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L’invité …. Marianne, pour un pot pourri de souhaits destinés au nouveau président

27 Mai 2017 , Rédigé par niduab

Je dois bien avouer que je n’achète pas souvent l’hebdomadaire « Marianne », d’ailleurs je ne suis pas très consommateur des hebdos du jeudi et du vendredi. Encore que…. Je tombe parfois dans le piège d’une couverture ou d’un gros titre aguicheur et une quinzaine de jours plus tard je mets à la poubelle un journal a peine feuilleté. Ce ne fut pas le cas en fin de semaine dernière alors que nous étions en partance pour passer une semaine en Andalousie. Sans télé et sans presse régionale j’aurai du temps devant moi, et le feuilletage, un peu plus poussé qu’à l’habitude, consacré aux divers hebdos proposés m’a conduit à faire un choix que je n’ai pas regretté (malgré une couverture peu avantageuse comme c’est parfois le cas pour Marianne). J’ai aimé les éditoriaux de Renaud Dély et de Jacques Juliard sans oublier en dernière page celui, magnifique, de Caroline Fourest. J’ai aussi bien apprécié les souhaits formulés par différentes personnalités, souhaits (ou vœux) destinés à Emmanuel Macron. J’ai trouvé ces messages très intéressants et originaux. C’était l’occasion d’inviter « Marianne » sur le blog. Je n’ai, bien sûr, pas pu reprendre l’intégralité des éditoriaux, ni même les souhaits à Monsieur le Présidents. Voici donc un pot pourri de ces textes, peut-être devrais-je dire florilège d’extraits, ça ferait plus classe.

 

« Ni béni-oui-oui, ni lapidation : …. Il se passe quelque chose d’important, d’inédit et même d’historique sur la scène historique française, et peut-être, au-delà, européenne. Ainsi, pour la première fois, un président élu au suffrage universelle a choisi d’installer à Matignon un Premier ministre qui n’avait pas voté pour lui au premier tour. S’il avait décidé de gouverner avec les seuls fidèles d’En marche, ceux qui l’accompagnent depuis l’amorce de sa conquête. Emmanuel Macron aurait ou pu être accusé à juste titre de ne pas tenir compte de la configuration anti-LePen du vote du 7 mai. Contrairement à Jacques Chirac en 2002, le nouveau chef de l’Etat en a pris conscience. C’est heureux. Emmanuel Macron ne serait pas aujourd’hui à l’Elysée si le vieux monde politique, celui incarné depuis trente ans par l’alternance au pouvoir de partis de gouvernement de droite comme de gauche, n’avait échoué. Il est d’abord le symptôme d’une crise civique. C’est parce qu’il garde à l’esprit ces conditions extraordinaires qui l’ont amené au pouvoir qu’Emmanuel Macron a composé un gouvernement qui jamais dans l’histoire n’a compté aussi peu de « professionnels » de la politique et autant de membres issus de la société de la société civile. Avec Nicolas Hulot, Françoise Nyssen, Laura Flessel et bien d’autres, c’est toute une France non partisane qui prend les commandes du pays., les rares rescapés, comme Gérard Collomb ou Bruno Le Maire, étant des figures iconoclastes voire marginales au sein des vieux appareils partidaires en décrépitude. Produit de la crise du politique, le macronisme doit désormais y apporter des remèdes sous peine d’être englouti à son tour par la déferlante des populismes et des nationalismes qui menacent nombre des démocraties occidentales……etc…. Renaud Dély. Editorialiste.»

« Du bon usage de Macron …. Le miracle du second tour est de donner à l’électeur un langage plus complexe, moins sommaire, en un mot plus articulé. La majorité des Français est très déçue par l’Europe, elle l’a dit au premier tour ; mais pas question de la quitter, elle l’a dit au second. Elle est mécontente d’un libéralisme trop inégalitaire (premier tour) mais elle ne veut pas d’une économie étatisée et stérile (second tour). Et ainsi de suite. Assurément Emmanuel Macron est le grand bénéficiaire de ce discours de deuxième chance, ou du moindre mal, comme on voudra… […]…. Il appartient donc à la France de saisir l’occasion qui nous est donnée de secouer la résignation, la délectation morose, tout ce que les moines du Moyen Age désignait sous le nom d’« acédie » ou comme dit si bien Sylvain Tesson : La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. ……[ …] …

….. La gauche doit saisir cette occasion de se regarder pour ce qu’elle est : une vieille courtisane mal fardée, qui ne séduit plus que les militaires et les aventuriers de passage……. La victoire de Macron l’invite plutôt à se botter les fesses et à remettre son cerveau en marche……etc……Jacques Julliard. Editorialiste. »

 

« N’oubliez pas les démunis. Monsieur le Président, au Louvre le soir de votre victoire, quand, dans votre adresse, vous avez évoqué ceux qui avaient voté pour votre adversaire – plus de 10.60 millions de français – les sifflets ont retenti, stoppé par vos mots : « Ne les sifflez pas ; ils ont exprimé une colère, un désarroi, et parfois des convictions.» Aujourd’hui, il va vous falloir trouver les mots et les postures face à ceux qui ont la tentation des extrêmes et dont le nombre a crû sans discontinuer depuis 1988. Parce que cette foule est en rage, parce qu’elle se sent déclassée, parce qu’elle s’estime non considérée, à tort ou à raison, et surtout parce que ces millions de personnes vivent aujourd’hui encore plus frustrées qu’hier, à la suite de la défaite de celle qu’ils pensaient capable de les représenter au plus haut sommet de l’État.

Pour savoir « dans quelle France on vit », je suis allé voir, j’ai écouté ; puis j’ai narré, sans rien transformer. Ce fut un travail de longue haleine. Ce « roman social » a donné la parole à ceux que personne ne veut voir ou entendre……[….]…..

…… Votre irruption illustre un impétueux besoin de renouveau. La délégitimation du politique est immense, celle du médiatique aussi. La fracture sociale n’a aucune raison de cesser ses ravages, elle est même élargie et renforcée ;….. Il est temps d’arrêter de revenir sur la vigueur et les relents fasciste du FN. Dresser un état des lieux sans aveuglement osez vous frotter à ceux qui sont las des promesses non tenues. La France des « sans voix », des « oubliés », la France d’en bas, ou que sais-je, puisque personne n’ose la qualifier sans malaise, mérite vos efforts constants de (ré) conciliation, sans lesquels l’hystérie se poursuivrait. Anne Nivat. Grand reporter et écrivain.»

 

« N’oubliez pas les handicapés. Memento mori, monsieur le Président. Mémento mori pauvre vivant qui vient d’être élu à la plus haute fonction de cette fonction qui fait partie d’une planète et d’une civilisation qui dans l’infini de l’espace et du temps existent si peu, qu’il s’en faut de presque rien pour qu’on puisse dire qu’elles n’existent pas… [….]….. Ne décevez pas les citoyens qui dans les dernières semaines se sont mis à croire en vous. Ni ceux qui vous détestent et vous ont malgré tout accordé leur suffrage pour éviter de voir tomber la France de Le Pen en Sylla….. […]….. N’oubliez pas ceux qui ne peuvent pas marcher ….[….]…. Il se trouve que j’habite Paris et que j’ai le droit de prendre le métro. Les handicapés en sont privés. Pour rendre toutes les stations accessibles aux personnes en chaise roulante il faudrait dépenser des sommes astronomiques ; C’est notre dette envers eux qui est astronomique, cet accès au transport est un dû…..[…]… Régler notre dette envers eux. Puisque vous ne reconstruirez pas le métro, créez donc une flotte de taxis équipés pour le transport de personnes à mobilité réduite et accordez l’usage illimité de ces véhicules à tous les titulaires d’une carte d’invalidité pour le prix d’un abonnement RATP…. […]….Soyons fous, étendez donc cette mesure à toutes les villes de France où les transports en commun ne sont pas accessibles aux handicapés. Vous avez cinq ans pour rendre la France si douce, si tolérante, su secourable envers les exclus….[…]…

…..La répétition est terminée. Désormais, votre vie commence. Elle durera mille huit cent vingt cinq jours. Memento mori monsieur le Président. Régis Jauffret. Écrivain.

 

« N’oubliez pas la Méditerranée. Monsieur le Président, vous venez d’accéder à l’Élysée en empruntant une voie originale, loin des partis traditionnels. Tout au long de votre campagne, vous vous êtes présenté comme le candidat du renouveau. Il s’agit maintenant de passer de la promesse à l’action….[…]….

…La Méditerranée représente aujourd’hui un carrefour incontournable pour l’Europe et plus singulièrement pour la France. Les questions économiques, migratoires et sécuritaires constituent une priorité absolue. De notre relation avec ces pays du pourtour méditerranéen dépend leur avenir, mais aussi le notre. Il vous incombe, monsieur le Président, d’imaginer ce futur pragmatique, de vous démarquer pour redonner un nouveau souffle à un espace commun qui manque cruellement.

La France est forte lorsque ses relations avec ses partenaires, notamment méditerranéens sont claires et solides. La France est forte quand elle n’a pas peur d’affirmer et de mettre en avant sa culture. Cette culture est riche et admirée des deux côtés de la Méditerranée…. […)….Seulement, le pouvoir est passé d’autres mains aujourd’hui. Les équilibres mondiaux, depuis le XXe siècle ont basculé en faveur des États-Unis et de la Chine. Nos responsables politiques, de droite comme de gauche, ont beau flatter, durant des années, la grandeur de la France, ils ont collectivement contribué à son déclassement international. A tel point que cette dimension de grandeur passe aujourd’hui pour un mythe aux yeux des Français. Comment restaurer cette image en France et à l’étranger ? Vôtre tâche, monsieur le Président est immense. Pour cela, nul besoin de s’excuser ni de se repentir. De l’autre côté de la Méditerranée, les nouvelles générations veulent entendre un discours de leur temps. Ils attendent une coopération équilibrée et sans faux-semblant. Le tout venant d’une France fière et sûre d’elle. Sans condescendance mais avec confiance. Osez la grandeur ! Sonia Mabrouk. Journaliste Franco-Tunisienne. »

 

« N’oubliez pas d’être ferme. Nous n’avons rien, monsieur le Président, à vous demander. Simplement, puisque vous avez arpenté, le jour de votre victoire, le pavé du Louvre…. [….]…. Ce choix du Louvre, improvisé, dit-on à la dernière minute fut particulièrement judicieux – Le Louvre des rois, mais jouxtant les Tuilerie: vous consacrez à la fois la monarchie, l’empire (jusqu’à Napoléon III), mais aussi la démocratie, le peuple : souvenir, en ce lieu du 10 août 1792, mais souvenir aussi en ce lieu qui brûla en son nom, de la commune de Paris. Votre tribune, où vous parlâtes à la foule amie, était installée à l’endroit du palais dévasté. Monarque et peuple : excellent raccourci de votre fonction….[...] …Il vous faudra méditer ceci : la France de 1789, comme celle de 1830 n’a rien contre le monarque institutionnels ou institutionnalisés ; la France de 1789, comme celle de 1830, comme celle de 1848, est gourmande de politique et de droit. Mais méfiez vous, monsieur le Président de la France en colère, j’allais de la France-colère. Celle de 1793, celle de 1871. Elle n’est pas légaliste, elle est haineuse ; elle prône l’égalité au bout d’une pique et n’aime pas perdre la face. Elle n’est pas la démocratie, elle est l’ochlocratie… […] France plein de rancœur, ce que l’on peut évidemment comprendre, mais dont on ne saurait excuser la violence quand elle met le feu aux agents de police ou de gendarmerie. Puissiez –vous être le premier président, depuis de Gaulle à n’avoir point peur de la rue ; à ne pas vous laisser mener par les diatribes des meneurs, par les huées des sans-culottes qui râlent et grognent et plongent, ricanant, hurlant, le pays dans un chaos satisfait, souhaité, voulu. Nous savons bien que cette France souffre : mais si vous acceptez son message, souvent légitime, nous vous implorons de ne plus supporter ces méthodes. Cette foule de la rue, n’est pas la France du peuple : le peuple qu’elle prétend incarner est pris en otage par elle. …[…].. . L’extrême droite, sans conteste, est le pire des poisons. Il n’y a aucune symétrie entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Il n’en reste pas moins que cette dernière a trop souvent fait montre de toxicité. Soyez ferme. Yan Moix. Ecrivain. »

 

« Gare aux aigris. Je ne vais pas lui souhaiter « bonne chance » c’est ridicule, car ce qui vient de se dérouler est un moment unique de l’Histoire. Parce que ce moment dépasse tout le monde. …[…]…Cela dit, il n’a pas besoin du panégyrique d’un comédien. Mais je dois quand même dire que je n’ai jamais vu en lui un jeune loup, ni décelé un sentiment de revanche. Il n’entre pas dans le schéma habituel des ambitions balzaciennes…..[….]…. Un jour je lui ai lu la préface du Gai savoir de Nietzsche. Dans cette préface, Nietzsche parle de ceux pour qui la vie n’est pas une victoire. Justement ce sont ceux-là qui pourraient être gênés par le succès d’Emmanuel Macron. Sa jeunesse, son succès, peuvent éveiller des forces de ressentiments. C’est une hypothèse, mais sa trajectoire lumineuse peut provoquer l’inconfort des gens malheureux. Je parle du malheur décrit par Nietzsche, de ces vies sans enthousiasme, sans victoire, qu’on ne peut pas chiffrer, car n’en déplaise aux mélenchonistes, qui n’ont pas le monopole du malheur, l’aigreur n’est pas quantifiable. Fabrice Luchini. Acteur»

 

« La République des projets. L’élection d’Emmanuel Macron fait souffler un vent d’optimisme. C’est plutôt rare dans ce pays. Ce bai de jouvence libère les énergies de générations qui attendaient depuis trop longtemps qu’on leur fasse confiance. Mais l’optimisme contagieux du nouveau président ne doit pas interdire de lucidité. Si ce « big bang » politique a le mérite d’apporter du sang neuf, l’espérance risque de renforcer les extrême si elle ne débouche pas sur une nouvelle carte politique, à la fois cohérente et lisible. Or, tout le monde sait, quand on rénove, il est plus facile de détruire que de rebâtir.

Côté décomposition, c’est au moment où les grands partis ont fait le plus d’efforts pour se renouveler (grâce au non-cumul des mandats et aux primaires) qu’ils ont payé d’avoir trop tardé. Ils se meurent. Faut-il s’en réjouir ? Quel est le plan B ?

Ces vieilles familles avaient le mérite d’être nées de grands combats, de grands idéaux, et de grands rejets. Le Parti socialiste n’est plus que l’ombre de lui-même, mais il se ressaisit parfois en songeant à Jaurès, tout en se distinguant du gauchisme stérile de Jules Guesde. Le parti gaulliste n’est déjà plus tout à fait lui-même, mais son arbre repousse parfois au pied de la statue du Général, en se raccrochant aux branches de son plus noble combat : celui contre le nazisme et Vichy.

Ce sont ces héritages dont parlait Bernard Cazeneuve au moment de transmettre le pouvoir à Edouard Philippe. De ceux qui forgent les fidélités de principes, par-delà les conjonctures et les ambitions. En creux, c’est une leçon amicale de l’authenticité à la modernité. Edouard Philippe y a répondu en mettant en avant la fidélité successive à des hommes : Michel Rocard, Alain Juppé, Emmanuel Macron. Ces engouement ne sont pas si désordonnés ni contradictoires.…. […]..Reste à préciser le modèle politique proposé….[…]… Il faut bien évoluer si on veut avancer. Le changement de mentalité peut se révéler positif s’il permet de construire une majorité de principes, à défaut d’héritage. Mais de quels principes parlons-nous ? C’est là que le plus difficile commence….[….]…. On est encore perdu à propos d’un sujet aussi peu anecdotique que la lutte contre l’intégrisme. Voilà un combat capital pour réunir les républicains des deux rives. C’est pourtant un dossier sur lequel Emmanuel Macron est flou et son nouveau Premier ministre encore plus flottant. ….[…]… Est-ce la politique souhaitée par le président Macron ? Où va-t-il mettre de côté sa rivalité personnelle avec les vallsiens pour réunir les républicains des deux rives grâce à certains combats comme la laïcité ? La réponse dépend très certainement du résultat des législative. Et de la composition de sa future majorité, plus ou moins relative. Caroline Fourest. Éditorialiste. »

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