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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Mars 2017

1 Avril 2017 , Rédigé par niduab

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers. J’ai donné ce mois-ci la préférence aux sujets européens ; un Europe qui est bien absente de la campagne présidentielle sauf, malheureusement, de façon négative par les souverainistes.

 

Éditorial du 1er mars : Roumanie, une révolte européenne.

« Cette révolte-là refuse de s'éteindre. Depuis le 1er février, la place de la Victoire, à Bucarest, un des théâtres de la révolution de 1989 qui fit tomber Ceausescu, continue de servir de point de ralliement aux manifestants anticorruption. Présents par centaines de milliers dans plusieurs -villes de Roumanie début février, les protestataires ne se comptent plus, physiquement, que par milliers, un mois plus tard. Mais, soutenus par un fort mouvement d'opinion et malgré d'importantes concessions du gouvernement, ils n'ont pas désarmé.

C'est un décret de ce gouvernement qui a mis le feu aux poudres. Fin janvier, celui-ci a tenté de limiter l'offensive contre la -corruption de la haute fonction publique et des responsables politiques, menée depuis trois ans par la très déterminée chef de la direction nationale anti-corruption, Laura Codruta Kövesi. Aux termes de ce décret ne seraient désormais passibles de peines d'emprisonnement que les responsables mis en cause pour un préjudice supérieur à 44 000 euros. Ce seuil n'était pas choisi au hasard : le chef du Parti social-démocrate au pouvoir (PSD), Liviu Dragnea, soupçonné de corruption dans une affaire dans laquelle la somme en jeu est évaluée à 24 000 euros, aurait pu ainsi passer au travers des mailles du filet. Sous la pression des manifestants, auxquels le président de la République, Klaus Lohannis, de centre-droit, a apporté son soutien, le gouvernement a retiré le décret, le 5 février, puis, la colère ne passant pas, a accepté la démission du ministre de la justice, le 9 février. Ces reculs, cependant, ne convainquent plus les contestataires. La crédibilité du gouvernement est atteinte ; les opposants n'ont plus confiance dans ses promesses et craignent que le gouvernement tente de nouveau de freiner la campagne anticorruption lorsque la société civile et ses ONG auront baissé la garde. Ils demandent aujourd'hui le soutien de l'Union européenne, seule vraie protectrice, à leurs yeux, de leurs libertés et de l'État de droit.

Quelles leçons tirer de cette nouvelle révolte roumaine ? La première : la corruption est au cœur du combat démocratique des classes moyennes des pays en phase de transition politique ou/et d'émergence économique. Qu'il s'agisse de la Chine, du Brésil, de la Tunisie ou de la Roumanie, la lutte contre la corruption cristallise les aspirations d'une société civile qui accède à un meilleur niveau de vie et d'éducation. La réalité d'un pouvoir confisqué par des élites s'enrichissant aux dépens de la population n'est plus supportable. Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans ce combat, en multipliant l'effet mobilisateur des initiatives civiques. Deuxième leçon : il est toujours des endroits où l'Union européenne est symbole d'espoir, de droit et de dignité. Armés de leur téléphone et de banderoles de couleur, les manifestants roumains ont composé un gigantesque drapeau vivant bleu étoilé, dimanche 26 février. C'est ce même drapeau européen que brandissaient les insurgés ukrainiens de la place Maïdan, en 2014. C'est ce même drapeau encore qui flotte sur les manifestations de l'opposition polonaise contre les dérives du parti nationaliste de Jaroslaw Kaczynski, au pouvoir depuis 2015. L'Europe, perçue comme garde-fou contre les violations de l'Etat de droit et garante des valeurs démocratiques, ne doit pas manquer ce rendez-vous. Par les temps qui courent, il a repris toute son actualité

 

Éditorial du 10 mars  : Affaire Tusk, aveuglement de la Pologne.

« Dans un monde rationnel, on pourrait imaginer qu'un pays membre de l'Union européenne ayant la chance d'avoir un de ses hommes politiques à la tête de l'une des trois plus importantes institutions de l'Union, en l'occurrence le Conseil européen, se batte pour l'y maintenir. Le président du Conseil européen n'est pas supposé défendre les couleurs de son pays d'origine, mais avoir un représentant à ce poste est précieux, à la fois en termes de prestige, d'engagement, et de soft power.

C'est compter sans l'irrationalité de Jaroslaw Kaczynski, le chef de Droit et Justice (PiS), le parti nationaliste au pouvoir à Varsovie. M. Kaczynski, qui contrôle tous les -leviers de l'Etat polonais sans occuper de fonction gouvernementale, paraît obsédé par Donald Tusk. Avant de devenir président du Conseil européen en décembre 2014, M. Tusk était premier ministre de centre-droit lorsque le PiS était dans l'opposition. Jaroslaw Kaczynski accuse Donald Tusk d'être " moralement responsable " de la mort de son frère jumeau, le président Lech Kaczynski, tué tragiquement en 2010 avec son épouse et de nombreux dirigeants polonais dans la catastrophe aérienne de Smolensk. Après lui avoir reproché de ne pas défendre les intérêts polonais à Bruxelles, oubliant que ce n'est pas son rôle, il considère à présent qu'il utilise sa fonction européenne pour s'immiscer dans la vie politique polonaise. M. Kaczynski a fait connaître il y a quelques mois son opposition à une reconduction de M. Tusk à la tête du Conseil européen lorsque le mandat de ce dernier arriverait à échéance, en mai. A l'approche du sommet des vingt-huit chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE à Bruxelles, jeudi 9 et vendredi 10 mars, qui doit notamment décider du renouvellement du mandat de Donald Tusk, la première ministre polonaise, Beata Szydlo, a donc proposé un autre candidat polonais, le député européen Jacek Saryusz-Wolski – qui n'a aucune expérience gouvernementale – et retiré le soutien de Varsovie à M. Tusk. C'est une situation inédite. Le problème pour Varsovie, c'est que l'écrasante majorité des Etats membres de l'UE soutiennent la candidature de Donald Tusk. Le président Hollande a déclaré qu'il " ne participerait pas à l'éviction " de l'actuel président du Conseil européen, et Berlin, qui avait mis en selle M. Tusk en 2014, n'a pas fait mystère de sa volonté de le voir rester à son poste. Cet appui a fait dire à M. Kaczynski que le germanophone Donald Tusk était un " candidat allemand ", visiblement l'insulte suprême par les temps qui courent en Pologne.

En réalité, la Pologne risque fort de subir un camouflet, jeudi à Bruxelles, qu'elle ne pourra se reprocher qu'à elle seule. En proposant un autre candidat polonais, Varsovie a donné l'impression de considérer que le poste lui revenait d'office, révélant une profonde méconnaissance du fonctionnement de l'Union. Mais surtout, la Pologne s'est exposée à ce que son isolement soit révélé au grand jour. Exiger un vote, alors qu'une majorité qualifiée de 21 voix suffit pour reconduire M. Tusk, c'est prendre le risque de constater les défections : même la Hongrie de Viktor Orban, théoriquement l'allié le plus sûr de M. Kaczynski, a ostensiblement tenté de rester à l'écart de cette triste affaire. Il est grand temps pour la Pologne, sixième pays le plus peuplé d'Europe, de reprendre dans l'Union le rôle qui lui revient, celui d'un État membre responsable, actif et constructif.»

 

Éditorial du 17 mars : Pays bas, la digue européenne tient bon.

« Et de deux. Après l'Autriche, où les électeurs ont confirmé en décembre 2016 leur préférence pour un président écologiste sur un candidat d'extrême droite, les Pays-Bas ont apporté, mercredi 15 mars, une nouvelle preuve de la vigueur de la résistance démocratique à la montée du populisme anti-européen.

Dans cette bataille essentielle qui se livre dans les démocraties occidentales, les électeurs néerlandais ont marqué plusieurs points importants. Par leur participation au scrutin législatif, d'abord : près de 78 % d'entre eux sont allés voter. Ce chiffre en hausse traduit à la fois la prise de conscience de l'enjeu du scrutin et l'engagement des citoyens dans le processus démocratique : ce sont là deux éléments rassurants.

Par le résultat lui-même, ensuite. Le parti de centre droit du premier ministre Mark Rutte, le Parti populaire, remporte une nette victoire, avec 33 sièges, sur le parti d'extrême droite de Geert Wilders, le Parti pour la liberté, qui arrive en seconde position, avec 20 sièges, dans un Parlement qui en compte 150. La mobilisation pro-européenne prive donc M. Wilders et son discours xénophobe autant qu'europhobe de la victoire annoncée : c'est la leçon la plus spectaculaire du scrutin. Car c'est une autre leçon remarquable de l'élection aux Pays-Bas : la poussée des partis pro-européens. Avec 19 sièges chacun, deux partis libéraux, l'Appel chrétien-démocrate (CDA) et le parti réformateur D66, enregistrent des progrès importants en nombre de sièges par rapport au scrutin de 2012 ; le plus grand gagnant à cet égard est le parti écologiste Gauche verte, qui, sous la houlette de son charismatique dirigeant, Jesse Klaver, passera dans le futur Parlement de 4 à 14 députés. Enfin, l'effondrement du Parti travailliste, le parti social-démocrate dont est notamment membre le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, qui perd 29 sièges en passant de 38 à 9, illustre le naufrage de cette mouvance en Europe. Cette chute, parallèlement à la fragmentation des forces politiques, sont le signe d'un paysage politique en cours de recomposition, comme on le voit ailleurs en Europe. L'envers du décor, cependant, ne recèle pas que des bonnes nouvelles pour M. Rutte. Même si ces élections vont lui permettre, cette fois-ci, de se passer d'alliances douteuses avec l'extrême droite, celle-ci n'a pas dit son dernier mot. Comme l'a dit M. Wilders lui-même, on ne remet pas si facilement " le génie dans la lampe ". Le dirigeant populiste a imposé ses thèmes, amenant même M. Rutte à le suivre parfois dangereusement sur son propre terrain. Il demeurera une force importante aux Pays Bas.

Il reste que, après une année marquée par le Brexit et l'élection de Donald Trump, le verdict des électeurs néerlandais apporte un message pro-européen et antipopuliste bienvenu. Le président François Hollande s'est empressé de saluer cette " victoire claire contre l'extrémisme ". On devine, derrière ce message, l'espoir que, après l'Autriche et les Pays-Bas, la France confirme en mai le coup d'arrêt à la vague europhobe.»

 

Éditorial du 30 mars : Déclenchement du Brexit : Appel à Londres et aux vingt sept.

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Déclenchement du Brexit : Appel à Londres et aux vingt sept.

« En activant, mercredi 29 mars, la procédure de divorce d'avec l'Union européenne (UE), le Royaume-Uni s'engage sur un chemin incertain. C'est une décision qui va affaiblir les vingt-sept pays demeurant au sein de l'UE et qui annonce, à coup sûr, dix ans, sinon plus, d'instabilité pour les Britanniques. En 1973, Londres, non sans arrière-pensée, adhérait à l'aventure européenne : rassembler en une communauté prospère et pacifique des Etats-nations qui se sont fait la guerre pendant des siècles. Et, durant quarante-quatre ans, les Britanniques ont participé à ce projet. Ils ont vécu et vieilli avec lui. Il est devenu une composante de leur existence. Même ceux d'entre eux qui perdirent la foi en cours de route ou qui ne l'eurent jamais le disent aujourd'hui : on n'abandonne pas l'idéal européen d'un trait de plume – ce qu'il représente d'acquis sociaux, économiques et humains. Commence l'énorme et lourde tâche consistant à défaire tous les liens qui ont uni la Royaume-Uni à la vie des Vingt-Sept. Et ceux des liens qui les attachaient à la vie des Britanniques. Il faut imaginer une relation qui minimise les dommages, pour les uns et les autres. Cela va être d'autant plus dur que Theresa May, la première ministre britannique, s'est fixé des objectifs qui, in fine, vont malmener l'économie de son pays et, très vraisemblablement, infliger des dommages collatéraux à ses ex-partenaires.     Deux problèmes immédiats à l'horizon. Les brexiters, qui se fichent bien de l'avenir des relations entre les deux parties, se refusent absolument à ce que Londres acquitte à Bruxelles la somme due au titre des engagements passés pris par les Britanniques : quelque 60 milliards d'euros. Pour les Européens, c'est une pré-condition, avant de parler du reste. Heureusement, Mme May est restée floue sur le sujet. Mais, à cette question budgétaire, dont l'ampleur reflète ce qu'a été la densité de nos relations, s'en ajoute une autre : celle des hommes – quarante-quatre ans d'échanges intenses dans les deux sens. Pour les Britanniques défaits lors du référendum du 23 juin 2016, cet aspect des choses aura été l'un des plus bénéfiques de l'appartenance à l'UE. Et même ceux qui perçoivent l'immigration comme un défi savent ce qu'ils doivent à ces quelques millions de travailleurs du Vieux Continent venus faire leur vie en Royaume-Uni. Du personnel de santé aux travailleurs agricoles, des arts à la science et aux affaires en général, leur contribution a été autant culturelle que matérielle. Mais voilà, depuis ce fameux 23 juin 2016, l'avenir des trois millions d'Européens vivant et travaillant en Royaume-Uni tout comme celui des Britanniques installés dans un pays de l'UE est pour le moins incertain. En tout, c'est le sort de cinq millions de personnes – des familles entières – qui est en question. Il ne faut pas en jouer comme d'un pion dans les difficiles négociations à venir. Ce serait condamnable, d'un point de vue moral et économique.

Maintenant que l'article 50 a été enclenché, il faut traiter cette question à part, non comme un " paramètre " dans les pourparlers, qui, encore une fois, vont être durs. Nous suggérons de les commencer sur un geste positif : réglons d'abord la question de nos ressortissants piégés par le Brexit. Les quatre quotidiens européens signataires de cet éditorial (The Guardian, Le Monde, La Vanguardia, Gazeta Wyborcza) appellent à un accord entre Londres et les Vingt-Sept pour garantir les droits de ces cinq millions de personnes.»

 

Voici les adresses d’autres éditoriaux intéressants :

Éditorial du 2 mars : Trump découvre la difficulté de gouverner.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170302/html/1270061.html

Éditorial du 9 mars : Corée, attention danger.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170309/html/1270816.html

Éditorial du 14 mars : Quand le président Turc provoque l’Europe.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170314/html/1271287.html

Éditorial du 21 mars : Répondre au repli américain.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170321/html/1272112.html

Éditorial du 29 mars : Le système Poutine face à la jeunesse Russe.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170329/html/1273008.html

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