pas de bruit d'avions ou d'hélicoptères qui se rapprochent. Pas moyen d'esquiver le souffle, puis la boule de feu qui se dégagent du camion piégé, bourré d'explosifs, que les tueurs en série de l'organisation dite " Etat islamique " (EI) ont garé un peu plus tôt dans la rue. Rien n'a été laissé au hasard. Les extrémistes sunnites ont choisi une des artères les plus commerçantes d'un quartier chiite, au moment où les familles font les courses pour la fête de la fin du ramadan. Ils ont choisi de tuer ou de mutiler le plus, d'enfants et de femmes, possible.

On sait leurs " raisons ". L'EI est sur la défensive. Il est progressivement chassé des territoires qu'il a saisis en Irak et en Syrie à l'été 2014. Il vient de perdre, fin juin, la grande ville sunnite de Fallouja, à quelque 60 kilomètres de Bagdad, après avoir dû céder plusieurs autres localités importantes. Cette reconquête permet de démanteler peu à peu ces structures paraétatiques de l'EI qui en font un mouvement terroriste à part, prétendant administrer des villes et un territoire. Elle diminue aussi son potentiel militaire et économique. Elle brise son aura d'invincibilité.

Bientôt, la " capitale " de l'EI en Irak, la grande et belle ville de Mossoul, plus au nord, sera à son tour la cible de l'alliance des forces de la reconquête : armée irakienne, puissantes milices chiites, forces kurdes, l'ensemble appuyé par l'aviation américaine. Mais l'EI dispose de cellules terroristes ici et là, qu'elle peut encore activer. Elle va sans doute perdre " la guerre des villes ". Elle ne sera plus un erzatz d'Etat, elle redeviendra un mouvement de guérilla. La défaite militaire de l'EI ne mettra pas fin à sa pratique du terrorisme djihadiste.

Celle-ci se nourrit de la faillite d'un Etat central majoritairement contrôlé par les chiites d'Irak (la branche minoritaire de l'islam) et qui a marginalisé la minorité sunnite du pays. En multipliant ces dernières semaines les attentats dans des quartiers chiites, l'EI entend susciter la réplique des milices chiites contre les sunnites. Il perpétue ainsi cette guerre civile religieuse qui lui permet de se présenter comme " protecteur " des sunnites d'Irak… La vraie victoire sur l'EI ne viendra qu'avec l'instauration à Bagdad d'un pouvoir respectueux de l'équilibre des forces ethniques et religieuses en Irak. Ce n'est pas gagné. »

 

Editorial du 14 juillet. A Londres, Mme May aux commandes.

« Au Parti conservateur britannique, une adulte a repris les commandes. Fille de pasteur anglican, six ans ministre de l'intérieur à poigne, pro-européenne sans excès, Theresa May, 59 ans, nouveau premier ministre de Sa Majesté, va avoir une lourde charge : dégager son pays de l'Union européenne, tout en renouant immédiatement une relation forte et étroite avec ladite Union…

David Cameron a quitté son poste de premier ministre avec une désinvolture seigneuriale : caméras et micros l'ont saisi chantonnant juste après avoir annoncé son départ de Downing Street – pas plus concerné que s'il venait de perdre une partie de croquet. On lui doit tout de même l'idée de ce référendum perdu sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, et la crise qui en résulte et risque, au passage, de casser les maigres perspectives de croissance en -Europe (y compris en Grande-Bretagne). Du côté des conservateurs qui ont mené la campagne pour le Brexit, la débandade est complète. Aucun n'a semblé avoir le début des qualités requises pour diriger le gouvernement – ni être particulièrement -convaincu des mérites du Brexit. Boris Johnson, Michael Gove et Andrea Leadsom pourraient figurer dans une bande dessinée ayant pour titre : " Les Aventures des Pieds nickelés en politique ".

Mme May n'appartient pas à cette famille, celle des dilettantes. Elle prend la politique plutôt au sérieux. Elle hérite du Brexit dont elle ne voulait pas. Après une campagne où il a été très peu question de l'Europe et beaucoup de l'immigration, le " non " à l'UE l'a emporté par 51,9 % des voix. Que le nouveau premier ministre n'appartienne pas à la troupe des " brexiters " ne semble choquer personne en Grande-Bretagne : la démocratie représentative reprend ses droits. C'est le charme de la politique outre-Manche, elle est moins sectaire que chez nous.

Mme May l'a dit : elle appliquera le Brexit. Elle a ajouté qu'elle voulait en faire un " succès ". Elle est trop empiriste, pragmatique et expérimentée pour se payer de mots. On ne l'entendra pas se saouler d'odes à la souveraineté retrouvée du royaume, comme le ferait un souverainiste hexagonal. Elle va organiser la sortie du pays de l'UE, tout en aménageant la manière la plus subtile de rester dedans. L'avenir économique de la Grande-Bretagne est " avec " le marché unique européen, qui absorbe 47  % des exportations britanniques, l'Europe étant le plus gros client des services de la City.

Mme May n'est pas pressée. Elle doit composer son gouvernement, notamment choisir celui ou celle qui sera chargé de la négociation avec les Vingt-Sept. Elle doit dessiner les grandes lignes d'un plan de sortie. Le premier ministre est d'accord avec les " brexiters " sur un point : l'immigration est au cœur du " non " à l'Europe, pas autre chose. Comment concilier le maintien de l'accès au marché unique avec le contrôle retrouvé sur l'immigration intra-européenne ? Ce sera le cœur de la négociation. Beaucoup dépendra de la relation que Mme  May va nouer avec une autre grande empirique, la chancelière Angela Merkel.

Son projet au point, Mme May éprouvera le besoin de le soumettre à la Chambre des communes avant d'aller à Bruxelles et de solliciter l'ouverture d'une négociation de sortie de deux ans, renouvelables, avec les Vingt-Sept. La sortie de l'Union européenne, c'est un peu comme la vie dans l'UE : une négociation permanente. Parce que sur un même continent, on vit ensemble. »

 

Editorial du dimanche 24 juillet. Turquie, lendemains de putsch inquiétants.

« Les Turcs ont-ils échappé à une dictature militaire pour tomber dans un régime autoritaire antidémocratique ? La question est posée chez les alliés de la Turquie, en Europe et aux Etats-Unis, comme dans les milieux démocrates turcs, une semaine après la tentative de putsch déjouée dans la nuit du vendredi  15 au samedi 16 juillet. Cette seule interrogation dit à quel point ce pays-clé, membre de l'OTAN, est aujourd'hui déstabilisé et fragilisé. La répression menée par le président Recep Tayyip Erdogan atteint une telle ampleur qu'elle fait craindre que ce qu'il reste de fibre démocratique dans ce régime aux tendances autoritaristes prononcées n'y résiste pas. Américains et Européens ont raison de dire que la victoire de ce coup d'Etat brutal aurait déclenché une guerre civile sanglante. Et représenté un saut dans l'abîme dans cette Turquie déjà aux prises avec les attentats de l'organisation Etat islamique et qui a relancé la guerre contre la rébellion kurde.

Les Etats-Unis ont plus besoin que jamais de cet allié de l'OTAN dans la lutte contre les djihadistes, en Syrie comme en Irak. L'Union européenne tient à l'accord conclu avec Ankara pour continuer d'enrayer le flux des réfugiés du Grand Moyen-Orient. Chez les Occidentaux, la realpolitik l'emportera. A moyen terme, la question est cependant posée : pourra-t-on longtemps traiter en allié un régime qui risque de se calquer sur le modèle " poutinien " ? Un tiers de l'état-major – plus d'une centaine de généraux – a été arrêté. Plusieurs milliers de juges ont subi le même sort, ainsi que des milliers de militaires. Plus de 20 000 professeurs ont été chassés de leur emploi, à commencer par 1 250 doyens de faculté.

M.  Erdogan fait peser la responsabilité du coup d'Etat sur son ancien allié, celui qui l'a accompagné dans son ascension politique, l'imam conservateur Fethullah Gülen. Agé de 75  ans réfugié depuis 1999 aux Etats-Unis, celui-ci dément. Mais il est vrai que ses sympathisants sont nombreux dans l'enseignement et la fonction publique. Il reste que l'ampleur de la purge entreprise manifeste plutôt la volonté de M. Erdogan de créer un Etat entièrement à la botte de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP). Elle lui donne l'occasion d'imposer ce régime présidentiel auquel il aspire depuis longtemps, sans avoir la majorité nécessaire au Parlement.

Le président aurait pu donner d'autres signes. En cette nuit funeste, tous les partis de l'opposition ont été à ses côtés – notamment cette formation kurde modérée, le HDP, qu'il ne cesse de martyriser. C'est grâce à une chaîne de télévision encore libre – ayant échappé à son assaut des derniers mois contre la liberté de la presse – que le président a pu lancer un appel à la mobilisation le soir du putsch. Le geste d'un homme d'Etat eût été d'associer ses opposants à la gestion de l'après-putsch. C'est tout le contraire qui semble se dessiner : une mainmise totale de l'AKP sur le pouvoir. Les mauvais signes s'accumulent : les tropismes paranoïaques d'un régime dont la presse accuse Barack Obama d'avoir fomenté le putsch ; la volonté affichée de rétablir la peine de mort ; l'existence de ces listes déjà prêtes pour arrêter des dizaines de milliers de personnes, sans la moindre procédure judiciaire. M.  Erdogan sortira sans doute plus fort de la folle aventure menée par une partie de l'état-major. Mais sa réaction contribue à affaiblir la Turquie. »

 

Editorial du 30 juillet. Hillary Clinton ou le centrisme raisonné.

« Elle est au centre gauche, moyennement interventionniste en politique étrangère, moyennement protectionniste en économie, raisonnablement " écolo ", radicalement libérale sur les questions de société. Telle se présente Hillary Clinton, 68 ans, première femme à recevoir l'investiture d'un grand parti pour guigner la présidence des Etats-Unis. Sérieuse, bosseuse, expérimentée, la candidate démocrate, adoubée jeudi 28 juillet à la convention de Philadelphie, fera face, le mardi 8 novembre, au démagogue baroque et totalement inexpérimenté qu'a investi le Parti républicain, en la personne de Donald Trump, 70 ans, pour porter ses couleurs. Rien n'est joué.

Mme Clinton a été jeudi fidèle à elle-même : centriste, sachant toute la valeur du compromis en démocratie, se refusant au slogan et préférant l'argumentation solide. Au sortir d'une élection primaire très disputée, où la gauche du parti, incarnée par le sénateur Bernie Sanders, 74 ans, est montée en force, Mme Clinton ne s'est pas contentée de saluer la performance de celui qui l'a défiée. Elle a voulu refaire l'unité du parti en s'alignant sur nombre des positions de M. Sanders. Après les avoir défendus, elle a dit qu'elle se refuserait aujourd'hui à signer de nouveaux traités de libéralisation commerciale, tant qu'ils lui paraîtraient relever d'une concurrence " déloyale " à l'encontre des entreprises américaines. Comme M. Sanders, elle veut réformer le financement des campagnes électorales, où l'argent privé vient tronquer la défense de l'intérêt général.

Ancienne " première dame ", du temps où Bill Clinton était à la Maison Blanche (1992-2000), ex-sénatrice de New York, -première secrétaire d'Etat de Barack Obama, Hillary Clinton sait qu'elle incarne la quintessence de cette élite politique aujourd'hui décriée par les Américains. Là encore, se situant dans les pas de M. Sanders, elle s'est livrée à une critique en règle du capitalisme de ces vingt dernières années : croissance plus inégalitaire que jamais, absence de mobilité sociale et salaires stagnants. Elle comprend, " entend ", partage la" colère ", la " rage " des Américains, trop nombreux à être laissés sur le bord de la route de l'économie mondialisée. Il s'agit de ne pas céder ce terrain à Donald Trump. Quelle politique étrangère ? Cette patriote, convaincue de l'exemplarité démocratique américaine, passe pour être plus interventionniste que Barack Obama. Elle serait plus confiante que le président dans les mérites de l'emploi de la force – en Libye ou en Syrie – et dans la nécessité de tenir tête à la Chine dans le Pacifique, à la Russie ailleurs. Peut-être. C'est oublier un des éléments-clés de son ADN politique : la prudence. Au-delà du dénigrement des immigrés et du libre-échange, M. Trump n'a rien proposé qui ressemble en quoi que ce soit au réformisme réfléchi de son adversaire. Mais Mme Clinton est marquée par les " affaires " – de ses prestations royalement rémunérées pour Wall Street à son serveur privé de courrier électronique quand elle était à la tête de la diplomatie américaine. Sa cote de confiance est des plus faibles : Mme Clinton est presque aussi impopulaire que M. Trump. C'est injuste. Ce dernier, porte-voix d'une Amérique peu sûre d'elle, cultive un revanchisme nostalgique d'une prépondérance américaine sans égale. Hillary Clinton est la porte-parole d'une Amérique optimiste, mais qui prend la mesure de la complexité de l'époque. »

 

Editorial du 13 juillet : L’Amérique, le racisme et les armes.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160713/html/1246874.html

Editorial du 17 juillet : La Chine maltraite ses ‘’petits voisins’’

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160717/html/1247359.html

Editorial du 19juillet : Les leçons d’un putsch manqué.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160719/html/1247430.html

 

(A suivre)

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