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Idées/ Débat…. Le pape François : l’Islam n’est pas terroriste.

12 Août 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

Dans ce billet « Idée / Débat », je reprendrai les conseils ou exhortations que le Pape François a prodigué aux jeunes chrétiens lors des journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Cracovie. Mais auparavant je propose des extraits d’éditoriaux qui m’ont particulièrement intéressé, respectant ainsi l’ordre chronologique des parutions dans la presse.

 

Jeudi 28 juillet l’éditorial de Jérôme Fenoglio, directeur du ‘’Monde’’:

« Résister à la stratégie de haine : La première tient à l'origine de cette vague de terreur. Peu importe le profil individuel des terroristes, de ceux qui tuent à l'explosif, à la grenade, au fusil d'assaut, au volant d'un camion ou à coups de couteau. Le " donneur d'ordre, est toujours le même : l'organisation dite Etat islamique (EI). Peu importe que le crime soit perpétré, parfois, par un " loup solitaire ", agissant par mimétisme, le cerveau lessivé à la propagande djihadiste, ou qu'il soit commis par l'agent d'un réseau organisé, ayant ou non des ramifications au Moyen-Orient. Le résultat est le même : c'est bel et bien l'islamisme militant, version sectaire et dégénérée de l'islam, qui est l'acteur de cette barbarie.

Ce sont des assassinats commis à dessein. Les cibles sont bien celles désignées par une propagande signée EI appelant ses adhérents, qui n'ont pas besoin d'être encartés, à tuer le plus possible d'Occidentaux," d'infidèles, de “croisés'' - comprendre : de chrétiens -, de juifs ", en Europe ou aux Etats-Unis, et avec les moyens dont ils disposent. Ces crimes en série obéissent mot pour mot à un scénario écrit à l'avance par les chefs de la mouvance djihadiste. Ce ne sont pas des épiphénomènes. Nous ne sommes pas visés au hasard, mais pour ce que nous sommes. Nous ne sommes pas frappés pour notre appartenance à la coalition qui combat l'EI en Irak et en Syrie : la France ne l'a rejointe qu'après avoir été attaquée.

En l'espèce, pourquoi nous ? Là encore, la réponse figure dans la propagande djihadiste. C'est la deuxième vérité qu'il faut garder en tête. La France est attaquée parce qu'elle comprend l'une des plus importantes communautés musulmanes d'Europe. L'objectif des djihadistes est de provoquer des actions de représailles sauvages qui installeront chez nous une manière de guerre civile religieuse. Il faut lire ce qu'écrivent les théoriciens de cette stratégie de la haine, prendre ces écrits au pied de la lettre. Leur discours ne relève pas de la rhétorique. Ils appellent à cette guerre civile, pour faire croire que l'Occident est en guerre contre l'islam. Ils espèrent en finir avec cette anomalie, cette " zone grise ", selon leurs mots, ce pays où des religions coexistent pacifiquement dans le cadre ancien, et tolérant, que nous appelons laïcité. Ils veulent susciter ce passage à l'acte de la vengeance "communautaire ". Ne pas y céder, jamais, est le premier acte de résistance d'une société telle que la nôtre – c'est aussi son honneur – et une première défaite infligée à l'ennemi.

D'autres pays ont essuyé durablement des attaques terroristes, avant de réussir à y mettre un terme. Dans les démocraties, le débat porte tout naturellement sur les moyens de la lutte antiterroriste. Après tout, la première des missions que nous déléguons à l'Etat est de nous protéger. L'évaluation constante et critique des politiques de sécurité suivies est un impératif démocratique. L'exécutif et les institutions doivent pouvoir reconnaître que, dans cette lutte sans merci contre le terrorisme, des erreurs peuvent être commises, des dispositifs doivent être améliorés. Mais il doit y avoir des limites à l'exercice critique mené par les partis d'opposition. Ceux-ci ne peuvent pas laisser entendre n'importe quoi et, notamment, qu'en prenant telle ou telle mesure miracle une autre majorité politique arrêterait net la guerre que nous mènent les djihadistes. Cela relèverait du mensonge et de l'exploitation électorale d'une situation tragique. Laisser croire que nous nous sauverons en changeant en profondeur ce que nous sommes reviendrait à nous perdre plus sûrement. Défendre les valeurs de notre démocratie implique de ne renoncer à aucune, même transitoirement.

Dernière observation qu'il est indispensable d'avoir à l'esprit dans le combat géopolitique en cours : ne jamais oublier que les djihadistes tuent beaucoup plus de musulmans que de non-musulmans. De Kaboul, cette semaine, à Istanbul au début du mois, en passant par des attentats à Bagdad en juin et en juillet, des centaines de civils – hommes, femmes, enfants – sont morts ou ont été mutilés sur ordre du totalitarisme islamiste. Ce rappel ne relève pas du " politiquement correct ". Il permet de comprendre la complexité de la bataille contre l'EI.

Elle se joue sur notre sol, bien sûr, mais plus encore en Irak et en Syrie. Là, la lutte antidjihadiste s'inscrit dans la guerre de religion qui ravage l'islam et qui se nourrit de l'effondrement de deux Etats, à Damas et à Bagdad. La victoire contre l'EI passe, certes, par la reprise des villes dont il a fait ses " capitales ", Mossoul en Irak et Rakka en Syrie. Mais le phénomène djihadiste – et la séduction qu'il exerce ici et là – ne s'éteindra pas tant que ces deux Etats ne se recomposeront pas dans le respect de la diversité ethnique et religieuse de leurs populations.

Chez nous, cette bataille ne peut être considérée comme la seule affaire des forces armées ou de maintien de l'ordre, des services de renseignement et du personnel politique. Elle concerne toutes les composantes de la société et, au premier chef, celles qui constituent notre paysage médiatique remodelé par la révolution numérique. Sans une prise de conscience des entreprises contrôlant les réseaux sociaux, nouveaux médias de masse, il sera de plus en plus malaisé de résister aux effets de la stratégie de haine. Ses meilleurs alliés – rumeurs et complotisme – y sont placés sur le même plan que des informations fiables et vérifiées.

Les sites et journaux qui produisent ces informations ne peuvent non plus s'exonérer d'un certain nombre d'introspections. Depuis l'apparition du terrorisme de l'EI, Le Monde a plusieurs fois fait évoluer ses usages. Nous avons notamment décidé de ne plus publier d'images extraites des documents de propagande ou de revendication de l'EI. A la suite de l'attentat de Nice, nous ne publierons plus de photographies des auteurs de tueries, pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume. D'autres débats sur nos pratiques sont en cours.

Ces réflexions, ces débats, ces adaptations aux pratiques d'un ennemi qui retourne contre nous tous les usages, tous les outils de notre modernité, sont indispensables si nous voulons briser la stratégie de la haine, si nous voulons vaincre sans nous renier. Nous les devons à toutes les victimes de l'organisation criminelle dite Etat islamique. Depuis ce mardi 26 juillet, nous les devons à la mémoire du Père Jacques Hamel, assassiné en son église.»

 

Vendredi 29 juillet l’opinion de ‘'Marianne ‘’ par son directeur Renaud Dély (extraits).

« La force des démocraties. Ni fatalisme ni résignation… ()...Semaine après semaine, jour après jour, la litanie des attentats terroristes qui s’abattent sur notre pays avec la régularité d’un implacable supplice pourrait conduire à se laisser emporter par une grande fatigue démocratique… ()...Face à la tentation de l’abandon, il faut oser penser plus lucidement...().. et surtout oser rester fidèle à nos valeurs. Le plan macabre des terroristes est minutieux : ils veulent détruire un par un les pans qui fondent notre identité de Français et notre humanité, même…..()…En assassinant un vieux prêtre de 86 ans en train de célébrer l’office, les terroristes ont franchi un pas supplémentaire dans l’horreur. Toujours plus loin, toujours plus lâches. Demain, on le sait, une école risque de rejoindre le sombre cortège de ces actes tous plus barbares les uns que les autres.

Ils nous ont déclarés la guerre, c’est vrai, mais ils rêvent que nous participions aussi à cette tâche sanglante en nous la faisons entre nous. La guerre de religion, et au- delà la guerre civile, au service de leur funeste projet nihiliste, ils ne l’auront pas …()...L’indispensable dialogue de paix entretenu par les religieux apparait à ce titre comme une indépassable leçon pour bien des responsables politiques qui se vautrent dans la bassesse du cynisme et de la surenchère électoraliste. Au-delà c’est le projet laïque, plus moderne que jamais, qui confortera les fondements de notre société. C’est ce modèle qui garantira, demain comme hier, l’émancipation de chacun et le respect de tous. Raison pour laquelle, en temps de guerre aussi, conforter l’Etat de droit, ce n’est pas affaiblir la démocratie, comme le suggèrent certains boutefeux, mais au contraire, la renforcer. Il y a de quoi s’inquiéter lorsqu’on entend un ancien président de la République, qui n’a d’autres obsession que de récupérer son sceptre, piétiner la Constitution reléguée au rang ‘'d’arguties juridiques ‘…()…

Reconnaissons au chef de l’Etat le mérite d’avoir su à chaque nouvelle tragédie trouver les mots qui évitent de creuser des fractures irréductibles. Des mots qui pansent, à défaut de toujours trouver ceux qui pensent. « Notre démocratie est la cible elle sera notre bouclier » disait-il au soir de la tragédie de Saint Etienne du Rouvray…..()…. Tous ceux qui sont tombés victimes du djihadisme sont morts pour la démocratie. Sa grandeur sera de triompher demain comme hier. Pour eux. »

 

Je poursuis donc ce billet par quelques messages du Pape François, relevés dans la presse, des messages délivrés aux centaines de milliers de jeunes catholiques rassemblés à Cracovie. Notamment cette prière " pour la paix et contre le terrorisme " qui est un appel à ce que les blessés ne soient pas en proie à " la haine et au désir de vengeance " et à ce que les familles des victimes trouvent " la force et le courage pour continuer à être des frères et des sœurs pour les autres, spécialement pour les étrangers et les immigrés ".

C'est aussi pour sortir de l'engrenage des violences que le pape a appelé les jeunes catholiques à ne pas se " laisser anesthésier l'âme … () … Dieu nous invite à être des acteurs politiques, des personnes qui pensent, des acteurs sociaux. Dieu nous enseigne à le rencontrer en celui qui a faim, en celui qui a soif, en celui qui est nu, dans le malade, dans l'ami qui a mal tourné, dans le détenu, dans le réfugié. (…)Voulez-vous changer le monde ? ", leur a-t-il demandé plusieurs fois, samedi 30 juillet pendant une veillée de prière. Cet appel à agir est le contraire d'une poussée identitaire : " Nous, nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur. Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s'appelle fraternité ",

Il n'hésite pas à revendiquer un monde " multiculturel ", dont bien des pays européens ont fait la critique ces dernières années. " Nous célébrons le fait de venir de diverses cultures ", a-t-il lancé aux jeunes de quelque 180 nations qui peuplaient à perte de vue l'immense espace du "champ de la miséricorde", ce dernier week-end de juillet. " On voudrait nous faire croire que nous enfermer est la meilleure manière de nous protéger de ce qui fait mal….()…Nous avons besoin de vous pour nous enseigner à cohabiter dans la diversité, dans le dialogue, en partageant la multi-culturalité non pas comme une menace mais comme une opportunité, a-t-il explicité. Vous croyez en une humanité nouvelle, qui n'accepte pas la haine entre les peuples, ne voit pas les frontières des pays comme des barrières et garde ses propres traditions sans égoïsmes ni ressentiments. "

 

Il y eut aussi des propos échangés avec les journalistes lors du vol au retour de Cracovie, François voulait, en revenant notamment sur l'assassinat du Père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, écarter toute lecture religieuse du terrorisme, " Il n'est pas juste d'identifier l'islam avec la violence. Ce n'est pas juste et ce n'est pas vrai. ". Dans ce que j’ai pu lire je dois bien reconnaitre quelques maladresses étonnante pour quelqu’un qui faisait particulièrement attention à ce qu’il disait sur le sujet à Cracovie. Quelques comparaisons hasardeuses avec des faits divers ont offert aux représentants du F.N. ou d’autres obédiences d’extrême droite, de ternir le beau message papal des J.S.J.

Pour conclure ce billet et en m’écartant de la politique hexagonale je reprends le jugement de Sandie Sanders (l’ex-rival démocrate d’Hillary Clinton) sur Donald Trump (investi par le parti républicain) : « Nous ne pouvons pas permettre à Donald Trump d’utiliser ces incidents pour attaquer tous les musulmans dans le monde. Cela est injuste. Dire qu’un musulman est un terroriste est scandaleux, tout comme expliquer que les Mexicains immigrant aux Etats-Unis sont des violeurs et des criminels.»

 

(A suivre) 

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