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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en mai 2017

31 Mai 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers mais en privilégiant ceux, récents, qui analysent les premiers pas du Président Macron sur la scène internationale. En fin de billet je complète avec les adresses d’autres articles particulièrement intéressants.

 

Éditorial du 16 mai : La presse étrangère saisie par la « macronmania. »

« La presse étrangère a moins de réserve que les médias français. Elle s'enthousiasme à plein vent pour le jeune homme qui a pris ses fonctions, dimanche 14 mai, à l'Elysée. Cela n'était pas arrivé depuis très longtemps. D'un point à l'autre du globe, le président Emmanuel Macron fait la "une" des journaux et des actualités télévisées. C'est bon pour l'ego des Français et l'image de la France à l'étranger. Cela cache peut-être quelque chose de plus profond, surtout en Europe. Bien sûr, on n'échappe à aucun poncif et on doit subir une bordée de clichés très largement dépourvus de sens – cela va du Obama français au Justin Trudeau des bords de Seine, sans compter la résurrection de John Fitzgerald Kennedy. Mais cette " macronmania " n'est pas seulement liée à la jeunesse (39 ans) du chef de l'Etat français. Elle ne tient pas non plus à l'étonnante séquence politique que M. Macron a su magistralement exploiter ces derniers mois : l'effondrement des candidats des deux grands partis de gouvernement ; le refus de François Hollande de se représenter ; la création d'un parti ex nihilo ou presque (La République en marche !). Sur la scène internationale, M. Macron est sans doute le symbole d'une classe politique française en phase de renouveau. Il incarne un changement de génération. Tout cela est vrai et bien sympathique. Merci, confrères de l'étranger ! Mais le président Macron est d'abord le symbole du coup d'arrêt donné, au moins momentanément, à une vague nationaliste, passablement xénophobe et inquiétante, qui paraissait devoir submerger nombre de démocraties occidentales. Avec les élections en Autriche et aux Pays Bas, cette année, la victoire de M. Macron est saluée comme une sorte de réponse à deux des événements qui ont marqué 2016 : le Brexit et l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Très logiquement, les médias russes, souvent sous la coupe du pouvoir, font exception dans ce concert de louanges. Ils affichent moqueries, mépris et propos déplaisants à l'adresse du chef de l'Etat français. Le président Vladimir Poutine comptait sur une victoire de la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen, pour démanteler l'Union européenne (UE), affaiblir l'OTAN et mener une politique étrangère plus conforme aux intérêts de Moscou.

C'est justement sur cette scène européenne que le président Macron peut jouer un rôle important. Il est le premier dirigeant français depuis François Mitterrand (1981-1995) à s'être fait élire en affichant haut et fort ses convictions européennes. Il compte sur ses réformes intérieures pour rééquilibrer la relation franco-allemande : il devait le dire dès ce lundi, à Berlin, à la chancelière Angela Merkel. Il table sur un nouveau rapport de force entre Paris et Berlin pour changer l'UE : moins de laisser-aller face à la concurrence des autres grands blocs économiques ; plus de coopération en matière de sécurité ; moins de débats institutionnels au sein de la zone euro et plus de coordination. De même qu'il n'ignore pas qu'une bonne moitié de la France a voté pour l'extrême droite et la gauche de la gauche, il sait la crise de confiance qui s'est installée entre les peuples et l'UE. Il semble aborder cet immense défi avec un mélange bienvenu de détermination et d'humilité. M. Macron est trop intelligent pour se payer de mots et d'images. Son portrait à la "une" du Time, de The Economist ou du Spiegel, c'est avant tout l'espoir d'un renouveau européen. »

 

Éditorial du 27 mai : Donald Trump brutal et maladroit.

« En visite officielle en Arabie saoudite, première étape de son périple, au début de la semaine, le président Donald Trump s'était déclaré soucieux de ne pas " faire la leçon " aux dirigeants du monde arabo-musulman. Le président américain ne s'est pas embarrassé de telles prévenances à l'égard de ses alliés européens, jeudi 25 mai, à Bruxelles. Devant 27 chefs d'Etat et de gouvernement de pays membres de l'OTAN qui l'écoutaient, debout, M. Trump, choisissant de mettre l'accent sur ce qui divise plutôt que sur ce qui rassemble, s'est livré à un réquisitoire déplacé, maladroit et contre-productif sur les niveaux de dépenses de défense. Déplacé, parce que, au lendemain de l'attentat à Manchester, l'ambiance était solennelle et parce que les Européens venaient de faire une concession aux Etats-Unis en acceptant que l'OTAN s'implique davantage, en tant que telle, dans la lutte antiterroriste. Après avoir fait observer une minute de silence pour les victimes de Manchester, Donald Trump est immédiatement passé aux affaires de financement, auxquelles il a consacré l'essentiel de son discours, sur un ton comminatoire.

Maladroit, parce que les Européens, soumis déjà par M. Obama à ces reproches – justifiés – sur la faiblesse de leur contribution au partage du fardeau de l'Alliance atlantique, ont entrepris un réel effort pour augmenter ces dépenses. Ceux qui sont encore loin de consacrer 2 % de leur PIB au budget de défense se sont engagés à le faire d'ici à 2024. M. Trump est en droit de leur demander d'accélérer ce calendrier ; il eût été plus efficace de sa part de le faire, plutôt que de les sermonner comme des enfants. Contre-productif, enfin, parce que cette brutalité, verbale et physique, manifestée notamment par la manière dont le président américain a écarté de son chemin le premier ministre du Monténégro, n'est pas de nature à améliorer le climat entre Américains et Européens, dans un contexte où leur unité est pourtant cruciale. Si M. Trump a longuement rappelé leurs devoirs aux Européens, il a par ailleurs ostensiblement omis de confirmer l'engagement des Etats-Unis à appliquer l'article 5 de la charte atlantique, pierre angulaire de l'Alliance, qui fonde l'obligation d'intervenir pour défendre tout allié attaqué. La seule fois où cet article a été appliqué, faut-il le rappeler à M. Trump, il l'a été par les Européens, qui se sont battus aux côtés des Américains en Afghanistan après les attaques du 11-Septembre.

Elu sur le slogan " America First ", Donald Trump applique cette philosophie à sa diplomatie, y compris à l'égard de ceux qui sont supposés être ses amis. Ce ne doit pas être une surprise. Si une leçon positive peut être tirée de cette première tournée à l'étranger du président américain, sur fond de divergences transatlantiques persistantes et de chaos politique à Washington, c'est celle-ci : non seulement les Européens doivent prendre davantage en charge leur sécurité, mais ils doivent le faire ensemble, en construisant une défense européenne. Alliés, certes, mais autonomes.»

 

Éditorial du 30 mai. Répondre à l’appel de Markel.

« A rebours du communiqué lénifiant du G7, dont la portée ne saurait être décryptée que par les exégètes, Angela Merkel a eu le mérite de la franchise. De retour en Allemagne, dimanche 28 mai, elle a tiré publiquement, à la tribune d'une réunion électorale à Munich, un bilan calamiteux de la tournée européenne de Donald Trump, à Bruxelles et au sommet du G7 de Taormine (Sicile), où le président américain faisait — comme Emmanuel Macron — ses premiers pas. " Le temps où nous pouvions totalement nous reposer sur d'autres est en partie révolu. Je l'ai expérimenté ces derniers jours. C'est pourquoi, nous, les Européens, nous devons vraiment prendre en main notre propre destin ", a lancé la chancelière, avant d'ajouter, comme pour s'excuser de tant d'audace : " Naturellement en amitié avec les Etats-Unis, en amitié avec la Grande-Bretagne et aussi autant que faire se peut en bon voisinage avec les Russes. "

Plus encore que pour les autres Européens, en effet, la semaine passée a été très négative pour l'Allemagne. Sur la politique de défense, le président Trump a refusé de mentionner explicitement l'article 5 de la charte de l'Atlantique Nord, qui fait obligation à ses membres de porter secours à l'un d'eux s'il est attaqué. Dépourvue de dissuasion nucléaire, l'Allemagne s'est toujours sentie vulnérable, en première ligne face aux Russes. Sur le climat, sujet majeur pour les Allemands, le président américain a bloqué toute allusion dans le communiqué final et Angela Merkel a dénoncé "une situation à six contre un" : "Il n'y a encore aucun signe quant à savoir si les Etats-Unis resteront ou non dans l'accord de Paris." Sur le commerce, le G7 évoque bien la lutte contre le protectionnisme, mais c'est après que Donald Trump a qualifié dans son langage si littéraire les Allemands de "bad, very bad" ("mauvais, très mauvais"), en raison de leurs excédents commerciaux excessifs. Enfin, pas un mot sur les réfugiés, deux ans après que l'Allemagne en a accueilli généreusement un million. On peut voir dans le propos de la chancelière une dramatisation délibérée : elle veut se présenter en pôle de stabilité, alors qu'elle brigue aux élections générales de septembre un quatrième mandat. En réalité, l'Allemagne connaît un profond désarroi, elle qui a toujours compté sur les Anglo-Saxons pour ne pas se trouver trop seule et trop puissante sur le Vieux Continent. D'un côté, les Américains -garantissaient la paix et la sécurité, de l'autre les Britanniques défendaient le libre commerce face aux tentations protectionnistes françaises.

Le Brexit et l'éloignement américain, engagé en réalité dès la guerre en Irak de 2003, ont bouleversé cet équilibre. Les Allemands, on l'a vu, ne veulent pas être seule puissance continentale : quand Angela Merkel dit " nous, les Européens ", c'est un appel à la France qu'elle lance, seul recours au cas où les Américains et les Britanniques choisiraient inéluctablement le grand large.

Alors que Vladimir Poutine devait être reçu ce lundi 29 mai sous les ors du château de Versailles, le président Macron doit répondre à l'éloignement anglo-saxon et à l'appel de l'Allemagne, le premier depuis bien longtemps. Le nouveau chef de l'Etat doit veiller à ne pas s'engager dans un cavalier seul, qui fleurerait bon l'hubris et le gaullisme de grand-papa mais serait inefficace, voire contre-productif. La réponse est effectivement européenne.»

 

Éditorial du 31 mai : Macron et Poutine se testent à Versailles.

« Dans le faste du château de Versailles, la France a voulu, lundi 29 mai, donner un cours nouveau et meilleur à ses relations avec la Russie. Elle a bien fait. Comme Emmanuel Macron l'a rappelé à cette occasion, "aucun des enjeux essentiels de notre temps" ne peut trouver de solution "sans un dialogue" profond avec Moscou. C'est parfaitement exact. Mais, recevant Vladimir Poutine, son homologue russe, le président français a eu raison de dire que ce "dialogue" devait être "franc et direct" – c'est-à-dire ne rien -cacher de nos différends. Bouclant sa première séquence diplomatique depuis son élection – sommet de l'OTAN puis réunion du G7, les sept plus anciennes économies avancées , M. Macron voulait, à juste titre, relancer la relation avec Moscou. Non pas que celle-ci ait été inexistante du temps du président François Hollande, mais elle restait lestée de nombre de malentendus : ingérence russe dans la campagne électorale française ; dossiers syrien et ukrainien au point mort sur fond de méfiance réciproque entre Français et Russes.

L'occasion était bien trouvée et de nature à flatter l'ego de Vladimir Poutine : inaugurer ensemble à Versailles une exposition sur Pierre le Grand, premier tsar à avoir amorcé le dialogue franco-russe, en 1717. Une heure de conversation en face à face a permis de dégager un état des lieux réaliste. Oui, reconnaît Paris, il faut "préserver l'Etat syrien", ce qui suppose de ne pas faire du départ de Bachar Al-Assad une précondition à toute discussion sur l'avenir politique de ce malheureux pays. Oui, dit-on encore, le bon format de discussion sur l'Ukraine reste celui réunissant Berlin, Paris, Moscou et Kiev, mais l'une et l'autre des parties les plus immédiatement concernées – comprendre Russes et Ukrainiens – doivent faire preuve d'un minimum de bonne volonté, ce qui n'est pas le cas.

La disposition à chercher des solutions avec ce partenaire indispensable qu'est la Russie est là, à Paris comme à Berlin, et sans doute fallait-il le réaffirmer. Mais elle suppose aussi un changement de comportement de la part du Kremlin. Il s'agit d'interdire à son protégé syrien l'emploi de l'arme chimique. Il s'agit de reconnaître que, même si l'Union européenne a multiplié les bourdes en Ukraine, les autorités de Kiev tirent leur légitimité d'une série d'élections libres et non d'un "putsch pro-nazi", comme on le dit à Moscou. Il s'agit de comprendre que les tentatives du Kremlin pour affaiblir l'UE, en soutenant l'ultra-droite europhobe sur le Vieux Continent, n'ont rien apporté à la Russie, bien au contraire.

A l'OTAN, avec Donald Trump et avec le Turc Recep Tayyip Erdogan, comme avec Vladimir Poutine à Versailles, M. Macron a imposé un ton. Le novice sur la scène internationale appelle les choses par leur nom – il n'a pas hésité à stigmatiser les calomnies, flirtant avec l'antisémitisme, véhiculées par certains médias d'Etat russes à son encontre. Plus important, il y a la volonté de saisir un "moment européen". Entre le Brexit et l'isolationnisme mercantiliste de Donald Trump, pointé cette semaine par Angela Merkel, l'UE doit resserrer les rangs et renforcer son identité propre sur les grands sujets de l'heure – Ukraine, Syrie, réchauffement climatique. La diplomatie Macron doit jouer sur ce registre : faire exister l'Europe, autant que faire se peut, dans un monde de blocs de puissance dirigés par des nationalistes. Sans illusions européistes mais avec détermination.»

 

Voici les adresses d’autres éditoriaux très intéressants :

Éditorial du 6 mai : Mme May et les fables du Brexit.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/libre/20170506/index.html

Éditorial du 7 mai : En Algérie des élections sans signification

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170507/html/1277316.html

Éditorial du 12 mai : Donald Trump et l’échos du Watergate.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170512/html/1277848.html

Éditorial du 14 mai : Indonésie : la démocratie à l’épreuve du blasphème.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170514/html/1278158.html

Éditorial du 18 mai : La présidence Trump en plein chaos.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170518/html/1278464.html

Éditorial du 20 mai : L’Europe et la mondialisation maitrisée.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170520/html/1278792.html

Éditorial du 23 mai : Moyen-Orient : Washington change de priorité.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170523/html/1279053.html

Éditorial du 24 mai : La Grèce en perpétuité.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170524/html/1279227.html

Éditorial du 25 mai : Manchester, une tragédie européenne.

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20170525/html/1279363.html

 

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