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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Août 2016

1 Septembre 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants.

 

Editorial du 7 aout: Une leçon de démocratie en Afrique du Sud.  

« Ce n'était pas le but recherché, mais, à travers de simples élections locales, qui se sont tenues le 3 août, et dont les résultats définitifs sont en train d'être connus, l'Afrique du Sud vient d'administrer, tranquillement, une leçon d'espoir démocratique. Ce n'est pas que le pays aille bien. Il est en panne, économiquement parlant. Son président, Jacob Zuma, à la tête de l'ANC (Congrès national africain), impliqué dans une vague d'affaires, est en chute libre dans les sondages. Les inégalités demeurent choquantes et menacent l'avenir du pays. Pour l'heure, la colère reste confinée chez les plus pauvres et s'est manifestée jusqu'ici soit par des émeutes contre les pouvoirs locaux, soit lors de vagues de violence dirigées contre les communautés étrangères, des Africains venus chercher une vie meilleure. Or, de quoi a-t-il été essentiellement question lors de la campagne électorale ? Des étrangers ? De la sécurité ? Non, d'une manière plus générale, de gestion publique. En contexte de crise, le populisme xénophobe, les recettes dangereuses… n'ont pas fait recette. C'est le premier effet de la leçon sud-africaine.

Le scrutin du 3 août aurait pu être un échec. La relative modestie de l'enjeu et la lassitude face aux affaires qui impliquent des responsables du pouvoir : tout cela aurait pu dissuader les Sud-Africains de voter. Cela fut le cas pour certains, notamment les fidèles de l'ANC, ulcérés par les dérives actuelles des dirigeants. Mais, le jour du vote, les queues d'électeurs se sont constituées, comme le pays de Nelson Mandela – le symbole national disparu en 2013 – en a pris l'habitude depuis le premier scrutin multiracial, en 1994. Après un long dépouillement, l'ANC se voit aussi infliger une leçon : le parti perd des électeurs (les décomptes sont encore en cours) et le contrôle de plusieurs villes, à commencer par la municipalité nommée, précisément, Nelson Mandela Bay. Tout aussi symbolique est la défaite à Nkandla, la ville natale du chef de l'état, Jacob Zuma. Là se dresse son domaine privé, réhabilité aux frais de l'Etat avant de donner lieu à un interminable feuilleton judiciaire. A Nkandla, la victoire a été remportée par l'IFP (Inkhata Freedom Party), dont le chef, Mangosuthu Buthelezi, a résumé ainsi sa campagne : " Je ne leur ai pas promis d'eldorado, je ne leur ai pas dit que tout irait bien.(…) Nous ne devons pas promettre des choses que nous ne pourrons pas leur donner. ‘"

La vivacité d'une démocratie ne se résume pas à la longueur des files de votants ni à la taille des promesses ou des peurs agitées par ses dirigeants. Elle tient au débat national, vif, argumenté. A cet égard, l'Afrique du Sud a donné un excellent exemple de cette vivacité, de l'attente des électeurs de projets pour demain. Comment gérer une ville, un pays ? Quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour faire redémarrer une économie ? Comment se transformer ?

Cette défaite infligée à l'ANC est aussi un message à Jacob Zuma, à ses arguments, aux dérives de son entourage. Contesté à l'intérieur de son propre parti, celui-ci cristallise la volonté de changement des électeurs. Cette leçon des urnes sud-africaines envoie aussi, par extension, un dernier message, à l'adresse cette fois des autocrates naissants ou confirmés du continent africain : leur précieuse personne, en réalité, n'est rien pour leur nation, comparée à la force d'un projet national.»

 

Editorial du 7 aout. Thaïlande, la régression. 

« Les Thaïlandais sortent épuisés et lassés de ce qu'il est convenu d'appeler, à Bangkok, la "décennie perdue". Depuis le coup d'Etat de 2006, qui a vu le renversement par l'armée du premier ministre Thaksin Shinawatra, un milliardaire populiste qui entendait élever le niveau de vie des paysans, le royaume est plongé dans une crise qui n'en finit plus, au gré des manifestations, des émeutes parfois réprimées dans le sang par l'armée et des putschs.

En approuvant à 62  %, dimanche 7 août, une réforme constitutionnelle qui apparaît comme l'une des plus liberticides de l'histoire contemporaine du pays, les Thaïlandais se sont d'abord prononcés pour un retour au calme.

Il est vrai que les divisions du pays sont profondes entre les élites richissimes, la classe moyenne et les paysans, entre le monde des villes et celui des campagnes, entre les intellectuels favorables à la démocratie et les tenants de "valeurs morales" conservatrices. La junte militaire et ses partisans estiment en effet que la démocratie n'a finalement servi a élire que des "corrompus" et de "mauvaises gens", à l'image de Thaksin Shinawatra. Désormais en exil à Dubaï, ce dernier reste le héros des campagnes. Sa sœur Yingluck, se réclamant de lui, est parvenue au pouvoir lors des élections de 2011, avant d'être détrônée à son tour lors du dernier putsch de 2014. Selon la nouvelle Constitution, le gouvernement qui dirigera le pays après les futures élections, prévues avant la fin de 2017, sera donc un cabinet sous contrôle, sans marge de manœuvre et sous la menace constante de procédures de destitution. En outre, le nouveau système électoral désavantagera les grands partis et les forcera à former des coalitions gouvernementales fragiles et, sans doute, inefficaces.

Depuis la création de la monarchie constitutionnelle, en 1932, la Thaïlande change de Constitution comme de chemise, selon qu'un régime militaire ou un parti démocratique arrive au pouvoir. La dernière en date – la vingtième en quelques décennies - offre aux militaires au pouvoir le moyen de renforcer une légitimité que la précarité de la situation économique de cet ancien "tigre" de l'Asie a sérieusement érodée. Surtout, ce référendum est organisé au moment où s'annonce la fin du long règne du roi Bhumibol, 88 ans, qui est à l'agonie. La Thaïlande a beau être – précisément – une monarchie constitutionnelle, la personnalité de ce roi qui fut adulé par ses sujets a pesé d'un poids très fort à chaque épisode de l'histoire mouvementée de la Thaïlande contemporaine. Personne ne sait comment la monarchie va évoluer sous le règne de son fils, le prince Vajiralongkorn, qui est loin de faire l'unanimité. Selon la plupart des observateurs, le dernier putsch de 2014 a été en partie préparé pour tenter d'organiser en douceur la transition monarchique, alors que le prestige de la royauté a pâli dans les campagnes favorables à la démocratie et qui ont soutenu les premiers ministres renversés.

Pour les partisans de la démocratie, le vote de dimanche et la majorité incontestable qu'il a dégagée en faveur de la nouvelle Loi fondamentale constituent une sévère régression. Ce désastre politique est d'autant plus inquiétant qu'il ne règle aucune des questions qui hypothèquent l'avenir du pays : la disparition annoncée d'un souverain mythifié, le rôle de l'armée et le jeu des élites dans un royaume instable et appauvri.»

 

Editorial du 19 aout. Alep, le drame et l’impasse.

« La bataille d'Alep est devenue l'épicentre de la tragédie syrienne. Mais son enjeu va bien au-delà de la Syrie elle-même et du Moyen-Orient en général. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a évoqué à raison "une catastrophe humanitaire sans précédent". Près de 300 000 civils survivent assiégés et pilonnés en zone rebelle, comme l'ont montré de nouveau les images d'un jeune garçon victime des bombardements – images qui ont choqué le monde entier.

Mais ce qui se joue dans les ruines de cette ville, la deuxième du pays, concerne l'Europe au premier chef. Si les forces d'Assad, avec leurs alliés russes et iraniens, parviennent à achever l'encerclement des quartiers orientaux de la vieille cité, contrôlés depuis juillet 2012 par la rébellion, a fortiori si elles réussissent à les reconquérir, ce sont des centaines de milliers de personnes qui fuiront vers la Turquie voisine. Elles s'entasseront à la frontière dans des camps de fortune, avant qu'Ankara, peut-être, les laisse entrer et grossir les rangs des quelque 3 millions de Syriens qu'elle héberge déjà. Or, depuis l'accord conclu avec les Européens au printemps, la Turquie est la gardienne des marches orientales de l'Union européenne face aux flux de réfugiés. En échange, l'UE a promis une relance du processus d'adhésion et la levée du régime des visas pour les citoyens turcs. Mais, depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet et la réaction autoritaire du président turc, ce compromis bancal est menacé. Les réfugiés d'Alep pourraient fort bien, demain, se presser aux portes de l'Europe.

Mais, surtout, Alep met de nouveau à l'épreuve le peu de crédibilité qui reste aux Occidentaux dans un conflit qui a fait, au bas mot, 290 000 morts et quelque 7  millions de réfugiés. Après avoir lui-même fixé comme " ligne rouge " pour une intervention l'emploi de l'arme chimique par le régime de Damas contre sa propre population, Barack Obama a finalement renoncé, à l'été 2013, aux frappes annoncées. Les Russes ont pu, alors, sauver la mise d'Assad. Et ils ont franchi une nouvelle étape, en septembre 2015, avec une intervention aérienne, mais aussi avec des hommes au sol, destinés à éviter la déroute militaire du régime bien plus qu'à combattre effectivement l'organisation Etat islamique. Depuis cinq ans, l'impuissance et l'inaction occidentales, à commencer par celles de Washington, n'ont pas seulement conduit à l'enlisement du conflit. Elles ont contribué au renforcement des groupes les plus radicaux au sein de la rébellion, ceux-là mêmes qui sont au premier rang de la résistance à Alep. Il n'existe pas de solution militaire à cette guerre. La bataille d'Alep, avec son bilan toujours plus lourd de pertes civiles, le rappelle tous les jours. Malgré l'aide des bombes russes, le régime n'est pas capable de tenir les zones reconquises, tandis que la rébellion n'arrive pas à briser durablement le siège. La solution ne peut être que négociée. Washington et Moscou sont les co-parrains du processus de Vienne, lancé en novembre 2015 sous l'égide de l'ONU pour tenter de jeter les bases d'une transition politique. Les négociations ont buté sur le sort d'Assad. Sans un cessez-le-feu à Alep, elles n'ont aucune chance de reprendre. Mais comment l'imposer ? Face à un Poutine toujours plus déterminé à pousser ses pions, l'administration américaine en fin de mandat a levé le pied. Et les Européens ne peuvent pas grand-chose, même s'ils sont, après les pays de la région, les premiers concernés par les conséquences de cet interminable carnage.»

 

Editorial du 31 aout : Colombie, la paix enfin à l’horizon.

« C’est la guérilla d'Amérique latine qui a duré le plus longtemps : le conflit armé qui oppose les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) au gouvernement de Bogota depuis cinquante-deux ans a coûté la vie à 220 000 personnes et en a déplacé quelque 7 millions d'autres. La grande majorité des 47 millions de Colombiens, en particulier ceux des zones rurales, qui ont le plus souffert, n'ont jamais connu la paix. Aujourd'hui, la perspective de vivre une vie normale leur est enfin offerte. Le 24 août, au terme de quatre ans de difficiles pourparlers menés à La Havane, le gouvernement colombien et les FARC ont signé un accord de paix de 297 pages, qui doit être soumis aux électeurs lors d'un référendum le 2 octobre. Le président américain, Barack Obama, a salué "une journée historique pour le peuple de Colombie" et rendu hommage au "leadership courageux" du président colombien, Juan Manuel Santos, qui a supervisé les négociations.

La victoire du oui, pourtant, n'est pas acquise. Certains détracteurs accusent le président Santos, dont la popularité a beaucoup souffert du ralentissement de l'économie, de vouloir redorer son blason avec un prix Nobel de la paix. L'ex-président -Alvaro Uribe mène une campagne active pour le non au référendum, arguant que le rejet de l'accord fournirait un moyen de pression susceptible d'arracher un meilleur accord aux dirigeants des FARC. M. Uribe emmène ses compatriotes sur une voie dangereuse. Rien ne garantit que les dirigeants des FARC seraient disposés à se rasseoir à la table des négociations ; beaucoup prédisent au contraire qu'ils reprendraient le chemin de la guérilla, à la tête de troupes qui sont loin d'avoir été anéanties. La principale pierre d'achoppement des accords de paix colombiens porte, comme souvent dans ces situations, sur le sort réservé aux rebelles. Une fois engagés dans des pourparlers, sauver leur peau et obtenir une forme d'impunité leur importe généralement davantage que le bien-être de la population qu'ils prétendent défendre. La négociation colombienne n'a pas échappé à la règle et, sagement, le gouvernement a accepté d'intégrer les FARC à la vie politique institutionnelle en leur garantissant une représentation parlementaire jusqu'à 2026. Par ailleurs, les guérilleros échapperont à la prison s'ils acceptent d'avouer leur participation au mouvement. En revanche, un membre des FARC reconnu coupable par la justice après avoir nié toute implication avec la guérilla risquera jusqu'en vingt ans d'emprisonnement.

Cette approche conciliatrice n'est pas toujours compréhensible pour les populations qui ont souffert et considèrent l'amnistie comme une profonde injustice. Ce souci légitime de justice est aussi parfois savamment exploité par des politiques avides de revanche à bon compte. C'est pourtant une approche qui a fait ses preuves dans la résolution de douloureux conflits internes en Afrique du Sud et en Irlande du Nord, pour ne citer que ces exemples. C'est, de toute évidence, la bonne approche aussi pour la Colombie, comme le soutiennent deux experts de ce conflit, César Gaviria, un autre ancien président colombien qui fait campagne pour le oui, et l'Argentin Luis Moreno-Ocampo, juriste international qui estime que la Colombie tient là une occasion unique de retrouver la paix. Ils ont raison. Pour les Colombiens et pour le reste de l'Amérique latine, il faut souhaiter que le oui l'emporte le 2  octobre. »

 

Editorial du 10 aout : La périlleuse surenchère d’Ernogan

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160810/html/1248914.html

Editorial du 14 aout : Les coups de poker de Vladimir Poutine

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160814/html/1249301.html

Editorial du 18 aout :Le monde de Trump

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160818/html/1249470.html

Editorial du 27 aout: La triste ironie de la chute de Dilma Roussef

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160818/html/1249470.html

 

 (A suivre)

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