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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Février 2017

5 Mars 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers Encore que ce mois-ci le choix était plutôt restreint, au point que le premier billet de février est très proche du dernier de janvier : Trump, toujours Trump….. Pour le reste il y a aussi beaucoup d’éditoriaux qui concernent la politique française, élection présidentielle oblige.

 

Éditorial du 5 février : Les européens face à Donald Trump..

« Les Européens sont prévenus. Donald Trump n'aime pas l'Union européenne (UE). Il a prophétisé son démantèlement. Le Brexit est une " grande chose ", qui a ravi le président américain au moins autant qu'une bonne émission de téléréalité. Et dans le projet européen, aventure unique dans l'histoire enfin apaisée du Vieux Continent, il ne voit qu'une manipulation de l'Allemagne au service de ses propres intérêts. M. Trump est le premier président américain ouvertement hostile à l'Europe. Les 27 de l'UE doivent en tirer des conséquences précises : la politique de l'autruche serait un désastre. Quelques jours avant la réunion du sommet européen de Malte – consacré à l'immigration et qui a pris fin ce vendredi 3 février –, Trump tonnait encore contre l'euro, " gravement sous-évalué ", accusait-il, pour favoriser les produits allemands en Europe et aux États-Unis. Peu importe qu'il n'y ait précisément, par principe, pas davantage de change au sein d'une union monétaire, il fallait dire du mal de l'euro, dont le cours actuel – 1 euro pour 1,08 dollar environ – ne reflète que l'appréciation du billet vert du fait des bons résultats de l'économie américaine (merci Barack Obama).

Le principal conseiller politique du 45e président américain, Stephen Bannon, veut, lui, aussi démanteler l'UE. Il flirte avec l'ultra-droite européenne la plus europhobe, notamment le Front national français, et ne s'en cache pas. Trump vient encore d'accroître le rôle de Bannon en le nommant au Conseil national de sécurité de la Maison Blanche. Au cas où les Européens n'auraient pas compris, on ne sait jamais, le président suggère de désigner à la tête de la représentation des États-Unis auprès de l'UE, à Bruxelles, un homme récemment converti à un discours aussi méprisant qu'hostile à l'égard de l'Europe, Ted Malloch.

Que faire ? Trump ne changera pas de cap. Il se méfie de l'OTAN, il n'attache guère d'importance stratégique à la relation transatlantique et il entend mener une politique économique résolument protectionniste. Il ne comprend pas cette entité fondée sur l'État de droit qu'est l'UE et il y voit une menace pour les intérêts américains. Il ne croit pas dans la norme de droit, mais dans les rapports de force : il entend affaiblir l'UE. Si Ted Malloch est confirmé dans le poste pour lequel il est pressenti à la -Maison Blanche, les 27 doivent refuser de l'accréditer.

Pour l'UE, la leçon devrait être claire. Elle doit commencer à acquérir un minimum d'autonomie en matière de défense. Comme elle l'a fait à La Valette, elle doit continuer à trouver les moyens de réguler les flux migratoires, vaste entreprise qui déterminera sans doute son avenir. Elle doit muscler l'union monétaire. Plus encore, elle doit faire envie, redevenir une zone de croissance forte. C'est un programme simple, replié, resserré, qui devrait permettre de combler, petit à petit, le fossé qui s'est créé entre l'UE et les peuples d'Europe. Car ceux-là ont décroché, sceptiques devant une Union qui affiche à tout vent d'invraisemblables ambitions, qu'elle est bien incapable de satisfaire.

Dans le monde de Xi Jinping, Vladimir Poutine et Donald Trump, univers marqué par le retour en force de l'ultranationalisme, l'Europe est plus importante que jamais. Elle n'est pas seulement une nécessité pratique. Elle est un modèle de relations civilisées entre États. C'est sans doute ce que Donald Trump n'aime pas.»

 

Éditorial du 12 février : Israël : un pas vers l’annexion de la Cisjordanie.

« Chaque jour qui passe, Israël rend plus difficile la création d'un État palestinien à ses côtés. Cela ne veut pas dire que les dirigeants palestiniens soient sans reproche : ceux du Hamas à Gaza ne pensent qu'à guerroyer et à s'équiper en missiles ; ceux du Fatah de Mahmoud Abbas, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, sont en mal de légitimité. Mais la partie israélienne, la plus forte à tous points de vue, celle qui devrait donner l'exemple, celle qui prétend se comporter de manière responsable, mine le chemin de la paix. C'est tragique. Le dernier épisode de cette politique à courte vue a eu lieu lundi 6 février à la Knesset, le Parlement, à Jérusalem. Les députés de droite et d'extrême droite, formant la majorité de Benyamin Nétanyahou, ont légalisé l'expropriation de terres privées palestiniennes au profit des colons israéliens. Ce n'est pas seulement une injustice en soi. C'est une tentative pour imposer la loi israélienne en terre étrangère – c'est-à-dire un pas vers l'annexion de la Cisjordanie, territoire qu'Israël occupe depuis juin 1967.

Le " parti des colons " est plus fort que jamais au sein de la majorité actuelle, représenté à la fois par une large fraction du Likoud (la formation de M. Nétanyahou) et par le parti Foyer juif du ministre de l'éducation, Naftali Bennett. Ils ne veulent pas d'État palestinien. Ils entendent annexer au moins 60 % de la Cisjordanie et la coloniser massivement. Cette génération est ignorante de l'histoire de son propre pays.

Le fondateur de l'État, David Ben Gourion (1886-1973), jugeait qu'il fallait échanger Gaza et la Cisjordanie – les territoires occupés à la suite de la guerre israélo-arabe de 1967 – contre la paix. L'équilibre humain et géographique du pays supposait, selon Ben Gourion, de peupler le Néguev, ce désert du sud du pays. Le Néguev est toujours vide, et la droite israélienne s'en moque. Plus tard, le premier ministre travailliste Yitzhak Rabin, autre vrai homme d'État, dira que les colonies sont " un danger pour Israël ", menaçant à terme l'idéal du projet sioniste – un État démocratique, majoritairement juif. Né en 1922, Rabin a été assassiné le 4 novembre 1995 par un extrémiste juif résolument partisan de la colonisation de la Cisjordanie. Mais, en ces temps sans mémoire, tout cela est oublié. Et, aujourd'hui, la Knesset légalise, a posteriori, quelque 3 500 logements illégaux, situés dans des dizaines de colonies de Cisjordanie, construits sans autorisation officielle mais protégés par l'armée et bénéficiant de financements publics (comme toutes les implantations en territoire palestinien). Les propriétaires palestiniens, dit la loi, doivent recevoir une compensation en argent ou sous forme de lot de terrain alternatif. Le symbole est là : les députés légifèrent en dehors du territoire israélien. La direction pointée est claire : le début de l'annexion, l'abandon de l'idée même d'un État palestinien. Mais la partie n'est pas finie. La Cour suprême doit être saisie, incessamment. Le procureur général, Avichai Mandelblit, s'est prononcé contre cette loi. Le pouvoir judiciaire s'oppose à la droite israélienne et pourrait bien l'emporter. A Washington, l'administration Trump a fait connaître son mécontentement. L'Union européenne a annulé une rencontre avec Israël. Comme si chacun sentait bien – enfin – le danger que représente une politique dont le résultat sera de rendre la paix plus impossible que jamais.»

 

Éditorial du 17 février. Trump ou le grand flou au proche orient.

« Il faudra attendre plusieurs mois avant de mesurer l'implication exacte des propos vagues et parfois contradictoires qu'ont tenus Donald Trump et Benyamin Nétanyahou. En recevant à la Maison Blanche, mercredi 15 février, le premier ministre israélien, le président américain a voulu marquer sa différence, sur le fond et sur la forme, avec son prédécesseur, Barack Obama. Les deux dirigeants ont échangé amabilités et gestes d'estime. Les messages adressés en public suscitent toutefois des interrogations.

Avec ce mélange de nonchalance et d'inconscience qui caractérise souvent ses prises de position en politique étrangère, Donald Trump a balayé, mercredi 15 février, un des piliers de la diplomatique américaine au Proche-Orient : l'attachement à la solution à deux États, l'un israélien, l'autre palestinien. Le président américain a expliqué que tout format lui irait, y compris un seul État pour deux peuples, dès lors que les deux parties se mettraient d'accord. Ce qui devait passer pour une forme de pragmatisme est une absurdité. M.Trump a ainsi ouvert la porte à une solution qui n'en est pas une : un État binational.

Cette impasse, dont le prix financier, sécuritaire et politique serait calamiteux pour Israël, sans parler de son impact démographique, n'est même pas souhaitée par Naftali Bennett, le leader du parti national religieux Le Foyer juif. Et M. Nétanyahou n'est pas davantage décidé à s'engager dans cette voie, lui qui résiste, pour l'instant, aux appels de l'extrême droite, réclamant une annexion de la zone C (60 % de la Cisjordanie). Quant à l'Autorité palestinienne, elle a toujours refusé d'envisager un autre format qu'un État à part entière, la Palestine étant déjà reconnue par plus de 130 pays.

Répétant qu'il voulait un " deal ", Donald Trump a cru avoir une pensée innovante en évoquant un cadre régional pour résoudre le conflit. La Ligue arabe a proposé dès 2002 un plan de paix, qu'Israël a ignoré. Ce plan proposait un chemin vers un État palestinien, après un retrait israélien des territoires occupés, avec l'engagement en retour d'accords de paix entre pays arabes et l'État hébreu. Ce cadre multilatéral a également été au cœur de l'initiative française de juin 2016 et janvier 2017. En réalité, les États-Unis veulent retrouver leur rôle exclusif de médiateur entre les deux parties du conflit. Les critiques adressées par le président américain contre l'ONU, qui serait trop orientée contre Israël, s'expliquent ainsi.

Donald Trump a réservé une seule demande désagréable à son invité israélien : il l'a appelé, devant la presse, à la " retenue " concernant le développement des colonies. La demande d'un gel des constructions avait été formulée par Barack Obama en 2009. M. Nétanayahou s'est contenté de redire que la colonisation ne se trouvait pas au cœur du conflit. Il devra gérer, de retour en Israël, les membres de sa coalition qui imaginaient déjà une impunité totale dans le développement des colonies. M. Nétanyahou a aussi réitéré la demande de reconnaître l'annexion israélienne du plateau du Golan, qui fut refusée par Barack Obama.

Au final, le chef du gouvernement israélien a de quoi se réjouir. Le flou qui entoure les intentions américaines convient à ses habitudes. M. Nétanyahou continue à ne pas prôner l'annexion de la Cisjordanie, sans s'engager pour un État palestinien. Comme si les aiguilles de l'horloge pouvaient être à jamais bloquées

 

Éditorial du 28 février : La famine menace une nouvelle fois l’Afrique de l’ouest.

« Voila des années qu'on n'avait pas vu revenir sa tête de gorgone émaciée. Elle a les traits de ces gosses au gros ventre et au corps squelettique. Il y a ces files d'attentes de malheureux en guenilles venus chercher une maigre ration alimentaire dans des camps de personnes déplacées. On sait trop à quoi ressemble la famine en Afrique. Elle est là, de retour dans la partie est du continent noir. La mort rôde. L'ONU, les organisations humanitaires préviennent : la faim pourrait tuer des dizaines de milliers de personnes dans les jours qui viennent.

Il faut sonner l'état d'urgence, bien sûr. Mais il y a aussi quelque chose de désespérant – d'obscène ? – à devoir constater la réapparition récurrente de la famine dans un monde qui, de façon chronique, déborde de surplus alimentaires dont on ne sait que faire. Bien sûr, la question est plus complexe. Elle ne se limite pas à la production de denrées alimentaires. Mais tout de même, en situation extrême, comme aujourd'hui en Afrique de l'Est, les ressources devraient être faciles à dégager, même si la distribution de l'aide pose des problèmes spécifiques. Les moyens financiers ne devraient pas être trop difficiles à réunir. Bref, la répétition du drame de 2011 dans la Corne de l'Afrique, quand la sécheresse a fait quelque 260 000 victimes en Somalie, aurait quelque chose d'intolérable.

Sept pays sont concernés : Djibouti, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan du Sud et, dans une moindre mesure, Tanzanie. La sécheresse n'est pas la seule coupable, même si elle affecte tout le monde. La guerre doit aussi être incriminée au Soudan du Sud, de même que Boko Haram, cette puissante secte djihadiste armée, et Al-Qaida en Somalie avec les groupes de Chabab, l'ensemble bien souvent sur fond d'États faillit. En tout, 20 millions de personnes, selon l'ONU, ont aujourd'hui besoin d'une assistance alimentaire d'urgence en Afrique de l'Est. Les éléments d'un drame humanitaire de grande ampleur sont réunis.

La sécheresse ne devrait surprendre personne. Quoi qu'en pensent les États-Unis de Donald Trump – en plein négationnisme scientifique –, le réchauffement climatique frappe l'Afrique en première ligne. Et plus durement qu'ailleurs. " Les sécheresses y seront nombreuses, plus régulières et plus intenses ", avait prévenu le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). L'incapacité du gouvernement central du Nigeria à venir à bout de Boko Haram affecte aussi toute la région du lac Tchad. Au Soudan du Sud, quatre ans d'une guerre civile atroce ont déplacé des centaines de milliers de personnes et provoqué la famine dans le nord du pays – où 100 000 personnes pourraient mourir de faim si elles ne sont pas aidées dans les jours qui viennent.

Pour l'ensemble de l'Afrique de l'Est, les sommes requises tourneraient autour de 2 milliards de dollars. C'est une petite levée de fonds dans un monde où quelque 4 000 milliards de dollars sont échangés tous les jours. Mais la distribution de l'aide est périlleuse en zone de guerre, où la question de l'accès aux populations est primordiale : " Si l'on s'y prend mal, tout cet argent peut finir dans les poches de responsables corrompus et avoir des effets pervers ", prévient un expert humanitaire. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a eu les mots qu'il fallait : " Nous sommes face à une tragédie, nous devons éviter qu'elle devienne une catastrophe." »

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