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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Janvier 2017

2 Février 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants.
 

Éditorial du 5 janvier : Rohingya : la nouvelle épreuve d'Aung San Suu Kyi.

« De l'Afrique du Sud à l'Europe centrale, plus d'un combattant de la démocratie en a fait l'expérience : il est plus facile d'être vertueux dans l'opposition au totalitarisme que dans l'exercice du pouvoir, une fois le dictateur chassé. C'est au tour d'Aung San Suu Kyi, l'icône de la résistance birmane, d'affronter cette épreuve. La terrible répression menée par l'armée de son pays contre la minorité musulmane rohingya a atteint de telles proportions qu'elle menace d'anéantir le crédit de celle que les Birmans appellent encore respectueusement " The Lady ".

Les témoignages recueillis par notre envoyé spécial, qui corroborent les accusations formulées ces derniers mois par les organisations humanitaires, sont accablants. Viols, meurtres, persécutions : rien n'est épargné à cette minorité originaire du Bengale, poussée vers la Birmanie au XIXe siècle par l'Empire britannique. Les relations entre Rohingya et l'ethnie majoritaire en Birmanie, les Bamars, pour la plupart de confession bouddhiste, ont souvent été difficiles. Des dizaines de milliers de Rohingya sont parqués depuis des années dans des camps de réfugiés au Bangladesh voisin et dans des camps de déplacés en Birmanie. En 2012, de graves émeutes entre Rohingya et bouddhistes dans l'Etat d'Arakan, dans l'ouest de la Birmanie, où vit la minorité, ont relancé l'exode. L'attaque d'un poste-frontière birman, le 9 octobre 2016, par des centaines de combattants d'un groupe armé rohingya jusque-là inconnu a fourni le prétexte d'une nouvelle vague d'exactions des forces armées birmanes, dont un épisode a même été filmé par un militaire lui-même et posté sur les réseaux sociaux.

Fille du général Aung San, héros de l'indépendance birmane assassiné, Aung San Suu Kyi, aujourd'hui âgée de 71 ans, a forcé l'admiration du monde entier par sa résistance courageuse et stoïque à la dictature militaire, pour laquelle elle a reçu le prix Nobel de la paix. Enfermée pendant quinze ans en résidence surveillée dans sa grande maison décrépie, elle a fini par sortir victorieuse de ce combat, en se faisant élire députée en 2012, en négociant la transition avec ses geôliers, puis en menant son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, à la victoire il y a un an. Empêchée par une disposition introduite dans la Constitution par les militaires de se présenter à la présidence, elle a les titres officiels de ministre des affaires étrangères et de conseillère d'Etat, mais a de facto le pouvoir d'un premier ministre.

L'armée birmane, toutefois, reste très puissante et a conservé de multiples leviers du pouvoir. Otage du compromis, Aung San Suu Kyi est prisonnière d'une autre manière. Souvent critiquée, à l'étranger, sur les violations des droits de l'homme, elle déteste qu'on l'accuse de trahir son image d'icône. " Je ne suis pas une icône, a-t-elle souvent rétorqué, je suis une femme politique qui veut la réconciliation nationale ", impliquant que la complexité de la réalité et le pragmatisme la contraignent, parfois, à se salir les mains. Comme son père, elle est confrontée au problème d'un Etat multiethnique dominé par une majorité inflexible. Elle aurait tort de renoncer à ce dernier combat : plus que de son image personnelle, il en va du respect des droits de l'homme les plus fondamentaux, de l'avenir de son pays et des relations de la Birmanie avec les États voisins, dont plusieurs abritent d'importantes populations musulmanes »

 

Éditorial du 12 janvier : La mise en garde d’Obama sur la démocratie.

« Il était naturel que le président -Barack Obama choisisse Chicago, la ville qui l'a vu naître politiquement, pour faire ses adieux, mardi 10 janvier, au terme de huit ans à la Maison Blanche. Il était également -naturel que, avec le formidable talent oratoire qui l'a accompagné au long de sa présidence, il tire un bilan positif de ses deux mandats et revienne sur le slogan qui l'a lancé, " Yes we can " (" oui, nous pouvons ") en bouclant la boucle par un vigoureux " Yes we did " (" oui, nous l'avons fait "), même si beaucoup d'Américains, jusque dans son propre camp, jugent son bilan en demi-teinte.

Il était malheureusement tout aussi naturel qu'il formule, à cette occasion, un sérieux avertissement à ses -compatriotes sur l'état de la démocratie américaine. L'élection de -Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis, le 8 novembre, n'est pas seulement l'échec de son adversaire démocrate Hillary Clinton. Elle est aussi l'échec de Barack Obama et d'une conception traditionnelle du processus démocratique. A l'heure où le président sortant prenait la parole, mardi, son successeur était de nouveau contraint de se défendre sur les réseaux sociaux de nouvelles allégations sur un scandale lié à ses relations avec la Russie. Cette campagne électorale, l'élection elle-même et la transition ont été les plus chaotiques que les Etats-Unis aient connues, -surpassant l'élection controversée de George W. Bush en 2000.

Pour Barack Obama, la démocratie est aujourd'hui menacée par la montée des inégalités, la persistance du -racisme et par l'enfermement intellectuel. S'il a tenté d'œuvrer contre les deux premiers dangers avec un succès très mitigé, l'émergence du troisième est plus récente. M. Obama a souligné que la politique est, avant tout, " une bataille d'idées ". Il a jugé utile de rappeler que le débat électoral démo-cratique consiste à " hiérarchiser des objectifs " et à formuler " les différents moyens de les atteindre ". Ce débat, a-t-il dit, ne peut se dérouler sainement " si l'on n'est pas prêt à admettre des -informations nouvelles ni à concevoir que son adversaire peut émettre un point de vue juste ", ou que " la science et la raison comptent ". " Si vous en avez assez de vous disputer avec des -inconnus sur Internet, essayez donc de parler à quelqu'un dans la vraie vie ", a-t-il conseillé.

Qu'un président américain soit tenu de rappeler ces évidences en 2017 est, en soi, un motif d'inquiétude. M. Obama a également pris soin de mettre en garde, dans la même phrase, ses concitoyens contre " l'affaiblissement des valeurs qui - les - définissent " et contre " les agressions extérieures ". Il en est donc convaincu : les différentes offensives de piratage informatique qui ont émaillé la -campagne de 2016 avaient bien pour objet d'affaiblir le système démocra-tique américain. Adressé à l'électorat de son pays, le discours d'adieu de -Barack Obama est, en réalité, applicable à la plupart des démocraties européennes. Son avertissement vaut pour nous tous. »

 

Éditorial du 14 Janvier. Le charme de l'austérité allemande.

« Le rituel est bien rodé : à chaque élection présidentielle française, le président élu se rend à Berlin pour obtenir un nouveau sursis et laisser filer ses déficits publics. Au nom, bien sûr, de la défense de la croissance et de l'emploi.

Qui peut croire encore à cette fable lorsqu'on observe les performances économiques de l'Allemagne, qui mène depuis quinze ans une politique opposée ? Les chiffres publiés jeudi 12 janvier par Destatis, l'office des statistiques allemand, sont éloquents : le pays a réussi à atteindre une croissance de 1,9 % en 2016, supérieure aux attentes et tirée exclusivement par la consommation intérieure, tout en dégageant un excédent budgétaire de 20 milliards d'euros, soit 0,6 % du produit intérieur brut (PIB). Cela malgré les 20 milliards d'euros consacrés à l'accueil du million de réfugiés venus notamment de Syrie.

Quant au chômage, il est tombé à 6 %, niveau historiquement bas depuis la réunification. Mieux, le pays a créé l'an dernier 420 000 emplois, selon l'office des statistiques, et l'introduction du salaire minimum n'a pas freiné la tendance. Enfin, les salaires nets ont augmenté de 1,9 % hors inflation, tout comme leur part dans la valeur ajoutée.

L'Allemagne, dirigée par la chancelière Angela Merkel et son ministre des finances Wolfgang Schäuble, a donc inventé un modèle de croissance et de plein-emploi fondé sur la compétitivité et le désendettement : la dette qui était comparable à celle de la France en 2010 (81 % du PIB), est aujourd'hui de 68 % du PIB, tandis qu'elle est de 97,5 % en France. Belle leçon pour les pourfendeurs de l'austérité. Il suffit de se promener en Allemagne pour constater la prospérité générale. Même la capitale, Berlin, perd son charme délabré et commence à ressembler à Munich avec sa richesse tape-à-l'œil.

Dans ce ciel apparemment sans nuages, trois questions toutefois. D'abord, le temps de la surpuissance allemande est sans doute révolu : sa surcompétitivité s'est réduite, en raison des hausses de salaires consenties et des efforts de compétitivité de ses concurrents européens. L'Allemagne doit absolument prendre le virage du numérique, au risque de voir son industrie traditionnelle " ubérisée " par les géants de la Silicon Valley. Pour cela, il faut investir. C'est là que survient le débat sur l'usage de la cagnotte budgétaire allemande. Le pays prend le risque de sous-investir, trop soucieux d'équilibrer ses finances publiques pour ne pas mettre en péril les retraites d'une population vieillissante.

Enfin, reste la question de l'excédent commercial allemand (9 % du PIB), dopé par la chute de l'euro et accusé de ravager l'économie de ses voisins. En période de populisme et de contestation de la mondialisation, la menace est sérieuse. La solution n'est pas aisée : il est difficile de forcer une population vieillissante et dotée d'un faible patrimoine à consommer ou de demander à des entreprises de saborder leur compétitivité ; il n'est pas certain qu'une relance de l'Allemagne profiterait à ses partenaires de la zone euro. Selon l'économiste Patrick Artus, l'enjeu décisif est que le pays investisse de nouveau ses excédents dans la zone euro, en Espagne, en Italie, en France. Il a fui après la terrible crise de 2011, qui a sapé la confiance dans les banques et les finances des Etats du sud de l'Europe. La crise des banques en Italie et les non-réformes en France sont un obstacle majeur à ce retour indispensable des capitaux allemands.»

 

Éditorial du 18 janvier : Un américain contre l’Europe

« Donald Trump le dit haut et fort : il n'aime pas l'Union européenne. Il parie sur son démantèlement prochain. Pour la première fois depuis les années 1950, un président américain déclare son indifférence, voire son hostilité, au projet d'intégration européen. C'est un revirement total : l'Amérique a largement contribué à l'unification européenne au lendemain de la seconde guerre mondiale. Depuis, les Etats-Unis l'ont toujours appuyée. Une époque s'achève. L'homme qui s'installe, vendredi 20 janvier, à la Maison Blanche n'a que mépris pour ce que les Européens ont accompli sur la voie de l'unité et de la coopération entre eux.

Telle est la teneur du premier grand entretien que Trump a accordé, le week-end dernier, à deux quotidiens européens, le Times de Londres et la Bild allemande. Communauté de valeurs de part et d'autre de l'Atlantique ? Quand on interroge le futur président sur l'intérêt qu'il attache à une Europe unie, sa réponse est sans ambiguïté : " Pour les Etats-Unis, cela n'a aucune importance, cela m'est parfaitement égal que les Européens soient unis ou non. "

Il penserait plutôt que le mieux est qu'ils soient désunis : " Le Brexit va se révéler une grande chose. " Il s'en félicite chaleureusement. Il assure que cet exemple va vite être suivi par d'autres membres de l'UE. Celle-ci n'est qu'un véhicule " au service de la puissance allemande ", dit-il encore, tout en affichant un profond mépris – et une ignorance manifeste de leur mode de fonctionnement – pour les institutions de Bruxelles.

Logiquement, le 45e président américain n'a guère plus de considération pour l'OTAN. L'Alliance atlantique est " obsolète ", décrète-t-il. Le Kremlin a salué cette déclaration. Sur ce sujet comme sur l'UE, que Moscou cherche aussi à déstabiliser en soutenant les partis anti-européens sur le Vieux Continent, Donald Trump et Vladimir Poutine ont, grosso modo, la même sensibilité.

L'homme qui doit être investi vendredi sur les marches du Capitole à Washington complète ce tour d'horizon européen en réaffirmant ses positions protectionnistes. Il s'en prend notamment à l'Allemagne, à son fleuron industriel qu'est l'industrie automobile, et se dit prêt à déclencher une guerre commerciale avec elle (comme avec le Mexique et avec la Chine).

L'Europe a deux options. Soit elle pleurniche sur le revirement américain et compte sur la majorité républicaine au Congrès pour neutraliser la politique de Donald Trump. Elle peut encore chercher à se rassurer en pointant toutes les incohérences, contre-vérités et autres absurdités de la rhétorique trumpiste, particulièrement dans le domaine des échanges extérieurs. Elle courrait alors à l'échec, car Trump réalisera au moins une partie de son programme.

La seconde option pour l'Europe consiste à saisir la " chance " que lui offre le président américain – celle d'accéder enfin à la maturité. Il s'agit de n'être plus seulement une réussite commerciale – et même monétaire – mais de retrouver le chemin de la croissance, de se doter des moyens d'une plus grande autonomie en matière militaire, de recherche-développement et d'affronter les défis de demain, notamment celui de l'immigration.

Sauf à sombrer dans l'insignifiance, l'UE doit prendre acte du tournant historique que représente l'élection de ce président : l'Amérique se replie sur la part profondément protectionniste de son ADN et elle considère qu'elle n'a plus besoin de ses alliés européens.»

 

3 janvier : Les risques de la société " post-vérité.'' http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170103/html/1263790.html

8 janvier : Les inquiétantes incohérences du président élu http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170108/html/1264434.html
10 janvier : Rafsandjani, celui qui voulait être Deng Xiaoping

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170110/html/1264516.html

 

11 janvier. : En Europe, le Brexit ne fait pas envie

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170111/html/1264632.html

 

15 janvier. : Israël - Palestine la bonne initiative de Paris

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170115/html/1265135.html

 

 19 janvier : Un Brexit dur… pour les anglais

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170119/html/1265500.html

 

25 janvier : Syrie ,  à Astana, une chance pour la paix

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170125/html/1266142.html


 31 janvier : Face à Trump, indispensables contre-pouvoirs.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170131/html/1266783.html

 

 

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