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Les invités du blog…… rendent hommage à François Chérèque

6 Janvier 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

Par ce billet je veux rendre hommage à François Chérèque dont c’était hier les obsèques. Je n’ai pas personnellement connu François Chérèque ; je ne l’ai même jamais rencontré bien qu’ayant été très longtemps adhérent de la CFDT. Je fus même élu dans les années 90 au comité d’entreprise de la société dont j’étais salarié, comme représentant des cadres, avec les problèmes que cet engagement entraîne quand on est également responsable d’une agence régionale. J’avais le plus grand respect pour cet homme, ce grand syndicaliste.

 

J’ai beaucoup aimé l’intervention de Thierry Pech, le responsable du Think tank Terra Nova, mercredi matin sur France inter. Avant de proposer quelques extraits de cet entretien avec Léa Salamé je reporte l’annonce de la disparition par Terra Nova : « François Chérèque s’est éteint le lundi 2 janvier au matin au terme d’une longue maladie. Ancien secrétaire général de la CFDT, il était le Président de Terra Nova depuis 2012. C’était un homme énergique et droit, un homme de caractère. Tous ceux qui l’ont connu se souviendront de sa franchise et de son courage. Défenseur sourcilleux de notre indépendance, il avait permis à Terra Nova de se redresser après le décès de notre fondateur, Olivier Ferrand. Il aura été, cinq années durant, le gardien exigeant de nos valeurs. La maladie n’avait pas entamé sa détermination à agir au service de nos idées et de nos convictions. Il avait notamment porté, encore tout récemment, notre proposition d’un revenu minimum décent en faveur des plus démunis. Depuis qu’il avait quitté la CFDT, il avait consacré ses efforts à la cause des plus pauvres et au développement de l’engagement civique. Le combat pour la justice et la solidarité, ainsi que la foi dans l’action collective ne l’auront jamais quitté. François Chérèque savait pour qui il parlait.

Avec lui, Terra Nova perd plus qu’un président : un ami fidèle et l’un des plus solides chaînons de la tradition réformiste qu’il nous appartiendra désormais de faire vivre sans lui. »

Les invités du blog…… rendent hommage à François Chérèque Les invités du blog…… rendent hommage à François Chérèque

En complément à cet avis et en réponse aux questions de Léa Salamé, Thierry Pech parle de son ami : « C'était un éducateur spécialisé il l'est resté toute sa vie, il avait d'ailleurs des qualités d'observations psychologiques, de clinicien sur le monde et une très grande bienveillance et une capacité d’accueil pour les gens qui souffrent, qui ont un handicap et il a gardé ça toute sa vie. Moi, je prenais son conseil sur mes enfants, sur mes affaires de famille parce qu’il était clairvoyant. C’était un homme dans toute l’épaisseur d'un homme comme disait Montaigne et il est resté cet homme là ; y compris dans ses fonctions. C’était un personnage d’une très grande sincérité avec lui même qui avait un rapport à la vérité très direct, y compris quand la vérité s’appelait la maladie.».

Thierry Pech évoqua le dernier coup de fil passé à François Chérèque, le 31 décembre au soir: « Il était hospitalisé, très affaibli, il a parlé une dizaine de minutes. Pour la première fois, on a fait 'comme si' : comme si on allait avoir plein de crédit d'avenir, c'était plus facile… (--)… Les derniers temps on n’a pas beaucoup parlé politique, à vrai dire, mais les derniers temps il était inquiet, je crois, de la division de la gauche.»

Thierry Pech est revenu aussi sur le combat de François Chérèque lors de la réforme des retraites, quand Léa Salamé lui a demandé d’expliquer la méthode ‘’Chérèque’’...

« Il croyait au compromis, profondément et Il disait : "réformer, c'est redonner forme, être réformiste c’est vouloir redonner forme à la société et pour ça il faut des changements qui passent par des compromis et c’est accepter la négociation ».

En réponse à Léa Salomé qui rappelait que ‘’ le compromis acceptable’’ sur la réforme 2003 des retraites, réforme Fillon Raffarin, avait entraîné un départ massif de militants de la CFDT. Chérèque s’était fait traiter de social-traite, de collabo par d’autres syndicats …. Ces attaques l’avaient-elles meurtri, changé ?

« Ah oui ! Ce fut le moment le plus difficile des deux mandats à la tête de la CFDT, un moment douloureux, compliqué. Mais il a assumé pleinement la décision et je crois que la suite lui a donné raison…. (.) … En même que les critiques et les injures arrivaient à la CFDT, arrivaient d'autres messages qui disaient ''merci monsieur Chérèque'. Il ne faisait pas de politique il voulait être utile et il n’a jamais perdu de vue pour qui il parlait : il parlait pour les salariés, puis il a parlé pour les pauvres, pour ceux qui s'engagent, mais il n’a jamais fait de la politique. »

 

Hommage de Philippe Frémaux sur le site Alter Eco + (par Facebook ).

« C'est avec une grande tristesse que j'ai appris la disparition prématurée de François Chérèque. En hommage à ce grand dirigeant syndical, j'aimerai apporter un petit témoignage. Comme bien d'autres observateurs de la vie économique et sociale, j'avais estimé qu'il avait un peu trop vite trouvé un accord avec François Fillon, lors de la réforme des retraites de 2003. Il est vrai qu'il venait de succéder à Nicole Notat à la tête de la CFDT et était encore peu rompu à la nécessité, avant tout accord, de dramatiser l'enjeu et de laisser passer du temps pour montrer qu'on a bien arraché le maximum possible. Nombreux furent alors ceux qui, comme moi, estimaient que l'alignement des durées de cotisations des fonctionnaires sur les salariés du secteur privé était inévitable, compte tenu de l'allongement de l'espérance de vie moyenne et de la nécessité d'éviter d'aggraver la division entre salariés du privé et du public.

Pour autant, nous n'avions pas pleinement conscience de la portée de la contrepartie obtenue à l'époque avec le dispositif carrières longues par François Chérèque. Celui-ci avait en effet obtenu que ceux qui avaient commencé à travailler très jeunes puissent partir de manière anticipée à la retraite.

Une manière de reconnaître des droits spécifiques aux personnes ayant eu des durées de cotisations très longues – certains avaient commencé à travailler à 14 ans – et dont l'espérance de vie, bien souvent, était moins élevée au vu de la pénibilité des métiers occupés.

Ce dispositif était une vraie avancée, en termes d'équité à la fois intra et intergénérationnelle et il a profité à des centaines de milliers de personnes. Au point que ce même Fillon, devenu Premier ministre de Nicolas Sarkozy, décida d'en réduire la portée en 2009. Il déchirait ainsi le contrat noué avec la CFDT, ce qui conduira notamment cette organisation à être vent debout contre la réforme Sarkozy, qui substituait à la logique d'allongement des cotisations un report rapide de l'âge de départ à 62 ans. Or, le report de l'âge de départ est toujours plus inégalitaire, car il frappe d'abord les salariés les moins qualifiés, ceux qui ont commencé le plus tôt, dont les métiers sont les plus pénibles et dont l'espérance de vie est la plus faible. Il faudra d'ailleurs attendre la présidence Hollande pour que soit mis en œuvre un dispositif prenant en compte la pénibilité, pourtant promis par ce même Fillon en 2003... »

 

 

Hommage de Carole Barjon dans l’Obs : Chérèque, un grand monsieur.

Le courage. C’est, avant toute chose, la première des qualités qui vient à l’esprit quand on évoque la personnalité de François Chérèque. C’est, du reste, la raison pour laquelle je lui avais téléphoné un jour de novembre 2007. Je l’avais vu à la télévision se faire traiter, une fois de plus, de "social-traître" ou de "vendu", et se faire bousculer, une fois de plus, dans une manifestation, par les gros bras de la CGT. Simplement parce qu’il avait le grand tort d’être réformiste, et de l’assumer. Y compris physiquement. Il n’était pas joueur de rugby pour rien.

Je ne le connaissais pas personnellement. Je lui ai proposé de raconter et d’expliquer dans un livre (*) les coulisses des grandes réformes sociales, de donner son sentiment sur les hommes politiques de gauche et de droite qu’il avait été amené à rencontrer dans le cadre de ses fonctions. Il a réfléchi une semaine et a dit oui.

Il a joué le jeu avec sa franchise habituelle. Et avec un incroyable art du récit. On connaissait son léger zézaiement quand il était invité à la télévision ou à la radio, on connaissait moins son talent de conteur. Il était drôle, vif, percutant. Et tellement humain. Rien n’échappait à son regard au laser. De ses rendez-vous avec les responsables politiques français, il retenait tout : les mimiques et le cynisme d’un Nicolas Sarkozy, le détail des menus au restaurant, l’esquive permanente d’un François Hollande, alors Premier secrétaire du PS, la duplicité d’un François Fillon, alors ministre des Affaires sociales de Raffarin, ou les mensonges de Ségolène Royal.

Chez lui, l’anecdote, toujours savoureuse, n’était jamais gratuite. Elle servait avant tout à illustrer le fond de ce qu’il voulait démontrer, en dénonçant au passage la fréquente hypocrisie des discours politiques… et syndicaux. Elle venait à l’appui de son combat pour une plus grande justice sociale. Le combat de toute sa vie jusqu'à la fin. Chérèque détestait par dessus tout la mauvaise foi et avait une haute idée de la morale comme de l’amoralité. Après son dernier mandat à la tête de la CFDT, il avait promis de ne pas s’engager en politique "pour ne pas gêner la Centrale". Il a tenu parole, même s’il lui en a coûté.

Je l’ai revu pour la dernière fois en 2014. Il dirigeait alors le "Think tank" Terra Nova et il se battait contre ce fichu cancer. Si l’expression n’était pas galvaudée pour avoir été trop souvent utilisée à tort, elle s’appliquerait d’abord à lui : François Chérèque était un grand Monsieur.

Au revoir, François. Là où tu es maintenant, on continuera de te chercher.

 

(*) "Si on me cherche", Albin Michel, 2008

 

Le réformisme, selon François Chérèque. Editorial du Monde du 3 janvier

Unanime, le monde politique et syndical a rendu hommage à François Chérèque, décédé lundi 2 janvier à l'âge de 60 ans. De François Hollande, qui a salué " un homme dont le courage a éclairé l'action ", à François Fillon, les éloges se sont multipliés. Même le Front national n'a pas hésité à joindre sa voix à ce concert, alors que, pendant ses trente-cinq années de militantisme, l'ancien secrétaire général de la CFDT a été un adversaire résolu de l'extrême droite. Au-delà des qualités de ce grand syndicaliste et des combats qu'il a menés avec conviction, c'est le réformisme de son action qui a été célébré à l'heure où nombre de politiques sont tentés de dresser le constat de son échec.

François Chérèque a adhéré à la CFDT en 1978, au moment même où la centrale opérait son recentrage en cessant de faire du changement politique le préalable à tout changement social et en réhabilitant la négociation et la recherche du compromis pour faire bouger la société. Pendant ses dix ans à la tête de la CFDT, de 2002 à 2012, il a inscrit ses pas dans ceux de ses prédécesseurs – Edmond Maire, Jean Kaspar, Nicole Notat – et ancré solidement son syndicat dans ce qu'il a appelé lui-même la " révolution réformiste ". Il a pris des risques, quitte à provoquer en 2003, quand il a cautionné la réforme des retraites de Jean-Pierre Raffarin, une grave crise interne, mais il n'a jamais dévié de sa route. Dans un pays où une minorité de salariés sont syndiqués, François Chérèque s'est laissé guider par une seule boussole, celle de montrer l'utilité du syndicalisme.

S'appuyant sur le triptyque " négociation-compromis-résultats ", l'ancien secrétaire général de la CFDT a perdu des batailles, comme celle menée contre la réforme des retraites en 2010, mais il a aussi remporté des victoires, la plus symbolique étant d'avoir changé l'image du syndicalisme. François Chérèque a démontré que syndicalisme ne rimait pas toujours avec immobilisme. Face à la CGT et à FO, qui ont souvent été dans le camp de la défense à tout prix des acquis, il a incarné un syndicalisme soucieux d'engranger, pas à pas, des progrès sociaux, même limités, et pour lequel " un compromis n'est pas un renoncement ". Cette démarche très sociale-démocrate, poursuivie par son successeur, Laurent Berger, a amené la CFDT à renforcer le rôle du contrat par rapport à la loi et à être le premier signataire d'accords dans les entreprises. Rien d'étonnant si la centrale s'est retrouvée en phase avec la volonté de François Hollande, mise à mal lors du débat sur la loi travail, de rehausser la place de la démocratie sociale.

Comme naguère Michel Rocard sur le plan politique, François Chérèque a livré une leçon de réformisme. Soucieux de défendre les invisibles, les précaires qui " servent de bouclier social aux salariés les plus stables ", il a montré que, dans une société fracturée par le chômage et les inégalités, et où l'extrême droite est en embuscade, la réforme ne pouvait être menée à la hussarde. A ses yeux, la négociation n'était jamais une perte de temps, mais une méthode garantissant la réussite et l'acceptation d'une réforme mieux qu'à coups de recours à l'article 49.3, comme l'a fait Manuel Valls, ou aux ordonnances, comme le promet M. Fillon. Le réformisme de la CFDT devrait lui permettre de ravir à la CGT, en mars, la première place sur l'échiquier syndical. Ce résultat sera à porter au crédit de François Chérèque.

 

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT a rendu hommage à "son ami, son camarade syndicaliste" François Chérèque mort lundi à l'âge de 60 ans.

« C'était plus que mon prédécesseur, c'était un ami, un camarade syndicaliste. Et pour beaucoup de militants de la CFDT c'était quelqu'un qu'on aimait beaucoup car il avait une profonde chaleur humaine… (.)… Il s'est battu jusqu'au bout. Sa mort est profondément injuste. C'était un combatif, un rugbyman, il était passionné. Il a mené sa vie comme un engagement, un engagement au service des autres. Il aimait la vie…. Il a essayé de se battre avec cette maladie, mais sur ce point il n'y a pas de compromis. François avait une vision du syndicalisme qui était celle de préserver le système social tel qu'il est aujourd'hui. Il peut protéger mais en même temps il faut le réformer pour qu'il soit moins inégalitaire. La réforme de 2003, c'est 1 million de personnes qui sont partis avant l'âge légal de la retraite car ils ont travaillé plus jeunes que les autres et dans des travaux souvent plus pénibles. François Chérèque, il assumait la réalité telle qu'elle était et estimait que le réformisme, c'est une volonté de transformation sociale en faisant du dialogue social, de la négociation collective l'outil principal pour y parvenir »

 

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