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Les invités…… La rédaction de l’Obs en grandes pompes…… funèbres.

17 Juin 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

Après avoir fait le point sur la situation du Parti Socialiste en Deux-Sèvres il me fallait aussi l'analyser à l'échelon national et acter sa mort subite et pourtant annoncée. J'ai choisi de reprendre l'édito de Jean Daniel  et l'Opinion de Matthieu Croissandeau dans l'Obs de cette semaine, par la qualité des textes et un peu, je l'avoue, par facilité. En effet j'ai aussi trouvé un dossier solide dans Libération de mardi avec une 1ère page qui accroche « La gauche plus rien » et un édito de Laurent Joffrin également excellent « Mohicans », mais ça m'aurait donné trop de travail avec au moins 8 pages à résumer pour en tirer la substantifique moelle. Eh oui, moi aussi, bien que déserteur depuis plus de deux ans, je suis K.O.  Je garde ce Libé sous le coude pour une possible analyse complémentaire à l'automne..... Revenons-en donc à l'Obs.  

 

L’adieu à la patrie socialiste. Par Jean Daniel

 

Les raisons d'un succès d'abord : pourquoi s'étonner que les Français qui ont souhaité tourner une page au mois de mai en envoyant le plus jeune de leurs candidats à l'Élysée aient voulu, au mois de juin, lui donner les moyens de présider et de gouverner ?

Les raisons d'un échec ensuite : pourquoi un électeur sur deux n'a-t-il pas jugé bon d'aller voter, au risque d'alimenter le funeste symbole d'un peuple indifférent ?

On a lu ici et là plusieurs réponses sur la motivation des uns et la démobilisation des autres, selon qu'ils souhaitaient soutenir la démarche présidentielle ou s'y opposer. Pour ma part, j'en ai une qui ne convaincra pas tout le monde. Je suis persuadé qu'un certain nombre d'électeurs se sont dit que, avec la chance dont bénéficiait ce diable d'homme et la façon qu'il avait tout seul d'instrumentaliser cette chance, il n'avait plus besoin de personne. Le risque Le Pen effacé, la mobilisation frémissante et populaire ne s'imposait plus. Il y avait ce dimanche le vote ou le tennis ou le beau temps. Ce qui fait beaucoup de raisons de se disperser.

Pourra-t-il en être autrement dimanche prochain ? Avec le même niveau d'abstention, les électeurs n'auront plus à se demander s'ils sont ou non responsables d'un échec ou d'un succès. Le mode de scrutin des élections législatives ne laisse en effet guère de place au suspense, dès lors qu'une solide dynamique de victoire se met en place au premier tour. C'est peut-être rassurant du point de vue de nos institutions. Mais c'est loin d'être satisfaisant du point de vue de la représentation au Parlement des différentes sensibilités qui s'expriment dans notre société.

Pour toutes ces raisons, ce second tour a une importance décisive pour la démocratie. Le renouvellement s'annonce total. Avec enfin, la présence massive de candidates. Mais aussi de représentants de la société civile. Ceux-ci vont faire régner un mélange de confusion et de fraîcheur qui peut causer quelques surprises. Reste que l'absence d'opposition pourrait provoquer l'imprévisible. Il faut se souvenir avec vigilance que, sans opposition, il n'est pas de démocratie valable. Cela rappelle le propos d'un grand journal de plus en plus partisan : "Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur" (Beaumarchais).

Il reste que, pour une partie des électeurs qui nous sont proches, l'agonie du Parti socialiste est infiniment douloureuse et même peut expliquer une désertion. Pour des millions de Français, depuis le congrès de Tours en 1921 au cours duquel Léon Blum a refusé la fusion avec le Parti communiste, le Parti socialiste SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) représentait toute la gauche partisane ou mythique.

Un livre m'en a donné la conviction, c'est celui d'André Burguière ("La gauche va-t-elle disparaître ?", Stock), l'un des plus simples et des plus profonds de tous ceux que je me suis imposé le plaisir ou la corvée de lire. Dans les premières pages, l'auteur affirme que, pour lui, la gauche est une patrie et il fait l'histoire très personnelle de son engagement ou plutôt de son appartenance. C'est cela qui a craqué. C'est cela qui est dramatique. C'est pourtant cette patrie qu'il faut reconstruire, en pensant aux heures glorieuses de la social-démocratie en Suède et en Allemagne.

 

Requiem à Solferino.  Par Matthieu Croissandeau.

Voilà, nous y sommes. Le Parti socialiste est mort et il ne reste plus grand monde pour pleurer. Inutile de chercher l’assassin…. La seule chose dont on soit sûr, c’est que le crime ne date pas d’hier et qu’ils s’y sont mis à plusieurs. De l’irrésolution de Hollande au sectarisme des frondeurs, en passant par le caporalisme de Valls, les jeux tactiques de Cambadélis, l’aigreur d’Aubry, les foucades de Montebourg, les éructions de filoche, ou, plus loin encore, les faiblesses coupables de DSK ou de Cahuzac, chacun a contribué à ce contentieux travail de sape. Pour tout dire, l’assassinat collectif du PS est probablement le dernier projet qui les ait vraiment rassemblés.

Le PS est mort parce qu’il est décapité. Il y a longtemps déjà que ses troupes l’avaient abandonné. Une incroyable hécatombe ! Les électeurs ont pulvérisés tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin au fameux point à la rose, y compris lorsque les candidats avaient tout fait pour le cacher. Dans les anciens bastions du Nord et du Pas-de-Calais, en Bretagne, dans les Bouches-du-Rhône, en Haute-Garonne. Comme dans la capitale, les socialistes ont été balayés. Les Français n’ont pas fait dans le détail, dézinguant les « frondeurs » comme les légitimismes, les vieux de la vieille comme les futurs espoirs, les anciens ministres comme les apparatchiks. L’Histoire retiendra que le dernier des premiers secrétaires, Jean Christophe Cambadélis, dont o, écrivait jadis qu’il entrait eue de Solférino « le Capital » dans une main et une barre de fer dans l’autre, en est sorti les pieds devant sur une palette de supermarché.

Le PS est mort parce qu’il est ruiné. La bérézina électorale va se traduire par une banqueroute sans précédent, faute de moyens financiers d’abord ; c’est en effet sur la base du résultat aux législatives que se calcule l’essentiel du financement public des partis politique. Faute de moyens matériels ou humains ensuite, car le parti qui a tout perdu depuis cinq ans (municipales, européennes, départementales, régionales, présidentielle…) n’a tout simplement plus les moyens de se relancer, ni de se développer. Les collectivités locales qui constituaient sa base arrière pour bâtir ses futurs succès nationaux ou reprendre des forces en cas de défaite, ont été rayées de la carte. Son vivier de petites mains et de futurs élus est asséché.

Le PS est mort parce qu’il est dépassé. En 1971 à Épinay, François Mitterrand avait su faire taire les égos et rassembler les contraires pour bâtir un formidable instrument de conquête du pouvoir. Moins d’un demi-siècle plus tard le PS n’est plus qu’une machine à perdre. Et faute d’avoir clarifié la ligne, plus personne ne s’y reconnaît. L’heure de la vente à la découpe a sonné. La République en marche de Macron a siphonné ses militants les plus réformistes. La France insoumise de Mélenchon séduit ses partisans les plus révolutionnaires. Il ne reste au PS que le marécage de la synthèse dans lequel les gouvernements de François Hollande n’ont cessé de s’embourber.

Que les âmes sensibles se rassurent : c’est le PS tel qu’on l’a connu qui est mort. Pas ses idées. La justice sociale, la transformation sociale, le progrès social restent des projets d’avenir, sinon d’actualité. Ce sont les socialistes, trop occupés à se chercher querelle, qui avaient fini par l’oublier.

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