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Histoire de rôle….. Le jardin d’Eden de Bougainville

11 Octobre 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

Louis-Antoine de Bougainville, né à Paris en 1729, était le fils d'un notaire et échevin de la ville de Paris. Il se révéla pendant ses études être un excellent mathématicien mais sous la pression de son père il s’orienta sur le droit et devint avocat au parlement de Paris. A la mort de son père il abandonnait cette charge pour s'engager dans l'armée. En 1756, il fit partie de l'expédition au Canada comme aide de camp de Montcalm. En 1763, il quittait l'armée avec le grade de colonel, pour entrer dans la marine où il fut nommé capitaine de frégate. Il colonisa l'archipel des Malouines (1763), qu'il remit aux Espagnols à la demande de Louis XV en 1765.

S’il fit connaître son nom grâce à une fleur qu’il ramena en France, il doit surtout sa postérité à son livre, Voyage autour du monde. Ce livre où il raconte ses exploits compte parmi les récits d’exploration qui auront fait le plus rêver. C’est le 15 novembre 1766 qu’il entamait à 37 ans son tour du monde avec un bateau la frégate la Boudeuse qui rejoint six mois plus tard par un second bateau, navire de charges, la flute l’Etoile. Le but de Bougainville et des botanistes qui l’accompagnaient, était de ramener des plants d’arbres à épice dont le commerce était alors fructueux et de collecter des informations scientifiques. Il mit 28 mois pour faire ce tour du monde, rentrant à Saint Malo le 16 mars 1769.

C’est son passage par Tahiti, où il séjourna en 1768 qui lui laissa les meilleurs souvenirs. Il consacra à l’île ses pages les plus mémorables, insistant sur les prodigalités de la nature et la beauté des femmes.

« A mesure que nous avions approché la terre, les insulaires avaient environné les navires. L’affluence des pirogues fut si grande autour des vaisseaux que nous eûmes beaucoup de peine à nous amarrer (….) Tous venaient en criant tayo, qui veut dire ami, et en nous donnant mille témoignages d’amitié ; tous demandaient des clous et de pendants d’oreille. Les pirogues étaient remplis de femmes qui ne cèdent pas, pour l’agrément de la figure, au plus grand nombre des Européennes et qui pour la beauté du corps, pourraient le disputer à toutes avec avantages (….)  Elles nous firent d’abord de leurs pirogues, des agaceries où, malgré leur naïveté, on découvrit quelques embarras ; soit que la nature ait partout embelli le sexe d’une timidité ingénue, soit que, même dans les pays où règne encore la franchise de l’âge d’or, les femmes paraissent ne pas vouloir ce qu’elle désirent le plus. Les hommes, plus simples ou plus libres, s’énoncèrent bientôt clairement : ils nous pressaient de choisir une femme et de la suivre à terre. (….)  Je te demande : comment retenir au travail, au milieu d’un spectacle pareil, quatre cents Français, jeunes, marins, et qui depuis six mois n’avaient point vu de femmes ?  Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune fille, qui vint sur le gaillard d’arrière se placer à une écoutille (.…) . La jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se laisse voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s’empressaient pour parvenir à l’écoutille, et jamais cabestan ne fut viré avec pareille activité. Nos soins réussirent cependant à contenir ces hommes ensorcelés ; le moins difficile n’avait pas été de parvenir à se contenir soi-même. (….)  Tout se passait de la manière la plus aimable. Chaque jours nos gens se promenaient dans le pays, sans armes, seuls ou par petites bandes. On les invitaient à entrer dans les maisons, on leur y donnait à manger ; mais ce n’est pas à une collation légère que se borne ici la civilité des maîtres de maison ; ils leur offraient aussi des jeunes filles ; la case se remplissait à l’instant d’une foule curieuse d’hommes et de femmes qui faisaient encore un cercle autour de l’hôte et de la jeune victime du devoir hospitalier ; la terre se jonchait de feuillage et de fleurs, et les musiciens chantaient aux accords de la flute un hymne de jouissance. Vénus est ici la déesse de l’hospitalité, son culte n’y admet point de mystères, et chaque jouissance est une fête pour la nation. Ils étaient surpris de l’embarras qu’on témoignait : nos mœurs ont proscrit cette publicité. Toutefois je ne garantirai pas qu’aucun n’ait vaincu sa répugnance et ne se soit conformé aux usages du pays. J’ai plusieurs fois été me promener dans l’intérieur. Je me croyais transporté dans le jardin d’Éden ; nous parcourions une pleine de gazon, couverte de beaux arbres fruitiers et coupée de petites rivières qui entretiennent une fraîcheur délicieuse, sans aucun des inconvénients qu’entraîne l’humidité. Un peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleines mains sur lui.  Nous trouvions des troupes d’hommes et de femmes assises à l’ombre des vergers ; tous nous saluait avec amitié ; ceux que nous rencontrions dans les chemins se rangeait à côté pour nous laisser passer : partout nous voyons régner l’hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur » Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate la Boudeuse et la flûte l’Etoile. 1771

Bougainville reprit du service comme capitaine de vaisseau en 1775 puis pendant la guerre d'indépendance américaine où il servit sous les ordres du comte de Grasse et participa notamment au combat devant Fort royal de la Martinique et à la bataille de la baie de Chesapeake en 1781. Il semble qu’il ait eu quelques problèmes avec de Grasse notamment lors de la bataille des  Saintes en 1782. Des problèmes qui furent réglés en 1984 par le conseil de guerre. Il retrouva ensuite l’armée de terre avec le grade de maréchal de camps, avant un retour dans la marine. Il proposa plusieurs projets de voyage au ministère qui furent tous refusés. L’un d’eux concernait une expédition vers le pole nord. Survint ensuite la révolution où il resta fidèle à Louis XVI. Il quitta la marine en 1792 et fut un temps arrêté sous la Terreur mais la chute de Robespierre sauva sa tête. Il retrouva les honneurs sous Napoléon : il fut élu sénateur en 1799 et élevé à la dignité de comte en 1808. Il mourut à Paris en 1811.

J’ai trouvé le texte de Bougainville dans le remarquable hors série du Point (septembre - octobre 2014) consacré aux voyages qui ont changé le monde.

(A suivre) 

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