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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Novembre 2016

1 Décembre 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants. Je rappelle aussi que l’éditorial du 10 novembre de Jérôme Fénoglio intitulé « États-Unis, la colère a gagné » est intégré dans le billet « American Psycho ou le saut dans l'inconnu »

Éditorial du 3 novembre : Pologne, le choix de l’isolement.                   « Un froid glacial s'est installé dans les relations entre la Pologne et ses deux plus importants partenaires au sein de l'Union européenne, l'Allemagne et la France. La décision française d'annuler le sommet du Triangle de Weimar prévu début novembre à Paris, annoncée vendredi 28 octobre par le président polonais, Andrzej Duda, a officialisé la détérioration des relations entre les trois pays. Elle consacre aussi l'inversion de la dynamique qui aurait pu faire de la Pologne un des pays moteurs de l'Europe.                  Créé en 1991, alors que ce pays sortait du communisme, le Triangle de Weimar visait à favoriser l'intégration de Varsovie dans la famille européenne avec l'aide de Berlin et de Paris. Après l'adhésion de la Pologne à l'UE en 2004, les réunions de ce groupe informel se sont espacées, en même temps que la nouvelle diplomatie polonaise montait en puissance et jouait son rôle au sein de l'UE. Le climat, cependant, s'est gravement assombri entre Varsovie d'une part, Paris et Berlin de l'autre, depuis l'arrivée au pouvoir en Pologne du parti nationaliste Droit et justice (PiS) en octobre 2015 ; en août, à l'initiative de l'Allemagne et de la France, les ministres des affaires étrangères des trois pays se sont réunis à Weimar pour tenter de relancer la coopération.                                                                         Mais depuis, la relation franco-polonaise s'est brisée sur le contrat des 50 hélicoptères militaires, remporté par Airbus à la suite d'un appel d'offres, signé par le gouvernement polonais antérieur et rompu par le gouvernement actuel en octobre. Cette rupture s'est faite au mépris de toutes les conventions commerciales et des usages diplomatiques, à neuf jours d'une visite du président François Hollande pour des consultations intergouvernementales régulières. L'Elysée a, à juste titre, annulé cette visite. Varsovie a ensuite annoncé l'achat direct, sans appel d'offres, de 21 appareils américains. Mais les divergences avec la Pologne vont bien au-delà de ce camouflet. Qu'il s'agisse de la question des réfugiés, de l'avenir de l'Union, de la défense européenne, de l'État de droit ou des valeurs, tout la sépare aujourd'hui du couple franco-allemand. La réalité, c'est que Paris ne voit pas à l'heure actuelle de points sur lesquels le président Hollande, la chancelière Angela Merkel et le président Duda pourraient, à l'issue d'un sommet, afficher une position commune. Une telle réunion ne servirait a rien, sinon à permettre au gouvernement PiS de légitimer ses positions anti-européennes.                                                                                         La Pologne de Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS, qui est, en réalité, celui qui tire les ficelles à Varsovie, a tout à perdre à ce jeu. En rompant le contrat des hélicoptères, dont elle aurait assuré une partie de la production, elle a renoncé à la possibilité de devenir l'un des piliers d'Airbus et de l'industrie de défense européenne. En délicatesse avec l'Allemagne et la France, elle ne peut plus compter sur son allié britannique, trop occupé à négocier son retrait de l'UE. Elle est en conflit ouvert avec Bruxelles, dont elle vient de rejeter les recommandations sur le conflit du gouvernement du PiS avec le Tribunal constitutionnel polonais. Son seul véritable allié au sein de l'UE est la Hongrie de Viktor Orban.                                                         Au lendemain de la chute du communisme, la Pologne, sixième pays de l'UE par sa population et pionnière dans les réformes économiques, était promise à un statut de puissance de poids au sein de l'Europe. Le PiS a choisi l'isolement dans le camp occidental. C'est dommage..»

 

Éditorial du 14 novembre. Trump a les moyens de démolir l’accord sur le climat.                                                                                            « Les Américains vont-ils porter un coup fatal à la lutte contre le réchauffement climatique ? L'élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a radicalement changé l'atmosphère des négociations de la COP22 qui se tiennent à Marrakech, au Maroc, jusqu'au 18 novembre. Les Etats s'étaient retrouvés pour célébrer l'entrée en vigueur accélérée de l'accord de Paris et discuter de sa mise en œuvre. Faut-il prendre acte d'un prochain départ des Américains ?                                                                    Trump, climatosceptique affirmé, peut ébranler l'édifice difficilement construit ces dernières années. Il a promis durant sa campagne présidentielle d'annuler ce texte qui, selon lui, nuit à l'économie du deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Il en a les moyens juridiques et politique. En brandissant la menace d'un retrait, Donald Trump met en évidence la fragilité de l'accord de Paris signé le 12 décembre 2015 à l'issue de la COP21. Ce texte, qui semblait offrir des garanties de stabilité en fixant un délai de quatre ans aux États pour s'en affranchir, comporte une faille juridique. A ceux qui le souhaitent, il ouvre la possibilité de s'en libérer dans un délai d'un an en quittant la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui abrite les négociations. S'ils enclenchent cette manœuvre, les États-Unis, piliers de la réussite de la COP21, s'excluraient des discussions internationales sur le climat. Mais Donald Trump n'a pas besoin de prendre ce risque politique et de s'exposer sur la scène internationale. Car l'accord de Paris n'est pas contraignant, et c'est sa principale faiblesse. Aucun mécanisme de sanction n'est prévu pour obliger un pays à respecter ses engagements de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre ou ses promesses financières. Le suivi de la mise en œuvre ne peut être ni" accusatoire " ni " punitif ". Sans dénoncer l'accord de Paris, sans quitter le cadre des négociations, le nouveau président peut ne pas l'appliquer. Il n'encourt aucune pénalité. Ce sont les États-Unis eux-mêmes qui ont imposé, avec l'aide de la Chine, le caractère non contraignant du texte. Dans les coulisses du Bourget, en décembre 2015, John Kerry a bataillé jusqu'à la dernière minute pour obtenir que la rédaction du texte substitue l'auxiliaire anglais " should " (" devraient ") à " shall " (" doivent "). Il s'agissait de lever les dernières réticences des pays les plus inquiets mais surtout d'éviter à Barack Obama, privé de majorité politique dans son pays, l'épreuve d'une ratification par le Sénat.                                                                                                    Le retrait des États-Unis de l'accord de Paris serait un très mauvais signal. La lutte contre le changement climatique nécessite la mobilisation de toutes les nations. Les États-Unis portent une responsabilité historique dans le réchauffement et ne peuvent pas renoncer à réduire leurs émissions, à fermer des centrales électriques au charbon, l'énergie la plus polluante (que Trump a promis de relancer), à financer les pays les plus vulnérables comme ils s'y étaient engagés. L'effet d'entraînement sur les gros pollueurs serait immédiat. La Chine, l'Inde, le Brésil ou encore la Russie seraient alors tentés de réduire leurs efforts pour convertir leur économie et s'affranchir des énergies fossiles. Il reste peu d'années pour contenir la hausse des températures sous le seuil fatidique des 2°C. Le retrait des États-Unis de l'accord de Paris, d'une façon ou d'une autre, serait criminel.»

 

Éditorial du 24 novembre : Le martyr d’Alep.                                            « Il y a un vaincu à Alep : la population -civile. Depuis une semaine, les 275 000 habitants de la partie est de la deuxième ville de Syrie vivent sous un déluge de feu. Ce n'est pas une figure de rhétorique. Heure après heure, ils se terrent dans les ruines, fuyant missiles, roquettes, obus, bombes à fragmentation, barils de gaz toxiques et autres projectiles que déversent sur eux l'aviation du régime appuyée par ses supplétifs iraniens, irakiens et afghans. Le crime de guerre est devenu la norme – à peu près tolérée par tout le monde, hors quelques belles âmes droit-de-l'hommiste                L'offensive du régime de Damas vise à venir à bout des quartiers de la deuxième ville de Syrie encore aux mains de quelque 8 000 rebelles. Ceux-ci sont répartis entre différents groupes dont au moins un -appartient à la mouvance djihadiste. Pour le président Bachar Al-Assad, la chute d'Alep, ville qui lui échappe en partie depuis l'été 2012, serait une remarquable victoire, militaire et politique. Elle marquerait la fin du dernier grand bastion urbain encore tenu par la myriade de groupes, souvent divisés entre eux, qui forment l'opposition armée au régime. Elle placerait l'essentiel du " pays utile " et plus des deux tiers de la population sous le contrôle de Bachar Al-Assad et de ses soutiens étrangers. Elle serait un tournant sans doute -décisif dans cette guerre de cinq ans. Hôpitaux, écoles, centres de ravitaillement, marchés : les chasseurs syriens et russes, les hélicoptères, les artilleurs visent à dessein toutes les infrastructures civiles. Sous le pilotage des Gardiens de la révolution iraniens et de l'état-major russe, le régime a perfectionné une technique de siège qui lui a permis de reconquérir bien des villes. Il faut acculer les civils au départ, en leur garantissant un couloir de sortie. Mais à Alep, comme ailleurs, nombre de civils hésitent. Ils ont peur, à juste titre, du sort que leur réserve la soldatesque du régime. Ils sont aussi empêchés de partir, çà et là, par les rebelles eux-mêmes.La tragédie n'a pas épargné Alep-Ouest, aux mains des forces de Damas. Là aussi, des écoles et des dispensaires ont été -touchés de plein fouet par les tirs des rebelles ; là aussi, des écoliers sont morts sous les obus.  Ainsi va la guerre civile qui ravage la Syrie. Dans cette dernière affaire, la Russie a la main haute, avec une manière d'acceptation tacite des États-Unis, qu'il s'agisse de Barack Obama ou de Donald Trump. A Alep, au sol, l'offensive est menée par des milices chiites irakiennes et afghanes, sous la tutelle de l'Iran – c'est sans doute sur ces étranges forces-là, aussi extrémistes que les djihadistes sunnites, que compte un François Fillon pour assurer la défense des chrétiens d'Orient… Cette coalition russo-chiite ne manquera pourtant pas d'alimenter l'extrémisme sunnite pour les années à venir.                       L'une des autres guerres, à laquelle ne participent ni Damas ni la Russie, est celle conduite contre l'État islamique. Là, la coalition que pilote Washington en Syrie marque des points et prépare une offensive contre Rakka, le fief de l'EI. Mais là aussi, c'est le règne des milices pilotées par l'étranger (Turquie, Arabie saoudite etc.). La guerre ne s'arrêtera pas avec la chute d'Alep. Et, ce jeudi 24  novembre, des barils d'explosifs viendront à nouveau tuer et mutiler dans les ruines d'une ville qui fut l'un des joyaux de la région.»

 

Éditorial du 26 octobre. Castro, une histoire d’espoir et de désespérance.                                                                                            « D’abord, Fidel Castro, mort le vendredi 25 novembre au soir, a représenté l'espoir. Un immense espoir. On ne peut pas – plus – comprendre le retentissement de la révolution castriste sur cette petite île des -Caraïbes si on ne la resitue dans son époque. En cette année 1959, quand les " barbudos " de la guérilla menée par " Fidel " contre la dictature de Fulgencio Batista prennent le pouvoir à La Havane, le socialisme tel qu'incarné par l'URSS est figé dans une tyrannie bureaucratique. Voilà qu'une révolution menée par des jeunes gens qui font le coup de fusil dans la montagne renverse un tyran corrompu. Batista a confié son pays à la mafia nord-américaine, laquelle en a fait une sorte de casino pour touristes en mal d'exotisme. Tout y est : romantisme, rumba et treillis de maquisard. Telle est la légende – et aussi une part de la vérité. Car les débuts de la révolution sont marqués par l'ambiguïté." La révolution cubaine est une démocratie humaniste ", dit Castro. Deux ans durant, il hésite avant de se jeter dans les bras de Moscou. Les historiens discutent encore : est-ce la faute de l'agressivité de Washington ou " Fidel " était-il déjà décidé à instaurer un régime communiste à Cuba ?                                                 En 1961, le choix est fait, Castro se proclame " marxiste-léniniste ", il instaure une dictature de fer, fait fusiller ou embastille la moindre opposition. Les libertés -publiques sont anéanties, l'économie étatisée. Contraint ou délibérément, il enferme la révolution cubaine dans le camp soviétique. Mais pour tous les déçus du communisme, peu importe. En Afrique, en Asie, ailleurs en Amérique latine, le modèle castriste fascine et, bien au-delà du bassin des Caraïbes, anime nombre de guérillas révolutionnaires. La légende de " Fidel " est planétaire.                                   Sur place, la guerre froide fait son œuvre. Washington veut la fin de l'expérience castriste. La crise des fusées – celles qu'installe le Kremlin à Cuba – se solde par une défaite pour Moscou, mais elle contribue au durcissement d'un régime dont la CIA a juré la fin. Les Etats-Unis instaurent un embargo économique total, l'URSS soutient l'île à bout de bras. Castro joue avec succès d'un sentiment " anti-yankee " qu'exacerbent, dans toute la région, les menées des États-Unis en Amérique latine. Aveugle à l'impitoyable répression intérieure, la gauche européenne reste longtemps séduite par le mythe castriste. La fin de la guerre froide et l'autodissolution de l'URSS en 1991 portent un coup de plus à l'économie de l'île. L'embargo américain n'a en rien assoupli le régime. Au contraire. Alors que le Lider, vieillissant, plus secret et mystérieux que jamais, s'est retiré au profit de son frère Raul, en  2006, le président américain Barack Obama va ouvrir la porte à la normalisation entre les deux pays. Le mouvement est en cours, Donald Trump devrait le poursuivre.                                                                 Que restera-t-il de l'héritage de " Fidel " ? Une révolution qui a, cruellement, mangé ses enfants, sans sortir le peuple de la misère ? Un homme qui a incarné la résistance à l'impérialisme américain dans la région ? L'image d'un dictateur cynique vivant dans le luxe avec une nomenklatura de privilégiés sous la protection d'une -impitoyable police secrète ? Un homme qui aura été l'un des pions de l'URSS, en Afrique notamment, dans la guerre froide ? L'histoire retiendra tout cela à la fois, sans tomber dans les pièges du lyrisme et de l'exotisme.»

Editorial du 1er novembre : Ankara tourne le dos à l’Europe.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161101/html/1257421.html

Editorial du 4 novembre : Le Liban : leçon de survie dans l’adversité. http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/libre/20161104/index.html

Editorial du 8 novembre : Venezuela : donner sa chance au dialogue..

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161108/html/1258031.html

Editorial du 12 novembre : Menaces sur l’autonomie de Hongkong

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161112/html/1258560.html

Editorial du 23 novembre : Ukraine: l'Europe ne doit pas se dérober

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161124/html/1259871.html

Editorial du 29 novembre : Ukraine Trump bloque le "pivot asiatique' 

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161130/html/1260466.html

(A suivre)

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