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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Avril 2017

1 Mai 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers et malgré la large place donnée à l’élection présidentielle il y eut, malgré tout, actualité oblige, d’excellents billets sur la situation internationale.

 

Éditorial du 6 avril : En Syrie le gaz de la mort.

« Il n'y a que les détails physiques qui rendent compte de la cruauté d'une attaque au gaz neurotoxique comme celle qui a eu lieu, mardi 4 avril, au nord-est de la Syrie, dans la ville de Khan Cheikhoun, tenue par les rebelles syriens. Entre 60 et 100 personnes ont été tuées, dont une dizaine d'enfants, selon les chiffres fournis par une ONG locale.

Comme la précédente attaque de ce type, qui avait fait plusieurs centaines de victimes, morts et blessés, dans la banlieue de Damas en août 2013, celle-ci a eu lieu à l'aube. Le gaz, sans doute du sarin, qui peut être tiré avec des obus ou un missile, s'infiltre dans les maisons. Il s'agit de surprendre les gens dans leur sommeil, pour en tuer le plus grand nombre, avant qu'ils n'aient le temps de se protéger. On meurt par suffocation. Les images de mardi montrent des enfants bave aux lèvres, tentant désespérément d'attraper une bouffée d'air – avant de succomber.

Cette fois, c'est un avion syrien qui a largué un ou deux missiles au petit matin sur Khan Cheikhoun, libérant deux nuages sombres. Américains, Britanniques, Français et la plupart des ONG locales ont dénoncé une attaque délibérée du régime. L'ONU a dit qu'elle enquêtait sur un possible " crime de guerre ". Le Conseil de sécurité devait se réunir mercredi. Khan Cheikhoun est contrôlée par des milices rebelles filiales d'Al-Qaida, qui mènent ces jours-ci des opérations dans la région.

Le régime de Bachar Al-Assad et son allié russe disent que le missile tiré par l'avion syrien a fait exploser un dépôt d'armes chimiques aux mains des rebelles. L'argument cadre mal avec la séquence des événements de mardi. Car, à peine les habitants avaient-ils transporté les survivants et les blessés à l'hôpital de la ville qu'un avion syrien revenait et bombardait l'établissement. Comme pour finir le " travail ".

Cette attaque place les Etats-Unis de Donald Trump dans une position difficile. Ces jours derniers, ils prônaient le réalisme : quoi qu'on en pense, disaient-ils, Bachar Al-Assad est un rempart contre le djihadisme. Mais, mardi, Trump a relevé que " le monde civilisé " ne pouvait ignorer une ignominie comme celle de l'attaque sur Khan Cheikhoun. Sa représentante à l'ONU, Nikki Haley, a qualifié Bachar Al-Assad de " criminel de guerre ".

Les négociations sont au point mort. Américains, de plus en plus passifs, et Russes, menacés d'enlisement en Syrie, se parlent à peine. Après Barack Obama, Donald Trump – mais Vladimir Poutine aussi – est devant cette réalité : le régime syrien et les djihadistes s'auto-entretiennent dans une spirale de sauvagerie criminelle. Ils sont complices dans une barbarie qui rend impossible l'esquisse d'un dialogue intersyrien. Il n'y a que les thuriféraires français d'Al-Assad, ceux qui se font volontiers inviter à Damas, pour ne pas le comprendre.

L'attaque de mardi n'est pas une étape. Elle est la poursuite d'une tragédie sans cesse renouvelée. Sauf action déterminée américano-russe, s'attaquant à la "question Al-Assad" comme au djihadisme, il y aura d'autres épisodes tout aussi atroces.»

 

Éditorial du 12 avril : Egypte : l’échec du maréchal Sissi.

« Le double attentat qui a frappé, dimanche 9 avril, deux églises chrétiennes d'Egypte, tuant au moins 44 personnes, n'a malheureusement pas surpris la minorité copte : l'organisation Etat islamique (EI) avait annoncé qu'elle serait une cible privilégiée en revendiquant, le 15 décembre 2016, une première attaque qui avait fait 25 morts dans l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Caire. En février, sept chrétiens ont été assassinés à Al-Arich, dans le nord du Sinaï. Deux mois plus tard, ni les cibles – deux églises pleines de fidèles, à Tanta et à Alexandrie – ni le moment – le dimanche des Rameaux, à trois semaines de la visite du pape François en Egypte – n'ont été laissés au hasard. C'est bien sur cette catégorie d'" infidèles ", qui constitue 10 % des 90 millions d'Egyptiens et la plus grosse communauté chrétienne d'Orient, que l'organisation terroriste islamiste a choisi de s'acharner.

Cette sinistre stratégie ajoute au drame des coptes d'Egypte, déjà incités à l'exil par une discrimination généralisée. Agressions et incendies d'églises se sont multipliés depuis la destitution de l'ex-président islamiste Mohamed Morsi. Considérés par le pouvoir comme des " protégés " et non comme des citoyens égaux en droit, les coptes sont écartés des plus hautes fonctions régaliennes, dans l'armée, la police et la justice. Le Vatican a confirmé le maintien de la visite du pape en Egypte, les 28 et 29 avril, pour un voyage qui se voulait celui " d'un pape de paix dans une Egypte de paix " : nul doute que les chrétiens de ce pays l'accueilleront avec une ferveur renouvelée. Il faut saluer ce volontarisme du pape François, dans un contexte aussi difficile.

Au-delà de la tragédie des chrétiens d'Orient, les attentats de Tanta et d'Alexandrie signent l'échec flagrant des tentatives du président Abdel Fattah Al-Sissi de stabiliser le pays dont il a pris les rênes en juillet 2013, à la faveur d'un coup d'Etat militaire. La voie ultrarépressive choisie par le maréchal pour restaurer le calme et relancer l'économie, après deux années de chaos révolutionnaire, a abouti au résultat inverse de celui recherché.

La péninsule désertique du Sinaï, haut lieu de trafics et de lutte contre le centralisme cairote, s'est transformée en foyer d'incubation d'une des franchises les plus redoutables de l'EI. Peu à peu, le mouvement a essaimé vers l'ouest, en perpétrant des attaques dans la zone du canal de Suez, et aujourd'hui dans la vallée du Nil et à l'intérieur du Caire, les deux régions les plus peuplées du pays.

L'Egypte tout entière est désormais confrontée à une menace multiforme, qui se traduit à la fois par des actions de guérilla contre les forces de sécurité, des opérations sophistiquées visant le secteur touristique, comme l'explosion du vol Charm El-Cheikh Saint-Pétersbourg, en octobre 2015, et des tueries de masse comme celles d'Alexandrie et de Tanta.

Face au fléau du terrorisme islamiste, qui touche aussi bien les pays arabes que leurs voisins occidentaux, personne n'a trouvé la formule miracle. Après tout, l'état d'urgence que vient de proclamer M. Sissi est toujours en vigueur en France – sous une forme, certes, beaucoup moins draconienne. Il n'en reste pas moins que l'embastillement généralisé de l'opposition, islamiste ou non, et la mise au pas de la société civile égyptienne ne favorisent pas ce nécessaire combat, au moment où le défi lancé par l'EI impose au contraire que la population fasse bloc autour d'un pouvoir fort. »

 

Éditorial du 18 avril. La Turquie en pleine régression.

« Recep Tayyip Erdogan a donc achevé de détruire ce qu'il avait largement contribué à construire : la démocratie en Turquie. Au lendemain du référendum du dimanche 16 avril, le président turc dispose des pleins pouvoirs, ou presque. Le régime politique turc change de nature. Il passe de la démocratie parlementaire à un " hyperprésidentialisme " taillé pour le chef du parti islamo-conservateur AKP. La Turquie s'éloigne de l'Europe pour s'aligner sur la pratique politique moyen-orientale : le mode de gouvernement autoritaire, plus ou moins tempéré.

Un cycle s'achève. Depuis la fin du XXe siècle – d'abord avec le parti laïc de centre gauche CHP puis avec l'AKP –, la démocratie n'avait cessé de progresser dans ce grand pays, membre de l'OTAN et, depuis 2005, candidat à l'adhésion à l'Union européenne. La Turquie, enfin apaisée, semblait à même de jouer un rôle essentiel pour l'équilibre géopolitique et géostratégique de la région. On parlait d'un " modèle turc ", qui faisait cœxister islam et démocratie et où succès économique – la Turquie est la 15e économie du monde – et dynamisme démographique – 80 millions d'habitants – permettaient à Ankara de tenir sa place dans le groupe des puissances émergentes.

Il en est allé ainsi pendant dix ans ou presque, jusqu'à ce que M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003, cède à un tropisme autoritaire de plus en plus prononcé. Cette tendance destructrice n'a cessé de s'accentuer au fil de ces dernières années. Masquant de plus en plus mal sa volonté d'islamiser la société turque et de projeter à l'étranger une forme de politique néo-ottomane, le chef de l'AKP gouverne en autocrate irascible. Au bout de cette dérive, il y a ce projet d'amendement de la Constitution adopté dimanche d'une courte majorité : 51 % des voix.

C'est peu pour changer de fond en comble le régime politique turc et passer du parlementarisme – qui avait bien réussi au pays – à un régime présidentiel boursouflé, où M. Erdogan disposera d'un contrôle total sur l'exécutif et le pouvoir judiciaire et très large sur le législatif. C'est peu pour légitimer ainsi une forme de despotisme constitutionnel, où le jeu des pouvoirs et contre-pouvoirs est réduit à rien ou presque. La Turquie retourne en arrière sous le coup du caprice d'un homme qui, loin d'être plébiscité, divise son pays. La Turquie des villes a voté " non ", l'opinion est polarisée comme jamais. Il y a " deux Turquie ".

On dira que le pays vient de traverser nombre de traumatismes : l'atroce et interminable guerre chez le voisin syrien et l'afflux de réfugiés sur le sol turc ; une vague d'attentats meurtriers perpétrés par des cellules locales de l'organisation Etat islamique ; la guerre avec ses propres Kurdes ; la tentative de coup d'Etat militaire en juillet 2016. Tout cela est vrai. L'UE ne le sait que trop, qui compte sur la Turquie pour maîtriser un flux migratoire continu à destination de l'Europe.

Mais, par son aventurisme en Syrie, où il a joué avec l'islamisme radical, par la répression disproportionnée qu'il a déclenchée à l'été 2016, par sa volonté de soumettre la presse et l'ensemble de l'appareil d'Etat, M. Erdogan est largement responsable des malheurs de son pays. Cet homme imperméable à la moindre critique, prompt à injurier ses collègues européens et à dénoncer un " complot global ", est maintenant doté d'un pouvoir sur mesure. Ce n'est bon ni pour la Turquie ni pour l'Europe.»

 

Éditorial du 28 avril : Rêve social européen.

« Europe sociale, saison 2. La Commission européenne a présenté mercredi 26 avril un " socle de droits sociaux ", où sont énumérés vingt principes – non contraignants – pour faire face à la mondialisation et à la numérisation de l'économie. Pile dans l'entre-deux-tours de la présidentielle française, où il était attendu de longue date que Marine Le Pen -serait qualifiée. Sans états d'âme, Jean-Claude Juncker a décidé de faire de la politique. Il a félicité Emmanuel Macron dès le premier tour de l'élection, ce qui est inhabituel. Et le voilà qui tente, avec ses propositions sociales, de contrer les populistes, prompts à dénoncer un abandon par l'Europe des plus vulnérables.

Depuis vingt ans, le mot " social " était -tabou à Bruxelles. En raison, d'abord, de l'échec de l'Europe rose à la fin des années 1990, lorsque toute l'Union était aux mains de dirigeants sociaux-démocrates (Jospin, Blair, Schröder, D'Alema…). Cette coalition n'accoucha de rien, si ce n'est d'un appel à être compétitif lancé à Lisbonne en 2000. Ensuite, tout s'est bloqué, à partir de 2004, en raison des divergences trop fortes dans l'Europe élargie. Les riches Allemands et Scandinaves voulaient gérer seuls leur modèle social, entre partenaires sociaux. Les Anglo-Saxons prônaient une saine compétition, pour endiguer le chômage. Les pays de l'Est voyaient dans toute tentative d'harmonisation sociale une volonté de brider leur principal avantage compétitif, des -salaires et des droits sociaux bas.

Ainsi, le social a été banni d'Europe lorsque celle-ci est devenue très hétérogène, alors que l'idéal eût été d'avancer. Depuis, la donne a changé. Les Britanniques s'en vont ; Allemands et Scandinaves ont écorné leur modèle, le libéralisant tout en introduisant des règles comme le salaire minimum. Enfin, la Pologne voit arriver des travailleurs ukrainiens et découvre les vertus mais aussi les vices de la concurrence sociale.

Alors y a-t-il un moment social, voire une nécessité sociale ? Attention de ne pas retomber dans les chausse-trappes de l'Union européenne (UE). Les Européens sont pétris de contradictions : sans cesse, ils demandent à Bruxelles de respecter leurs spécificités nationales et de ne pas les " enquiquiner ". Sans cesse aussi, ils dénoncent une Europe froide et lointaine, qui aurait oublié les êtres humains.

L'expérience l'a montré, l'énonciation de principes reste souvent lettre morte. L'instauration de garanties minimales peut décevoir les citoyens des pays à la protection la plus forte. Dans ces pays, elle permet aux plus démagogues de prétendre que l'Europe vise à abaisser les protections chez eux. Enfin, les propositions les plus contraignantes ne trouvent jamais d'accord. L'idée d'un salaire minimal fixé en fonction de la richesse du pays est louable, mais dès qu'on engagera le débat sur le curseur (40 % du revenu médian, ou 60 % comme en France), la foire d'empoigne s'engagera. En outre, appartient-il vraiment à l'UE de fixer les règles des congés parentaux ?

La priorité doit être de se concentrer avec détermination sur les sujets sociaux transfrontaliers, qui entraînent une concurrence sociale délétère : il faut donc trouver les moyens de supprimer la fraude sur les travailleurs détachés et de faire respecter la durée maximale du travail en Europe. Enfin, la meilleure politique sociale est celle qui permet de lutter contre le chômage. La divergence abyssale entre les performances des différents pays de l'UE le montre : le remède est d'abord national.»

Voici les adresses d’autres éditoriaux très intéressants :

Éditorial du 7 avril : Donald Trump découvre la difficulté de gouverner.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170407/html/1274107.html

Éditorial du 8 avril : Le triple avertissement américain

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170408/html/1274217.html

Éditorial du 15 avril : Venezuela une spirale mortifère.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170415/html/1275012.html

Éditorial du 20 avril : May et le pari de juin.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170420/html/1275423.html

Éditorial du 23 avril : La bonne surprise grecque.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170423/html/1275810.html

Éditorial du 26 avril : Corée du nord, jeux dangereux dans le Pacifique..

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170423/html/1275810.html

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