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Presse aidant…. Ainsi allait le Monde en juin 2016.

1 Juillet 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles, toutefois je rappelle que j’ai fait, très récemment, un billet sur le Brexit avec trois éditos du Monde : je n’y reviendrai pas. Et comme en début de mois ces billets étaient plutôt axés sur la politique intérieure je n’ai pas eu de difficultés à retenir prioritairement les éditoriaux suivants…

 

Editorial du 9 juin. Le duel Clinton-Trump : tout sauf académique

 «  Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, une femme est la candidate d'un des deux grands partis à l'élection présidentielle. C'est une date qui compte pour la démocratie américaine, et au-delà. Sortie gagnante d'une élection primaire difficile, la démocrate Hillary Clinton (68 ans) affrontera, le 8 novembre 2016, Donald Trump (69 ans), qui, maniant l'injure et un programme peu orthodoxe, a terrassé les autres prétendants républicains.

De l'affrontement qui s'annonce, on ne sait que deux choses. La première est qu'il n'aura rien d'un débat académique sur les mérites des propositions de l'une et de l'autre. M.  Trump a, dès le début, donné le ton de la saison politique 2016 : l'insulte personnelle, le propos raciste, les menaces physiques, les mensonges éhontés, l'ensemble emballé au nom du refus d'un politiquement correct qu'on finira par regretter, et qui serait celui des "élites ".

La seconde est que rarement, depuis 1945, deux candidats à la présidentielle ont eu des cotes de popularité aussi basses. Ni Mme Clinton ni M. Trump ne sont des postulants aimés : ils accumulent les perceptions " négatives ", disent les sondeurs, le promoteur immobilier plus encore que l'ex-Première Dame, ex-sénatrice et ex-secrétaire d'Etat. L'une et l'autre sont des candidats faibles. Jugée manipulatrice et peu sincère, Mme  Clinton incarne la quintessence d'une élite politique proche des milieux financiers, exactement ce que rejette l'électorat. Vulgaire, volontiers démagogue et sans la moindre expérience politique, M.  Trump est porté par des électeurs masculins, plutôt pauvres et majoritairement, sinon exclusivement, blancs, à l'opposé de l'évolution démographique du pays.

Mme  Clinton mérite sa victoire. La bataille pour l'accès des femmes aux plus hautes responsabilités, elle la mène depuis sa jeunesse. Personne ne peut lui contester un passé militant exemplaire. Elle a la passion de la chose publique. Technocrate hyper-compétente, elle a acquis la patience et la science du compromis qui sont en politique la voie de la réforme. Constamment soumise à une pression médiatique sans pitié depuis l'élection de Bill Clinton à la présidence (1992-2000), elle a fait montre d'une ténacité sans égale. Cette femme s'est forgée dans l'épreuve : elle encaisse et sait répondre, dignement.

Mais son adversaire, le pugnace septuagénaire Bernie Sanders, a mis le doigt sur les faiblesses de la candidate Clinton. Il pourrait à la rigueur lui pardonner d'avoir le goût de l'argent à titre personnel, encaissant des sommes astronomiques, voire indignes, pour prononcer des discours insipides devant la clientèle huppée de grandes banques de Wall Street (ce serait donc cela, le porte-drapeau du centre gauche ?) En revanche, à ses yeux, elle représente et accepte ce qu'il y a de plus négatif dans le système politique américain : le financement des campagnes électorales par des intérêts privés.

Cette élection se déroule sur fond de critique de la mondialisation : immigration et libre-échange. Souvent de manière ouvertement raciste, M. Trump a fait bouger les lignes républicaines sur ces sujets. Bousculée par M. Sanders, Mme Clinton conteste aujourd'hui un libre-échangisme international incontrôlé et qui laisse trop d'Américains sur le bas-côté de la route. L'Europe est aux prises avec les mêmes questions. Hélas, Donald Trump risque d'escamoter ce débat, essentiel, au profit d'attaques personnelles contre Hillary Clinton. »

 

Editorial du 14 juin : Orlando, une haine si particulière.

« Le lieu n'était pas neutre. La cible n'a pas été choisie par hasard. Ces gens n'ont pas été tués pour ce qu'ils faisaient, mais bien pour ce qu'ils étaient ou supposés être. Le président Barack Obama a parlé d'un crime dû à la " haine ". Et, à ce stade d'une enquête encore dans les préliminaires, il s'agirait d'une " haine " bien spécifique et ne relevant pas de la seule folie meurtrière islamiste : les 50 jeunes filles et jeunes gens tués à Orlando, en Floride, dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 juin, leurs 53 camarades blessés, mutilés, traumatisés, se trouvaient dans une boîte de nuit, le Pulse, emblématique de la cause LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres).

Ce n'est pas seulement un crime de masse, le pire que les Etats-Unis aient connu depuis les attentats du 11 septembre 2001. C'est, semble-t-il, un crime de masse motivé par cette haine à connotation bien particulière : le racisme anti-homosexuel. Le Pulse, fondé par une -famille italo-américaine dont un fils est mort du sida en  1991, est un club militant.

Etait-ce la seule " motivation " de l'auteur du massacre, qui habitait à deux heures de là, dans un environnement où les boîtes de nuit se comptent par dizaines ? Né aux Etats-Unis, de parents venus d'Afghanistan, Omar Mateen, 29 ans, a été tué dans un échange de tirs avec la police à l'intérieur du Pulse. Avant d'ouvrir le feu au fusil automatique sur les danseurs d'une soirée consacrée au rythme latino, Mateen a composé le numéro d'appel de la police, 911, et assuré qu'il prêtait allégeance à l'organisation dite Etat islamique (EI).

Le FBI l'avait entendu en 2013 et 2014, après qu'il eut tenu au travail des propos laissant supposer de possibles liens avec des terroristes islamistes. Rien qui n'ait empêché ce diplômé en droit de continuer à travailler pour une des sociétés de sécurité les plus réputées des Etats-Unis. Plusieurs heures après le massacre, l'EI, sur un site habituel, a salué l'action de ce " soldat du califat ". Mais, là encore, aucun élément, à ce stade, qui permette d'imaginer l'existence d'un réseau ou d'un contact organisé avec l'EI.

Ce qui n'est pas moins inquiétant, au contraire. L'action d'un " loup solitaire ", passant à l'acte sur la seule base de ses convictions ou par mimétisme, est celle qui tétanise les services de sécurité : elle est la plus difficile à prévenir. Cela n'a pas empêché -Donald Trump de réclamer la démission de Barack Obama – pour manque supposé de vigilance face à la menace islamiste aux Etats-Unis. Aujourd'hui candidat républicain à l'élection de novembre, Trump a connu, au début des primaires, un surcroît de popularité en préconisant d'interdire l'entrée des musulmans aux Etats-Unis. Il n'hésitera pas à exploiter les 50 morts -d'Orlando.

Une fois de plus, pourtant, cette nouvelle fusillade, dans un pays où elles se comptent par centaines chaque année, posera la question des armes à feu. Le fait d'avoir été entendu par le FBI n'a pas empêché Mateen d'acheter légalement une arme de guerre à tir rapide. Trump veut en faciliter plus encore la vente sur tout le territoire du pays. Son adversaire démocrate, Hillary Clinton, veut l'interdire résolument. La question fait partie de la bataille de novembre. Le choix est politique. Comme l'a dit, dimanche, Barack Obama : " Il nous revient de décider quel genre de pays nous voulons être." »

 

Editorial du 21 juin : Italie, une percée protestataire.

« Dernier-né de la politique italienne, le mouvement protestataire 5 étoiles est entré dans l'âge adulte dimanche 19  juin, au second tour des élections municipales. C'est une percée significative pour une formation qui se veut résolument antiélitiste, un tantinet anti-européenne et cultivant volontiers des accents populistes.

Surprenant lors des élections législatives et sénatoriales de 2013 en finissant sur les talons du Parti démocrate (PD, centre gauche), décevant lors des scrutins intermédiaires de moindre importance, donné pour moribond lors de la consultation européenne de 2014 largement remportée par Matteo Renzi (PD), il accède à la gestion de deux des plus grandes villes d'Italie : Rome, la capitale, dévoyée par une série de scandales politico-financiers ; Turin, la capitale économique, ancien siège de la Fiat devenue FCA, prise en exemple comme modèle de reconversion réussie après les Jeux olympiques d'hiver de 2006.

"Cette victoire de la protestation ", comme le disent les quotidiens transalpins du 20  juin, est aussi le signe de la mutation de cette formation ni droite ni gauche, fondée par Beppe Grillo et son mystérieux mentor, Gianroberto Casaleggio, dans un théâtre de Milan en  2009. Mais les succès de Rome et Turin ne sauraient leur être attribués en totalité. Le premier s'est abstenu de faire campagne pour revenir à son métier d'acteur de one-man-show ; le second est décédé au mois d'avril. Le Mouvement 5 étoiles est désormais guidé par un directoire de cinq personnes que n'ont pas encore rongées les ambitions personnelles et parmi lesquelles se distingue la figure de Luigi Di Maio, le jeune président de la Chambre des députés.

Si le bilan du Mouvement en matière de gestion municipale est mince – les maires de Parme et Livourne sont tous deux mis en examen pour des broutilles administratives –, le voici maintenant au pied du mur. Rome, endettée jusqu'au cou, et Turin, orpheline de la puissance de Fiat, vont être un révélateur de sa capacité à gouverner et de durer s'il veut, un jour, gérer l'Italie tout entière. " Ce n'est qu'un début ", pronostique Beppe Grillo. Son étonnante formation défend des engagements sociaux très forts (et prend des voix à gauche de la gauche), est ambivalent sur l'immigration (et prend des voix à droite de la droite), enfin a longtemps rêvé d'une démocratie " en ligne " – procédant à coups de consultations numériques.

Elue à Rome, Virginia Raggi, après avoir rendu la gauche responsable de tous les déboires de la Ville éternelle, a promis d'être " le maire de tous les Romains " et de " travailler avec tout le monde ". Chiara Appendino tient le même discours dans la capitale du Piémont. Or, jusqu'à présent, le jeune" non-parti " s'est distingué au Parlement par son farouche isolement, refusant, comme lors d'un vote pour le pacs à l'italienne, de venir au secours du Parti démocrate.

Deux chemins s'ouvrent à lui. Celui d'une collaboration franche avec le parti de M. Renzi ou, au contraire, celui d'un accord tacite avec la Ligue du Nord, les cadres déboussolés de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, et la gauche de la gauche, tous unis dans le même objectif de faire tomber le premier ministre lors du référendum sur la réforme du Sénat en octobre. Le premier de ces chemins permettrait d'offrir une image d'unité et de bonne volonté, propre à rassurer les marchés et ses partenaires. Le second contient la promesse d'un futur chaos. »

 

Editorial du 28 juin : Espagne, l’échec de Podémos.

 « Pari perdu pour Podemos. Le mouvement issu des " indignés " est le perdant des élections législatives du 26  juin en Espagne. Son chef, Pablo Iglesias, espérait devancer, dans les urnes, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSŒ) et lui faire subir ce que Syriza, le mouvement du premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait infligé au Pasok grec : la marginalisation. Pour cela, il avait fait les alliances nécessaires : un pacte avec les communistes d'Izquierda unida, un accord pour autoriser un référendum sur l'indépendance de la Catalogne, une dénonciation vigoureuse de l'austérité. Finalement, Podemos et ses alliés ne recueillent que 21,1 % des suffrages (71 députés), contre 24,3  % en - décembre  2015. La gauche radicale est coiffée au poteau par le PSŒ, qui progresse légèrement en pourcentage (22,7  %) mais recule en sièges (85 députés, le pire score de son histoire) et en voix (– 100 000). Il n'empêche, le fameux " sorpasso " prédit pendant toute la campagne électorale, et qui aurait permis à Podemos de revendiquer le pouvoir, n'a pas eu lieu. " Nous ne sommes pas satisfaits des résultats, nous espérions autre chose ", a reconnu lui-même Pablo Iglesias.

Après des années d'austérité et de lente reconquête de la compétitivité, les Espagnols n'ont pas voulu jeter par-dessus bord les réformes du marché du travail engagées par le socialiste Jose Luis Rodriguez Zapatero et le conservateur Mariano Rajoy. Ils n'ont pas voulu compromettre les douloureux efforts qui ont permis au pays de retrouver le chemin de la croissance (+ 3,2 % pour le PIB et 600 000 emplois créés en 2015). Deux jours après le " Brexit ", les électeurs n'ont pas voulu non plus partir à l'aventure avec un référendum en Catalogne, même si le dossier doit être traité avec beaucoup moins d'intransigeance de la part de Madrid.

Dans cette affaire, il convient de saluer le leader du PSŒ, Pedro Sanchez, qui a accepté cet hiver la mission de former un gouvernement. Il a échoué, en raison de l'intransigeance de Podemos, mais il a permis à l'Espagne de sortir de l'impasse constitutionnelle et au roi Felipe  VI de convoquer de nouvelles élections.

Le résultat du scrutin ne lève pas les incertitudes, mais, après six mois de vide du pouvoir, l'Espagne a besoin d'être gouvernée. L'indication donnée par les électeurs est ténue mais suffisamment claire : il appartient au Parti populaire (PP) de diriger le pays. Le parti du premier ministre, Mariano Rajoy, progresse de 4,3 points avec 33 % des voix et 137 députés. C'est 14 de plus qu'en décembre. Ce chiffre est insuffisant pour former une majorité absolue, mais le PP peut espérer le soutien des centristes de Ciudadanos, en recul, ainsi que l'appui de partis régionauxpour former un gouvernement. Une coalition minoritaire n'est pas exclue, Pedro Sanchez ayant affirmé que son parti était " au service de l'intérêt général ".

Mariano Rajoy, lui, a bien vu son intérêt personnel. " Nous avons gagné les élections, nous revendiquons le droit de gouverner ", a expliqué le premier ministre sortant. Certes, mais l'Espagne se porterait mieux si M. Rajoy, qui incarne un parti profondément corrompu, passait le flambeau. Le scrutin a montré que l'Espagne n'était pas condamnée à la crise politique. Le bipartisme n'a pas disparu au profit d'un quadripartisme entre formations qui se haïssent tellement qu'elles sont incapables de former une coalition sérieuse. Il n'empêche, elle a besoin de renouveau, y compris à droite. »

 

Et en supplément les références d'autres éditoriaux intéressants, dont deux autres concernant le Brexit.

Editorial du 4 juin : Berlin et le génocide Arménien

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160604/html/1242528.html

 

Editorial du 12 juin : Jérémy Corbyn en ‘’Brexister’’ honteux

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160612/html/1243445.html

 

Editorial du 29 juin : L’Europe existe, les anglais l’ont rencontrée.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/libre/20160629/index.html

 

(A suivre)

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