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Presse aidant... Recueil choisi d’hommages à Michel Rocard.

9 Juillet 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Ce billet complète le précédent où je rappelais ce que Michel Rocard et Edgard Pisani, décédés très récemment, m’avaient apporté. Ce nouveau billet est une simple revue de presse afin de choisir et rassembler les hommages et récits, voire anecdotes les plus intéressantes concernant le grand républicain réformateur que fut Michel Rocard.

Du « Journal du Dimanche » du 3 juillet qui est paru quelques heures après l’annonce du décès je retiens d’abord la jolie photo à la une ; c’est une photo de 1987 au congrès du PS et il tient une rose. Elle est accompagnée de ce qui sera, me semble-t-il le meilleur titre de la presse tout au long de la semaine : « Michel Rocard, le cœur et la raison ». Les articles sont bien faits et intéressants pour appréhender le personnage et notamment pour les jeunes générations. Les témoignages sont élogieux mais convenus. C’est finalement celui de François Hollande qui m’a le plus agréablement surpris (extraits): «…. Michel Rocard, c’est un homme d’utopie, de rêves, de contestation d’un système mondialisé et en même temps un homme qui accepte le marché, l’économie. La deuxième gauche c’est ce compromis-là, l’honneur de la gauche de porter un espoir et de faire que dans la réforme on s’adapte à la réalité sans la bousculer. Pour moi, il fut un homme capable de fulgurances, d’intuitions fortes, un homme qui avait une conception de la politique d’abord intellectuelle…….Son horizon c’était la planète, ce n’était pas quelqu’un qui se rétrécissait….. C’était un homme qui avait le sens de l’Histoire mais qui était pleinement dans l’avenir….. »

J’avoue que j’attendais mieux du « Libération » du lundi 4 juillet. Certes l’article principal, « Rocard, un homme moderne » de Laurent Joffrin est élogieux et tendrement amical, mais techniquement mal présenté. Trop long, ce texte récapitulatif de son parcours, est étalé sur huit bas de pages où l’on se perd et c’est bien dommage (extraits) : « ……Après avoir été congédié brutalement de Matignon par Mitterrand, Rocard redevient militant, héraut du pragmatisme à gauche, vieux sage adolescent, toujours inventif. Il est ambassadeur des terres polaires, conscience d’une social-démocratie française toujours en chantier. Il écrit beaucoup, parle encore plus, court le monde, fustige la finance ‘’criminelle’’, l’inconscience des dirigeants au sort de la planète et la corruption qui gangrène la politique. Enthousiaste jusqu’au bout, il a poursuivi sans trêve l’impossible rêve d’une société juste, pilote de planeur, ramenant le socialisme français sur terre pour mieux illustrer l’idéal. Par son énergie, sa rectitude, son goût des changements réels, ici et maintenant, par la discipline constante du ‘’parler vrai‘’, Michel Rocard aura porté haut la morale en politique et restera comme un modèle pour tout militant progressiste qui veut bien quitter le ciel confus des préjugés et des dogmes pour voir le bout de ses actes.» Dans ce ‘’Libé’’ j’ai bien aimé, aussi, le témoignage d’Alain Juppé : « ….Nous avons passé plusieurs heures en 2009 à échanger pour notre livre « La Politique telle qu’elle meurt de ne pas être ». Nous n’étions pas d’accord sur tout, mais nous avions la même manière d’aborder les sujets, sans renoncer à expliquer la complexité du monde, sans céder au simplisme. Michel apportait à chaque sujet une profondeur historique d’une grande érudition. J’aimais son respect de l’opinion de l’autre et sa capacité à se laisser, parfois, convaincre, sans mauvaise foi ni entêtement. Je n’ai jamais réussi à le convaincre sur le partage du temps de travail, qu’il favorisait et que je condamne, mais j’aimais autant nos accords que nos désaccords !..... »

« Les Echos » du lundi 4 juillet consacre deux pages distinctes à la disparition de Rocard, le père de la deuxième gauche, le réformateur salué à gauche comme à droite (page 2). C’est honnête et son parcours politique est plutôt bien détaillé en page 13. Par contre je suis très déçu de l’éditorial de Cécile Cornudet que j’apprécie plutôt d’habitude. Le titre, « Par ici l’héritage » reflète bien le contenu qui est désobligeant pour la classe politique. Seul François Hollande est à peu près épargné. Par contre j’ai trouvé une courte mais très bonne analyse avec l’éditorial de Dominique Seux (page 9). « Une voix droite et des idées simples, des mots et une expression complexes : c'est l'image que beaucoup de Français garderont de Michel Rocard. Dans une époque où des discours formatés et langue de bois dissimulent trop souvent des hésitations ou des flottements dans la pensée, écouter l'ancien Premier ministre avait quelque chose de rafraîchissant. Sur beaucoup de sujets, il avait cette capacité intellectuelle de « déplacer la ligne » et d'embrasser largement des thématiques variées, jusqu'à sa passion finale pour la préservation des pôles. Ses échecs en politique, notamment face à François Mitterrand, auront peut-être contribué à sa popularité, dans un pays qui met au panthéon les victimes et ceux qui n'ont pas exercé trop longtemps le pouvoir. Mais personne n'a jamais pu l'accuser ni de renier ses valeurs ni d'avoir « trahi » ses idées. C'est bien sûr le « parler vrai » en économie que l'on veut retenir dans un média économique. A gauche, Michel Rocard a été le seul, à une époque, à parler d'économie de façon réaliste. Le seul à ne pas vouer aux gémonies le marché et la réalité factuelle qu'est la mondialisation. Le seul à regarder les entreprises autrement que comme un lieu d'exploitation. Ce temps paraît bien lointain, mais cette approche n'est toujours pas partagée par une partie de la population. La meilleure preuve en est que, si la deuxième gauche finit généralement par gouverner, c'est encore la première qui fait campagne et gagne les élections. Mais encore ? Droite et gauche confondues, la France est un pays qui parle énormément de réformes mais en réalise finalement assez peu. Michel Rocard en a laissé deux, qui n'étaient pas faciles, mais font consensus aujourd'hui : le RMI, transformé en RSA, qui est le filet social de sécurité dont peut s'honorer un pays riche et développé, et la CSG, qui a simplifié et unifié le financement de la protection sociale. Le meilleur héritage de Michel Rocard serait, qu'avec son décès, ce ne soit pas le dernier rocardien qui nous ait quittés. »

Pour « Le Monde » daté du 5 juillet mais sorti à Paris et sur internet le 4 juillet en début d’après midi, je retiens d’abord l’éditorial dont voici un extrait : « Michel Rocard avait le " parler-vrai ", la dent dure et le jugement acéré. Nul doute qu'il se serait gaussé de l'avalanche d'hommages qui lui ont été rendus, au lendemain de sa mort…… Il ne fait pas de doute qu'il a puissamment contribué à la rénovation intellectuelle du socialisme français. Gauche social-démocrate libérée du marxisme, gauche réformiste aux antipodes de l'illusion révolutionnaire, gauche régulatrice plutôt que dirigiste, décentralisatrice plutôt que jacobine, sociétale plutôt qu'étatiste : tel est le legs de Michel Rocard. Il n'en fut pas le seul champion, mais le plus vigoureux, assurément. Pour son pragmatisme tenace, sa capacité d'innovation autant que de conciliation, le premier ministre Rocard (1988-1991) ne mérite pas moins l'éloge. A peine entré à Matignon, il a su, en quelques semaines, réconcilier ceux qui paraissaient irréconciliables en Nouvelle-Calédonie et tracer un avenir apaisé pour ce territoire, alors à feu et à sang. L'instauration du revenu minimum d'insertion (RMI, devenu depuis RSA), la création de cet impôt moderne qu'est la contribution sociale généralisée (CSG), ou encore la réforme sans drame de La Poste font partie de son héritage. Mais, au-delà, la diversité et l'œcuménisme des hommages disent bien autre chose : une nostalgie, une frustration, un regret. La nostalgie d'un temps où la politique avait du sens, donnait du sens, échappait à la dictature de l'instant et cherchait sans relâche à comprendre le présent pour mieux penser l'avenir et construire un " projet de société ", son ambition cardinale. La frustration de constater que les qualités reconnues à Michel Rocard – une exigence de morale en politique, un inlassable engagement pour ses idées, une inépuisable ouverture d'esprit – paraissent si peu et si mal répandues aujourd'hui. Le regret est de voir disparaître un homme, et une voix, qui incarnait une conception noble de l'action publique : celle qui fonde l'ambition et l'exercice du pouvoir sur la force et la justesse des idées, du savoir et de la culture. Et non celle qui instrumentalise les idées au service de la seule stratégie qui vaille, la conquête du pouvoir. C'est ce qui a fait sa singularité et lui confère aujourd'hui une aura particulière. C'est aussi, et il le reconnaissait lucidement, ce qui a fait sa faiblesse pendant quarante ans. »

Le Monde a bien sûr accompagné cet édito d’autres articles dont un magnifique portrait du personnage tout au long de soixante ans de vie militante par Jean-Louis Andreani, et Raphaëlle Bacqué dont voici les derniers paragraphes : «…..Michel Rocard ne cachait pas, cependant, que son voyage le plus difficile restait son arrivée dans le grand âge. Interrogé sur cette dernière aventure par Le Monde, en août 2009, il s'était exclamé:" Vieillir est une sacrée épreuve ! La vie active s'arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l'on sucre les fraises à 70. Il faut s'habituer à être moins attendu, à n'avoir plus d'avenir," Intellectuellement, il en aurait remontré à beaucoup. Le 9 octobre 2015, François Hollande lui avait remis la grand-croix de la Légion d'honneur. Rocard, frêle silhouette souriante et cheveux de neige, semblait virevolter parmi les invités, les anciens de la gauche moderne, ceux du Nouvel Obs, Jean Daniel, Claude Perdriel, de " vieux copains centristes ", mais aussi Manuel Valls et Emmanuel Macron, nés à la politique sous son parrainage. Ces derniers mois, avant que la maladie ne l'affaiblisse trop, chaque fois qu'on allait lui rendre visite, on le trouvait encore au travail, son bureau sans le moindre ordinateur, encombré de livres dont il recommandait volontiers la lecture. Presque à chaque fois on l'a entendu faire cette recommandation, en raccompagnant son visiteur :" N'oubliez pas : chaque nouveau quart d'heure est tout bénéfice ».

Presse aidant... Recueil choisi d’hommages à Michel Rocard.
Presse aidant... Recueil choisi d’hommages à Michel Rocard.Presse aidant... Recueil choisi d’hommages à Michel Rocard.

J’attendais la sortie de « L’Obs » ( le 7 juillet) pour terminer ce billet : Ce numéro spécial de plus de 40 pages est ‘’collector’’ et restera longtemps dans mes archives. Il est aussi trop riche pour être bien présenté dans ce billet déjà bien avancé je ne vais donc que picorer quelques extraits de ci de là : Du fraternel édito de Jean Daniel « Rocard et nous » je choisi ces quelques phrases : « Notre journal est en deuil. Nous n’étions pourtant pas des intimes : nous étions plus des complices, c'est-à-dire que chaque fois qu’il prenait position, nous éprouvions le besoin instantané de la prolonger et de redécouvrir l’identité de nos réflexions et de nos luttes……J’ai toujours connu Rocard piaffant d’impatience. Sa nature n’était pas d’attendre, mais de prendre et d’entreprendre. Cet homme d’idées a toujours voulu être en mesure des les appliquer. Il n’a jamais cessé d’exploser de vitalité, d’imagination, de besoin de convaincre….. » L'édito-opinion de Matthieu Croissandeau loue « L’empreinte du réformiste» : Un grand ingénieur de la gauche française s’est éteint. Et, avec lui, une façon particulière de concevoir la politique, de remplir son rôle et de défendre ses ambitions. A ces socialistes qui ne rêvaient plus de Grand Soir, Michel Rocard proposait des solutions. Audacieuses souvent, idéalistes parfois, mais toujours axées autour des mêmes enjeux : la morale, l’intérêt général, la justice sociale, l’égalité des droits et le plein emploi… »

Le dossier de 40 pages de l'Obs comporte trois parties : La première partie « C’était Rocard » est bien fait mais forcément bien fait et on y trouve même quelques informations originales et un texte de Lionel Jospin dont le titre « Très vite il a ébranlé nos certitudes » résume bien le contenu à savoir que l’influence de Michel Rocard fut également importante sur bon nombre de mitterrandistes malgré les réserves et la méfiance du président. « …j’ai regretté que son gouvernement, efficace et apprécié des français ne dure que trois ans….. J’aurais souhaité que s’établisse vraiment une relation de confiance entre le président François Mitterrand et le Premier ministre qu’il avait choisi. Il me semble que cela aurait été préférable et pour la France et pour les français…. ». La deuxième partie du dossier complète en quelque sorte les éditoriaux de Jean Daniel et Matthieu Croissandeau en proposant 22 extraits d’entretiens ou tribunes de Michel Rocard tout au long d’un demi-siècle d’un compagnonnage politique. Enfin la troisième partie s’intéresse à l’héritage et donc aux héritiers de Rocard. Jacques Julliard n’en voit pas : «…..L’homme qui en est le plus proche, c’est sans doute Manuel Valls, sauf qu’il y a chez lui un côté jacobin, alors que Rocard était plutôt Girondin. Mais il est comme lui, un adepte du ‘’parler vrai’’, des électrochocs au PS, et il pense que la politique limitée aux seuls champs parlementaires et partisan est incapable de résoudre les problèmes… »

Je ne peux terminer ce tour d’horizon des hommages à Michel Rocard dans la presse de cette semaine sans mentionner celui de Claude Juin dans « La Nouvelle République » édition des Deux Sèvres de vendredi 8 juillet. Homme de gauche convaincu et militant de la paix Claude Juin était un ami de Michel Rocard : « J’avais 25 ans lorsque je fis sa connaissance et lui 30 ans. Je revenais de la guerre d’Algérie comme sous-officier du contingent et lui même également après un séjour de 6 mois entre septembre 1958 à avril 1959 comme fonctionnaire civil, à l’issue duquel il avait rédigé un rapport remarqué sur les camps de regroupement des populations civiles. Nous venions d’adhérer au PSA (parti socialiste autonome), né de la dissidence d’un certain nombre de responsables de la SFIO, en profond désaccord avec la politique algérienne de ce parti. Puis, à partir de 1960 nous fûmes très proches au PSU dans la lutte pour la paix, l’indépendance de l’Algérie, et pour la dénonciation des tortues et exactions pratiquées par les militaire français………. C’est donc tout naturellement que cinquante ans plus tard, je proposais à Michel Rocard, en mars 2011 d’être membre du jury de ma soutenance de thèse à l’EHESS. Il y répondit immédiatement, je dois dire avec émotion et reconnaissance, disant que c’était pour lui une première expérience. Je retiens de son exposé l’importance à la vigilance de l’Etat concernant les violences commises en son nom……. »

 Un dernier mot pour rappeler que l’hebdomadaire « Le Point » du 23 juin (11 jours avant son décès) avait  publié la dernière interview de Michel Rocard avec un titre choc « La gauche française est la plus rétrograde d’Europe ». Ces propos a défaut de pouvoir être classés parmi les hommages, font parti du testament politique que ce grand homme d'Etat a consciencieusement préparé avant de partir. Pour finir ce billet je ne reporte ici que la réponse à une seule question : « Pourquoi êtes vous favorable au Brexit ?: Parce que la Grande Bretagne ne conçoit pas l’Europe comme une entité politique . Elle ne souhaite pas qu’elle soit un pouvoir de régulation mondiale. Or l’Europe est en train de disparaître, elle est absente de cette partie du monde où un milliard d’hommes pensent ‘’ musulman’’ et qui est la source de notre alimentation en pétrole. La présence de la Grande Bretagne depuis 1972 dans l’union européenne nous interdit d’avancer. Mais il n’est pas sûr que nous sachions en profiter... » 

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