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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Octobre 2016

1 Novembre 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants.

Editorial du 5 octobre : Theresa May, les accents d'un Brexit dur.

« Avant le référendum de juin, qui vit le Royaume-Uni décider à une nette majorité (52 %) de quitter l'Union européenne, Theresa May n'avait pas d'opinion très arrêtée sur l'Europe. Ministre de l'intérieur dans le gouvernement de David Cameron, elle était fortement eurosceptique. Sans se mettre en avant, elle s'est prononcée contre le Brexit. Aujourd'hui, la première ministre conservatrice organise le Brexit en se laissant des marges de manœuvre. C'est de bonne guerre, et cela impose aux Vingt-Sept de savoir ce qu'ils veulent.

Prenant la parole, dimanche 2 octobre, devant le congrès du Parti conservateur réuni à Birmingham, elle n'a été claire que sur un point : son calendrier. Elle actionnera avant la fin mars  2017 l'article 50 du traité européen de Lisbonne qui lancera la procédure de divorce. Même si on sera alors à quelques semaines du scrutin présidentiel en France et à quelques mois des élections générales en Allemagne, les Européens comme les Britanniques se félicitent de la décision de Mme May. Il fallait bien se décider à entrer dans cette séquence difficile et sans précédent qu'est la sortie d'un membre de l'UE. Portant haut et fort le drapeau d'un pays appelé à devenir " Global Britain ", Mme May, dont le ton naturel n'est pas le lyrisme, a eu les accents de ceux des conservateurs qui sont partisans d'un Brexit dur : on rompt tous les liens avec l'UE. Seulement si elle avait la musique, le livret reste à rédiger. Elle a semblé se prononcer catégoriquement en faveur d'un retrait du pays du marché unique européen. L'accès à ce marché est conditionné à la libre circulation des ressortissants des Vingt-Huit au sein de l'Union – ce dont une majorité de Britanniques ne voudrait plus. Mais elle n'a pas dit que le Royaume-Uni se retirerait de l'union douanière – ce dont les milieux d'affaires, à commencer par la City, ne veulent surtout pas. A quelles conditions continuer à commercer librement avec l'UE ? Ce sera l'un des sujets de la négociation qui doit s'amorcer après le déclenchement de l'article 50. Pour les Britanniques, l'enjeu est énorme et se chiffre en dizaines de milliers d'emplois, à perdre ou à conserver. Chinois, Japonais, Indiens, Américains sont prêts à reconsidérer leurs investissements au Royaume Uni s'ils ne sont pas assurés d'avoir un accès libre au marché européen. En contrepartie de cette facilité, que demandera l'UE ?

Les pourparlers peuvent durer deux ans – et même plus – durant lesquels les Britanniques restent membres à part entière de l'UE. D'ici à mars, il reste six mois, et Mme May aimerait bien sonder les Européens avant de leur présenter ses propositions. Les Vingt-Sept ont intérêt à définir une ligne claire, eux aussi. Si le Royaume-Uni veut une rupture totale, confiante dans ses capacités à devenir très vite une sorte de " Singapour sur Manche ", la situation est simple. Les relations commerciales entre les deux parties seront régies par les règles de l'Organisation mondiale du commerce. Si Londres veut un régime spécial, la difficulté est pour les Vingt-Sept : jusqu'où aller dans la définition d'un statut ad hoc sans inciter d'autres membres à agir comme les Britanniques ? Le fond de la négociation dépend d'une question, observe un ancien haut responsable français : les Britanniques estiment-ils avoir encore quelque chose à faire en commun avec les autres Européens ? A Birmingham, Mme May s'est bien gardée d'aborder cette question clé.»

Editorial du 9 octobre. Un Nobel pour les Colombiens.

« Le prix Nobel de la paix est toujours politique, plus que son jury ne voudra jamais l'avouer. Il n'y a là rien que de très naturel : la guerre, la paix, la violence, le pardon – affaires éminemment politiques. Cette année, les sages d'Oslo pouvaient couronner un groupe de femmes et d'hommes admirables, ces casques blancs syriens bravant les bombes pour aller secourir une population civile qui est expressément visée dans les massacres en cours. Ils pouvaient aussi saluer l'homme qui, plus que tout autre, s'est battu pour mettre un terme à l'une des plus vieilles et des plus cruelles guérillas au monde : l'actuel président colombien, Juan Manuel Santos. C'est lui qu'ils ont choisi, choix tout à fait louable et justifié. Mais le jury d'Oslo a d'autant mieux fait que la paix obtenue par M. Santos entre l'Etat colombien et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, spécialistes en trafic de drogue, extorsion de fonds et enlèvements, le tout emballé dans une vieille logorrhée marxiste-léniniste) est menacée. Les sages se sont objectivement immiscés dans la vie politique colombienne. Ils ont voulu donner un coup de pouce au président Santos, au lendemain d'un référendum qui lui a été défavorable. Le jury honore un homme qui se trouve en difficulté, à Bogota, pour donner corps à l'accord de paix signé le 26 septembre après quatre ans de dures négociations avec les FARC.

Et le jury a eu bien raison. Car l'enjeu est énorme. Cette guérilla des FARC – qui a martyrisé la Colombie, même si la contre-offensive n'a pas été exempte d'horreurs non plus – sévit depuis près d'un demi-siècle. Elle est une tache sanglante dans l'histoire moderne d'un pays qui, en dépit de ce cancer, a montré un remarquable dynamisme économique et culturel. Il faut sauver l'accord du 26 septembre, telle a été la motivation du jury d'Oslo, qui ne s'est aucunement caché de cette intention éminemment politique." Il y a un vrai danger que le processus de paix s'interrompe et que la guerre civile reprenne, (…) il faut encourager tous les acteurs " de cette affaire, a dit la présidente du jury, Kaci Kullmann Five." Tous les acteurs ", cela veut dire M. Santos, bien sûr, mais plus encore son adversaire politique du moment, l'ancien président Alvaro Uribe, dont il fut le ministre de la défense avant d'être élu à la tête de l'Etat en 2010. Aujourd'hui sénateur, le versatile M. Uribe guigne à nouveau la présidence, pour le scrutin de 2018, et a pris la tête de la campagne pour le no au référendum tenu le 2  octobre en Colombie et destiné à entériner l'accord de paix du 26  septembre. Et, contrairement à ce qu'il pensait, M. Uribe a " gagné " : le non l'a emporté (50,2 %, avec un taux d'abstention de 62,6 %). Les " nonistes " dénoncent un accord qui ferait la part trop belle aux FARC, épargnant notamment la prison à leurs chefs, et est rédigé dans un galimatias progressiste qui a mobilisé, contre lui, l'Eglise catholique (elle n'a pas appelé à voter) et, plus encore, les pasteurs évangéliques de toute la Colombie (ils ont appelé au non).

Conclu fin août, le cessez-le-feu tient. Les FARC ont redit leur confiance dans l'accord. M. Santos discute avec les nonistes. Les conversations doivent reprendre entre FARC et gouvernement. La bonne volonté est du côté de M. Santos, même s'il n'entend pas renégocier l'ensemble de l'accord. Au bon moment, il reçoit un coup de pouce venu du froid. »

Editorial du 19 octobre : La bataille de Mossoul se joue aussi à Bagdad

« La bataille pour reprendre Mossoul, deuxième ville d'Irak, des mains de l'organisation Etat islamique (EI) peut marquer un tournant décisif dans la lutte contre le djihadisme international. A ce titre, elle ne concerne pas seulement ce malheureux pays, mais nous intéresse aussi directement. Il se joue ces jours-ci dans la vaste plaine de Ninive, terre de rocaille et de civilisation millénaire, un combat à la fois militaire et politique. La victoire doit être remportée sur ces deux fronts. Ou elle ne sera pas. Une coalition hétéroclite, et dont chacune des parties poursuit des objectifs souvent assez singuliers, s'est lancée cette semaine à l'assaut de la grande ville du nord de l'Irak. Des unités de l'armée, de la police et de la gendarmerie irakiennes, encadrées par des forces spéciales américaines, montent par le sud. Elles ont l'appui de puissantes milices chiites irakiennes, souvent sous influence directe de l'Iran, qui restent pour le moment en deuxième ligne. Des forces kurdes irakiennes, accompagnées de milices arabes sunnites locales, les unes et les autres bénéficiant de l'appui de la Turquie, avancent à l'est. Dans le ciel, les avions des pays qui participent à la coalition internationale menée par les Etats-Unis et mobilisée à la demande du gouvernement de Bagdad. En face, sans doute quelques milliers (de 3 000 à 5 000) de combattants de l'EI, retranchés dans une ville de plus d'un million et demi d'habitants. Ils ont miné, piégé tous les abords du centre. Ils vont se servir des civils comme d'un bouclier humain.

Mossoul est le symbole de la transformation du mouvement djihadiste en une structure para-étatique : capturée au printemps 2014 par l'EI, elle est, avec la petite ville de Rakka en Syrie, le dernier bastion du " califat " d'Abou Bakr Al-Baghdadi. Chassé de la ville, l'EI redeviendrait un simple mouvement de guérilla, sans contrôle d'un territoire précis, privé de l'arrière-plan logistique et financier que lui procure le contrôle d'une grande cité comme Mossoul. Pour le mouvement djihadiste, ce sera une lourde défaite, matérielle et symbolique. Mais elle ne prendra tout son sens que si elle est aussi politique. Au bord du Tigre, Mossoul, " la ville aux deux printemps ", tant l'automne y est beau, est une cité plurielle, religieusement et ethniquement (kurde, turkmène, chrétienne, yézidi), mais elle est aujourd'hui majoritairement arabe musulmane sunnite. C'est la clé de son avenir. L'émergence de l'EI est due à la marginalisation des sunnites d'Irak depuis 2003, souvent martyrisés par un gouvernement central dominé par la majorité chiite. Si, une fois reprise, Mossoul n'est pas confiée, d'une manière ou d'une autre, à une administration à dominante arabe sunnite, le terreau sur lequel a fleuri le djihadisme sera inchangé : l'EI aura été démantelé, mais le radicalisme islamiste renaîtra sous une autre appellation, au prétexte de la défense des sunnites. Entre les différentes forces qui progressent vers la " capitale " de l'EI en Irak, il y a un plan de bataille commun, mais, hélas, pas d'accord politique pour le jour d'après la victoire militaire.

Faible, contesté, courageux aussi, le premier ministre irakien, le chiite Haider Al-Abadi, rechigne à toute forme de fédéralisation avancée dans laquelle il décèle un risque de démantèlement. C'est pourtant la condition d'une réintégration des sunnites d'Irak dans leurs droits. La bataille de Mossoul se joue aussi à Bagdad..»

Editorial du 28 octobre. Le rêve déçu de la cour pénale internationale.

« Après le Burundi puis l'Afrique du Sud, la Gambie a annoncé, le 26 octobre, qu'elle quittait la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Le coup est rude, car la procureure de la Cour, Fatou Bensouda, elle-même de nationalité gambienne, avait tenté de lui donner un nouveau souffle. Au-delà de la volonté de se mettre à l'abri de poursuites, ces défections en série traduisent une profonde crise de l'institution chargée, selon son préambule, " de juger les crimes qui défient l'imagination et heurtent profondément la conscience humaine " : crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocide.

Parmi les 124 Etats parties à la CPI, 34 sont africains. Mais les élites de bon nombre d'entre eux accusent désormais la CPI de " chasse raciale ". De fait, la quasi-totalité des procédures ouvertes jusqu'ici ont visé des pays africains, et la première condamnation, prononcée au bout de dix ans, visait un chef de milice congolais, Thomas Lubanga. Certes, une enquête a été ouverte sur les crimes commis en Géorgie lors de l'attaque des forces russes en 2008, et d'autres pourraient l'être en Colombie ou en Palestine, mais elles ont peu de chance d'aboutir.

Depuis son entrée en fonctions en juillet 2002, la CPI est victime des limites de son statut. Après la création de deux tribunaux internationaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie en 1993, puis pour le Rwanda en 1994, la Cour de La Haye a concrétisé le rêve d'une justice pénale universelle et permanente. D'où la prudence des Etats. Selon ses statuts, la CPI ne peut lancer des poursuites que pour des crimes commis sur le territoire de pays ou contre des ressortissants de pays qui en sont membres. Ceux qui craignent de devoir rendre des comptes comme la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la quasi-totalité des pays arabes et Israël ont donc rejeté cette juridiction. Si le Conseil de Sécurité peut saisir la CPI contre un Etat non-membre – ce fut le cas pour le Darfour en 2005 ou la Libye en 2011 –, les bourreaux bénéficiant de la protection d'un ou plusieurs des cinq membres permanents ne risquent pas grand-chose. C'est aujourd'hui le cas pour la Syrie. Il n'est donc pas étonnant que les procédures se soient concentrées sur l'Afrique et sur des responsables subalternes, sauf quand l'émotion suscitée par l'ampleur des crimes a empêché tout veto. Ainsi, en 2009, le président soudanais Omar Al-Bachir a été le premier chef d'État en exercice poursuivi pour " crimes contre l'humanité " et " génocide " au Darfour. Mais ce coup d'éclat du procureur de l'époque, l'Argentin Luis Moreno Ocampo, a eu un effet inverse de celui recherché : il a décrédibilisé un tribunal qui n'a pas les moyens de faire exécuter ses mandats d'arrêt. En se posant en victime de l'Occident, l'homme fort de Khartoum a continué à parader aux sommets de l'Union africaine, de la Ligue arabe ou de l'Organisation de la Conférence Islamique.

Malgré ces difficultés, la CPI n'en reste pas moins un symbole pour tous ceux qui luttent pour la fin de l'impunité pour les dictateurs et massacreurs de haut vol. Il a fallu plus de trois décennies pour que la Cour européenne des droits de l'homme gagne la crédibilité qui est aujourd'hui la sienne pour les 800 millions de citoyens des 47 pays membres du Conseil de l'Europe. Mais les Etats concernés ont joué le jeu, et les opinions publiques aussi. Au contraire, la CPI semble encore incarner une justice hors sol, avec toutes les limites qui en découlent.»

Editorial du 1er octobre: Vent de tempête entre Ryad et Washington

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161001/html/1254213.html

Editorial du 11 octobre : Trump, un homme dangereux.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161011/html/1255172.html

Editorial du 12 octobre : Parler à Poutine sans illusion.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161012/html/1255268.html

Editorial du 29 octobre : L’Espagne de guerre lasse.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161029/html/1257185.html

Editorial du 30 octobre : Les faiblesses du nouveau timonier chinois.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161030/html/1257311.html

(A suivre)

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