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Idées et débat… Une fenêtre ouverte sur l’avenir de l’Europe:

8 Mars 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Idées-débats

Ayant déjà fait, courant février, deux billets sur l’euro et l’Europe (1 et 2), je ne pensais devoir y revenir aussi vite. J’avais trouvé dans le journal « Les Echos » du 2 mars, une très intéressante tribune de Jean Marc Vittori que je gardais sous le coude pour préparer un billet, le 25 mars pour le soixantième anniversaire du « Traité de Rome » et puis voila, il y eut ces derniers jours la réunion à Versailles, autour du Président de la République, des chefs de gouvernement de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne et la veille un entretien de François Hollande avec les journaux du groupe Europa : (Le Monde, Süddeutsche Zeitung, La Stampa, The Guardian, La Vanguardia et Gazeta Wyborcza), J’ajouterai enfin que la triste campagne présidentielle qui, à moins de 50 jours du 1er tour, continue de vivre au rythme des affaires Fillon et au pitoyable comportement de la droite française, m’invite à proposer ce billet plus tôt que prévu. J’y intègre, ci-après, la tribune de Jean Marc Vittori, des extraits de l’interview, dans « Le Monde » du Président Hollande, et enfin pour terminer un tribune de Dominique Seux dans le journal « Les Echos » de ce jour.

 

« L'Europe va avoir soixante ans. Aux yeux des Européens, c'est l'âge où la retraite commence à se profiler. Et certains d'entre eux veulent quitter l'Union - ou la mettre à la retraite. Mais l'Europe n'est pas une femme ou un homme. C'est une institution. Et pour une institution, les soixante ans relèvent de l'adolescence. Les États-Unis ont passé ce cap en 1836, la République française en 1852... L'adolescence n'est, certes, pas un âge facile. C'est le temps des troubles existentiels. L'Union européenne y est plongée. Après avoir trop vite grandi, ses institutions fonctionnent mal, en particulier la monnaie commune aux deux tiers des pays membres. Des tendances suicidaires apparaissent ici et là. Et pourtant, c'est le moment où s'ouvre une fenêtre vers l'avenir.

D'abord, paradoxalement, parce que le monde redevient plus incertain, voire périlleux. Pour la première fois de leur histoire, les États-Unis sont dirigés par un président fantasque. Le repli sur elle-même de la première puissance mondiale, qui voulut longtemps être le gendarme de la planète, risque de débrider de redoutables volontés de puissance. La Russie, elle, est pilotée par un président aux rêves nostalgiques de grandeur. Or, l'Union est née d'une double peur : d'abord celle de la guerre, qui avait dévasté le continent à deux reprises au cours du demi-siècle précédent ; ensuite celle de l'URSS. La résurgence des menaces constitue pour l'Union une raison d'être.

Ensuite, parce que les dirigeants de ses pays et de ses institutions semblent enfin avoir compris que le statu quo n'est pas tenable. Si l'Europe n'avance pas, elle reculera. Les menaces sont nombreuses aussi en son sein. Crise de la zone euro, vote du Brexit, tentations extrémistes dans nombre de pays, rebuffades venus de pays de l'est de l'Union... Face à ces secousses, il existe plusieurs manières de construire un futur commun. C'est ce que montre le Livre blanc sur l'avenir de l'Europe que vient de présenter la Commission européenne. D'autres cercles, d'autres initiatives esquissent des pistes. Il existe aussi un soutien persistant des peuples. D'après l'Eurobaromètre, 70 % des habitants des pays de l'euro sont, par exemple, en faveur de la monnaie unique, proportion la plus élevée depuis près d'une décennie.

Comme en 1957, quelques pays devront prendre l'initiative, proposer des mesures audacieuses pour soutenir la croissance et accroître la solidarité entre les peuples. Avant les élections françaises et allemandes, rien ne pourra se faire. Après, il deviendra peut-être possible d'ouvrir la fenêtre sur le futur, d'éviter l'explosion. Des deux côtés du Rhin, nos prochains gouvernants auront une responsabilité historique. Qu'ils soient à la hauteur ! » Jean Marc Vittori.

Entretien de François Hollande avec les journaux du groupe Europa. (Extraits qui représentent les 2/3 de l’interview). Pour les lecteurs qui souhaitent lire l’article in extenso :

http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2017/03/06/hollande-l-extreme-droite-n-a-jamais-ete-aussi-haute-depuis-plus-de-30-ans-mais-la-france-ne-cedera-pas_5089684_3210.html

 

Pour se protéger, les Européens doivent pouvoir se défendre ?

La défense, c'est un sujet qui a été délibérément écarté lors de la signature du traité de Rome. L'Europe aurait pu commencer par là ; c'est la France qui ne l'a pas voulu au début des années 1950.

Aujourd'hui, l'Europe peut se relancer par la défense. A la fois pour assurer sa propre sécurité, mais aussi pour agir dans le monde, pour chercher des solutions aux conflits qui la menacent. C'est ce que les Européens doivent avoir, en cohérence avec l'OTAN, comme priorité.

Comment cette défense européenne s'articule-t-elle avec l'OTAN ?

L'Alliance est nécessaire et l'Europe de la défense n'est en aucune façon contradictoire ou concurrente. Elle est fondée sur la solidarité : quand un pays est agressé, tous les autres doivent lui porter assistance. Le président Trump a paru hésiter mais, finalement, il vient de réaffirmer son soutien à l'OTAN pour mieux discuter du partage du fardeau. Ce qui compte, c'est la fiabilité des partenaires. La France est crédible, elle a apporté, comme d'autres Européens, son soutien aux États-Unis, en Afghanistan notamment. La nouvelle administration américaine a aussi des devoirs à l'égard de ses alliés européens, ce n'est pas seulement une affaire de budget, c'est la conception même des valeurs que nous portons dans le monde. Il reste que les Européens doivent augmenter leur effort de défense. La France a décidé de le porter à 2 % du PIB dans les cinq prochaines années.

Donald Trump sert donc d'accélérateur à la défense européenne ?

Oui ! Notre conviction était faite avant même son élection. Nous avions déjà beaucoup avancé avec l'Allemagne. Mais c'est vrai que l'annonce d'un désengagement américain a suscité une prise de conscience. L'Europe doit éviter toute dépendance qui la placerait dans la soumission, ce qui serait grave, ou dans l'abandon, ce qui serait pire. La conscience, elle est là, encore faut-il la traduire par une meilleure coordination de nos politiques de défense, l'intégration de nos forces, le renforcement de nos capacités d'armement et de nos outils de projection militaire.

La France se sent-elle moins seule dans ces opérations ?

Au Sahel, en Centrafrique et au Levant, la France a été la première à intervenir, mais elle n'a jamais été seule. Elle a toujours été suivie par ses partenaires européens. Mais réfléchissons : est-ce qu'il n'aurait pas été plus symbolique encore que la décision que j'ai prise sur le Mali ait été partagée dès le début par les Européens eux-mêmes et rapidement exécutée ? C'est ça, la prochaine étape de l'Europe de la défense.

Le Royaume-Uni a un rôle dans cette Europe de la défense ?

Oui. La France et le Royaume-Uni ont des relations fortes en matière de défense, y compris dans le domaine, stratégique, de la dissuasion nucléaire. S'agissant de l'Europe de la défense, tous les pays de l'Union européenne n'ont pas à en être membres, certains n'ont pas cette tradition, mais la porte doit être ouverte à tous. Je propose donc une coopération structurée, pour fédérer les pays qui veulent aller beaucoup plus loin. Dans mon esprit, le Royaume-Uni, même en dehors de l'Union, doit y être associé.

En France et à Bruxelles, certains trouvent l'axe franco-allemand déséquilibré

La France a emmené l'Allemagne plus loin qu'elle n'avait prévu d'aller, par exemple sur l'union bancaire. Autre exemple, celui de la Grèce : la France a mis en évidence ce qu'aurait coûté le départ de la Grèce de la zone euro et l'Allemagne a fait en sorte, dans la discussion, de fixer des règles, des engagements qui ont d'ailleurs été respectés par Alexis Tsipras.

Avez-vous réussi à " réorienter l'Europe ", comme vous l'aviez promis ?

Oui, la réorientation a eu lieu. Une flexibilité a été introduite dans l'interprétation des règles du traité budgétaire européen. Cette inflexion a permis à l'Italie, à l'Espagne d'échapper à toute sanction, et à la France d'éviter une austérité destructrice. L'union bancaire a permis d'en finir avec les crises bancaires. Aujourd'hui, si un établissement financier venait à être défaillant, ce seraient les banques qui seraient sollicitées pour le renflouer et non les contribuables. Enfin, le plan Juncker pour l'investissement qui a même été amplifié et prolongé, c'est bien une réorientation en faveur de la croissance. Ceux qui disent que l'on n'a pas réorienté l'Union sont ceux qui, en fait, en récusent les règles.

C'est au moins la moitié des candidats à l'élection présidentielle !

Oui. Mais ce qui m'inquiète le plus dans l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, c'est le retour des égoïsmes nationaux, c'est que chaque pays vienne chercher son intérêt immédiat sans porter une ambition commune. Pour les uns le bénéfice des fonds structurels, pour les autres l'avantage d'une monnaie unique, pour beaucoup les atouts du marché intérieur et la mobilité des travailleurs. Personne n'est satisfait, et l'Europe est perdante. Sans un nouvel esprit européen, l'Union sombrera dans la dilution et, à terme, dans la dislocation.

Le principe de solidarité est atteint quand des pays refusent de prendre des engagements sur les réfugiés, quand ils s'écartent des obligations liées à l'accord sur le climat, quand ils sont prêts à exclure un pays de la zone euro pour ne pas contribuer davantage. Et j'entends de plus en plus souvent, dès qu'une politique nouvelle est évoquée, cette sommation : " Nous ne voulons plus payer plus que nous ne recevons ". C'est le retour de la formule de Mme Thatcher : " I want my money back. " La Grande-Bretagne s'en est allée, mais le mauvais esprit est resté ! Si chacun vient chercher ce qu'il a versé, c'en est fini de la flamme commune.

Quel sursaut commun peut-on envisager avec des pays, comme la Pologne ou la Hongrie, qui contestent l'autorité des institutions européennes ?

L'Europe n'est pas un comptoir commercial, c'est un système de valeurs. Il est donc légitime que la Commission européenne veille au respect des principes de l'Union. Des sanctions sont possibles, y compris financières. Mais on ne peut pas suspendre un pays en fonction de son gouvernement pour le réintégrer après. Les institutions européennes ont le devoir d'assurer la cohésion et de faire prévaloir les traités. Mais au-delà de ces difficultés, j'ai conscience que nous arrivons à un moment charnière. Le sursaut européen suppose un choix clair sur sa forme d'organisation.

L'Europe à 27 ne peut plus être l'Europe uniforme à 27. Longtemps, cette idée d'une Europe différenciée, avec des vitesses différentes, des rythmes distincts pour progresser, a suscité beaucoup de résistance. Mais aujourd'hui, c'est une idée qui s'impose. Sinon, c'est l'Europe qui explose. Ou bien on fait différemment, ou bien on ne fera plus ensemble. A l'avenir, il y aura un pacte commun, un marché intérieur avec, pour certains, une monnaie unique. Mais sur ce socle il sera possible, pour les États membres qui le voudraient, d'aller plus loin dans la défense, plus loin dans l'harmonisation fiscale ou sociale, plus loin sur la recherche, la culture, la jeunesse. Bref, nous devons imaginer des degrés d'intégration.

Comment expliquez-vous le désenchantement sur l'Europe ? Quelles erreurs ont été commises ?

L'élargissement de l'Europe a été réalisé au nom de principes politiques tout à fait respectables, mais il a permis que des pays viennent faire concurrence à d'autres, à des conditions très avantageuses. N'aurait-il pas fallu une phase de transition plus longue ? Sûrement. Mais c'est trop tard. Et il est facile pour les populistes à l'Ouest de dénoncer les délocalisations et, à l'Est, de défendre à tout prix la liberté de circulation. Ensuite, l'Europe n'a pas paru suffisamment défendre ses intérêts commerciaux dans le monde. Elle a voulu être un exemple d'ouverture parce qu'elle croit à l'échange, mais elle a pu donner l'impression qu'elle concédait trop aux pays émergents (…).

Enfin le problème majeur de l'Europe n'est pas le sens de ses choix, mais la lenteur de ses prises de décision. L'Europe agit plutôt bien mais toujours trop tard ! Ainsi, pour la Grèce, combien de temps a-t-il fallu attendre pour arriver à l'accord de juillet 2015 ? Et depuis cette nuit de négociation au conseil européen, combien de réunions de l'Eurogroupe pour verser à la Grèce ce qui lui était déjà promis ! Sur l'union bancaire, il a fallu trois ans pour introduire les règles et installer les autorités.

Sur les réfugiés, que de temps encore pour mettre en place les gardes-côtes, les centres " hot spots " et conclure l'accord avec la Turquie ? Et pour le renforcement de nos instruments de lutte contre le terrorisme ? Les modes de décision de l'Europe ne sont plus adaptés à un monde qui est celui de l'urgence. Les populistes, eux, se situent dans l'immédiateté des Tweet (…). Une Union européenne efficace, ce sont des autorités qui décident vite.

Quel message voudriez-vous adresser au Royaume-Uni, qui veut quitter l'Union mais en garder les avantages ?

Que ce n'est pas possible et qu'il va donc devenir un pays tiers par rapport à l'Union. Tel est le problème du Royaume-Uni : il avait pensé qu'en quittant l'Europe, il allait nouer un partenariat stratégique avec les États-Unis. Mais l'Amérique se ferme par rapport au monde. Le Royaume-Uni a fait un mauvais choix, au mauvais moment. Je le regrette.

Propos recueillis par Sylvie Kauffmann

 

Défendre le projet européen

C'est un bon point à attribuer à François Hollande, et c'est suffisamment rare pour être souligné. Le mini-sommet européen qu'il a organisé lundi soir à Versailles avec trois autres dirigeants du Vieux Continent pour esquisser des pistes de relance du projet européen a eu au moins un mérite. Celui de ne pas laisser le monopole de l'image et de la parole sur ce sujet à Marine Le Pen. La présidente du FN, en tête dans les sondages du premier tour de la présidentielle, ne perd pas une occasion de promettre la fin de la monnaie unique et de l'Union, et cela devrait normalement suffire à déclencher contre elle les tirs de barrage des autres candidats. Or il n'en est rien, ou presque. Obnubilés par leur combat pour la deuxième place, ses challengers ne prennent pas la peine de lui répondre. C'est une lourde erreur, qui laisse le champ libre au grand n'importe quoi. Samedi, Marine Le Pen a encore accusé l'Europe de porter « atteinte à la sécurité alimentaire » des Français. Pas moins. Sans l'affaire Fillon, le débat sur l'Europe aurait-il eu lieu ? Ce n'est même pas sûr. Il n'est pourtant pas besoin d'être un expert pour voir que les défis auxquels l'Union fait face sont immenses et pressants, et que les candidats « raisonnables » doivent y apporter des réponses. De l'autre côté de l'Atlantique, Donald Trump l'ignore. Outre-Manche, le Royaume-Uni la quitte. Par-delà l'Oural, Vladimir Poutine la méprise. Au-delà de la Marisa, à la frontière grecque, la Turquie n'hésite pas à accuser l'Allemagne d'avoir des « pratiques nazies », sans que toutes les capitales ne viennent exprimer leur solidarité contre les propos scandaleux de Recep Tayyip Erdogan. Sur le plan économique, l'euro est un succès monétaire, mais n'a pas créé de convergence entre les pays, ce qui constitue un lourd handicap. Emmanuel Macron, François Fillon et, derrière eux, Benoît Hamon, se rangent-ils dans le camp des pro-européens capables de soutenir le projet européen face aux partisans du démantèlement comme le FN ? Ils empruntent à coup sûr des voies clairement opposées pour répondre au désarroi des électeurs d'un pays qui a fait de la Commission de Bruxelles le bouc émissaire parfait. « Davantage d'intégration et de politiques en commun », défend le candidat d'En marche, qui n'hésite pas à écrire courageusement dans son projet que la « vraie souveraineté passe par une action européenne ». Il faut « le retour d'un certain nombre de compétences aux Nations », promet François Fillon, pour qui l'Europe « doit être un instrument et non pas une religion ». C'est ce débat-là qui doit avoir lieu entre différentes solutions pour sauver l'essentiel : un espace de puissance face aux États-Unis et à la Chine. Revoir l'Europe est inévitable, la défendre est urgent aussi. Dominique Seux.

Encore faut-il, si possible le 23 avril et au plus tard le 7 mai, impérativement barrer la route de l’Élysée à Madame Le Pen.

 

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Angeline 12/03/2017 16:44

très beau blog sur le lifestyle. un plaisir de me promener ici.