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L’invité du blog …. Lenin Voltaire Moreno, nouveau Président de l’Équateur.

5 Avril 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

L’invité du blog n’est pas vraiment le Président choisi dimanche soir par les électeurs équatoriens mais la journaliste Marie Delcas du journal « Le Monde » qui a couvert cet événement avec trois excellents articles parus ces trois derniers jours et notamment le dernier qui décrit admirablement la personnalité attachante du nouveau président. J’ai une autre raison d’inviter Lenin Voltaire Moreno sur mon blog, c’est que j’ai beaucoup entendu parler de lui pendant la douzaine de jours que nous avons passée en Équateur courant Mars. Pour faire ce voyage découverte nous étions passés par un ‘’ tour opérator ’’, mais quelle ne fut pas notre surprise de constater en débarquant à Quito que le groupe ne comprenait que deux personnes, Pilou et moi. Nous avions un guide et son véhicule 4x4, pour nous seuls. Le voyage prenait, tout à coup une autre forme qui s’avéra plus exaltante. Nous avions plus de libertés et de possibilités de découvertes et ce d’autant que notre guide Mauricio était très sympathique et très, très intéressant. Des liens d’amitié se sont vite créés et nous avons fini par évoquer, aussi, les deux élections présidentielles, la sienne et la nôtre. Moi je voulais tout savoir de la politique équatorienne (politique que j’avais déjà suivie par la presse française notamment le 1er tour qui s’était déroulé le 19 février) et Mauricio s’intéressait à la campagne française (et plus particulièrement à Mélenchon). Je lui ai rapidement remis les deux hebdomadaires que j’avais ramenés de France.

Je dois avouer que ce billet, au-delà des autres lecteurs, est plus particulièrement destiné à Mauricio. Je sais qu’il va venir lire les billets que je vais écrire sur son beau pays dont celui-ci, qui par le biais de la politique, est le premier. Le Monde ne parait pas en Équateur et je pense utile qu’il puisse prendre connaissance des articles de Marie Delcas, notamment celui du 4 février que je propose en premier. .

 

Article de Marie Delcas dans ‘’Le Monde’’ sorti mardi 4 avril après-midi. « Lenin Voltaire Moreno, un président Équatorien ouvert au dialogue : Handicapé, le successeur de Rafael Correa pratique l'humour comme philosophie de vie »

« Il a 64 ans, une chaise roulante et un drôle de prénom. Il a été élu président de l'Équateur dimanche 2 avril, au second tour du scrutin. Le 24 mai, Lenin (prononcer Lénine) Voltaire Moreno prendra la succession du charismatique Rafael Correa. Vice-président de celui-ci de 2007 à 2013, M. Moreno a promis de " construire sur ce qui a été construit ". Il va poursuivre " et améliorer " la révolution citoyenne engagée par son prédécesseur.

En dix ans de pouvoir, M. Correa a transformé son pays. Il lui a rendu la stabilité politique. Il a modernisé l'administration publique, la fiscalité et les infrastructures. Il a réduit la pauvreté. Mais ses adversaires, à droite comme à gauche, dénoncent ses déviances autoritaires et populistes. Et s'agacent de son arrogance.

Lenin Moreno, lui, est un homme affable. Toujours de bonne humeur " en public comme en privé ", précisent ses proches collaborateurs. Sa chef de campagne, l'ex-ministre des relations extérieures Maria Fernanda Espinosa, le dit " exigeant mais ouvert à la critique, attentif aux autres, très ponctuel " – qualité rare en Amérique latine. Au soir de la victoire, M. Moreno a tendu la main " à tous les Équatoriens ". " Nous devons ramener à nous ceux qui se sont éloignés ", a poursuivi M. Moreno, en citant nommément les écologistes, les indigènes, les professeurs. Tous ont été vilipendés par Rafael Correa, comme l'ont été les nantis, les journalistes, les multinationales, les Américains, les défenseurs des droits de l'homme et tous les adversaires du pouvoir en place. A la question de savoir si la main tendue incluait son adversaire, le banquier libéral Guillermo Lasso, qui n'a pas reconnu les résultats du scrutin présidentiel, M. Moreno a répondu : " Je suis chrétien et je crois aux vertus du dialogue. " Personne ne doute que M. Moreno va imposer un style de gouvernement plus conciliant que celui de son prédécesseur.

Le nouveau président a grandi dans le Sud amazonien du pays. Ses parents, instituteurs, le déclarent sous le nom de " Lenin Boltaire " (en espagnol, " b " et " v " se prononcent de la même manière). M. Moreno a fait corriger, il y a peu, l'erreur d'orthographe de son acte de naissance. Etudiant à Quito, Lenin " Boltaire " touche à la médecine et à la psychologie avant d'obtenir un diplôme en administration publique. Et de s'engager dans le secteur privé. Il monte une agence de tourisme. En 1998, sa vie bascule. Victime d'une agression en pleine rue, il prend une balle dans le dos et devient paraplégique. Pendant des mois, la douleur est incessante. M. Moreno fait de l'humour une thérapie et une philosophie de vie. Il devient " motivateur professionnel " – coach, -dirait-on aujourd'hui –, donne des conférences et publie des livres aux titres évocateurs : " Etre heureux est facile et amusant ", " Ne soyez pas malade, riez "ou encore " Les Meilleures Blagues du monde ". Sa femme, ses trois filles et, aujourd'hui, ses petits-enfants sont " son soutien le plus précieux ", explique-t-il.

Quand Rafael Correa lui propose la vice-présidence de la République, Lenin Moreno est un inconnu. " En termes de marketing, l'idée était d'inspirer aux électeurs de la compassion ", raconte le politologue Jorge Leon. Une fois au pouvoir, M. Moreno se consacre aux handicapés, " la minorité la plus oubliée ". Sa politique lui vaudra de devenir plus populaire que Rafael Correa. Et d'être nommé, à la fin de son mandat, envoyé spécial pour le handicap et la mobilité par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. M. Moreno part vivre à Genève. S'il dément avoir des ambitions politiques, il finit par déposer sa candidature en octobre 2016. L'opposition soupçonne une manœuvre politique de Rafael Correa. " M. Moreno ne va pas finir son mandat. Dans six mois, il donne sa démission. C'est Jorge Glas, l'actuel vice-président et homme de confiance de Correa, qui va prendre sa place ", expliquent les partisans de Guillermo Lasso. Associé à plusieurs scandales de népotisme et de corruption, M. Glas, 47 ans, est peu apprécié des électeurs.

Selon Jorge Leon, Lenin Moreno n'a pas " l'étoffe d'un président ". " Il n'est pas fait pour ce poste. Il n'a pas d'idées sur la politique, l'Etat, la société ou l'économie, explique le chercheur. C'est pour cela qu'il a refusé un débat télévisé avec Lasso." M. Moreno en avait accepté le principe avant de faire marche arrière. " C'est l'équipe de Correa qui va continuer à gouverner. Et Glas qui va prendre sa place ", prédit M. Leon. L'opposition propage des rumeurs sur l'état de santé de Lenin Moreno. Mme Espinosa les dément. " Au cours de la campagne, Lenin Moreno a multiplié les déplacements et les réunions sans jamais se plaindre. En fin de journée, c'est moi qui étais épuisée ", ironise-t-elle. Et de rappeler que Franklin D. Roosevelt a lui aussi gouverné en chaise roulante. Dimanche soir sur l'estrade de la victoire, M. Moreno arborait un sourire rayonnant. Le pouvoir serait-il, comme l'humour, une thérapie ? »

 

Article de Marie Delcas dans ‘’Le Monde’’ sorti lundi 3 avril après-midi : « Lenin Moreno en tête de la présidentielle en Équateur : Le candidat de l'opposition, Guillermo Lasso, n'a pas reconnu sa défaite face au socialiste, dauphin de Rafael Correa, et exigera un recomptage des voix.»

« La continuité de la " révolution citoyenne " du président équatorien, Rafael Correa, est assurée. Dimanche 2 avril, Lenin Moreno, 64 ans, le candidat du parti au pouvoir (Alianza Pais), a remporté le second tour de l'élection présidentielle avec 51,11 % des votes exprimés (et 95,64 % des bulletins dépouillés). " Nous saurons écouter les critiques ", a promis le socialiste, appelant ses compatriotes " à travailler ensemble pour le pays ". Il entrera en fonction le 24 mai, dans un pays profondément divisé. Mais son adversaire, le banquier très libéral Guillermo Lasso, 61 ans, n'a pas reconnu sa victoire. Dénonçant un risque de fraude, M. Lasso avait, avant même le début le scrutin, appelé les opposants à " défendre leur vote dans la rue ". Il a annoncé dimanche soir que la coalition d'opposition demanderait un recomptage des voix dans toutes les provinces du pays. M. Lasso fonde ses accusations de fraude sur la différence entre les résultats d'une enquête à la sortie des urnes – qui le donnait gagnant avec huit points d'avance – et le résultat du Conseil national électoral (CNE).

Le ton affable et le caractère conciliant de M. Moreno, gestionnaire de formation, le distinguent de son mentor. Au pouvoir depuis dix ans, Rafael Correa s'est forgé à longueur de discours une image d'homme autoritaire, intraitable avec ses adversaires, intolérant avec la presse et arrogant avec tout le monde. Tout en s'engageant à maintenir la ligne politique de son prédécesseur, M. Moreno, marié, père de trois filles et paraplégique à la suite d'une attaque à main armée, a promis " un style de gouvernement différent ". Les deux hommes sont très proches. Lenin Moreno a été vice-président de Rafael Correa entre 2007 et 2013. Il s'est choisi pour vice-président Jorge Glas, à ce poste actuellement, et homme de confiance de l'actuel président. L'opposition est convaincue que ce choix lui a été imposé par le chef de l'État et que celui-ci va continuer à tirer les fils du pouvoir. M. Correa a annoncé qu'il avait l'intention de vivre un temps en Belgique, dont son épouse est originaire.

Dès la fermeture des bureaux de vote, à 17 heures, Guillermo Lasso se disait gagnant et prononçait un étonnant discours de victoire, sur la base du seul sondage à la sortie des urnes de l'institut Cedatos-Gallup. Une semaine plus tôt, celui-ci donnait Lenin Moreno gagnant. A la différence du premier tour, le 19 février, quand il avait fallu attendre quatre jours les résultats, ceux-ci sont cette fois tombés en moins de quatre heures. Un important dispositif policier a été déployé dimanche devant le CNE, où des milliers d'opposants sont venus manifester leur mécontentement. Certains se sont dits " prêts à tout pour ne pas se laisser piquer l'élection ", l'un parlant même de guerre civile. Mais l'ambiance est restée paisible et, à la télévision, les dirigeants des deux bords ont multiplié les appels au calme. A quelques centaines de mètres de là, devant le siège d'Alianza Pais, sur l'avenue de Los Shyris, les militants, le cœur en fête, ont entamé dans la nuit fraîche la chanson Hasta siempre, -comandante, du Cubain Carlos Puebla, le vieil hymne de la gauche latino-américaine.

A travers toute l'Amérique latine, les partisans du socialisme du XXIe siècle ont célébré la victoire de Lenin Moreno. Après l'élection de l'ultralibéral Mauricio Macri en Argentine et l'éviction de Dilma Rousseff au Brésil, l'Équateur fait figure de bastion de la gauche. Mais sur place, cette image exaspère militants et intellectuels de la gauche anti-Correa, les écologistes et le mouvement indigène. " Correa n'a rien de socialiste ni de démocrate. Il a mis en place un régime autoritaire, qui réprime les mouvements sociaux et vend le pays aux transnationales du pétrole et des mines ", résume l'économiste alternatif Alberto Acosta.

Le futur président n'a ni le charisme ni le leadership de son prédécesseur, et sa majorité parlementaire est réduite. La manne pétrolière qui, pendant près de dix ans, a financé politique sociale et infrastructures, se tarit, la réévaluation du dollar pénalise l'économie, et le chômage est en hausse. La continuité de la révolution citoyenne est assurée ; ses difficultés aussi. »

 

Article de Marie Delcas dans ‘’Le Monde’’ sorti mercredi 31 mars après-midi : « En Équateur, le bilan du président, Rafael Correa, jugé par les électeurs. Le second tour de la présidentielle, dimanche 2 avril, s'annonce serré.»

« Trêve électorale et " loi sèche ", l'Équateur s'apprête à voter. Dimanche 2 avril, les 13 millions d'électeurs du pays andin sont appelés aux urnes pour décider qui, du candidat de gauche Lenin Moreno ou du libéral Guillermo Lasso, succédera à Rafael Correa, l'impétueux président en place depuis 2007. Ils sont au coude-à-coude. A partir de vendredi, tout prosélytisme politique est interdit, sur les ondes comme dans la rue. La vente de boissons alcoolisées est suspendue jusqu'au lendemain du scrutin.

Jeudi soir, Lenin Moreno, 64 ans, a bouclé sa campagne dans un quartier populaire de Quito. Le candidat de Alianza Pais (Alliance pays, AP), la formation du président Correa, a promis de poursuivre sa " révolution citoyenne ". Perchée à 2 800 mètres dans les Andes, la capitale de l'Équateur a toujours voté plus à gauche que Guayaquil, sa métropole économique, sur la côte Pacifique. C'est là-bas que Guillermo Lasso, 61 ans, y a prononcé son dernier discours de campagne.

Ancien banquier, le candidat d'opposition promet le " changement ", un mot porteur après dix ans de règne sans partage de M. Correa. D'autant que plusieurs scandales récents de corruption entachent le bilan du gouvernement sortant. En invoquant son expérience dans le secteur privé, M. Lasso se fait fort de créer un million d'emplois en quatre ans et de réduire les impôts pour relancer l'économie. L'Équateur, qui produit près de 500 000 barils de pétrole par jour, a souffert de l'effondrement des cours, de la réévaluation du dollar (qui est depuis 2000 la devise nationale) et du tremblement de terre de 2016. Personne ne doute que le -vainqueur de la présidentielle affrontera une situation économique difficile.

L'Équateur va-t-il maintenir le cap à gauche ? La polarisation politique de l'Amérique du Sud pèse dans la campagne. Dans ses discours, M. Lasso brandit la menace d'une dérive " à la vénézuélienne " si son adversaire devait l'emporter. Pour les partisans de M. Correa, la victoire de l'opposition signifierait le retour de " la longue nuit néolibérale ". La tension entre les deux camps est vive. Mardi, M. Lasso a été agressé par des adversaires.

Six semaines ont séparé les deux tours de scrutin. Avec 39,3 % des voix, M. Moreno avait raté de peu la victoire le 19 février. En Équateur, un candidat peut emporter le premier tour de la présidentielle avec 40 % des voix si plus de dix points le séparent de son adversaire le plus proche. Guillermo Lasso n'avait alors obtenu que 28,1 % des voix. Les autres candidats se sont ralliés à lui pour faire barrage à Lenin Moreno au second tour. Les opposants soulignent que 60 % des électeurs ont voté contre le candidat du président sortant au premier tour. Le vote est obligatoire, mais les derniers sondages donnent M. Moreno gagnant. " Beaucoup de gens qui en ont ras-le-bol de Correa, de son hyper-présidence et de son hyper-présence médiatique, n'ont pas voté Lenin au premier tour. Mais ils vont le faire au second parce qu'ils savent qu'ils ont beaucoup à perdre si la droite revient ", considère Francisco Espinoza, militant d'Alianza Pais.

Affable, toujours souriant, M. Moreno a pris soin de se démarquer du style autoritaire de son mentor. Il a néanmoins refusé de débattre à la télévision avec M. Lasso. L'opposition s'inquiète des risques de fraude. " Le résultat du premier tour, défavorable au pouvoir en place, qui comptait bien l'emporter dès le premier scrutin, a crédibilisé le Conseil national électoral ", rappelle un diplomate occidental en poste à Quito. Toutefois, il est à craindre qu'un résultat trop serré, ou trop long à venir, ne mette le feu aux poudres. Le Conseil national avait tardé quatre jours à donner les résultats du premier tour.

Dimanche soir, un Australien suivra de près le résultat du scrutin équatorien. Il s'agit de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, réfugié depuis 2012 dans les locaux de l'ambassade d'Équateur à Londres. Quito lui a octroyé l'asile politique, mais le Royaume-Uni refuse de lui établir un sauf-conduit. Accusé d'un viol en Suède – qu'il nie –, M. Assange craint d'être extradé et condamné aux États-Unis pour la publication de documents diplomatiques et militaires confidentiels. M. Moreno a promis de maintenir l'asile accordé. Son concurrent souhaite le " réexaminer " »

L’invité du blog …. Lenin Voltaire Moreno, nouveau Président de l’Équateur.

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