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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Décembre 2016

3 Janvier 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants.

 

Éditorial du 11 décembre : Les fragilités de la Corée du sud.

« L’élocution a été tenue vendredi 9 décembre, dans la foulée de la destitution par le Parlement de la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye. "Chers Sud-Coréens, le monde entier nous regarde. S'il vous plaît, mobilisez-vous pour répondre aux défis qui nous attendent, chez nous et à l'étranger" : ainsi s'est adressé à la nation le premier ministre coréen, Hwang Kyo-ahn, personnalité non élue, qui exerce désormais les prérogatives du chef de l'Etat. A 59 ans, cet ancien procureur spécialiste des questions de sécurité a appelé à la "stabilité" et à "minimiser le chaos politique". Car de la stabilité, la Corée du Sud en a bien besoin en effet, sur le plan tant intérieur qu'extérieur.

Sur le plan politique, la quatrième économie d'Asie est secouée par le scandale de corruption sans précédent qui a fait tomber, plus d'un an avant la fin de son mandat, la présidente Park, fille du président autoritaire Park Chung-hee (1962-1979). Mais au fond, le processus se déroule de façon raisonnable : les Coréens sont descendus en masse chaque samedi dans les rues pour réclamer et obtenir le départ de Mme Park, le cadre institutionnel est respecté, les marchés financiers sont calmes et une élection présidentielle, qui sera convoquée si la Cour suprême confirme la destitution dans un délai de six mois, devrait être l'occasion d'un nouveau départ. C'est essentiel alors que Séoul est dans l'œil du cyclone de toutes les tensions régionales. Le frère ennemi du Nord a fait d'importants progrès dans sa course aux armements, procédant à 24 tirs de missiles balistiques en 2016. Son dirigeant, Kim Jong-un, est décidé à développer un arsenal nucléaire non plus comme simple levier de négociation avec les grandes puissances, comme l'envisageait son père, mais comme force opérationnelle, pour disposer d'une réelle dissuasion. A ce titre, il entend maîtriser les vecteurs de longue portée, qui lui permettront de menacer jusqu'aux Etats-Unis. La capitale sud-coréenne, elle, n'est située qu'à une soixantaine de kilomètres de la zone " démilitarisée " qui divise la péninsule.

Dans la foulée de son élection, en février 2013, la présidente destituée, Park Geun-hye, a opéré un rapprochement avec la Chine, dans l'espoir que ce puissant voisin convainque la Corée du Nord de renoncer à cette voie agressive. Ce fut un échec. Pékin n'est pas écouté par Pyongyang, régime ultranationaliste méfiant vis-à-vis du géant chinois, et ne juge pas dans son intérêt d'employer la manière forte avec la Corée du Nord, zone tampon avec le Sud où sont stationnés 28 000 soldats américains. Enfin, malgré un "pivot" annoncé vers l'Asie, l'administration Obama ne s'est pas intéressée au règlement du problème nord-coréen, voyant la difficulté à obtenir des résultats. S'y ajoutent les tensions croissantes en mer de Chine qui font de la région une poudrière. Et surtout, l'élection de Donald Trump : les Sud-Coréens sont particulièrement préoccupés depuis que les Américains ont élu leur futur président. Car en campagne Donald Trump a répété que les alliés des Etats-Unis dans la région, Japon et Corée du Sud en tête, devront davantage financer la protection garantie par Washington. On comprend l'anxiété que suscite l'idée même d'une renégociation, pour un pays qui n'a pas suivi la voie du nucléaire militaire du seul fait de la promesse de sécurité des Etats-Unis. Donald Trump ne doit en aucun cas renier cette promesse. »

 

Éditorial du 14 décembre : L’équipe Trump : attachez vos ceintures.

« Le candidat des petites gens, Donald Trump a mené une campagne populiste sur le malheur des laissés-pour-compte de la mondialisation, fustigeant la mainmise des élites et brocardant l'arrogance des puissants. Président élu, il s'entoure de milliardaires, de patrons de multinationales, de généraux (trois) et d'anciens de la banque Goldman Sachs (trois). Avec la nomination, mardi 13 décembre, du PDG d'ExxonMobil, Rex Tillerson, à la tête de la diplomatie américaine, la future équipe de M. Trump est pratiquement au complet. Cinq semaines de transition du haut de la Trump Tower ont donné une idée de la méthode Trump en politique : désordonnée et imprévisible, elle foule aux pieds les promesses de campagne et donne la priorité à l'efficacité individuelle de chacun, quitte à ce que les positions des uns et des autres soient en totale contradiction. C'est le cas, par exemple, à propos de l'accord sur le nucléaire iranien, sur le chan-gement climatique ou sur le commerce mondial. On cherche en vain, ici, une ligne politique directrice, une vision cohérente, en dehors de la ligne " America First ". Le président Trump se chargera sans doute lui-même d'aplanir les divergences, le moment venu.

En cinq semaines, M. Trump a écarté les poids lourds de la politique traditionnelle qui ont aidé à le faire élire : Newt Gingrich, Rudy Giuliani ou Chris Christie, aucun n'a été retenu. Il a nommé un climatosceptique à la tête de l'Agence pour l'environnement, un adversaire du salaire minimum et des syndicats comme ministre du travail, un protectionniste au département du commerce, et, au Trésor, un banquier qui a su prospérer pendant la crise financière. Il n'a rien fait pour lever les inquiétudes sur les innombrables conflits d'intérêts apparus depuis son élection. Son futur secrétaire d'Etat, M. Tillerson, a été choisi parce qu'il est " réellement l'un des grands hommes d'affaires de ce monde ", a expliqué le président élu dans un Tweet : tout est dit. Les talents demandés aux membres de l'équipe Trump ne sont ni politiques ni idéologiques, mais ceux de praticiens et d'hommes d'affaires, à l'image du futur président lui-même. A l'exception de deux femmes – les milliardaires Betsy DeVos, à l'éducation, et Elaine Chao, fille d'armateur, aux transports, comme il se doit –, d'un Noir, le neurochirurgien Ben Carson, au logement, cette administration est d'abord masculine, blanche et riche. En politique extérieure, deux orientations se dessinent : une ligne dure avec la Chine, qui, en quelques jours, a dû encaisser la remise en cause de la politique de la " Chine unique ", et un rapprochement avec Taïwan, ainsi que des Tweets vengeurs sur sa politique commerciale et la militarisation de la mer de Chine méridionale ; et un assouplissement probable à l'égard de la Russie. Dans les deux cas, ces changements radicaux vont avoir des conséquences pratiques importantes pour l'Europe, en termes de sécurité, de commerce et d'économie. Pour les entreprises occidentales, quel va être l'impact d'inévitables tensions sino-américaines ? Comment les gouvernements européens vont-ils gérer une éventuelle levée des sanctions contre la Russie, qui sont – peut-être faut-il le rappeler à M. Trump – des sanctions euro-américaines ?

Les électeurs américains ont choisi Donald Trump. Le reste du monde n'a pas été consulté. C'est pourtant avec ce président-là qu'il va falloir travailler. Attachez vos ceintures. »

 

Éditorial du 23 décembre : Triste République démocratique du Congo..

« Silencieux, enfermé dans sa tour d'ivoire, comme à son habitude, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, vient à nouveau de démontrer qu'il n'hésitera jamais à faire tirer sur des manifestants désarmés pour conserver son pouvoir. Lundi 19 et mardi 20 décembre, ce sont plusieurs dizaines de personnes – vingt-neuf, selon l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch – qui sont tombées sous les balles des forces de sécurité. En septembre déjà, cent autres Congolais, qui manifestaient contre la détermination du président Kabila à demeurer sur son siège, avaient subi le même sort. Quelques mois plus tôt, on avait déploré un bilan plus lourd encore dans les rues de Kinshasa, mobilisées pour la même raison.

Catapulté au pouvoir en 2001 à l'âge de 29 ans après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré, Joseph Kabila ne donne aucunement l'impression qu'il est disposé à lâcher le pouvoir. La Constitution lui interdit-elle de briguer un troisième mandat ? Le président gagne du temps face à une opposition divisée menée par un chef vieillissant. Grâce au soutien d'un parti présidentiel aux ordres, d'une Cour constitutionnelle sous influence, et grâce à l'appui d'une frange minoritaire de l'opposition, Kabila a fait réécrire le calendrier électoral : le scrutin présidentiel a été repoussé à 2018, alors que son mandat s'est terminé ce 19 décembre.

La RDC est cet immense pays d'Afrique centrale, peuplé de quelque 70 millions d'habitants, pour la plupart misérables alors que le sol et le sous-sol congolais regorgent de richesses. Kabila est d'abord préoccupé de sa survie politique. Il a nommé cette semaine un gouvernement, sans se soucier du dialogue politique avec l'opposition mené sous l'égide de l'Eglise catholique. C'est pour protester contre un tel déni démocratique, exacerbé par une pauvreté endémique, que les Congolais ont marché dans les rues de la capitale armés de cailloux face à une police et à une garde présidentielle armées jusqu'aux dents. Les Congolais doivent se sentir bien seuls. Jusqu'à présent, les quelques sanctions ciblées prises par l'ONU, les Etats-Unis ou l'Union européenne à l'encontre d'une poignée de personnalités de son entourage n'ont pas fait plier le président Kabila. On ne saurait lui donner tort. Ces derniers mois, pour ne parler que de cette partie du continent noir, les " hold-up " électoraux organisés par les régimes en place au Gabon et au Congo-Brazzaville sont passés comme lettres à la poste. Au Cameroun, Paul Biya affiche trente-quatre années de pouvoir.

Paris, notamment, préfère détourner les yeux. L'Union européenne aussi, qui aide la RDC. Mais, en toile de fond de ces événements tragiques, il y a, toujours, la même question : qui peut gouverner cet immense pays ? Et comment ? Il n'est pas impossible que Kabila parvienne à rétablir le calme par la force à Kinshasa et dans les villes de province en ébullition. Mais pour combien de temps ? Les aspirations démocratiques, la lassitude vis-à-vis d'un régime corrompu et prévaricateur, comme vient de le démontrer une enquête de l'agence Bloomberg, le désespoir social ne sont pas les seuls carburants alimentant la contestation. Dans ce pays secoué par des guerres d'une horreur indicible dans les années 1990, des groupes armés se réveillent et aggravent le chaos auquel semble abonnée une RDC qui ne parvient décidément pas à décoller. Triste Congo.»

 

Éditorial du 31 décembre. Poutine l’homme de l’année.

« Si Donald Trump a monopolisé la "une" de l'actualité en 2016, le véritable homme de l'année qui s'achève est Vladimir Poutine. La course de fond que le président russe a engagée depuis maintenant seize ans pour remettre son pays au centre du jeu est en train de porter ses fruits de manière spectaculaire.

Au Moyen-Orient, le chef du Kremlin a rebattu les cartes. Mettant à profit un inexorable retrait de la puissance américaine sous l'égide de Barack Obama, puis la période, toujours délicate pour Washington, de la transition entre une administration sortante qui n'a plus l'initiative et une future équipe qui n'a pas encore les commandes de la Maison Blanche, il veut redéfinir l'équilibre des pouvoirs dans la région. L'annonce, jeudi 29 décembre, d'un cessez-le-feu en Syrie, une semaine après la reprise officielle d'Alep aux rebelles par l'armée du régime syrien, grâce aux intenses bombardements russes, s'inscrit exactement dans cette logique : alors que les précédentes trêves avaient été négociées avec les Etats-Unis, M. Poutine a choisi, cette fois, la Turquie pour partenaire et a écarté Washington.

L'organisation de pourparlers de paix sur la Syrie en janvier est une autre illustration de ce dessein : ils se tiendront à Astana, au Kazakhstan, dans ce que Moscou considère comme sa zone d'influence, et réuniront la Russie, la Turquie et l'Iran. Et, bien sûr, le président syrien Bachar Al-Assad, sauvé par la Russie et l'Iran, alors que les Occidentaux posaient son éviction comme conditionsine qua non de l'avenir de la Syrie. Les Etats-Unis, les Européens et l'ONU semblent condamnés, dans ce schéma, à un rôle de spectateurs passifs.

Loin de se limiter au Moyen-Orient, M. Poutine aura été cette année sur tous les fronts. En Asie, il s'est rapproché de la Chine et du Japon. En Europe, il contourne l'hostilité des gouvernements de l'UE – suscitée par l'intervention de la Russie en Ukraine en 2014 – en cultivant méthodiquement les liens avec les partis politiques et les personnalités qui lui sont favorables ; l'influence russe dans les milieux politiques et intellectuels européens s'est considérablement renforcée cette année.

Enfin – et ce n'est pas le moindre de ses exploits –, le dirigeant russe a entrepris de réécrire les règles de l'espionnage, une activité dont il a été lui-même, à l'époque de l'Union soviétique, un opérateur plus classique. Les responsables américains ont maintenant acquis la certitude de la responsabilité de Moscou dans le piratage massif de comptes e-mail du Parti démocrate et de collaborateurs de la candidate Hillary Clinton, ainsi que dans la diffusion de ces données pendant la campagne électorale. Cette intervention, sans précédent, d'une puissance étrangère dans le processus électoral américain ne doit pas être prise à la légère : c'est bien le fonctionnement de la démocratie qui est visé. Plusieurs services de renseignement européens ont récemment lancé des mises en garde sur une menace similaire pesant sur les campagnes électorales prévues cette année dans l'UE, en particulier en France et en Allemagne.

La décision du président Obama d'expulser trente-cinq diplomates russes des Etats-Unis est à la mesure de cette offensive. Donald Trump, qui sera investi à la présidence le 20 janvier, reste ostensiblement bienveillant à l'égard de M. Poutine. La réalité du pouvoir et du défi russes pourrait bien lui ouvrir les yeux, plus rapidement qu'il ne le pense.»

 

Éditorial du 6 décembre : A Rome et à Vienne : le pire n’est pas sûr.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161206/html/1261179.html

Éditorial du 14 décembre : L’ordre ignominieux d’Alep.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161213/html/1262044.html

Éditorial du 27 décembre : En attendant Trump, Nétanyahou dédaigne l’ONU.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161227/html/1263324.html

 

Éditorial du 29 décembre : L’obsession Kurde de Récept Tayyit Erdogan

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20161229/html/1263448.html

 

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