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Les invités du blog……. Des économistes jugent les projets économiques de différents candidats

15 Avril 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

A huit jours du 1er tour de l’élection présidentielle les sondages annoncent qu’il n’y aurait plus que trois points d’écart entre les quatre premiers. Une étude publiée hier soir par ‘’ Le Monde’’ montre que le niveau d’indécision des électeurs n’a jamais été aussi élevé. Je suis encore l’un de ces indécis et j’écoute et je lis tout ce qui a trait à l’essentiel, à savoir les projets économiques et leurs conséquences sur l’avenir de la France dans l’Europe thème sur lequel j’ai déjà fait plusieurs billets sur ce blog (1, 2, 3). Autant dire que je balance encore entre Benoit Hamon, ma famille politique, et Emmanuel Macron, le vote utile pour éviter un second tour dramatique.

 

En première partie je reporte un article trouvé ce matin sur le site du journal « Les Echos » A une semaine du premier tour de l'élection présidentielle, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publie son évaluation du programme des candidats. Ce think tank classé à gauche se montre critique vis-à-vis des projets de Marine Le Pen et François Fillon, sans épargner Jean-Luc Mélenchon. Le programme de Benoît Hamon est aussi visé. Emmanuel Macron est plutôt épargné.

 

François Fillon : un projet aux « effets récessifs »

L'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy « propose des transferts importants des ménages vers les entreprises et l'Etat au prix d'une augmentation probable des inégalités et d'une faible réduction du chômage », estiment les économistes de l'OFCE. Certes, François Fillon peut se targuer d'être « le candidat qui réduit le plus la fiscalité sur les entreprises ». Le programme du candidat, axé principalement « sur la baisse de la fiscalité des entreprises et celle du capital financée par une réduction de la dépense publique et une hausse de la TVA, couplée à la suppression des 35 heures et au recul de l'âge légal de départ à la retraite, s'inscrit dans une logique très claire de politique d'offre dont les effets positifs, à travers l'amélioration de la compétitivité-prix, la flexibilité, l'attractivité ou la hausse de la population active, sont à attendre sur le long terme », préviennent les experts.

Mais à court terme, la donne sera probablement différente : « l'économie devrait surtout subir au cours des cinq prochaines années les effets récessifs de la baisse de la demande », jugent-ils. Enfin, si François Fillon entend réduire le chômage, plusieurs décisions risquent pourtant de jouer dans le sens inverse, selon l'OFCE. « Le recul de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, qui conduira à une forte augmentation de la population active et la suppression de 500 000 fonctionnaires rendront difficile une baisse significative du taux de chômage sur le quinquennat », estime le think tank.

 

Emmanuel Macron : vers « une croissance modeste »

Le collaborateur de François Hollande à l'Elysée veut, lui, « utiliser la reprise attendue de la croissance pour améliorer, modérément, les comptes des entreprises, des ménages et dans une moindre mesure de l'Etat », explique le think tank. Comme chez François Fillon, les économistes de l'OFCE, en keynésiens convaincus, sont critiques sur le peu de soutien apporté à la demande par Emmanuel Macron. Pour eux, « ce projet table sur une réduction forte de la dépense publique qui risque de dégrader le soutien au pouvoir d'achat obtenu par les baisses de fiscalité sur les ménages ». En accord avec les traités européens, la trajectoire de consolidation budgétaire pourrait « peser sur la reprise de la croissance au cours du prochain quinquennat. D'ailleurs, la croissance attendue par le candidat reste relativement modeste pour créer une vraie dynamique de sortie de crise », soulignent-ils.

 

Marine Le Pen : un programme qui oublie « les conséquences négatives » de la sortie de l'euro

Là, c'est la grande inconnue. En effet, l'évaluation de la sortie de l'euro « comporte des incertitudes considérables sur l'ampleur des effets négatifs » de cette décision, reconnaissent les économistes de l'OFCE. Une telle mesure « créerait une incertitude et une instabilité maximales en raison des conséquences potentielles sur le système bancaire et financier, avec une forte probabilité de déboucher sur un bank run et une crise systémique ». Ces derniers ont décidé de prendre « l'hypothèse d'une dévaluation minime par rapport à l'ensemble des autres pays de la zone euro, avec des effets de bilan importants, et donc une contraction probable du crédit et de l'investissement ». Ils concluent « à un gain quasi nul en termes de compétitivité par le canal du taux de change », qui pourrait même devenir « négatif en cas conflits commerciaux ». En effet, expliquent-ils, « la sortie de la France conduirait très probablement à une sortie des pays du sud de l'Europe qui verraient leur monnaie se déprécier par rapport au franc ».

La critique vis-à-vis du programme économique repose aussi sur le fait que le programme « ne tient pas compte des conséquences négatives du retour à une monnaie nationale et des réactions en chaîne de nos partenaires commerciaux face à une telle politique ». Enfin, les experts de cet institut classé à gauche, mettent aussi en avant « le peu de vraisemblance des économies proposées », qui se fondent sur la lutte contre la fraude fiscale et sociale, ainsi que sur la suppression des régions.

 

Jean-Luc Mélenchon : un projet « qui ne tient pas compte des contraintes extérieures et des finances publiques »

Le choix du leader de La France insoumise est clair : la candidat a a opté pour « un transfert massif de l'Etat et des entreprises vers les ménages les plus modestes sans tenir compte des contraintes extérieures et de finances publiques ». Les économistes de l'OFCE soulignent d'abord plusieurs incohérences dans le programme. Les deux premières sont plutôt positives : « la croissance moyenne attendue par J.-L. Mélenchon semble particulièrement prudente (2 %) au regard de la relance budgétaire programmée (4,3 points de PIB) ». Et « le taux de chômage de 6,2 % en 2022 affiché par Jean-Luc Mélenchon semble relativement élevé au regard de la croissance attendue, du recrutement important de fonctionnaires, de la mise en place de nombreux contrats coopératifs, et du retour à un départ en retraite à 60 ans ».

Mais au-delà, le programme bute sur un manque de réalisme, selon l'OFCE. Le pari d'une très forte relance budgétaire « se confronterait à la question du financement d'un tel plan de relance et du risque sur le coût de la charge de la dette publique, ainsi que de la potentielle forte dégradation du déficit extérieur dans le cadre d'une relance massive et isolée de la demande et d'une forte hausse du coût du travail (hausse du SMIC de 15 % et suppression du CICE et du Pacte de responsabilité). forte hausse du coût du travail (hausse du SMIC de 15 % et suppression du CICE et du Pacte de responsabilité). D'ailleurs, l'hypothèse d'une inflation à 4,2 % en fin de quinquennat retenue par le candidat traduit le risque de dégradation accentuée de compétitivité des entreprises », ajoutent les experts de l'OFCE. Ensuite, « la prévision de déficit public à 2,5 % du PIB en 2022 de Jean-Luc Mélenchon n'est pas compatible avec une croissance à 2 % et une impulsion budgétaire de +4,3 points de PIB. Avec cette croissance, un tel programme conduirait à creuser le déficit public de 2 points de PIB sur le quinquennat plutôt qu'à le réduire d'un point de PIB ».

 

Benoît Hamon : risques de dégradation du déficit commercial

Le candidat du PS se voit lui aussi, opposé les mêmes critiques que Jean-Luc Mélenchon. L'éphémère ministre de l'Education nationale de François Hollande a choisi « un transfert des ménages les plus riches et surtout des entreprises vers les ménages les plus pauvres. Cela réduit les inégalités mais dégrade le solde public et la compétitivité des entreprises », considèrent là encore les économistes de l'OFCE. Cette politique de soutien à la demande caractérisée par la mise en place d'un revenu universel d'existence, la revalorisation des minima sociaux, la hausse de la masse salariale de la fonction publique et l'augmentation du SMIC peut générer de la croissance dans les premières années du mandat peut certes « générer de la croissance dans les premières années du mandat », reconnaissent-ils. « Elle pose néanmoins la question de la politique de compétitivité des entreprises, avec le risque de dégradation du déficit commercial, que ce soit avec la hausse du coût du travail ou la mise en place d'une taxe sur les robots », jugent les experts de l'OFCE.

 

En deuxième partie de ce billet je reprends une tribune publié dans « Le Monde » de mercredi après-midi, cosignée par quarante éminents économistes qui estiment qu’Emmanuel Macron est le seul susceptible de poser les bases de la croissance dont la France a besoin.

 

« Nous sommes économistes et nous soutenons Emmanuel Macron pour la présidence de la République. Pourquoi ? Aujourd'hui, par-delà la diversité de nos approches et de nos objets de recherche, trois choses nous réunissent.

La première, c'est notre indépendance de jugement. Nous évaluons et jugeons les propositions qui ont pour but de créer de l'emploi et de la croissance durable pour tous. Notre engagement se fonde sur l'idée que la recherche en économie, en particulier l'évaluation des politiques publiques, peut éclairer la décision politique.

La deuxième, c'est la volonté de faire partager notre certitude que la victoire de Marine Le Pen serait une catastrophe économique, sociale et démocratique. Le programme qu'elle défend, concernant le pouvoir d'achat, l'emploi, l'investissement, la compétitivité, entraînerait une régression historique pour les Français, notamment pour les plus modestes.

La troisième, c'est une conviction. Nous ne sommes pas toutes et tous en accord avec l'ensemble de ses propositions, mais nous estimons que le programme d'Emmanuel Macron est le plus à même de poser les bases de la nouvelle croissance économique dont notre pays a besoin. Il l'est parce qu'il fait le pari du travail, de la jeunesse, de l'innovation, de l'inclusion, de l'investissement et de la transition environnementale. La nouvelle croissance a pour fondement le travail et sa transformation, non sa disparition. Le taux de chômage, en particulier des jeunes les moins qualifiés, que connaît notre pays depuis plus de trente ans n'est pas une fatalité. Comment expliquer que la France ne soit pas parvenue à renouer avec le plein-emploi, contrairement à la plupart de ses grands voisins européens ? Les comparaisons internationales prouvent qu'il est impératif de miser sur l'éducation et la formation. Chaque individu doit avoir les moyens de s'épanouir dans le travail et/ou la formation à chaque étape de sa vie, et ainsi de constamment progresser.

un " new deal " européen

La nouvelle croissance repose sur le progrès et l'innovation, c'est-à-dire la création, en permanence, de nouvelles technologies et activités, de biens et services de meilleure qualité, de nouvelles façons de produire plus économes en énergie. Dans une économie d'innovation, où les individus sont amenés à changer souvent d'entreprise et de secteur, il est capital d'offrir aux entreprises et aux travailleurs à la fois plus de flexibilité et plus de protection. Sans flexibilité dans l'organisation du travail, les entreprises ne pourront pas utiliser les innovations technologiques pour saisir les occasions de croissance. Sans une réforme profonde de la formation professionnelle, les travailleurs seront démunis face aux transformations qui viennent.

L'extension de l'assurance-chôma-ge à tous les travailleurs, quel que soit leur statut, est une puissante mesure de justice sociale et d'efficacité économique. La mise en place progressive de la réforme des retraites permet d'assurer aux travailleurs une retraite sûre, juste et lisible.

Le projet du candidat d'En marche ! fait aussi le pari de l'inclusion. Les baisses de charges pour diminuer le coût du travail, surtout pour ceux qui sont les plus éloignés du marché du travail, sont nécessaires mais pas suffisantes. Sans investissement dans les compétences, en particulier des moins qualifiés, sans redistribution, la croissance ne peut s'obtenir qu'au prix d'inégalités croissantes.

La nouvelle croissance ne peut se faire dans la fermeture au monde et à l'Europe. Le projet de nouvelle croissance d'Emmanuel Macron s'attache à réformer et à renforcer l'Europe. C'est l'Europe qui, dans un monde dominé par des intérêts concurrents ou hostiles et par l'agressivité commerciale, peut protéger nos intérêts de façon efficace. Et c'est parce que nous croyons profondément à l'Europe que nous devons aussi remédier à ses manquements. Nos erreurs collectives dans la gestion de la crise de la zone euro ont créé un déficit d'investissement qui pénalise la demande à court terme et l'offre à long terme dans toute l'Europe. Emmanuel Macron propose un" New Deal " européen en nous réformant et en redonnant ainsi confiance à nos partenaires.

Enfin, la nouvelle croissance se fondera sur la transition énergétique et environnementale, c'est-à-dire sur un renouvellement radical de nos façons de produire et de consommer. En tant qu'économistes, nous croyons que le prix de l'énergie doit refléter les vrais coûts environnementaux. C'est pour cette raison que nous soutenons une fiscalité écologique qui incite les entreprises et les ménages à faire les bons investissements. La responsabilité des pouvoirs publics est donc d'accompagner les Français sur cette voie, notamment les classes populaires et moyennes. Le projet d'Emmanuel Macron est le seul à tenir ces deux objectifs d'équité et d'efficacité.

Chaque Français le sent : nous sommes à la croisée des chemins. Le jeu des partis politiques traditionnels a rendu impossible la formulation de choix favorables à la construction d'un Etat-providence refondé et d'une croissance nouvelle. Emmanuel Macron est le seul à porter un projet permettant de retrouver une croissance équitable. C'est pourquoi nous le soutenons. »

Les signataires: Philippe Aghion (Collège de France), Yann Algan (Sciences Po), Hippolyte d’Albis (Ecole d’économie de Paris), Marie-Laure Allain (CNRS, CREST), Emmanuelle Auriol (Ecole d’économie de Toulouse), Jean Paul Betbeze, Gilbert Cette (Aix-Marseille Université et Ecole d’économie d’Aix-Marseille), François Bourguignon (Ecole d’économie de Paris), Edouard Challe (CREST et Ecole polytechnique), Claire Chambolle (INRA et Ecole polytechnique), Sylvain Chassang (New York University), Frédéric Cherbonnier (Sciences Po Toulouse et Ecole d’économie de Toulouse), Elie Cohen (CNRS), Pierre Philippe Combes (université de Lyon), Jacques Crémer (Ecole d’économie de Toulouse), Bruno Decreuse (Aix-Marseille Université et Ecole d’économie d’Aix Marseille), Jacques Delpla, Anne Epaulard (université Paris Dauphine), Aurélien Eyquem (université Lumière-Lyon-2), Emmanuel Farhi (Harvard), Marc Ferracci (université Panthéon-Assas), Jean Paul Fitoussi (Sciences Po), Lionel Fontagne (université Paris-I), Robert Gary-Bobo (ENSAE), Pierre-Yves Geoffard (Ecole d’économie de Paris), Christian Gollier, Pierre-Olivier Gourinchas (université de Berkeley), Nicolas Gravel (Aix-Marseille Université et Ecole d’économie d’Aix-Marseille), Jean-Olivier Hairault (Ecole d’économie de Paris, université Paris-I), Touria Jaaidane (université de Lille-1), Francis Kramarz (Ensae et Ecole polytechnique), François Langot (Le Mans Université), Yannick L’Horty (université Paris-Est-Marne-la-Vallée), Philippe Martin (Sciences Po), Anne Perrot (université Paris-I), Thomas Philippon (New York University), Pierre Picard (Ecole Polytechnique), Hélène Rey (London Business School), Katheline Schubert (Ecole d’économie de Paris, université Paris-I), Claudia Senik (université Paris-Sorbonne et Ecole d’économie de Paris).

 

J’eusse aimé trouver un texte de Thomas Piketty, qui fait partie de l’équipe d’expert de Benoit Hamon, mais je n’en pas vraiment trouvé. Toutefois dans « Le Monde » publié aujourd’hui il y a une tribune très intéressante intitulé « De l'inégalité en France » dont voici l’adresse internet.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170416/html/1275111.html

 

Ajout du 17 avril Cette tribune publié dans le Monde

 

25 Nobel d'économie dénoncent les programmes anti-européens

Le 9 février, sur France 2, Marine Le Pen s'était prévalue du soutien de " 188 économistes, dont 12 Prix Nobel " pour justifier l'abandon de l'euro par la France. Dans un appel, des lauréats du célèbre prix, dont Joseph Stiglitz et Jean Tirole, se prononcent en faveur de l'Europe et de la monnaie unique

« Certains d'entre nous, lauréats du prix Nobel d'économie, ont été cités par des candidats à l'élection présidentielle française, notamment par Marine Le Pen et ses équipes, pour justifier un programme politique sur la question de l'Europe. Les signataires de cette lettre ont des positions différentes sur les sujets complexes que sont l'union monétaire et les politiques de -relance. -Cependant, nos opinions convergent pour condamner cette instrumentalisation de la pensée économique dans le cadre de la campagne électorale française.

– La construction européenne est capitale non seulement pour maintenir la paix sur le continent mais également pour le progrès économique des Etats membres et leur pouvoir politique dans le monde.

– Les évolutions proposées par les programmes anti-européens déstabiliseraient la France et remettraient en cause la coopération entre pays européens, qui assure aujourd'hui une stabilité économique et politique en Europe.

– Les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives, toutes menées au détriment des autres pays, sont de dangereux moyens d'essayer de générer de la croissance. Elles entraînent des mesures de représailles et des guerres commerciales. Au final, elles se révéleront préjudiciables à la France ainsi qu'à ses partenaires commerciaux.

– Quand ils sont bien intégrés au marché du travail, les migrants peuvent être une opportunité économique pour le pays d'accueil. Plusieurs des pays les plus prospères au monde ont su accueillir et intégrer les émigrés.

– Il y a une grande différence entre choisir de ne pas rejoindre l'euro en premier lieu et en sortir après l'avoir adopté.

– Il faut renouveler les engagements de justice sociale, et ainsi garantir et développer l'équité et la protection sociale, en accord avec les valeurs traditionnelles de la France, de liberté, d'égalité et de fraternité. Mais l'on peut et l'on doit parvenir à cette protection sociale sans protectionnisme économique.

– Alors que l'Europe et le monde font face à des épreuves sans précédent, il faut plus de solidarité, pas moins. Les problèmes sont trop sérieux pour être confiés à des politiciens clivants »

 

 

 

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